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10-12-2010

Rendez-vous avec le siècle. La movida turque s'invite en France. Celles et ceux qui ont leurs racines de l'autre côté du continent apportent à ce pays une fraîcheur, une authenticité, une créativité remarquables. Bien sûr, ce n'est pas la première fois que nous partageons avec vous ce bouillonnement culturel dans la jeunesse franco-turque et dans l'immigration venue de cette Europe orientale.

                                       

Mais quel plaisir de découvrir encore dans ces colonnes les talents de Deziray Zengin, le graffeur, d'Emel Bayram, la photographe, d'El Turquito, le danseur de tango, l'énergie de Özlem Akdoğan, la chef d'entreprise, ou encore l'engagement citoyen  et politique de Ulkü Yanik ! Et tellement d'autres personnalités (pour de nouveaux articles !) dont beaucoup se retrouvent sur les ondes de Made in Turkey, MIT, la radio des turcophiles. Rendez-vous avec l'histoire. En turc on dit randevu. Randevu avec NOTRE histoire.

 Emel Bayram, la déesse de la photographie

Gracile, volubile, funambule, noctambule, pas facile de saisir Emel entre Paris et Istanbul. De retour du Bosphore en ce mois de décembre 2010, elle voit Paris sous la neige. Sa messagerie est pleine. Trop de mots. Emel Bayram préfère la photo à l'écriture. Elle est photographe professionnelle, free lance depuis 2007. Non, elle est plus que photographe, elle est la déesse de la photographie. Chacune de ses photos est une création, une oeuvre d'artiste, une composition où chaque détail compte. Elle travaille pour la mode et ses modèles sont sublimées par la lumière, par le mouvement. Emel Bayram capture la beauté, mais une beauté toujours étrange, des cheveux qui font des vagues, des yeux qui hypnotisent, des lèvres qui suggèrent, des corps qui caressent les vêtements. "C'est le genre de beau qui intrigue" dit un fan, une beauté sauvage. Emel saisit les sentiments. Les photographies d'Emel Bayram sont aériennes, légères, çok seksi, so sexy. La femme au gré des fantaisies de l'artiste se fait nénuphar ou épi de blé, explosive ou boudeuse, lunaire ou solaire. La photographe aime les ambivalences. Les vêtements dessinent les corps, les habillent et les déshabillent.

                     Emel Bayram

 (ne dit-on pas que la patronne des photographes est une femme d'Antakya, Antioche, Sainte Véronique  ou Bérénice ?)

Emel Bayram est fashionist. Elle travaille pour Dice Kayek, pour Deby Debo, pour Marz Atashi. des amis autant que des clients, des partenaires. Sans doute avez-vous déjà vu les photos d'Emel sans le savoir, dans Grazia, Cosmopolitan... et même dans la presse people. De retour d'Istanbul, Emel n'a pas trop le temps de se raconter à vous mais inutile de faire parler Emel, ses photos parlent d'elles-mêmes.

L'esprit d'entreprise d'Özlem Akdoğan (article de Claudine Chaupitre, Ouest France)

Regard d'ambre  et sourire à faire craquer un bataillon de maçons, cette jeune femme est dotée d'un sacré tempérament. Les trois frères et soeur crèent leur première société en 2006, quelques années après le dépôt de bilan de l'entreprise de construction créée en 1990 par leur père arrivé de Turquie dix ans plus tôt. La jeune fille avait tout juste 15 ans, du temps de l'entreprise paternelle, quand déjà elle se faisait expliquer par la comptable comment on faisait une fiche de paie. "Je me suis mariée à 18 ans, j'ai eu ma fille et j'ai repris mes études, je voulais mon bac, je l'ai passé en alternance", raconte-t-elle. Akdoğan Constructions, installée à Trégueux, monte pavillons et résidences en Côte d'Armor et dans le Morbihan. Traditionnels ou basse consommation. Özlem commercialise et gère la comptabilité, ses frères montent les maisons. Une belle-soeur, dessinatrice, se charge des plans. Le plus souvent, l'entreprise est sous-traitante de constructeurs connus. Un système duquel Özlem souhaite en partie s'émanciper, et qui fait travailler un peu trop au jour le jour la petite entreprise. "Certains nous paient à deux mois, alors qu'ils ont, eux, déjà touché l'argent. On veut travailler par nos propres moyens. trouver des clients qui veulent construire et à qui on proposera une aide gratuite... La maîtrise d'oeuvre" explique la jeune femme. Alléchant au regard du prix final de la maison. "On leur proposera aussi, s'ils le  veulent, des artisans en qui on a confiance et on suit les chantiers, sans prendre de marge", affiche Özlem Akdoğan,"ce qu'on veut, c'est avoir nos propres chantiers de maçonnerie. Notre savoir-faire est là."

                Özlem Akdoğan

Le dernier chantier en date, c'est ce restaurant turc que la fratrie a ouvert le 6 septembre 2010 au 3, rue Becquerel à Saint-Brieuc. Un projet ambitieux dont la réalisation comble le besoin d'activité de l'ardente jeune femme. Özlem le tient, aidée de ses deux belles-soeurs, Muriel et Aurore. "On fait des recettes traditionnelles, beaucoup à base de grillades. Des saucisses grillées turques aussi..." Le restaurant est au rez-de-chaussée d'un immeuble qu'elle et ses frères viennent de construire. Au-dessus, deux appartements à louer. "Parce qu'on sait bien, nous, à notre âge, qu'on n'aura pas de retraite, je la prépare dès maintenant."

 Ülkü Yanik, l'élan jeune

A La Chapelle Saint-Luc (Aube), l'épicerie sociale est devenue un vrai service public. Elle compte aujourd'hui plus de 500 inscrits ! L'Adjointe au Maire déléguée aux affaires sociales et à la solidarité a profité de la Semaine du Goût pour exprimer aux Chapelains combien elle considère ce lieu comme un service à part entière de la municipalité tant il correspond à un besoin réel. Au coeur de la ZUP, rue Franklin, l'Espace Jeunes ne désemplit pas. Avec l'arrivée de Ülkü Yanik, en tant qu'Adjointe au Maire, il a trouvé un nouvel élan et les initiatives se multiplient pour encourager les jeunes à agir et sortir de leur quartier. Les 19 et 22 décembre 2010, devant la Mairie, on lâchera les ballons de la solidarité pour fêter Noël. Les membres de l'Espace Jeunes ont construit la maison du Père Noël et les enfants des bénéficiaires de l'épicerie sociale recevront tous un cadeau du Père Noël qui viendra en personne et pourra assister au spectacle et concerts gratuits devant la chapelle vivante, ses vingt brebis, le chien de berger. Les habitants, qui pendant des années ont utilisé le centre de loisirs du quartier aujourd'hui fermé, attendent avec impatience la future maison de quartier programmée dans le Plan de renouvellement urbain de la ville. Ülkü Yanik est émue de voir l'ancien centre qu'elle a elle-même fréquenté lorsqu'elle était enfant voué à la démolition mais elle se réjouit du nouveau projet, la Maison Palissy.

            Ülkü Yanik

Ülkü est l'aînée des quatre enfants de la famille. Elle s'est racontée longuement cet été au journaliste de l'Est Eclair venu la rencontrer: "Je suis née dans une famille pauvre", lui a-t-elle expliqué, "mon père est arrivé de Turquie au début des années 70. Il travaille encore dans une usine de soudure. Ma mère est ouvrière chez Senoble. Ils ont d'abord été logés par le patron de mon père, avant de s'installer à La Chapelle Saint-Luc, quand j'avais 2 ans. J'ai grandi à la ZUP de Chantereigne, à côté de l'Espace Jeunes... On manquait de moyens (dans la famille) mais on était tellement bien ensemble. On n'a jamais manqué d'amour. On a été élevé dans le respect. L'image qui m'a marquée, c'est quand le marchand de glaces passait dans la cité. Tous les enfants couraient vers lui mais la plupart ne pouvaient pas s'acheter de cornets. C'était toujours les mieux habillés qui repartaient avec une glace !". Mais Ülkü dit ne jamais avoir vécu le racisme: "Il faut dire que les Turcs sont une communauté très discrète. Il ne se font jamais remarquer." Adolescente, elle allait déjà aider les autres. "Depuis que j'ai 16 ans, j'accompagne les femmes turques aux cours de français. C'sst essentiel pour qu'elles s'intègrent mieux. J'ai toujours beaucoup travaillé avec les associations." C'est tout naturellement qu'elle a accepté en 2008 l'invitation d'Olivier Girardin (PS) de faire partie de son équipe municipale. Elle a tout de suite compris le rôle qu'elle pourrait jouer comme militante de l'intégration, pour aider les jeunes particulièrement à trouver du travail, un logement, en défendant leurs intérêts auprès des bailleurs sociaux. Elle a appris auprès  de plus expérimentées à exercer au mieux sa fonction municipale, a quitté pendant deux ans son poste à Pôle Emploi pour mieux exercer sa mission. Ülkü Yanik vient de reprendre ses fonctions professionnelles mais continue son engagement avec conviction. "Il y a tant de choses à faire sur le plan social."

              

 Deziray Zengin graffe sur scène

Il a tout juste 20 ans mais une passion déjà bien affirmée et une certitude sur ses projets professionnels: la création artistique (graphiste, designer, dessinateur de BD). Tout commence à son enfance, Deziray Zengin a débuté en dessinant sur des papiers standard A4, jusqu'en 2007. Cette année-là se tenait à Lyon, sa ville, un "meeting of style", une rencontre de graffeurs venus du monde entier, comme il s'en tient chaque année dans une ville différente. Pour Deziray, ce fut la découverte. Il avait toujours rêvé de peindre sur de grandes surfaces. il a découvert la bombe de peinture et s'est tout de suite habitué à l'outil, à en apprendre les techniques. Grâce à la bombe, il a pu peindre sur 7 mètres de haut et 13 mètres de long. un sacré plaisir. Deziray adore la création, il essaye de varier les outils: la bombe, le pinceau, l'aérographe, le crayon à encre de Chine... Il adore aussi le spectacle et se produit avec un ami qui est dans la musique hip hop. Il dessine sur scène.

                       

Le 6 novembre 2010, il a été invité à se présenter sur la scène du Grand Bal de la République de Turquie en France, où il a peint, à l'envers pour ménager le suspense, un portrait géant d'Atatürk sous les regards enthousiastes des 900 spectateurs. Un show très spectaculaire. Fin décembre 2010, il va réaliser une fresque, "pour mon propre intérêt" explique-t-il. En 2011, il prévoit beaucoup de spectacles comme celui du 6 novembre. La planète graffiti se retrouve sur internet sur www.fatcap.org, le site leader du street art. Zubeyde, une fan, s'enthousiasme: "Je vous félicite pour le portrait d'Atatürk au bal. ce que vous avez fait, c'est incroyable, vous pouvez être fier de vous !".

                          Dez le Lyonnais

 El Turquito "embrasse la société" en organisant des bals

Le tango est apparu en Turquie dans les années 20. De nombreux compositeurs se mirent alors à écrire des chansons sur des compositions originales influencées par les traditions musicales locales. Amours brisés ou impossibles, amertume, regrets sont les thèmes favoris des tangos turcs. Metin Yazir est né dans le centre de la Turquie en 1969. Pour cet émigré en Allemagne (Munich), la danse était un facteur d'intégration et de réussite. Il voulait rencontrer des gens, rencontrer l'âme soeur et danser avec elle, seulement avec elle. Aimer. Danser. Progresser. Enseigner. C'est finalement avec la Bordelaise Vanessa Gauch, née de la danse et pour la danse, qu'il va créer à Munich son école de danse, le Baila Tango. Metin est un magicien, un danseur né et un talentueux enseignant. En 1997, Buenos Aires Tango Trio passe à Istanbul, avec deux couples de danseurs dont Metin Yazir qui s'était fait passer pour Argentin afin de décrocher le contrat. A la fin du spectacle, il proclame sa véritable identité et reproche publiquement la discrimination dont il est l'objet dans son propre pays. Cette soirée fut le début de la nouvelle fièvre du tango qui allait dés lors embraser Istanbul et la Turquie. Le tango est ici très pur. Il fait miraculeusement corps avec les Turcs. La danse revêt en Turquie une émotion particulière. La femme dans la danse exprime une âme profonde que l'homme accompagne, met en valeur. Ils sont aujourd'hui des centaines de couples de tangueros à danser chaque semaine dans la seule ville d'Istanbul. Le tango, dynamique et passionné, révèle le métissage culturel de la société turque.

                     

                                   Metin Yazir à Ankara

Il y a dix ans, El Turquito a invité Metin Yazir en France pour le faire connaître aux tangueros parisiens. Il a ainsi pu suivre lui-même les stages du danseur turc d'une qualité exceptionnelle. Yazir a ensuite été invité au festival du Nouvel An du Temps du Tango. Dans son répertoire, El Turquito a certes quelques morceaux de tango turc mais il est d'abord un danseur de tango argentin. Son nom d'artiste, il l'a choisi à ses débuts pour soutenir le tango argentin en Turquie en favorisant sa reconnaissance à travers sa notoriété. Il a longtemps enseigné à Dijon avec l'association Tango d'Or et à Caen pendant deux ans. Mais il exerce  surtout à Paris et en région parisienne avec Le temps du tango et l'association Acia Nogent. Il joue de la musique avec son duo café lunfardo et organise pas mal de soirées tango, au Chalet du Lac, la contradanza à la Bellevilloise, le Divan, le Cargo, le Trakia... et il intervient souvent comme DJ. El Turquito nous précise: "Avec mes différences, mon histoire personnelle, mes origines, je me sens pleinement appartenir à la communauté française, où j'ai passé la très grande majorité de ma vie." Pour El Turquito, comme il le dit, "l'organisation de bals est ma manière d'embrasser cette société".

C'est tout naturellement que le 6 novembre, le Grand Bal de la République de Turquie d'Epinay-sur-Seine a fait honneur au tango, malheureusement en l'absence d'El Turquito en déplacement en Amérique du Sud mais avec plusieurs couples de danseurs parisiens conseillés par lui.

 et encore ...

Selin, la seule fille turque disc-jockey (DJ) en France qui mixe en free-lance depuis 7 ans en Allemagne, en Suisse et en Turquie sous le nom de DJ Cicek (tournesol). 

(les portraits d'Özlem Akdoğan et Ülkü Yanik sont aussi sur Turquie news)

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