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Page 1 sur 5 Nous y sommes. Pour la sixième fois, Nabila Amghar, Corine Wable et l'équipe de l'ORPC nous ouvrent les yeux sur l'immigration. Point de départ cette année, la Pologne, la ferme familiale au milieu d'une nature sauvage un bout d'été (Kawalek Lata) ou la rue de Lodz où l'on vit face à l'usine depuis cinq générations (Notre rue), la mine de Walbrzych (Ouvrez la mine), la Pologne de Marzi. Aldona Le Festival Les yeux ouverts sur l'immigration se déroule en Picardie du 7 au 15 octobre 2011. Points d'arrivée: Creil, Amiens, Beauvais, Montataire... Les lieux et le nombre de projections des films documentaires se multiplient d'une année à l'autre. Cette année, la programmation est particulièrement remarquable. Elle porte un message: la création, l'art sous toutes ses formes, accompagnent le mouvement, le déplacement des migrants. C'est à découvrir à partir des témoignages de Zahra la Kabyle, filmée par sa fille Fatima Sissani, des artistes des diasporas africaines d'Untitled, des breakdancers des rues de nos villes... La Picardie aussi est le creuset des arts multiples venus du monde entier. La langue maternelle de Fatima Sissani "Les Kabyles existent d'abord par la parole. Chaque geste, chaque instant de leur quotidien peut donner lieu à une langue de vers, de métaphores, de proverbes... Pourquoi n'évoque-t-on jamais la question de l'immigration à partir de la langue de l'immigré-e, celle du pays natal ? Les immigré-e-s vivent pourtant et d'abord l'exil d'une langue. C'est particulièrement vrai pour les exilé-e-s kabyles qui sont proprement habité-e-s par le verbe. Chaque geste de leur quotidien donne libre cours à une langue de métaphore, de vers, de proverbe... Relégué-e-s dans l'immigration, au rang d'ouvriers et de femmes au foyer, à cause notamment, de leur français boiteux, on imagine mal les orateurs qu'ils deviennent lorsqu'ils retournent dans leur langue." Le film La langue de Zahra est un magnfique témoignage de femmes entre la France et l'Algérie, un hommage aux « analphabètes de grande culture ». Il est le premier long-métrage documentaire de la réalisatrice franco-algérienne Fatima Sissani présenté cet été aux Etats généraux du film documentaire de Lussas (le 26 août 2011) et aux Ateliers d'Angers (le 29 août). La cinéaste interroge sa mère kabyle vivant dans les tours d'Argenteuil.  Le portrait de Zahra est touchant de poésie. Il dit l'histoire de l'exil mais aussi la dignité d'un peuple. C'est à voir à Montataire au Cinéma Le Palace le 7 octobre 2011. Le rêve utile de Simon Njami "La culture africaine est très dynamique, vivante" constate le curateur (commissaire) de l'exposition Un rêve utile, vue en 2010 au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles, "mais il manque les moyens et les infrastructures pour que les arts s'exposent, s'expriment." Les cinquantenaires des indépendances ont été des occasions manquées. Un rêve utile est une vue d'ensemble de la photographie africaine actuelle (1960-2010). L'Occident colonial a longtemps eu le monopole du regard sur le continent africain, avec ses clichés exotiques. La photographie a émancipé le regard des Africains sur eux-mêmes. Né à Lausanne de parents camerounais, Simon Njami a tout d'abord été journaliste à Paris, co-fondateur et chef de rédaction de la revue culturelle Revue noire. De 2000 à aujourd'hui, il a conçu de nombreuses expositions d'art et de photographie dans le monde entier. Ecrivain prolixe dans les années 1985 à 1990, aujourd'hui sur mille projets, agitateur d'idées, remueur de sensibilités, mais il ne se laisse jamais emporter par la pression du marché, suivant son propre rythme."Si tu veux te mélanger, il faut que tu existes d'abord" dit ce fils d'un professeur de théologie et de philosophie bassa installé en Suisse (d'une famille de sept enfants). Il a fait toutes ses études dans une école internationale de Lausanne. Il a toujours dévoré les livres. Il monte une exposition comme une fiction. "Laissez à l'entrée tout ce que vous croyez savoir sur l'Afrique. Sinon, en sortant, vous serez perdu." (d'après Afrique Magazine)  Simon Njami est l'un des artistes qui ont été invités à témoigner dans le film Untitled. Portraits d'artistes en clair-obscur, succession de conversations intimistes où Bili Bidjocka, Joel Andrianomearinoa, Zoulikha Bouabdellah, Patrice Chicaya, Bruce Clarke nous parlent d'identités, de métissage, de regard sur l'autre, du rapport aux origines, de la sublimation par l'art. Ils disent aussi leur lutte pour être reconnus. Le film Untitled (Nicolas Fontang, 2009, 52') est présenté le 9 octobre 2011 à la Cité nationale de l'histoire de l'immigration. Les presque-songes de Joel Andrianomearinoa Voilà un artiste plasticien pour qui l'itinérance est un art de vivre autant qu'un moyen pour vivre de l'art. Ce printemps 2011, il était à Antananarivo, sa ville de naissance, pour l'avant-première de son exposition 30 et Presque-Songes, avant de la présenter à Paris puis à Port-au-Prince, Douala... Toute l'oeuvre de Joel Andrianomearinoa est croisement, des temps, des corps, des espaces, des matières. "La seule chose qui m'importe, c'est de faire avec le temps. Et ce qui m'angoisse le plus, c'est de n'être jamais dans le temps, d'être dépassé." Sa manière de répondre à ce défi, c'est d'être en permanence à contre-courant. Incessant va-et-vient entre ici et ailleurs, entre affirmer et nier, entre construire et déconstruire, habiller et déshabiller, remplir et vider, froisser et plier, éclairer et éteindre.  Parti pris du noir: "Le noir n'est pas seulement une couleur. C'est une attitude..." qui dérange, qui intègre, qui fait sens, qui tend vers l'universel. Joel Andrianomearinoa mêle les étoffes parce que les tissus peuvent se superposer, se mettre en scène, se nouer, se découper, s'assembler, parler, muter (vêtement le jour et couverture la nuit). Il y a une vie dans les plis, des effets de surprise, de découvertes, des manipulations. "Je suis quelqu'un qui fait des images" dit l'artiste, alchimiste. (d'après Revue noire) Bruce Clarke car l'humanité n'est jamais stationnaire C'est à Paris, dans le quartier du Marais, que Bruce Clarke expose actuellement et jusqu'au 15 novembre 2011, au Musée des Arts derniers. Ici, au 28 rue St Gilles, Paris 3, on dit "arts derniers" par opposition à "arts premiers" comme primitifs, qui est le terme généralement utilisé pour parler de l'art africain. L'exposition Who is afraid ? est une galerie de portraits d'Africains anonymes, de boxeurs peints en acrylique ou aquarelle par collages successifs. Sur un fond bleu, trois femmes sont inquiètes, les clandestins sont en route vers l'Europe. L'oeuvre de Bruce Clarke, artiste sud-africain qui travaille sur l'apartheid ou le génocide du Ruanda, est percutante, engagée. "On vit dans un monde d'images, explique-t-il, où une minorité dominante impose son regard et il s'agit d'inverser le rapport de force." L'art comme contre-pouvoir, contre toutes les mystifications, face aux vérités imposées. Qui a peur ?  L'écriture infinie de Bili Bidjocka "Ecrire comme si c'était la dernière chose que tu peux faire avant qu'on ne te tranche la main" conseille Bili Bidjocka, car l'écriture manuscrite s'éteint, remplacée par la technologie. L'écriture infinie est une oeuvre de cet artiste peintre d'origine camerounaise qui vit à Paris depuis l'âge de 12 ans. Mais le séjour dans l'eau ne transforme pas un tronc d'arbre en crocodile; l'oeuvre de Bili Bidjocka est ancrée en Afrique. L'exposition Fictions 3, troisième volet d'un projet initié en 2009 au Cap et à Paris, est une parabole philosophique et humaine où deux continents, deux histoires se rencontrent. Deux rois devisent sur les affaires de leur royaume, sur le dur métier de régner. Ils parlent philosophie, poésie, musique, comparent leurs instruments. Ils jouent aux échecs. La métaphore où Saint-Louis (1214-1270) rencontre Soundiata Keita (1190-1255), empereur du Mali, renvoie à notre troisième millénaire et le spectateur devient acteur de sa propre fiction. De l'autre côté du miroir, il nous reste à voir le monde tel qu'il aurait pu être... La fable est un clin d'oeil, une invitation à un transfert de nos perceptions du monde. Le plasticien n'utilise ni toiles ni pinceaux. Il a fait les Beaux-Arts à Paris mais il n'a jamais réussi à peindre les corps. Alors dans son atelier des Frigos à Paris, il suspend des objets qui flottent dans le vide. Ses oeuvres sont femelles. Pas comme les sculptures qui sont des érections. Au Louvre, constate Bili Bidjocka, il manque les Noirs et les femmes. Le manque est le même: celui de l'expérience poétique. Bili Bidjocka a connu la révélation artistique alors qu'il était gamin dans les rues de Douala, fils d'un fonctionnaire international. A l'adolescence, il jouait plutôt de la musique et surtout il dansait. Mais il n'aimait pas s'exposer. Après une scolarité chaotique, il découvre la vie à Saint-Mauriice (Val de Marne), en collant des ardoises récupérées, en rencontrant l'artiste suisse Verena Merz avec qui il danse et il commence à fréquenter les Beaux-Arts de Paris. Il se met à travailler avec acharnement. En 1985, il s'installe aux Frigos, fréquentant le monde des artistes et vivant de petits boulots. "Enduire un mur, c'est une expérience à vivre". Son coup de chance ? La rencontre avec Katerina Koskina qui lui fait découvrir son africanité, d'origine bassa. Les Bassa sont des aristocrates anarchistes. Bili a trouvé son identité. Il peut maintenant se mélanger. (d'après Jeune Afrique) Habib Dembélé Guimba, star et immigré Le 21 octobre 2010, les artistes maliens étaient sur scène au Zénith de Paris, à l'invitation de Fantani Touré, la griotte de Bamako à la voix pure et vibrante qui chante la poésie, la femme, la tolérance. Sur la scène, elle avait invité et honoré les artistes de la diaspora qui contribuent au rayonnement de l'art et de la culture du pays. Parmi eux, le "Guimba national", le comédien le plus populaire du Mali, Habib Dembélé, complice sur scène et conjoint dans la vie. Acteur de cinéma, comédien au théâtre, écrivain, poète, Habib Dembélé dit Guimba est aussi un citoyen engagé. Pour lui, l'art n'a pas de sens s'il n'est pas engagé. Il cite Federico Garcia Lorca: "Un théâtre qui ne prend pas en considération toutes les pulsions de son peuple est un théâtre moribond". Lui-même, pur produit de l'Institut National des Arts du Mali, a fait le tour du monde en porte-drapeau du théâtre malien.  Le film Star et immigré (de David Helf et Eva Santamaria, 2009, 52') raconte son expérience d'artiste confronté à l'immigration entre la France, le Mali et les lieux de ses tournées. Il se termine par un extrait du spectacle qu'il a donné dans le grand stade de Bamako: le visa de Kanuté. Du stade de Bamako au Zénith de Paris, il y a la même fougue d'un artiste dans la cité, suivant de très près l'actualité de son pays à la veille des présidentielles de 2012 (au Mali), avec selon lui un enjeu majeur: lutter contre la corruption. Pour ce combat là, il faut être révolutionnaire. Soyons-le ! Le film est à voir, pendant le Festival, le 14 octobre 2011, au Centre social de Méru et au Safran à Amiens. (d'après Maliweb) Aldona, "une Kate Bush slave inspirée par le théâtre japonais" (Libération) Elle donne un visage à la liberté, un nom ou plutôt un prénom à l'âme slave, une voix à la lumière, une mémoire au monde. Aldona Nowowiejska, mais dîtes simplement Aldona, a l'inspiration de son innocence toute enfantine, la dignité de son peuple de Pologne et elle chante, elle joue de la musique, elle joue la comédie. Aldona compose, écrit, interprète, en polonais parce que c'est de là que vient son univers sonore, les bruits de la rue, de la fête, de la guitare de son père et de ses chansons paillardes, ceux de l'église, du cabaret, du théâtre. Née en Pologne, elle est arrivée en France en 1998 après des études d'art dramatique à Varsovie pour entrer au CNSAD à Paris. Son nouvel univers, c'est désormais Belleville et ses langues, ses cultures, ses parfums qui se mélangent. Le monde d'Aldona n'a pas de frontières. L'Amazone de l'Est propulse le spectateur dans un tourbillon de sons interprétés par ses musiciens, tous des "pointures", Stephen Harrison, rencontré en 2002, Raphaël Dumas, en 2004, Michel Schick, en 2008.  Sur la scène s'ébattent en liberté la guitare, la mandoline, le banjo, la contrebasse, la clarinette basse, le ukulélé, les percussions et surtout cette voix, envoûtante, tantôt murmurée et tantôt criée, qui nous captive et nous transporte dans un monde imaginaire. Peu importe de comprendreou non les mots (elle chante en polonais, en grec, en lapon, en russe, en français), on se laisse guider par les émotions, par cette explosion de sincérité, par cette poésie. Aldona n'est alors plus ni Polonaise ni Française mais tout à la fois le métissage de Belleville où se devinent les échos de l'Afrique, la flamme du flamenco, les rythmiques orientales, les énergies tsiganes et slaves, les notes indiennes... (d'après Métisse Music) A la dernière fête de la musique, Aldona est venue à la Cité nationale de l'histoire de l'immigration, autour de l'exposition Polonia. Le 8 octobre 2011, elle vient au Festival Les yeux ouverts sur l'immigration (le programme détaillé en cliquant sur le lien), à Beauvais, spectacle précédé par la projection du film documentaire Kawalek Lata de Marta Minorowicz (Grand Prix International à Clermont-Ferrand 2011). La Kate Bush slave inspirée par le théâtre japonais, dixit Libération, sera bien là, pour un moment inoubliable. (en archives, les éditions précédentes du festival pages suivantes).
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