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15-12-2010
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La une de la pluralité (2010)
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 28 novembre 2010: la journée de la jupe de Faroudja Amazit

"Le jour de mes 8 ans, mon père m'a offert une jupe plissée bleue marine. J'en avais rêvé chaque jour en allant à l'école où mes camarades me surnommaient L'indienne; mon pantalon rouge, ma jupe verte et mon poncho bariolé détonnaient avec leurs cols Claudine. Mes parents étaient kabyles, nous étions sept enfants et j'étais la sixième. Nous habitions un deux pièces sans confort, au coeur de Neuilly chic. Bousculée, humiliée, préposée au lavage à la main du linge familial, je tentais de grandir; tête baissée, comme ma mère et ma soeur. Cette jupe a bouleversé ma vie. Du jour au lendemain, elle a fait de moi une petite fille, presque comme les autres. A l'école, les regards ont changé..." C'est Faroudja Amazit qui raconte cette histoire, son histoire, dans son livre autobiographique Des larmes invisibles.

L'enfance de Faroudja est d'abord l'histoire de ses humiliations, cette énurésie d'abord et les multiples représailles que la maladie a entraînées, cette mère "muette", le père opprimé qui tente dignement d'élever ses enfants dans le respect des traditions kabyles, cette mise en pension à 300 kms de chez elle pendant toute une année scolaire, sans visite, sans le moindre signe de sa famille. Faroudja Amazit dit cette éducation où on apprend à la fillette à jeter le regard vers le sol, à n'avoir pour compagnons de route que les trottoirs et les caniveaux, jusqu'au jour où elle a eu le courage de jeter les yeux vers la lumière, "aller à la rencontre de l'humanité en levant les yeux vers le monde", découvrir enfin son image dans le miroir de l'autre. C'est l'écriture qui a aidé Faroudja à exister.

Les petites filles de Neuilly jouaient avec des poupées. Faroudja jouait avec des papiers. Ces papiers qu'elle aimait griffonner. Dans ses poches, il y avait toujours des petits papiers. Elle pouvait glisser ses mots, entremêlés comme autant de notes de musique. Au village en Kabylie (Ifigha), le père de Faroudja Amazit était berger, il faisait les marchés avec sa carriole et ses chevaux. Il est arrivé à Neuilly à la fin des années 40 pour un nouveau projet de vie pour sa famille. Faroudja est donc née à Neuilly. Elle a un immense respect pour ce père qui avait compris que pour réussir sa vie ailleurs, il fallait "se servir d'autres capacités, comme l'intuition et l'émotion ainsi que les valeurs du travail et le respect des autres dans leur différence". Ce père, il la rassurait par sa solidité, sa tendresse. Elle se souvient de ses sourires, elle respirait de ses apparitions, elle s'accrochait à ses bras pour le remercier d'être là. Ses silences étaient une présence. Salem était un homme des montagnes, fier et courageux.

Il y a 22 ans, une maison au nom prestigieux en quatre lettres d'or, Dior, a ouvert ses portes à Faroudja, lui a donné sa chance. La maison prestigieuse lui a tendu la main et cela a une nouvelle fois bouleversé sa vie. Faroudja Amazit est devenue femme, a pu se construire et à l'approche de la cinquantaine, elle peut aujourd'hui se raconter et proclamer : "faisons de nos vies un miracle".

 21 novembre 2010: avec Majida Khattari contre les violences faites aux femmes

En plein débat national sur la burqa et le niqab, l'artiste Majida Khattari présentait en avril 2010 un défilé - performance de "voiles islamiques". Provocation ? Pas vraiment. La plasticienne d'origine marocaine entend dépasser les controverses pour susciter une réflexion, pour s'interroger sur l'enfermement féminin. Les "vêtements" qu'elle présente sont là pour susciter un dialogue: le voile enferme les corps mais le mannequinat avec ses corps étiques n'est-il pas non plus un enfermement ? Le premier est banni, le deuxième est accepté comme une évidence naturelle. Dans les deux cas, "c'est le corps de la femme qui prend" explique Majida Khattari. Née au Maroc en 1966, elle est diplômée des Ecoles des Beaux-Arts de Casablanca et de Paris où elle vit depuis 1989. S'intéressant à la peinture, à la photo, elle choisit finalement un medium plus vivant: le corps. Elle met en scène des femmes musulmanes enfermées dans leurs vêtements, qui se libèrent peu à peu. Au printemps 2011, la loi interdisant le voile intégral dans l'espace public sera mise en application. Majida Khattari présentera alors à Caen (l'Arthothèque) ses photographies "captives" et sa performance "Lost in burqa" (Ecole des Beaux-Arts). Elle dit: "je suis une artiste pas une politicienne". Elle est une artiste dans la société et donc dans le débat. Saluons son travail à l'occasion de la Journée internationale pour l'élimination des violences envers les femmes du 25 novembre.

 14 novembre 2010: les blasfemmes d'Aurel

Ce 6 novembre 2010, Aurélien Roulland n'en croyait pas ses yeux. Des gens qui font la queue pour acheter de la poésie ! Cela se passait à l'Espace Lumière d'Epinay-sur-Seine. Sur la table de vente, le livre Pyromania, écrit par "une copine". Aurel est un poète maudit, mi-Rimbaud mi-Gainsbourg, écolo-anar et "turcopathe", poète et photographe. Il "shoote" les femmes, toutes turques, toutes belles, pyrogènes. Il aime plus que tout Istanbul, la ville de tous les plaisirs que dans ses délires gainsbouriens, il appelle Xtanbul ou même "clitoristanbul". Il a la poésie dans la peau: "un jour, je devais avoir 7 ou 8 piges, je dévorais les mots et je récitais les poèmes de Rimbaud à ma vioque. Ma bohême. Et la vioque, dans tout ce qu'elle a pu dire d'éclairé de toute sa vie, m'a sorti: "c'est tout à fait toi!" Voilà une phrase qui vous marque jusqu'à la fin de vos jours." Il a la photo dans la peau: "depuis le temps, le reflex que je ne pouvais m'offrir habitait mes nuits. Maintenant, je dors avec et comme j'ai peur dans le noir, je dors avec le  doigt appuyé sur le bouton du flash." Il a la Turquie dans la peau et fait des photos pour changer les clichés.

"A l'âge de 11 ans, je rêvais de devenir photographe... je photographie des femmes turques pour révéler la clarté au milieu des ténébres, je photographie l'amour, la femme turque et la liberté." On entre en photographie comme on entre en religion. Une religion particulière. Avec ses rites et son éternelle quête vers la lumière. "C'est aussi la religion d'une déesse unique, jalouse, capricieuse, exigeante, susceptible, à la fois dramatique et touchante. Celle de Bérénice, "celle qui porte en elle la victoire", la sainte patronne de tous les photographes. Ce n'est pas pour rien qu'elle est née en Turquie !... Dieu est turque" proclame Aurel,"Il n' y a de Dieu que la Femme et le photographe est son prophète".D'ailleurs "il n' y a pas de femmes moches, il n'y a que des photographes avec le compas dans l'oeil". Devant l'appareil d'Aurel, elles dansent avec la lumière. Aurel a Istanbul dans la peau, la capitale des poètes: "j'ai découvert la poésie turque, cette langue gorgée de soleil, cette passion sanguine, ce jusqu'-au-boutisme, cette rage". Les poètes crèvent la dalle à Paris, alors il aimerait tenter sa chance à Istanbul. Il rêve d'y publier ses poèmes, traduits par ses copines, et d'y ajouter ses photos. Le 6 novembre, à l'Espace Lumière, Aurel rêvait tout éveillé. Sur la scène, la poétesse organisatrice de la soirée resplendit dans sa robe blanche mais "le soleil n'a pas besoin de se vêtir pour briller" lui glisse Aurel à l'oreille. "J'aime les flammes (femmes) comme elles dansent. Belles et libres comme l'air ! J'aime les voir qui se balancent Entre  la nuit et l'univers" (Aurélien Roulland, Le pyromane).

 7 novembre 2010 : Zahia Ziouani, la maestra

C'était à Pantin dans les années 90. Les parents Ziouani, algériens, modestes, mélomanes, franchissent la porte du Conservatoire pour y inscrire les trois enfants, Zahia, son frère, sa soeur. Ils étaient tous bien intimidés dans ce lieu où ils étaient les seuls "petits arabes". Zahia se souvient des profs qui ont accueilli avec joie la motivation des enfants: il n'y a pas besoin d'être nés avec une petite cuillère en or pour écouter Mozart. A treize ans, elle est placée par un de ses enseignants devant un orchestre ! Dans sa chambre, Zahia Ziouani avait un poster de Sergiu Celibidache, Roumain, l'un des plus grands chefs de l'histoire du XXe siècle. Diriger un orchestre est le rêve d'enfance  de Zahia.

Diriger un orchestre, c'est transmettre une énergie aux musiciens, une humanité, une sensibilité. Zahia Ziouani a tout cela en elle. En 1996 (elle a alors 18 ans), son rêve se réalise. Elle est sélectionnée pour intégrer la classe de Celibidache à Paris et à Munich. En 1998 (elle a 20 ans), elle crèe elle-même son propre orchestre symphonique, "Divertimento", où elle réunit de jeunes talents de Paris et de Seine-Saint-Denis. En France, il est difficile de se faire une place dans le monde de la musique malgré son talent. On pense au mieux pour elle à une fonction d'animatrice socioculturelle. C'est donc à l'étranger que Zahia Ziouani et son orchestre vont acquérir leur légitimité artistique: en Allemagne d'abord, puis en Russie, en Algérie. C'est en 2004 que Michel Beaumale, le maire communiste de Stains, confie à Zahia la direction de l'école de musique et de danse de sa ville. En quelques années elle double les effectifs. Zahia est séduite par la ville de Stains, son dynamisme. Elle met tout son enthousiasme à ouvrir les portes de l'école aux jeunes des quartiers dits difficiles. Elle se revoit elle-même, petite banlieusarde, abattant les murs invisibles des frontières sociales. Zahia allume les espoirs et gagne son combat qu'elle raconte dans un livre à paraître prochainement. A l'auditorium de Stains, chaque représentation fait le plein. L'école de musique compte 400 élèves de 40 nationalités différentes et issues de tous les quartiers. Le 20 mai 2010, la Basilique des Rois de France de Saint-Denis a ouvert ses portes à Zahia Ziouani. Des cars entiers sont venus de toute la Seine-Saint-Denis pour Divertimento. Le 6 novembre 2010, la jeune chef d'orchestre a ouvert à Marseille la septième édition de "l'Aïd dans le cité", festival placé cette année sous le signe de l'étranger: "Carmen", des danses slaves, des tangos, des musiques de films et tout un répertoire classique. Tout Zahia Ziouani est dans cette ouverture, cette capacité incroyable à dresser des ponts, à toucher tous les publics.


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