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Meryem, première de l'Atlas Version imprimable Suggérer par mail
19-11-2006

Ce matin gris de novembre, Meryem Kaf pointait à la Sous-Préfecture d'Antony dés cinq heures et demi pour renouveler son titre de séjour d'étudiante. Il faut se lever tôt pour être la première à passer au guichet à neuf heures. Nous avions rendez-vous à onze heures au cœur du Quartier Latin, là où Meryem aime flâner, humer l'air de Paris, prendre son café au petit bistrot qui pratique le commerce équitable. A onze heures, Meryem était à l'heure. Comme toujours. Souvent même elle est en avance. En avance sur son temps. Meryem est toujours la première à défricher les terrains encore vierges de l'émancipation de la femme. C'est d'ailleurs sur « la place de la femme dans les médias au Maroc » qu'en septembre 2005, elle est sortie major de son séminaire « Médias et tiers monde » au Diplôme de l'Institut français de presse à l'Université Paris II. Un retentissant 17/20 qu'elle affiche avec fierté.

Ce jour gris de novembre, tout le monde avait le regard tourné vers une femme qui pour la première fois allait peut-être se trouver en position d'éligibilité pour la plus haute fonction de l'Etat.

Meryem n'est pas Ségolène. Mais elle a l'étoffe d'une femme de combat, d'une femme en responsabilité. En deux heures qui me parurent cinq minutes, elle me parle de ses « batailles » et de ses victoires.

                          


Elles sont nombreuses les batailles de Meryem et chacune d'elles mène à une petite victoire. Ses armes, c'est le droit - Meryem est juriste de formation- et la plume - Meryem est journaliste par passion. Son père avait imaginé pour elle une belle carrière de magistrat(e) ou d'avocat(e). Mais depuis toujours elle voulait être journaliste, pour témoigner sur la société qu'elle voyait autour d'elle, pour parler des gens, de leurs misères, de leurs passions. Depuis son premier article remarqué sur les fleuristes de Casa, Meryem a eu de nombreux faits d'armes. En février 2004, elle « couvre » le tremblement de terre d'Al Hoceima. Son patron lui propose de le faire à partir des bureaux du journal à Casablanca. Les risques lui semblaient trop grands (« surtout pour une femme »). Les répliques étaient nombreuses. «Mais il n'était pas question pour moi de rester au chaud à Casa. Je devais aller sur place, voir de mes propres yeux, j'ai partagé pendant dix jours le quotidien d'une famille sinistrée. Je ne pouvais pas imaginer une autre façon d'exercer mon métier de journaliste».
Ce qui intéresse Meryem, ce sont les questions de société. Elle demande à son Directeur de réaliser un dossier sur les violences faites aux femmes. « Ce sera d'accord, mais il voulait des images qui parlent». Une jeune fille de 17 ans, « mariée précoce », le visage tailladé à coups de lames de rasoirs par son mari, allait faire la une du journal. « J'ai recueilli son témoignage, anonyme. Elle ne m'aurait jamais parlé si je n'avais pas été une femme, à peine plus âgée qu'elle. » Mais, précise très vite Meryem, « les violences sont partout, et pas seulement dans les familles populaires». Elle effectue un reportage sur une maison de retraite tenue par une association islamique de bienfaisance. Elle y découvre une vision cauchemardesque où dans des conditions inhumaines cohabitent les SDF, des vieillards abandonnés ou atteints de la maladie d'Alzheimer. Elle décrit ce qu'elle voit.
A Marrakech, elle visite un Village d'enfants SOS qui accueille les enfants abandonnés. Elle tombe sous le charme d'une petite fille de 2 ans 1/2 qui tient d'une main un biberon et de l'autre un crayon feutre. « Je dis aux responsables : je veux tout savoir sur cette gamine, je veux être sa marraine». Aujourd'hui, la petite a cinq ans et sa marraine Meryem vient la voir à chaque fois qu'elle le peut et, de Paris, lui envoie quelques cadeaux.

                 

                      (un village d'enfants au Maroc, source: www.vesosmaroc.org)

La décision de quitter le Maroc pour la France n'a pas été facile à prendre. « Je voulais garder mon nom ». Au Maroc, elle avait sa signature au Matin du Maghreb et du Sahara qui avait déjà un correspondant à Paris. Au Maroc, elle militait à la Ligue démocratique des droits des femmes et avait parcouru tout le pays non seulement pour ses reportages mais aussi pour des conférences dans les écoles et les lycées. Elle parlait aux jeunes de la réforme de la Moudawana (le Code du statut personnel), des relations filles - garçons. Partout des contacts se sont noués avec les jeunes filles, avec des effets directs sur leurs propres vies quotidiennes.
Il était décidé qu'en France, Meryem ferait la même chose. Elle effectue des piges journalistiques. Elle est critique de cinéma et couvre certains évènements culturels pour les journaux marocains. Elle a présidé un jury composé de jeunes critiques au Festival international du film francophone de Namur. Elle fait la critique du film « Indigènes ». « Mais c'était difficile pour moi de faire mon métier de critique sur ce film. Je me sentais trop concernée. Mon grand-père a combattu pour la France à la Première Guerre Mondiale. Mais il est mort quand mon père avait cinq ans. Ce qui fait que dans notre famille, nous n'avons pas cette mémoire ». En France aussi, elle parcourt le pays pour des débats et des conférences. Elle ne manquera jamais le 8 mars de célébrer la Journée internationale des Droits des femmes en imaginant toujours de nouvelles initiatives. En mai 2006, elle accompagne la Caravane des femmes de Paris à Dijon. « Dijon, une ville que j'aime beaucoup. Même si je préfère les grandes villes. Je suis retournée récemment aux Grésilles, un quartier de Dijon, pour y mener une enquête sur les jeunes d'origine marocaine qui y sont très nombreux. J'ai logé chez une famille que j'avais rencontrée en mai. Quel souvenir nous avions de l'arrivée de la Caravane dans le quartier, avec les femmes qui sortaient du bus en chantant ! C'était un moment extraordinaire ».
Le lendemain de notre rencontre, Meryem devait intervenir dans une émission de Radio Pulsar. Elle a collaboré l'an dernier à la rédaction francophone de Radio Orient, le temps d'un stage. Elle se débrouille toujours pour parcourir le monde et parler des droits des femmes. Elle était cette année à Montréal pour la semaine d'action contre le racisme avec l'Office franco-québecois pour la jeunesse. Elle est allée à Madrid pour y faire une intervention (« et j'y retourne dans deux jours »), à Brasov en Roumanie pour l'Université de la Francophonie, à Amsterdam pour des rencontres entre les associations marocaines regroupées dans le collectif Al Monadara. Et quand elle est à Paris  et qu'elle n'intervient pas dans des débats à Aulnay ou ailleurs, elle fait de l'aide aux devoirs pour les enfants d'une famille française de la bonne société. « Je cherche les enfants à l'école et je travaille ensuite avec eux à la maison. La famille est sympa. Ils acceptent le fait que je me déplace beaucoup ». Elle donne des cours d'arabe. « A une dame d'un certain âge, qui avait envie de découvrir cette langue ». Mais, précise-t-elle, « tout cela, c'est pour payer mes études. Maintenant que j'ai pu renouvelé mes papiers, je vais pouvoir m'engager dans mon Doctorat et ma recherche sur l'image de l'immigration marocaine en Europe à travers la presse hebdomadaire française ».
Meryem parle aussi vite qu'elle pense, et elle pense à cent à l'heure. Juste le temps encore de s'indigner qu'à Paris le Centre culturel marocain ait disparu il y a dix ans, que la Maison du Maroc à la Cité internationale ait fermé il y a trois ans pour travaux et « on attend toujours le premier coup de marteau », que les Marocains titulaires d'un Doctorat à Paris ne soient que des maîtres-assistants à leur retour au pays, mais que tout cela va peut-être changer maintenant avec la création prochaine au Maroc d'un Haut Conseil à l'immigration. Juste le temps encore de dire son engagement, un de plus, avec l'UNICEF des Hauts-de-Seine où elle habite pour défendre les droits des enfants. Juste le temps enfin de dire que non décidément, elle n'est pas tout à fait sur la même longueur d'ondes que l'Union des Jeunes Euro-Maghrébins, avec qui elle a tenté de militer. Ah bon, je demande, et pourquoi ? « Pour eux, le plus important, c'est l'unité du Maghreb. Pour moi, il faut d'abord répondre aux questions de société : les violences faites aux femmes, les droits de l'enfant,... En journalisme, on m'a appris le principe de la pyramide inversée. Il faut toujours aller du plus important vers le moins important ». Je ne sais pas si dans ce portrait, j'ai pu respecter ce principe. Tout est important dans la vie de Meryem. Elle n'a que vingt-sept ans. « Je suis née en août, comme ma petite filleule de Marrakech... Pour l'ONU, je ne suis plus jeune. Pour eux, la jeunesse s'arrête à 25 ans. Pour moi, je suis toujours jeune et je profite au maximum de ma jeunesse. J'ai encore tant de choses à découvrir ». Meryem est première de sa classe. Et quelle classe !

Guy Didier, le 16 novembre 2006

Le 24 avril de l'année suivante, Meryem Kaf nous donnait de ses nouvelles :

« J'ai enchaîné les projets (depuis le début de cette année). J'ai travaillé dans l'organisation du IIIème Congrès mondial contre la peine de mort qui a eu lieu à Paris du 1er au 3 février comme responsable communication et monde arabe. Tout de suite après, je suis rentrée au Maroc pour continuer une opération de lobbying politique entamée dans le sens de l'abolition de la peine de mort. Puis je me suis envolée pour un long voyage dans le Moyen-Orient dans le cadre de Follow the women, une initiative de femmes du monde entier qui utilisent le vélo comme vecteur de paix dans la région. Nous avons parcouru la Syrie, le Liban, la Jordanie et la Palestine. A certains moments, c'était très dur à encaisser. Il faut arrêter un massacre. J'ai galéré aux frontières israéliennes. Avant de partir, j'avais décidé de tenir un carnet de bord pour moi, ma famille, mes amis, vu que j'étais dans l'impossibilité de leur donner des news tous les jours. Mais là, je me suis décidée à le rédiger et à l'éditer. Si j'arrive à réaliser ce projet d'édition, les bénéfices iront à une petite garderie sans moyens ni infrastructures à Jéricho. D'ailleurs je suis en train de monter un projet avec les enfants autour de dessins sur la paix. Je n'ai pas pu récupérer les dessins avant mon départ, mais je vais trouver une autre solution... » (Meryem Kaf)

Liens internet :

www.followthewomen.com

Sur la Ligue démocratique des droits des femmes au Maroc, le portail pour l'égalité et la citoyenneté
www.lddf.org
Sur la réforme de la Moudawana, trois ans après
www.femmesdumaroc.com
Sur la Caravane « Les caravanières venues du Sud »
www.fci-asso.org

Sur la coordination des associations marocaines en Europe Al Monadara
www.almonadara.eu
Sur le Festival international du film francophone de Namur
www.fiff.be
Sur SOS Villages d'enfants au Maroc
www.vesosmaroc.org
Sur l'UNICEF
www.unicef.fr
Sur Radio Pulsar et Radio Orient
www.radio-pulsar.org
et
www.radioorient.com

www.amba-france-ma.org
le panorama de la presse marocaine
www.yabiladi.com
portail du Maroc et des Marocains dans le monde
www.artsouk.com
patrimoine, artisanat et culture du Maroc
www.bladi.net
le site des Marocains d'ailleurs
www.emarrakech.info
portail marocain d'actualité
www.marocreservation.com
pour partir à la découverte du Maroc
www.africatime.com/maroc
le rendez-vous de l'Afrique sur internet
www.africultures.com
le site et la revue de référence des cultures africaines

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