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15-12-2010
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28  mars 2010 : Linda Lê, in memoriam

"Je suis au pays de mon enfance. Je cherche la maison aux volets bleus. Il ne reste qu'un tas de cendres. Des lettres brillent au fond, voyelles mutilées, consonnes aux jambages arrachés" (Voix). La maison de Linda Lê était à Dalat, agréable station de montagne, au sud de Saïgon. Le lac, les pique-niques. A l'âge de six ans, Linda a dû quitter ce paradis pour l'enfer. "A partir de ce moment là commence la chute, l'impression d'être damnée" raconte-t-elle (entretien avec Catherine Argand, Lire, 1999). Saïgon la fournaise, des parents qui se déchirent, un père adoré mais humilié, "enfermé dans son pays comme dans une prison". Linda Lê s'est mise à écrire, adressant ses livres à son père, "mon lecteur idéal, mon lecteur imaginaire". A sa mort en 1995, le monde de Linda est soudain sans Dieu, "le ciel est devenu désert". Hallucinations. Pensées suicidaires. Conduites paranoïaques. Voix est l'histoire de la folie, Lettre morte dit la trahison d'une fille qui refuse d'aller voir son père mourant. Le père de Linda est mort au Vietnam en 1995. Linda Lê écrit Les Trois Parques "dans un état de solitude absolue et volontaire". Mais l'écriture va la sauver de la folie. "Météque écrivant en français... je suis une étrangère au monde, au réel, à la vie, au pays dans lequel je vis, à mon propre pays." Elle porte le Vietnam comme on porterait un enfant mort. L'écriture est son exil. "En écrivant, vous n'avez plus de toit, juste le ciel comme abri." Linda Lê s'est aujourd'hui réconciliée avec elle-même. La crise qu'elle a traversée a fait voler en éclats les barrières qu'elle s'était mises jusque là. Elle attend ses lecteurs au 30ème Salon du Livre de Paris (du 26 au 31 mars 2010).

 21  mars 2010 : Jessy Matador, pour entuber l'été

Avant d'être un matador, Jessy était un Kimbangui. Avant d'être chanteur, Jessy Matador était danseur. Avant d'être à Oslo, Jessy était au Cotton Club. Avant d'être à l'Eurovision, Jessy Matador était à la Séleçao... Et puis au printemps 2010, France Télé a voulu faire un coup. Finies les chansons à texte que les étrangers ne comprennent pas. Finies les émotions genre Patricia Kaas. Cette année, on va zouker, couper-décaler, on va ollé-ollé, allez, bougez. Et pour envoyer la France se déhancher, c'est à Jessy Matador que France Télé a demandé de s'y frotter. Jessy est un Français nourri au n'dombolo de Kinshasa et allaité au hip hop de la cité. Né en octobre 1982 dans une famille congolaise, il se passionne pour la danse dés son plus jeune âge. En 2005, il tourne avec les Coeurs brisés, de l'Europe aux Etats-Unis. Il crée la Séleçao qui fait la première partie de Magic System. En 2008, il fait le buzz sur internet avec Decalé Gwada et sort African New Style. En 2010, il fait le buzz avec sa sélection pour la France à l'Eurovision: les racistes sont les premiers à sauter sur leurs claviers, les étrangers semblent plutôt apprécier, paroles minimales, rythmes faciles à mémoriser. On a certes connu mieux chez Jessy Matador que ce Olé Allez bon pour les tribunes de la Coupe du Monde de foot et pour les soirées chaudes du Club Méditerranée. Ici on n'a pas vraiment le souci de la qualité mais s'il y avait de la qualité à l'Eurovision, il y a longtemps que ça se saurait !

 14 mars 2010 : Maram al-Masri, le printemps des poétesses

 

"Les femmes ont une sensibilité à fleur de peau qui ne demande qu'à s'envoler sur les ailes des mots", a pu dire Maram al-Masri. Maram a commencé à écrire de la poésie quand elle avait 16 ans. Elle a reçu la poésie en cadeau de ses parents, cultivés et humanistes. A Lattaqié (Syrie), où elle est née, les fenêtres sont toujours ouvertes, qu'il fasse chaud ou froid. La poésie de Maram al-Masri est une fenêtre ouverte. Est-ce de l'impudeur ? Pudeur ou impudeur, cela dépend surtout de l'oeil qui lit. A 20 ans, en 1982, Maram a suivi son premier mari à Paris. Celui-ci a kidnappé son fils de 18 mois pour le ramener en Syrie et personne n'a jamais soutenu Maram : "En m'arrachant mon fils, c'est comme si on avait achevé de me déraciner". Pendant 13 ans, Maram a cessé d'écrire, renonçant à la langue arabe, "la langue d'une civilisation capable de séparer un enfant de sa mère". Elle a repris la plume lorsqu'elle a pu revoir son fils. "Les femmes comme moi Endurent les coups Et ne savent pas les rendre Elles tremblent de colère Réprimée Comme des lionnes en cage Les femmes comme moi Rêvent De liberté".

D'un deuxième mariage, Maram a deux fils. A ses enfants, elle lègue une mère "qui rêve, qui danse, qui sourit, qui pleure, qui désire", une mère qui écrit des poèmes. Doux leurre, douleur. Maram a plusieurs visages. "Plusieurs visages que l'on déchire, que l'on range, que l'on cache ou découvre, auxquels on s'habitue, que l'on renie, que l'on aime ou que l'on hait."

Pendant toutes ces années, Maram al-Masri a cherché la formule: refuser le statut de victime sans devenir bourreau à son tour. Ses poèmes sont internationalement reconnus. Maram a su se fondre dans la culture française sans jamais quitter le droit chemin - "Assirat al-mustaqîm" -, un chemin fin comme un cheveu par lequel elle a dû passer en guise d'épreuve.

En 2010, le Printemps des poètes prend la "Couleur Femme", célébre les poétesses écrivant dans leur langue d'origine ou en français, issues de cultures différentes mais se définissant comme poètes du monde. A Bordeaux, l'Association du Lien Interculturel Familial et Social (ALIFS) invite Maram al-Masri pour des lectures publiques et plurilingues, samedi 20 mars 2010 à la Bibliothèque municipale.

 7 mars 2010 : le 8 mars de Leyla Koçgözlü

Ce samedi 6 mars 2010, en anticipation de la Journée Internationale des Droits de la Femme à Strasbourg, Mine Günbay, conseillère municipale aux droits des femmes et à l'égalité des genres, accueillait dans le Grand Salon du Centre administratif de la Ville, Leyla Koçgözlü, référente de la Commission « Lutte contre les Discriminations et accès aux droits » et membre du bureau du Conseil des Résidents Etrangers (CRE) de Strasbourg. Quel symbole ! C'était en ouverture de la Rencontre Témoignages de femmes engagées dans la vie sociale et professionnelle. Dans la salle, Phonesavane Xaysongkham, présidente du Conseil des Prud'hommes de Schiltigheim, Aziza Chakri, présidente de l'association Espoir, Ana Reverdito, violoniste, professeur au Conservatoire de Strasbourg et toutes les autres ne cachaient pas leur plaisir d'être là.

Mine Günbay, comme Leyla Koçgözlü sont françaises d'origine turque. Leyla est actuellement en fin de thèse, thèse en science de la vie, et compte soutenir en juillet. Elle est d'ores et déjà à la recherche d'un post-doctorat aux Etats-Unis, où elle sera d'ailleurs le mois prochain pour un congrès scientifique à San Francisco.

En dehors de son travail de recherche scientifique, elle est « cojépienne », c'est-à-dire active dans l'association Cojep International (Conseil de la Jeunesse Pluriculturelle).

 Le COJEP, c'est ce réseau d'associations, né d'une petite association sportive de quartier à Belfort, au sein de l'immigration turque, au début des années 90, et qui est devenu un réseau associatif aujourd'hui présent dans 14 pays européens, avec son siège social à Strasbourg. Le COJEP veut construire un XXIème siècle de compréhension interculturelle dans la République. L'islamophobie croissante en France et en Europe l'inquiète. En préparant son Congrès du 26 mars à l'Assemblée Nationale (Paris), il a lancé un concours photographique du plus beau minaret d'Europe (concours ouvert jusqu'au 15 avril). Les plus belles photos, choisies par un jury interconfessionnel et interdisciplinaire, seront ensuite exposées au Conseil de l'Europe ainsi qu'aux Journées Européennes du Patrimoine à Istanbul. A la suite du triste référendum suisse de novembre 2009, c'est une façon constructive de répondre aux peurs et aux préjugés.

      Leyla Koçgözlü

"L'oppresseur ne se rend pas compte du mal qu'implique l'oppression tant que l'opprimé l'accepte » a écrit Henry David Thoreau. C'est une des citations favorites de Leyla qui illustre parfaitement ses engagements. Elle explique :« Mon père est aujourd'hui retraité, il a travaillé de si nombreuses années en France, on lui demande de s'intégrer, mais on l'exclut des élections régionales, municipales ». Leyla Koçgözlü défend donc le droit de vote pour ses parents. Et ce qui la tient à cœur, c'est la lutte contre les discriminations : « Vous savez, je pense que la discrimination quand elle touche une personne frappe celle-ci au cœur de sa personnalité, et parfois peut chambouler ses propres valeurs, son regard sur soi, et sur les autres. » Pour elle-même, Leyla ne se sent pas concernée par le mot « intégration » : « Française, d'origine turque et de confession musulmane, je l'ai bien assumé jusqu'à présent et j'avoue que je n'aime pas le mot intégration en ce qui me concerne, moi je suis française, j'ai grandi en Alsace, je finis mes études à Strasbourg, alors oui je suis turque également bien sûr mais mon avenir, lorsque je l'envisage, il est en France. »  Dans les différents environnements où elle évolue, elle ne se sent ni rejetée, ni discriminée. Elle apprécie que, dans la recherche, elle soit souvent amenée à collaborer avec des labos étrangers. Mais l'islamophobie qui monte l'inquiète elle aussi et l'incite à agir. Elle cite Einstein : « La folie, c'est se comporter de la même manière et s'attendre à un résultat différent.» Le 8 mars à Strasbourg, c'est tout cela que Leyla a en tête après avoir entendu tous les témoignages de ces femmes « engagées dans la vie sociale et professionnelle».


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