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"Donne-moi ma liberté et libère mes mains J'ai tout donné sans retour Ah ton lien blesse mes poignets Pourquoi le garder s'il ne m'a pas épargnée Moi qui ai respecté les serments que tu as brisés Pourquoi resterais-je alors que le monde est mien ?" Al Atlal, chanson-culte de Oum Kalthoum, devenue l"hymne de la révolution arabe dans la voix des femmes.  « Big Brother. L'artiste face aux tyrans ». C'est à Dinard, au Palais des Arts et du Festival, que l'on peut retrouver Zoulikha Bouabdellah jusqu'au 11 septembre 2011, après son exposition madrilène à la Galerie Sabrina Amrani. Et encore d'autres événements à découvrir ici pour un été show : Katia Kameli est à voir à Marseille; Amina Zoubir a été vue à Paris le 22 juin 2011 au vernissage d'Alger demain au Centre culturel algérien (après l'exposition de la Galerie 59, en février-mars 2011); les images de Zineb Sedira sont à voir à la CNHI. Toutes ces artistes franco-algériennes nous parlent d'amour... Sabrina Amrani ou l'art sans frontières Française, d'origine algérienne et de formation sociologue, Sabrina Amrani a ouvert à Madrid une galerie d'art contemporain, marquée par un mot: le dialogue (voir et écouter les autres). Dans cet espace vont se croiser des artistes consolidés et émergents, de différentes nationalités, car selon la galeriste, « ni l'art, et encore moins le dialogue, n'ont de frontières ». La galerie, inaugurée le 8 juin 2011, accordera une attention particulière aux nouvelles voix qui émergent de la scène artistique d'Afrique du Nord et du Moyen-Orient. Parmi ces artistes, Zoulikha Bouabdellah était à la Galerie Sabrina Amrani du 8 juin au 20 juillet 2011 et elle est au Palais des Arts de Dinard du 11 juin au 11 septembre 2011. Sabrina Amrani Zoulikha Bouabdellah ou l'art de la transgression. « Hobb » (amour, en arabe), sculpture calligraphique en plexiglass, coloriée et positionnée comme un Kamasutra arc-en-ciel. « Noun », une vidéo où l'on voit danser la lettre la plus « érotique » (elle ressemble à un sein) de l'alphabet arabe. Nous sommes dans l'univers de Zoulikha Bouabdellah qui réinvente avec talent une culture arabe transgressée : "la transgression est une composante essentielle de la modernité, qui nous permet de nous écarter des sentiers battus, modifier les codes et regarder au-delà", dit l'artiste plasticienne. Mais qui est Zoulikha Bouabdellah ? Laissons parler son dossier de presse.  Mirage, 2011 « Zoulikha Bouabdellah est française et algérienne, bien qu'elle ne soit née ni en France ni en Algérie mais à Moscou où ses parents (ndlr, Zoulikha est la fille de l'écrivain et réalisateur Hassen Bouabdellah) étudiaient. Son histoire personnelle et son travail se développent entre différentes cultures juxtaposées, croisées et confrontées dans le temps. Zoulikha et sa famille émigrent en France, en provenance d'Algérie, au début des années 90. A cette époque, l'Algérie est dans une période de guerre civile. Mais avant cette confrontation, la jeune Zoulikha vit ces contradictions au quotidien. Le monde de femmes voilées dans lequel elle grandit se convertit chaque soir en une galerie de tableaux orientalistes sexy et de sculptures classiques représentant des femmes nues. Cette collection cachée au public appartient au fonds du Musée des Beaux Arts d'Alger et l'artiste, fille de la directrice, traverse ses galeries tous les jours, pour rejoindre son domicile situé dans le musée même. Le contraste et la synthèse impossible entre un monde extérieur puritain et répressif, où les représentations iconiques sont interdites, et cet autre monde dans lequel Zoulikha découvre une liberté esthétique et sexuelle au travers de formes artistiques, constituent un des éléments fondamentaux de son langage, une incessante recherche de liberté qui transcende les obstacles religieux, politiques, moraux ou formels. »  Le décor est planté. En 2001, dans Minaret, Zoulikha fait se trémousser cet élément architectural sacré au rythme d'une chanson de Khaled. En 2003, avec Dansons, c'est son bassin qui se trémousse au son de la Marseillaise à la manière d'une danse du ventre, paré d'un voile bleu brodé de piécettes d'or, puis un blanc, et encore un rouge. Subversion ? C'est ce qu'écrit Fadwa Miadi pour Afrique Magazine : « S'il fallait trouver un seul mot pour qualifier l'ensemble de la création artistique que Zoulikha Bouabdellah bâtit depuis une bonne dizaine d'années et qui lui vaut d'être exposée à Miami, Rabat, Paris, Le Cap, Dubaï ou Nagoya, ce serait assurément subversion. » Transgression plutôt, dit l'artiste. Zoulikha Bouabdellah est une artiste des interstices : entre «eux et nous», entre le Nord et le Sud, l'Europe et l'Afrique, le christianisme et l'islam, entre les hommes et les femmes, entre le visible et le non-dit, entre le plaisir et la douleur.  Avec Walk on the sky - Pisces (2009), Zoulikha a remporté le prix Art Dubai Abraaj Capital Prize, la plus haute distinction artistique du Moyen Orient. Avec Two Lovers (2010), le mot amour, si souvent employé dans l'art arabe, prend la forme de deux amants s'essayant au Kamasutra. Le travail de Zoulikha reflète toujours un dialogue entre les cultures. Avec Mirage (2011), l'histoire change de camp. Elle s'écrit désormais au sud, de l'autre côté de la Méditerranée où, après les révolutions tunisienne et égyptienne, la guerre civile en Libye et en Syrie, la contagion révolutionnaire gagne désormais jusqu'au Bahreïn et au Yémen. Et tandis qu'au Maroc, le pays s'engage dans une réforme politique qui se veut inédite, l'Algérie promet de son côté le renforcement du processus démocratique. Qu'adviendra-t-il de tout cela ? Nul ne peut le dire avec certitude, dit l'artiste. Restent, comme toujours dans une révolution, les images élevées au rang d'icônes. Zoulikha Bouabdellah a trouvé la sienne: "cette photographie d'un mirage des forces de Khadafi. Touché de plein fouet, il pique du nez vers le sol libyen. Le crash n'est pas encore visible mais il est déjà signifié et signifiant : le dictateur n'est plus invincible..." Zoulikha en fait une lecture mythologique : l'avion militaire, c'est Algol (le nom Algol vient de l'arabe "al Ras Ghul" littéralement "la tête du démon") ; il est une représentation de la tyrannie. L'exposition se complète alors par Donne moi ma liberté, défais mes chaînes, déviation du sens originel de la phrase chantée par Oum Kalthoum. Le cri dune femme enchaînée par l'amour et désireuse de recouvrer sa liberté devient ici un slogan révolutionnaire, une formule universelle à l'usage de tous les opprimés.  Faut-il aller à Madrid ou à Londres pour qu'existe cette parole de femmes aux racines maghrébines où par l'image, elles mettent en lumière les paradoxes de leur identité ? C'est bien à Londres en tout cas qu'a trouvé à s'exprimer cette autre « performeuse » française à l'immense talent, Zineb Sedira. Zineb Sedira ou l'écho de la mémoire Un homme est sur un ferry. Il est seul. Il regarde la mer. Son regard nous entraîne au loin. Cherche-t-il Alger d'où il vient ou Marseille où il va ? Middle Sea. La Méditerranée est à la source du travail de Zineb Sedira, née en 1963 à Gennevilliers, de parents algériens immigrés. L'artiste s'exprime par la vidéo et par la photo, par lesquelles elle tente de reconstituer le puzzle d'une vie passée à questionner son pays intérieur.  Il y a d'abord cette enfance en banlieue parisienne, cette mère qui pour qu'elle ait de bonnes notes à l'école lui faisait avaler la potion du taleb, un verset du Coran, écrit sur un morceau de papier et dilué dans l'eau. De la fabrication de ce talisman, sorte de potion magique, elle a fait un film où, au lieu d'un hadith, elle a mis l'image d'une femme. Après des études d'arts graphiques à Paris, Zineb est partie à Londres en 1986 pour apprendre l'anglais. Elle y est restée... En s'éloignant de sa famille, de la communauté maghrébine de France, elle opère une rupture, rencontre une Angleterre sans histoire avec l'Algérie où elle découvre des auteurs algériens connus en Grande-Bretagne et ignorés en France. En 2002, Zineb Sedira retourne en Algérie après une douzaine d'années d'absence due à la guerre civile. Elle filme d'une voiture la côte algérienne entre Alger et Tipaza. And the road goes on. Tous les films de Zineb Sedira sont intitulés en anglais. Et la vie continue. Malgré et après la guerre coloniale puis la guerre civile, les Algériens continuent de vivre, d'être. En 2005, une institution anglaise Film and video umbrella lui accorde un budget qui lui permet de réaliser Saphir, un retour en images à Alger, ville méditerranéenne, puis Middle Sea, entre Alger et Marseille. En 2006, Zineb Sedari filme la terre de ses ancêtres (« La terre de mon père ») dans la région de Sétif, en même temps que Points de départ qui raconte l'émigration. En 2010, elle expose à la Galerie Manet de Gennevilliers, la ville de son enfance.  Depuis 2008, la Cité nationale de l'histoire de l'immigration présente Zineb Sedira de façon permanente dans sa filmographie. Pourtant en 2010, avec le même film Rebelling histories my mother told me..., elle connaît la censure à Vallauris où le maire UMP interdit sa présentation « par mesure de sécurité ». Zineb est choquée et surprise : « La guerre d'Algérie a eu lieu il y a cinquante ans. Il n'est pas normal qu'il y ait autant de difficultés pour parler de ces choses en France ». Zineb Sedira veut casser les incompréhensions. En filmant les maisons coloniales de la côte algérienne, elle veut redonner une mémoire à ces Français d'Algérie qui ont été là et qui se sont sentis obligés de partir. Zineb cherche l'universel entre Paris, Londres et Alger ; elle est un peu apatride ; elle habite un pays mosaïque. Katia Kameli ou l'utopie nomade C'est par l'image également que Katia Kameli exprime ses intuitions. Le rôle de l'artiste est de générer des formes qui vont élargir la pensée. Une création devient une narration où l'artiste se raconte en faisant partager sa réflexion. L'histoire personnelle de Katia Kameli l'a poussée très rapidement à se positionner, à donner son opinion. Il y a d'abord cette identité plurielle, entre l'Algérie de son père et la France de sa mère. Cela donne à son travail ce caractère protéiforme qui exprime l'entre-deux. Mais l'identité n'est pas duale, elle est hybride.  Née en 1973 à Clermont-Ferrand, Katia passait environ 3 mois par an dans sa famille en Algérie, jusqu'en 1991. Passionnée par l'image, après des études à Greenwich et son Diplôme National d'Arts Plastiques à l'Ecole Nationale des Beaux-Arts de Bourges, elle part en stage Erasmus à Vienne en Autriche où elle a l'opportunité de présenter ses premières créations au Semper Depot en 1998. Cette année-là sera celle de son retour en Algérie. Elle retrouve un pays mutilé où il était très compliqué de faire des images à l'extérieur. Elle va donc se concentrer sur l'espace intérieur, l'espace féminin. Elle réalise les films Nouba (2000) et Aïcha (2001). En France, pendant cette période, peu d'informations sur l'Algérie étaient disponibles. L'idée de Bledi est née de cette frustration. Elle suit son intuition, elle construit le story board de son film en téléchargeant les unes des journaux. Pendant le tournage de Bledi, elle passe quelques jours à la cité universitaire de filles de Ben Aknoun, sur les hauteurs d'Alger. Les étudiantes qu'elle rencontre lui font part de leur malaise quant aux images diffusées par l'Occident. Elles ne montraient pas la réalité qu'elles vivaient en Algérie. Le film se construit comme une histoire, dans son double sens qu'en anglais on traduit par history, la mémoire des hommes, et story, le récit. Bledi, un scénario possible est présenté en 2003 à Turin (Artissima) et à Bourges (Bandits-Mages), alors qu'elle intègre le Collège-Invisible de l'ESBAM à Marseille. Katia Kameli se déplace d'un système de pensée à un autre. Son nomadisme est créateur. Elle prend conscience que le cinéma algérien n'a besoin que d'un catalyseur pour renaître.  Trans Maghreb sera cet espace, un workshop de circulation et de collaboration entre les trois pays d'Afrique du Nord. Soutenu par l'ambassade de France en Algérie et la fondation Azalaï, Trans Maghreb accompagne les réalisateurs sélectionnés durant toutes les étapes de réalisation (travail sur les scénarii, découpage, tournage, montage et mixage). Cinq ans plus tard, on peut constater les effets de cette volonté partagée. La nouvelle génération du cinéma algérien voit sa production diffusée dans les festivals internationaux : Sektou de Khaled Benaïssa a reçu le prix du Fespaco et celui du Panorama des cinémas du Maghreb en 2010 ; le film Les Baies d'Alger de Hassen Ferhani a été présenté aux festivals de Clermont-Ferrand, Montpellier, Tanger, Montréal...  Katia Kameli n'en oublie pas pour autant son travail personnel : exposition à Casablanca avec une nouvelle vidéo, Dissolution, des collaborations à Londres, une exposition collective à New-York,.. Cet été 2011, Katia Kameli investit les locaux de l'entreprise Futur Telecom à Marseille. Les Ateliers de l'EuroMéditerranée, mis en place par Marseille-Provence 2013, ont pour objectif de faire entrer des artistes dans des entreprises et lieux publics. Pour cette exposition, Katia Kameli s'appuie sur Sept actes d'amour en sept jours d'ennuis, l'installation réalisée à New York en 2008. Les employés de Futur Telecom fournissent la matière à l'artiste lors d'entretiens où ils font partager leur rapport à la ville, leur perception de Marseille, leur vécu, leur ressenti. L'art vient habiter l'entreprise, dans la Capitale européenne de la culture 2013, avec Katia Kameli. Amina Zoubir à consommer sans modération Alger demain, c'est l'intitulé d'un concours de jeunes talents du cinéma (Alger) et celui d'une exposition de jeunes artistes plasticiens (Paris). En juillet 2011, à Alger, les Journées cinématographiques ont couronné de jeunes réalisateurs de courts-métrages et à Paris, le Centre culturel algérien accueillait l'exposition d'artistes. Dés l'hiver dernier, dans la capitale française, les artistes ont rendu hommage aux immolés qui ont fait « le printemps arabe ». L'événement (du 16 février au 6 mars 2011) était à la Galerie 59 (rue de Rivoli à Paris) avec l'exposition Alger demain. De jeunes artistes algérois, aux talents multiples, présentaient leurs créations : Hassiba Boufedji, architecte d'intérieur et designer, Mounia Frada, designer et enseignante en arts plastiques, Mehdi Djelil, artiste peintre, Soraya Kerdjani (So K), plasticienne, photographe et, à l'occasion, styliste. Pour le vernissage, So K avait habillé Amina Zoubir en robe de mariée, en signe d'espoirs heureux pour le monde arabe.  Amina Zoubir est de cette nouvelle génération d'artistes (elle est née à Alger en 1983) qui a pu découvrir la vidéo lors du workshop Bledi in progress avec Katia Kameli. Comme son mentor, de dix ans son aînée, elle est photographe et vidéaste. Son premier court métrage Khod E'Trolli wa Choff (Prends le bus et regarde) a été projeté au Marché du court pendant le Festival du court métrage de Clermont-Ferrand aussi bien qu'à Transat vidéo à Caen. Cela l'a encouragé à réaliser d'autres vidéos, menant toujours à une réflexion sur la relation entre l'art et la société. Diplômée en Design Graphique de l'Ecole Supérieure des Beaux-Arts (ESBA) d'Alger en 2006 puis en Master Théorie et pratique de l'Art contemporain et des nouveaux médias à l'Université de Paris 8, elle poursuit ses études en Doctorat Esthétique Science et Technologie, spécialité Art Contemporain et Photographie à Paris 8. Retour sur le parcours sans faute d'une jeune créatrice en devenir. ESBA, Alger 2004 : l'ESBA rend hommage à son ancien directeur Rabah Asselah, assassiné dix ans plus tôt avec son fils dans la tourmente terroriste. Amina est là, nourrissant tous ses projets. 2005 : elle redessine la Mona Lisa pour lui attribuer une dimension arabo-musulmane. Amina a la désinvolture de la street culture. Elle présente à l'ESBA une exposition de photos de recettes à consommer sans modération au ftour (rupture du jeûne) pendant le mois de Ramadan. Les photos sont des gros plans sur des courbes sensuelles de filles en jean dont on ne voit pas le visage, délibérément suggestives, voire sexy, dans des tirages en noir et blanc « délavé ». Sur ces courbes elle a inscrit les meilleures recettes.  De son balcon, elle photographie les trabendistes (vendeurs à la sauvette) qui occupent les arcades des immeubles hausmanniens du cœur d'Alger. Elle photographie les anciens, grands-pères, grands-mères, voisins, voisines, dont les visages trahissent l'empreinte du temps. Elle photographie des paraboles qu'en Algérie, on appelle « assiettes ». Et puis des tombes qui disent la peur de la mort et l'absence. Elle photographie des escaliers magiques. 2006 : Amina découvre la vidéo avec Katia Kameli, filme la lumière d'Alger à peine sortie du noir, la génération du terrorisme qui construit la nouvelle Algérie, la vie quotidienne des gens d'Alger centre, leur histoire, leur rêve. Elle prend le bus et elle regarde. 2007 : elle filme l'appel noble du Moâdin quand le corps et l'esprit s'éveillent à la prière, vers le haut, vers le ciel, vers le Dieu unique qui nous observe... et puis Amina Zoubir arrive en France. Alors, elle filme Paris, ses monuments célèbres, ses merveilleuses richesses urbaines, sa population cosmopolite, ses passants pressés, ses SDF qui dorment à même la rue au pied de leur bouteille d'alcool. 2008 : elle filme les femmes des sociétés arabes dans leur état végétatif, passées du tutorat du père à celui du mari, sans mot à dire, sans droit à la pensée. Elle filme l'intime, l'image de soi dénudée mise en scène avec des légumes, des tomates trop mûres, à consommer avec ou sans modération. Elle filme le temps que rythment les prières, les tâches ménagères récurrentes. Elle filme l'ennui, le vide mais qui n'est pas l'absence d'histoires. Elle filme Bari (Italie), la ville qui est « l'un d'entre nous », Morsiglia, village du Cap Corse dont le maire, un vieil activiste autonomiste, invite des artistes du monde entier pour mettre en images l'envie de nature. 2009 : elle arrive à Douala un soir d'avril chaud et très humide. Elle filme l'acte d'uriner dans les rues de la ville. Le spectateur suit le flux de l'urine jusqu'au verre d'eau à table. Elle filme le geste qui émet un son. Elle assouvit ses délires et désirs les plus déjantés en usant des procédés techniques les plus sophistiqués, où l'univers sonore a autant d'importance sur l'impact visuel que l'image elle-même.  2009 : habillée en tenue traditionnelle algéroise, spécialement réservée au mariage, Amina Zoubir parcourt les rues de New York. A la recherche du prince charmant ? Elle « performe » à Pontevedra (Espagne), projette des images sur des murs qui se font face et sur un mur perpendiculaire. Elle envahit l'espace de voix féminines énonçant des recettes de cuisine. Dans les rues d'Alger, seules les voix d'hommes occupent l'espace. Malaise ! 2010 : Amina « performe » à la Friche des Paniers à Marseille, montre la ville en mutation, couche successive de mémoires. 2011 : Amina Zoubir s'interroge : dans quel monde vivons-nous ? quel sens donnons-nous à notre vie ? Elle filme le sacré des femmes, une robe de mariée, et le sacré des hommes, un ballon de football. Elle filme des femmes voilées se déployant dans des espaces clos, qui s'effacent dans le décor. Elle filme des corps de femmes en mouvement, des hanches et des ventres qui se parent de strasses pour se libérer.  « Suis-je artiste ? Qu'est-ce qu'être artiste aujourd'hui ? Je ne le suis peut-être pas. On ne peut pas m'en dissuader et pourtant, je souffre d'une très forte anxiété. Je veux créer. » |