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Depuis 4 ans maintenant, le site entre-gens vous propose la rencontre avec des "parcours atypiques", comme disent les cabinets de recrutement. Ces "gens" ont certes en commun de puiser leurs racines au-delà de nos frontières nationales, mais ils partagent surtout un mental qui fait la différence. Par nos mots, nos articles, nous tentons d'entrer sans effraction dans leur univers. Chaque nouveau visage est pour nous, et nous l'espérons pour vous également, puisque vous êtes là, une étoile qui brille dans le firmament de la diversité française. Pour fêter avec nous le printemps, ouvrez vos yeux cette fois-ci vers trois nouvelles étoiles au parcours brillant: la sportive de haut-niveau Sarah Ourahmoune, boxeuse à Aubervilliers, championne du monde, et étudiante de Sciences Po, puis la toute jeune poétesse (17 ans) Mirela Begovic, ex-"yougoslave" et lauréate d'Envie d'agir, mais tout d'abord Samira Djouadi, aujourd'hui déléguée générale de la Fondation TF1, qui a construit dans son enfance en Seine-Saint-Denis le socle de ses valeurs d'aujourd'hui. Sarah Ourahmoune, "la rage de vaincre" Samira Djouadi, pas de quartier pour la fatalité (portrait par Anne Morin, pour Magazine Aigle Azur) (texte A.M.) Sans qu'on en ait véritablement conscience, il est parfois des engagements d'enfance qui peuvent imprimer toute une vie. En particulier lorsqu'ils sont pris par une fille à l'égard de son père et aussi lorsqu'ils honorent une confiance chèrement acquise. Cet engagement, pour Samira Djouadi, se résume à un mot d'ordre: ne jamais décevoir. La borne est placée très haut. Samira Djouadi est aujourd'hui déléguée générale de la Fondation TF1, située dans l'ouest chic parisien. Elle préside également l'agence de communication Nouvelle Cour à La Courneuve, dans le 93. Quel rapport entre ces deux antagonismes géographiques ? L'insertion professionnelle des jeunes issus de banlieue et Samira Djouadi qui, justement, a passé son enfance en Seine-Saint-Denis. Samira Djouadi naît de parents marocains en 1970 à Aubervilliers, 3ème enfant d'une fratrie de huit. Très tôt, on remarque ses capacités sportives, son professeur de sport la pousse à s'engager dans l'athlétisme. L'adolescente, qui n'ose même pas demander à ses parents de lui acheter de nouvelles baskets, est réticente. Jamais mon père ne m'autorisera à m'entraîner le soir, pense-t-elle. Elle est une fille, une fille ne fait pas de sport, une fille ne rentre pas tard le soir. Contre toute attente, le père l'y autorise. Elle mesure alors sa nouvelle autonomie et le poids de la contrepartie: condamnée à réussir, à prouver que cette toute nouvelle liberté va l'enrichir et non la corrompre. Le parcours de la jeune Samira, ancré en Seine Saint-Denis, est alors classique: entraîneur d'athlétisme à Aubervilliers, éducatrice sportive à La Courneuve, fondatrice d'une association Sport'A Vie: le sport comme vecteur d'intégration professionnelle pour elle-même ("c'est le sport qui m'a sauvée" résume-t-elle), et canalisateur d'énergie et de projets pour les jeunes qu'elle entraîne alors. Et puis, une rencontre va la faire changer de quartier: celle de Patrick Le Lay, président de TF1. La première chaîne de télévision française n'est pas alors réputée offrir une image très juste ni positive des quartiers qu'on dit sensibles. Et pourtant c'est là que le parcours professionnel de la jeune femme prend un sacré virage. Il semble que Patrick Le Lay ait été moins impressionné par les objectifs sociaux de ses activités que par sa force de conviction. "Si tu as été capable de me convaincre, moi, de subventionner ton association sportive, c'est que tu sauras convaincre nos annonceurs !". Quelles que soient les motivations de son employeur, elle devient en 2006 responsable de clientèle à la régie publiciatire de TF1 et réitère l'engagement d'enfance: surtout ne pas décevoir ceux qui lui font confiance. Samira Djouadi "C'est le sport qui m'a sauvée" Très vite, Samira Djouadi propose deux choses: la création d'une fondation au sein du groupe et celle d'une agence de communication. Son objectif: promouvoir l'insertion professionnelle des jeunes de banlieue dans les métiers de l'audiovisuel. En clair: la Fondation recrute chaque année une dizaine de candidats qui ne possèdent pas forcément de diplôme mais au moins une première expérience et surtout "la niaque", l'esprit de compétition que Samira Djouadi, ancienne athlète, revendique. En alternance et pendant deux ans, ces jeunes se forment et travaillent comme journaliste, assistant réalisateur ou preneur de son chez TF1 et ses filiales. "C'est un bon tremplin, ça représente le fameux premier emploi si difficile à décrocher et permet de se constituer un réseau. Mon souhait, à terme, c'est que l'entreprise en emebauche certains. Car il s'agit de montrer l'exemple en interne". Dans sa première vie en Seine-Saint-Denis, Samira Djouadi fut surveillante au lycée Jacques Brel de La Courneuve. Et alors ? Nombre d'étudiants ont financé leurs études en étant surveillant, mais sans conserver de relations avec les établissements scolaires. Elle, elle maintient le lien, elle nourrit la confiance autrefois offerte, et elle donne en retour. Ce lycée forme au BTS de communication. 95 % des étudiants obtiennent leur diplôme. 5 % seulement trouvent ensuite un emploi dans la filière. Problème. Gros problème estampillé banlieue, Seine-Saint-Denis. En 2006 est créé Nouvelle Cour, une agence de communication à La Courneuve avec pour présidente Samira Djouadi qui, bonne fée, entraîne dans son sillage quelques co-fondateurs et parrains fortunés à l'entregent plus qu'utile: TF1, TBWA, la BNP... Ainsi, l'agence a embauché en CDI huit jeunes diplômés du lycée Jacques Brel afin qu'ils acquièrent une première expérience professionnelle. 8 emplois à La Courneuve, 17 contrats à TF1: le score est encore modeste. Une bonne marathonienne s'appuie sur la persévérance. La barre est placée haut, mais la sportive a du souffle. Mirela Begovic, "écrire m'a sauvée" (portrait par Stéphanie Schmitt, pour L'Est Républicain) (texte S.S.) Un destin scellé dans l'oeuf. "Le jour où la lettre de mobilisation de mon père pour la guerre de Bosnie est arrivée à la maison, ma mère a appris qu'elle était enceinte de moi". Mirela Begovic est née le 3 mars 1992 à Belgrade d'un père bosniaque et d'une mère serbe. Elle vivra à Pecinici en Serbie jusqu'à l'âge de sept ans. "En Serbie, on me reprochait d'avoir un père bosniaque". En 1999, la famille s'installe en Bosnie-Herzégovine à Tuzla. "Là, je subissais le racisme car ma mère était serbe. Maman était responsable de la guerre et de tous ses maux". En 2004, la famille quitte Tuzla pour se réfugier en France. "Mes parents ont essayé de vivre en Serbie et en Bosnie, mais ce n'était pas possible. Quand ils ont décidé de fuir, pour moi c'était l'excitation d'une nouvelle vie. Fini le racisme. C'était dur de partir et en même temps je ne comprenais pas vraiment ce qui se passait". Elle est férue d'écriture et de dessin (ndlr, elle a exposé en 2006 à la MJC de Nancy-Beauregard) depuis l'âge de dix ans. Un an après son arrivée en France à Metz, Mirela écrit un premier recueil de poèmes en français, "Anges". Des textes sombres, douloureux évoquent la rupture, la mort, la guerre. Mais aussi le souvenir du miel que le grand-père de la jeune femme cultivait sur sa terre natale. "Vu d'ici, les gens ne voient que la guerre. Mais pour moi, il y eut la haine avant, pendant et aussi après la guerre". "Ces poèmes sont toute la nostalgie que j'ai eue d'avoir laissé mes grand-parents là-bas. Un arrachement à toute une vie. Un bonheur aussi. Celui d'écrire en français; ça a été mon intégrartion à moi". En 2008, alors que la famille s'est installée à Nancy, Mirela écrit "Océan d'étoiles", un second recueil de poèmes pour lequel elle a reçu le 3ème prix du programme national Envie d'Agir le 17 mars 2010 à Paris. "Ces poèmes, je les ai écrits en regardant ce qui se passait autour de moi. Ce n'est pas autobiographique. Mais j'ai voulu évoquer le mal-être des ados, la drogue qui nous est très accessible, l'anorexie. L'amour aussi. Tous ces sujets tabous dont on parle peu entre nous et peu avec les adultes. Ce recueil marque aussi pour moi la première rupture avec l'enfance". "Mon écriture m'a sauvée" "Océan d'étoiles" est devenu plus qu'un livre écrit dans une chambre d'adolescente. "Depuis mon arrivée à Nancy, j'ai été accompagnée dans chaque étape par l'équipe de prévention spécialiséee du Haut-du-Lièvre, quartier populaire de l'agglomération nancéienne. Le projet Envie d'Agir est né avec eux dans l'idée de partager ce que j'ai écrit avec d'autres ados". Le recueil a dans le cadre de ce projet été édité à 600 exemplaires et mis à disposition dans tous les centres de documentation et d'information (CDI) de l'académie: "ça a été pour moi aussi l'occasion de coucher sur le papier un sac que je trimballais. Aujourd'hui (Mirela a fêté ses 18 ans il y a quelques jours), je suis plus optimiste. Je travaille désormais à des nouvelles sur le thème de l'entrée dans le monde adulte". "J'ai écrit ce recueil à l'apogée de mon adolescence. Grande période de doute, d'incompréhension et de découverte. J'allais mal et j'avais besoin d'aide. Mon écriture m'a sauvée". Sarah Ourahmoune, au sommet de l'univers Sarah versus Sarah. A Cernay (Haut-Rhin), ce samedi 20 février 2010, Sarah Ourahmoune était l'invitée vedette de la Nuit de Cerdan, organisée par le club de boxe de la petite ville alsacienne. Ce soir, elle rencontre une autre Sarah, remplaçante de dernière minute pour un combat de gala et de préparation d'une saison qui aura son apogée en septembre 2010 à La Barbade pour les prochains Championnats du monde. Sarah Ourahmoune détient le trophée depuis son combat contre la Chinoise Chen Ying à Ningbo (Chine). Ce soir là, elle pensait avoir assuré sa victoire aux points mais l'arbitre en avait décidé autrement en attribuant la victoire à son adversaire, titre que celle-ci devait ensuite perdre sur tapis vert, étant convaincue de dopage. Destin... et tout peut basculer ! Sarah est donc bien Championne du Monde.  Quelques jours après sa soirée alsacienne, c'est dans un tout autre registre que Sarah s'illustre. Elle signe de son dessin la couverture du recueil de nouvelles fantastiques "Destin... et tout peut basculer !", écrit par Sylvie Albou-Tabart et publié aux Editions Lokomodo. Il faut dire que les talents de Sarah Ourahmoune sont multiples. Tout en s'entraînant cinq heures par jour, elle a passé et réussi son diplôme d'éducatrice spécialisée et elle encadre des jeunes enfants handicapés mentaux d'un IMP autour de la boxe éducative. Aujourd'hui, grâce à la Fondation Lagardère, elle poursuit ses études à Sciences Po où on lui permet de suivre un enseignement adapté à ses contraintes d'athlète de haut niveau. "Deux filles sur le ring, la rage de vaincre" : Zone interdite a consacré un magazine à cette expérience qu'elle partage avec son amie Lucie Bertaud.  Sarah est toujours restée fidèle à son club formateur d'Aubervilliers et à son coach Saïd Bennajem. Le Boxing Beats d'Auber, créé en 1999, a, il faut le souligner, un véritable projet éducatif. Dans la mezzanine au-dessus de la salle de boxe, les mercredi et samedi après-midi, les jeunes qui ne sont pas en compétition disposent d'un véritable espace de travail où ils sont accompagnés dans des activités de soutien scolaire et d'aide aux devoirs. Sarah anime régulièrement cette activité au bénéfice des plus jeunes. La championne reste toujours très proche de son quartier, quand elle n'est pas avec ses amies de l'Equipe de France féminine de boxe.  L'équipe de France de boxe féminine Contrairement à certains préjugés, on peut être boxeuse et très féminine. Avec ses copines, Sarah a une échéance en tête, les Jeux Olympiques à Londres où la boxe féminine fera pour la première fois son entrée. Elle fera tout pour représenter la France - et Aubervilliers - à son meilleur niveau et glisser une médaille autour de son cou, au sommet du monde, comme dit la presse sportive, au sommet de son univers. |