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Tout commence dans un petit village, non loin de la capitale turque. Les générations se succèdent et se ressemblent : tous ont ce rêve de l'ailleurs, là où les arbres ont des billets de banques pour feuilles, là où les rues, les avenues sont pavées d'or ... Tous. Mon père part à la quête de ce monde enchanteur seul, laissant sa femme et ses deux enfants au village, chez ses parents. Il revient quelque temps plus tard et décide qu'il ne pourra pas une fois de plus repartir seul. Il emmène sa femme et son fils cadet avec lui, sa fille aînée ne voulant pas laisser ses grands parents. Une fois sur place la vie est plus difficile que prévue, la différence de culture, le choc est trop rude, mais petit à petit tous s'y font. Et là je pointe mon nez un hiver en 1985, ma mère n'a toujours pas de papiers en règle et mon père se complait à m'appeler « ma petite fille sans papiers ». Je nais en tant que sans papiers. Après quelques mois nous rentrons au pays sans mon père, je n'ai que 6 mois. Pendant qu'il travaille et se démène pour avoir enfin des papiers en règle pour ma mère, je fais mes premiers pas au village, j'apprends à parler ...La veille de mon premier anniversaire, nous repartons. Nous sommes tous réunis.
Ensuite les années se succèdent, identiques, marquées par l'incompréhension d'une double culture : j'ai eu du mal jusqu'à il y a quelque temps à me sentir Française ET Turque. D'autant plus que dans mon entourage les turcs étaient très peu, nous avons toujours vécu loin des cités où sont regroupés les « nôtres ». Mon père a toujours préféré nous voir entasser dans des chambres minuscules à trois et nous épargner l'environnement des cités, et je lui en suis extrêmement reconnaissante, maintenant que je connais quel peut être le poids d'une communauté... Aujourd'hui, étudiante en commerce, j'évalue ma chance d'avoir eu des parents ouverts, ambitieux mais désireux de nous inculquer les valeurs chers à leurs cœurs : le partage, la tolérance, la transmission de notre culture si complexe ... Notre culture ...avec ses türkü, ses principes, ses traditions, elle a été au cœur de notre vie, tout le temps. J'accepte enfin ma double culture, j'ai compris que c'était avant tout une richesse, je l'ai apprivoisée, elle a cessé d'être un handicap. Cependant les difficultés persistent, le regard des autres, leur intolérance, et surtout leur méconnaissance de ma culture m'ont maintes fois blessée. Je me suis lancé un défi : casser ces stupides préjugés qui ternissent la diversité de mon pays, de mon peuple : ma richesse... Une étoile dans le RER Je m'appelle Yildiz, on me prénomme généralement Yildizcik ou Etoile. Je suis née en février 1982 à Paris, j'ai passé mon enfance dans un petit quartier du 17e arrondissement. Aujourd'hui j'habite dans la banlieue sud de Paris. Tous les matins je vais travailler dans un quartier très animé à Paris. Après des études de comptabilité, je me suis spécialisée dans la gestion. Je suis gestionnaire dans le service import export des semences au Ministère de l'Agriculture. Ma turcophilie est née avec la découverte du mysticisme soufi et de la confrérie de Mevlâna Djalal al-Din Rumi. A 16 ans ma sœur m'a présenté un écrivain exceptionnel Madame Eva de Vitray de Meyerovitch, à présent décédée. Je n'oublierai jamais les traits de son visage, agonisante. C'est en lisant ses livres, en écoutant les récits de ses voyages assise près de son lit, que j'ai découvert le soufisme et la richesse de la ville de Konya d'où mes deux parents sont originaires. Grâce à ses traductions cet écrivain a permis de faire connaître au monde occidental Mevlâna et sa pensée. J'ai découvert une philosophie soufie extraordinaire, riche et humaine. Ayant beaucoup voyagé grâce à ma sœur, j'ai assisté à des conférences en Amérique et dans certains pays d'Europe. J'ai été fascinée par l'importance de Mevlâna. Outre mon émerveillement pour le soufisme Mevlevi, ceci me rend fière de mes origines turques et aussi de la ville de Konya. A chaque voyage dans cette ville, je visite le mausolée de Mevlâna, j'ai l'impression d'être attirée par lui. C'est comme s'il me disait "viens, viens, qui que tu sois viens...". Je me souviens d'un rêve où j'entendais cette phrase, le lendemain je parti tôt rejoindre le mausolée. Je me sens comme on dit en turc "Mevlâna torunuyum", une petite fille de Mevlâna. Depuis l'âge de 16 ans, je suis plongée dans les livres et les musiques soufie. Quand j'écoute ces musiques, je suis détendue, il m'arrive même de vouloir me lever et de tourner comme un derviche. C'est pourquoi après le saz je me suis mise aux cours de ney, je vais d'ailleurs commencer avec le célèbre musicien Kudsi Erguner Concernant ma double culture, je me sens aussi bien française que turque, ainsi je ne dirai pas que je suis à 100% turque. Cependant la Turquie me manque beaucoup, le ezan, les plats, les champs, les villages ! J'espère inchallah avoir l'occasion cette année d'y aller, après 4 ans d'absence. Mon rêve serait de visiter les régions de la Mer noire et certaines villes comme Zonguldak, Sinop, Trabzon, Rize, Ordu, Giresun, Bayburt, Artvin... Aussi plus particulièrement Istanbul, que je ne connais pas... Un Volkan en effusion Je m'appelle Volkan, 25 ans, né sous le signe des Gémeaux. Je suis diplômé depuis peu, ayant obtenu un Master d'école de commerce, Administration des Entreprises plus précisément, ce qui signifie, que cette formation me permet de voir en globalité comment fonctionne une entreprise à tous les niveaux (du marketing à la force de vente en passant par la finance, la gestion des flux de stocks, etc ) et avec une touche d'internationale (ouverture, analyse du marché et implantations à l'étranger notamment). Ce diplôme a fait davantage plaisir à ma mère qui s'est dit : "ouf en sonunda adam ettim bu oglanı" , en gros, c'est devenu un "homme", quoique sur le plan : réflexion personnelle, certains jours, ce n'est pas ça. Parce qu'avant cela, j'ai eu la chance de pouvoir, sur le plan des études, tester toutes les voies et filières que proposait l'Education Nationale, c'est-à-dire, général, jusqu'en 3ème, 2 ans de B.E.P. (secrétariat, non ce n'est pas parce que je voulais être avec des filles, c'est pour cela d'ailleurs que je les comprends... parfois... ), technologique après une première d'adaptation, pour finalement revenir dans le giron général avec un D.U.T. et pour, pratiquement , finir avec 3 ans d'école de commerce. Aujourd'hui, je suis une formation, en alternance, pour valider mon diplôme et mon Master dans une société d'informatique où je m'éclate complètement. Sur le plan associatif, je suis membre (au début adhérent puis maintenant dans la direction) depuis plus de 3 ans de l'A.E.F.T. (Association Etudiante Franco Turque) avec laquelle, nous essayons d'aider, à tous les niveaux possibles dans la mesure de nos moyens, les étudiants franco-turcs. Mes passions ? Principalement deux, en tout cas pour lesquels, je trouve toujours du temps : l'Histoire (avec un grand H) car ça vient de l'enfance où je passais mon temps à lire des livres sur tout ce qui concernait les faits historiques et parce qu'une personne doit connaître le passé pour avancer dans le futur et vivre le présent. Et puis le basket-ball, parce que ce sport est ancré dans mon coeur depuis l'adolescence et le club d'Efes, dont je suis un fervent supporter. Etant né en France, la Turquie n'était pour moi, dans ma jeunesse, que le pays des vacances, de la famille et du farniente, bon d'accord, surtout le farniente, on doit l'avouer. Mais avec le temps, le fait d'être à la fois français et turc et d'avoir la chance de connaître deux pays est un facteur important dans ma vie mais je n'ai jamais été dans le "délire" de m'intégrer, puisque, grâce à l'éducation reçue par mes parents, je me suis toujours senti français en France et turc en Turquie sans distinctions ni reniements de mes origines. D'ailleurs, j'ai toujours considéré les doubles cultures comme une richesse pour soi-même mais aussi pour les autres dans la mesure où ça permet de connaître plusieurs cultures, plusieurs traditions, plusieurs langues aussi, la multitude est source de connaissances. Une double culture permet d'avoir une vision plus large et une ouverture d'esprit qui favorise les échanges et le dialogue plutôt que la fermeture et l'ignorance. En même temps, quelles que soient les origines de la personne, il suffit tout simplement d'apprendre à la connaître et d'essayer de partager ses connaissances, c'est pourquoi, que l'on soit turc, français ou autres, l'essentiel est de trouver sa voie et de savoir découvrir ce que l'autre a au fond de son cœur. La Turquie et la France ont beaucoup de points communs mais il est nécessaire de faire l'effort de sortir tout cela au grand jour et de faire accepter sa "personnalité" sans pour autant renier ses racines.
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