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27-11-2006

«Un beau jour on se décide.» Ainsi débute le périple du narrateur de ce récit. L'homme pourrait être né au Congo, au Liban, au Kurdistan, au Cambodge.... Il a décidé de quitter son pays dévasté par la guerre civile, de fuir les difficultés économiques avec femme et enfants. C'est au «pays des droits de l'Homme» que son exil, via un réseau de passeurs, le mène. C'est en France qu'il demande l'asile. Mais lorsqu'il pose le pied sur le sol français, le plus difficile reste à faire : assurer le quotidien, comprendre la loi et l'administration, les combattre parfois ; tout tenter pour ne pas retourner «d'où il vient», et demeurer dans ce pays où une vie normale serait peut-être, un jour, possible.
En rassemblant des milliers de témoignages et de situations vécues dans ce personnage anonyme, Michel Weckel raconte un monde qu'il connaît bien : celui de la misère, de la déprime des sans papiers, d'une législation kafkaïenne et du précaire qui dure. Un témoignage riche, pour faire tomber les préjugés des uns et des autres.
Michel Weckel, après des études en théologie protestante, a été délégué régional d'une organisation non gouvernementale d'aide aux exilés, la CIMADE, de 1987 à 2006. Il vit à Strasbourg.(présentation éditeur)

 Les premières lignes

C'est un récit à la jointure entre les faits et la fiction. À l'endroit où la mémoire recourt à l'imaginaire pour élaborer ce que nous appelons communément la réalité.
Il est inspiré par ma confrontation personnelle avec la quête des exilés et la trace que laisse en nous «le passage des étrangers» pour reprendre le titre d'un livre de Jacques Hassoun. Il est nourri d'observations authentiques recueillies dans la marge d'un décor qui n'est pas n'importe quel décor Celui du Limes latin. Le Limes est moins qu'une marge. C'est une ligne de flottaison. Une ligne bleue entre ciel et terre, se confondant avec l'horizon quand vibre la clarté du jour C'est la ligne de la frontière, telle la ligne bleue des Vosges, qui ferme l'horizon en même temps qu'elle l'ouvre. Le regard s'y attarde sans lassitude. Il veut voir plus loin et s'autorise des rêveries inédites. L'esprit des hommes d'ici sait là-bas, au delà du Limes, des paysages fabuleux où d'autres communautés humaines vivent leurs vies étranges. Le coeur les imagine avec émotion. Il aspire à fréquenter ces contrées peuplées d'humains aux moeurs différentes et aux divinités mystérieuses. Que font ces peuples lointains dont on disait autrefois entre inquiétude et fascination que c'étaient des barbares ? En quoi leur condition est-elle plus enviable ? Leur vie est-elle plus authentique ? On leur prête jalousement d'inavouables jouissances. Leur rapport au monde et à la nature paraît plus fort. Connaissent-ils des plaisirs plus intenses ? Sont-ils plus riches et plus libres ? Derrière le Limes les territoires inconnus et les cultures ignorées suscitent l'intérêt autant qu'ils réveillent d'irrationnelles inquiétudes. Le Limes trace un contour autour de la vaste patrie. Il borde l'univers connu qu'on dit civilisé, lui donnant l'apparence d'un monde rassurant mais, dans un même mouvement, délimitant le territoire acquis, il ouvre sur le pays fascinant de l'autre. Dans le petit village alsacien où je passais de trop longues vacances d'été, mon grand-père possédait un paisible verger fleuri, baigné d'ombres mouvantes et de claires lumières, tendre royaume de mésanges et d'hirondelles voyageuses. Ce souvenir a aujourd'hui pour moi la douceur printanière d'un paradis d'enfance. Une balançoire était accrochée à la branche puissante d'un vieux marronnier dans la ramure duquel je reconnaissais la mâture d'un voilier géant. C'était mon inépuisable terrain d'aventures. Ce parc verdoyant et familier était traversé par un discret sentier herbeux à peine visible. Peu emprunté, il marquait, disait mon grand-père, la frontière entre l'Alsace et la Moselle.

Michel Weckel
Le Verger éditeur, Illkirch-Graffenstaden | Oberlin, Strasbourg
Sorti le : 16/10/2006

A découvrir et à lire également

Coeurs en Papier

roman de Christian Mambou
éditions Le Marchand de Tyr

« Les sans-papiers, les immigrés, on leur dénie le statut d'être humain ». Révolte de Christian Mambou. Pourtant, lui, d'origine Congolaise, a eu la chance d'obtenir le sésame qui lui a permis de continuer à vivre en France.
Mais pas le cas de son ami dont il raconte l'histoire dans son deuxième livre « Coeurs en papier » (éditions Le Marchand de Tyr). Une histoire sur laquelle se greffent les destins d'autres immigrés.
Christian Mambou s'est aussi retrouvé dans le personnage de Polhit, comme lui « métissé culturellement », jeune homme venu étudier en Lorraine. A quelques jours de son retour chez lui, au Waba (pays d'Afrique imaginaire), un coup d'Etat vient d'éclater
La condition africaine vue des Vosges
L'appartenance tribale de Polhit le condamne désormais dans son pays natal. Son titre de séjour qui n'est pas renouvelé le condamne à la clandestinité dans son pays d'accueil. « Sa carte de membre du club des hommes » a expiré, le plongeant du jour au lendemain « dans une catégorie inférieure », celle des étrangers qui rasent les murs dans la crainte d'« un contrôle au faciès ».
Entre la prison en France ou la prison au Waba, il ne lui reste plus que la solution d'un « mariage blanc ». Impasse à la misère « que notre système produit ».
Après avoir abordé l'excision dans son premier livre - « La Gazelle et les exciseuses » (éditions L'harmattan) - Christian Mambou sensibilise une seconde fois ses lecteurs à la condition africaine, mais cette fois-ci vue de la France.
Vue des Vosges même, où « dans un petit patelin la présence d'un Noir restait aussi bizarre que celle d'une hirondelle en hiver ». Où le mariage d'amour entre un Africain et une Française est forcément suspect.
Christian Mambou est né à Brazzaville au Congo. Il avait 8 ans quand il rejoint ses parents déjà installés à Vandoeuvre.
En attendant les retrouvailles, il est élevé par sa grand-mère et sa tante. « A Brazzaville, un enfant n'est jamais seul. Il n'appartient pas à la mère, mais à tous ceux qui peuvent participer à son éducation. Ce qui fait qu'on a des cousins et des grands frères partout. Africanellement parlant, le mot séparation n'a pas de sens pour nous ».
Journaliste et écrivain
C'est à l'école, en cours moyen, que son instituteur va déclencher chez lui « le goût de la littérature et de l'écriture ». Là « j'ai commencé à rêver d'être un jour écrivain ». Retour au Congo où il rencontre une journaliste, Nadette Richard, qui lui apprend les rudiments du métier.
Ses premiers articles sont publiés dans le journal de son lycée. Il se professionnalise en Côte d'Ivoire. Pays qu'il quitte « juste avant le coup d'Etat contre Laurent Gbagbo » pour retrouver ses parents à Vandoeuvre en 2002. Galères.
Il devient correspondant de presse. Puis le voici aujourd'hui animant une émission quotidienne sur « Radio Guémozot » dans les Vosges.
Où il propose aussi une vision africaine de l'Afrique. Un continent qu'il aime autant que la France.
Même si, dans son dernier livre, les propos sont parfois durs pour dénoncer la situation des sans-papiers dont l'existence ne tient plus qu'à un bout de papier, jamais il n'écrit et jamais il ne dira que la France est raciste, parce qu'il n'en a jamais été victime, « parce que ça serait aussi manquer de respect. Et puis d'ailleurs aucun pays n'a le monopole du racisme. On le trouve aussi bien chez les Noirs que chez les Blancs. Il n'y a que la connerie qui est la chose la mieux partagée ».
Gisèle MOUGEOT (Est Républicain, 2.11.2006)

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