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Ayiti Version imprimable Suggérer par mail
31-01-2010
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Ayiti
Page 2

"Le monde au miroir d'Haïti. Haïti au miroir du monde", ce devait être le titre du festival Etonnants voyageurs, du 14 au 17 janvier 2010, à Port-au-Prince et dans neuf autres villes du pays. Les festivaliers entendaient révéler au monde la formidable créativité littéraire de ce petit pays, ce bout d'île, entre mer et montagne. Le 12 janvier, Michel Le Bris écrivait l'éditorial du Festival: Haïti va montrer "sa capacité à parler au monde entier".

     

Le 12 janvier, Georges Anglade se préparait à Port-au-Prince à accueillir tous ses amis écrivains. C'est "un homme en trois morceaux", Georges Anglade. Le géographe haïtien qui a étudié à Strasbourg a fondé à Montréal l'Université du Québec où il enseignait jusqu'en 2002 la géographie sociale. Le politicien a combattu la dictature de Duvalier, ce qui lui valut l'emprisonnement et l'exil. Le romancier savait à merveille mettre des mots sur son peuple, ses éclats de rire, ses talents sans pareil.

Mais voilà... Le 12 janvier, la terre s'est mise à gronder, à trembler, à s'ouvrir. En soixante secondes qui furent une éternité, le temps s'est effondré. La terre a mangé Georges Anglade, sa femme et ses 200 000 voisins, amis, frères, soeurs. La maison de l'écrivain a dévalé la pente. Dans les rues dévastées, les survivants errent à travers les cadavres...

Et c'est déjà l'après. Il faut penser à survivre, à revivre, à reconstruire. Le peuple haïtien a l'habitude, sans cesse reconstruire. Mais comment un peuple qui a tellement approché la mort et la misère trouve-t-il toujours cette énergie, cette force pour être et rester toujours un peuple  de culture, un peuple  d'artistes, d'écrivains, de musiciens, de scientifiques, de dirigeants politiques, de journalistes, de créateurs ?

                                  

 Jean Metellus

"Un enfant noir contre la nature a mille ressources, dans sa lutte contre les saisons plus d'un atout, dans sa façon d'aspirer toute la vie qui naît du majestueux soleil, de tous les rocs polaires, une force, une joie, un appétit, une coquetterie qui fait pâlir la lionne fantaisie de la forêt abritant de frêles arbres." S'il ne se raisonnait, Jean Metellus crierait à qui veut bien l'entendre que cette contrée que les Amérindiens appelaient Ayiti est le plus beau et le plus ravissant pays du monde et que les Haïtiens représentent un peuple beau, grand et magnifique; il expliquerait que si Haïti connait le sort qui est le sien, "c'est à cause de la jalousie d'un monde qui n'a jamais vu d'un bon oeil se développer dans une partie des Caraïbes un peuple capable de réaliser toutes les grandes oeuvres humaines".

                             

Jean Metellus est médecin spécialiste des altérations du langage dans un hôpital parisien. Mais la nuit dans sa maison de Bonneuil, Jean Metellus est poète, un grand poète, à qui en ce mois de janvier 2010 la Maison de la Poésie de Guyancourt (Saint-Quentin-en-Yvelines) rendait hommage (Jacmel, un chant d'Haïti).

"L'enfant noir crie quand vient tomber sur sa peau douce et pure comme l'eau de la source que les rocs ont filtrée le jour qu'un horloger avare distribue en compte-gouttes. L'enfant noir crie et demande que son corps, le diamant de sa peau qui illumine ses nuits se substitue au soleil inconstant."

Né en 1937à Jacmel (Haïti), Jean Metellus a émigré en France en 1959. A Paris, il s'est mis à écrire, dans la fureur de l'exil.

                              

 "L'enfant noir demande que sa peau plus riche qu'un ciel de fête de Noël ne prenne la direction d'un monde enténébré par la fumée qui monte des couches de l'or. C'est pour cela que de tout temps rit l'enfant noir. C'est l'argument de son sourire, la source inépuisable de la plus grande bonté, quelque chose qui ressemble à la racine même de la vie. Ni vouloir de dominateur. Ni soin calculé de charmer. Ni stupide besoin d'amuser. L'enfant noir rit avec ses pores au moment ou s'annonce l'aurore."

Les enfants de Haïti rayonnent depuis plusieurs siècles. D'Alexandre Dumas à Wyclaf Jean, les étoiles haïtiiennes ou d'origine haïtienne illuminent le globe.

 Les étoiles de la diaspora

Le site www.leshaitiens.com rend hommage à ces hommes et à ces femmes qui font la richesse de la culture haïtienne, à travers une centaine de portraits fouillés et enthousiastes.

                       

Il y a d'abord les peintres. Haïti est le berceau de la peinture naïve. "En Haïti, le gris n'existe pas. En Haïti, même les camionnettes sont peintes." Les peintres naïfs peignent les cérémonies vaudou, les paysages, les scènes de la vie quotidienne. "Pourquoi la couleur surgit-elle tout à coup en Haïti plutôt qu'en toute autre île des Antilles ?" s'interrogeait André Malraux (Voyage au pays des naïfs, Hatier).

                          

Haïti est aussi un berceau de la musique. L'île a vu naître Toto Bissainthe et Lumane Casimir, chanteuses traditionnelles. Jean Metellus a mis en vers leurs incroyables destins : "Lumane Casimir ouvrit les yeux un jour ordinaire Mêlant ses premiers cris au souffle du vieux vent caraïbe. Lumane, enfant du ciel et de la terre Habite notre mémoire Telle une fée bienfaisante A la fois apaisante et stimulante" (Visages de femmes). La musique d'aujourd'hui vient aussi de là.

 Teri Moïse est née à Los Angeles, 25 mars 1970, ses parents sont des émigrés haïtiens vivant dans le quartier défavorisé de South Central. Elle entame des études d'économie à l'université de Berkeley. En 1990, elle arrive en France pour y étudier les lettres à la Sorbonne tout en travaillant comme jeune fille au pair. Plus tard, elle retourne en Californie pour s'inscrire au Los Angeles Musician Institute. Revenue en France, après avoir officié en tant que bassiste dans plusieurs groupes, elle travaille comme choriste à Paris. Elle sort son premier album en 1996, mixé par un des membres du duo Air. Teri commence alors une petite tournée et reçoit une victoire de la musique pour cet album qu'elle n'a pas nommé. Son second album sort quelques années plus tard en 1999 : "TERI MOÏSE"... (présentation site leshaïtiens.com

                                  

Teri Moïse interprète les plus beaux slows des années 2000 avec les plus beaux textes : "Les enfants ont des ailes pour voler Et quand la nuit tombe, ils deviennent colombes pour rêver".

 Beethova Obas a un prénom prédestiné. Le troubadour haïtien, ambassadeur de la paix, a interprété avec talent Couleur café, la chanson des tropiques préférée des Français, composée par Serge Gainsbourg : "Couleur café, que j'aime ta couleur café". Beethova, né en 1964 à Port-au-Prince, est le deuxième des 5 enfants du peintre Charles Obas, disparu à l'automne 1969 après une manifestation devant le palais présidentiel. En Belgique où il vit maintenant il a appris à jouer seul avec les instruments que son père laissait dans son atelier. Sa renommée est aujourd'hui nternationale.

                           

                               (Emeline Michel et Beethova Obas)

Les princes du rap viennent eux aussi d'ici, Aliki Montana, le guerrier, "parce qu'il faut se battre pour s'en sortir", Kery James, la cerise sur le ghetto. Kery James, un des plus grands rappeurs français, est arrivé en France métropolitaine à l'âge de 7 ans, a écrit ses premiers textes sur le racisme à la MJC d'Orly dans des ateliers d'écriture. Converti (lui aussi !) à l'islam, il casse les mythes de l'argent facile et de la violence : "On n'est plus condamnés à l'échec, voilà le chant des combattants, banlieusards et fiers de l'être. J'ai écrit l'hymne des battants".

Jimmy Jean-Louis est né en 1968 à Pétion-Ville. A l'âge de 12 ans, il rejoint la région parisienne (Choisy-le-Roi), va au Lycée à Créteil, en parallèle, il développe tôt des talents pour la danse. Ses parents rentrent en Haïti quand il a 18 ans. Jimmy Jean-Louis reste à Paris et suit des cours à l'Académie internationale de danse et a l'occasion de travailler comme danseur dans des émissions de Patrick Sébastien et de Michel Drucker. Ensuite il a vécu en Espagne (à ce moment là il fait partie du groupe de théâtre musical « La belle époque »), en Italie où il commence une carrière de mannequin, en Afrique du Sud où il a l'occasion de rencontrer Nelson Mandela, à Londres où il passe 3 ans, travaillant toujours dans le mannequinat et en 1998 commence sa carrière à Hollywood.... (présentation site leshaïtiens.com

                            

L'Amérique du Nord (Etats-Unis et Canada), qui n'a pas la frilosité française devant les talents noirs venus du Sud, a permis aux exilés d'Haïti d'exprimer toute leur compétence. Sait-on que le gouverneur général du Canada, l'ex-journaliste Michaelle Jean, est d'origine haïtienne ? Sait-on que l'un des principaux conseillers d'Obama, Patrick Gaspard, est d'origine haïtienne ? Sait-on que l'une des principales figures de CNN, Roland Martin, est d'origine haïtienne ? Sait-on que Lenny Kravitz, "le beau métis", est le fils d'une Haïtienne ? que Miss America 1991, par ailleurs une talentueuse musicienne, est née d'une famille haïtienne ? que les créateurs de la mode Bogoss (Miami) sont haïtiens ? que le designer automobile Ralph Gilles, dessinateur en chef des modèles les plus prestigieux de la compagnie américaine la plus prestigieuse, Chrysler, est d'origine haïtienne ? et puis Eddy Murphy (USA) ou Anthony Kavanagh (Canada), etc. On pourrait continuer ainsi encore longtemps...

                      

La France, qui a pourtant des liens historiques forts avec Haïti, pays francophone, ancienne colonie avant de devenir la première république noire dés 1804, n'a jamais donné les mêmes chances aux exilés d'Haïti. Selon Wilkenson Pierre-Louis (voir plus loin sa biographie détaillée), de l'Association des Franco-Haïtiens et amis de Haïti, la diaspora serait en France d'environ 100 000 personnes en métropole et à peu près autant dans les Antilles et en Guyane. Les franco-haïtiens se sont révélés au grand public français dés les premiers jours qui ont suivi le séisme par une forte présence sur internet (Facebook), soirées culturelles de solidarité, dans les médias. Les Haïtiens qui, ces dernières années, ont été les premiers visés par les mesures d'expulsion demandent aujourd'hui un "moratoire" pour les sans-papiers. Mais le moment de l'émotion passé, qu'adviendra-t-il d'eux ? La découverte par beaucoup  de nos concitoyens de ce peuple d'Haïti ne permettra-t-elle pas un nouveau regard, des relations nouvelles entre la France et ce petit pays des Caraïbes ?

 Hommage à Mamadou Bah

Ce regard neuf sur Haïti, un homme n'avait de cesse de le promouvoir auprès de ses interlocuteurs, Mamadou Bah, mais c'était avant... avant le 12 janvier 2010. Le haut fonctionnaire de l'ONU travaillait sur un projet de bibliothèques à Haïti. Il a trouvé la mort dans le séisme.

                                  

L'ONG Bibliothèques sans frontières, qui œuvre au développement de la lecture publique, avait eu l'idée d'une coopération avec la Mission des Nations Unies pour la Stabilisation en Haïti (Minustah), afin d'ouvrir une bibliothèque pour les adolescents en prison. Le Franco-Guinéen portait ce projet avant sa mort, lors de l'effondrement de l'immeuble dans lequel il se trouvait. « Grâce à l'efficacité de Mamadou Bah, constate-t-on à BSF, en quelques semaines, les livres que nous avions envoyés avaient été rapidement envoyés dans cinq centres pénitentiaires du pays.» Les qualités humaines du franco-guinéen étaient unanimement reconnues en Haïti. L'Assemblée Générale de BSF, qui se tiendra le 19 février 2010, sera consacrée à la question de l'effort à mener en direction d'Haïti dans les prochains mois. A cette occasion, un hommage particulier sera rendu à Mamadou Bah dont le nom sera donné au siège de Bibliothèques Sans Frontières dans le 19e arrondissement de Paris.

 Haïti sur les ondes avec Wilkenson Pierre-Louis

Wilkenson est originaire d'Haïti qu'il a quitté à l'âge de 10 ans pour s'installer en France en 1982. Après 27 ans sur le sol français, il se sent plus que jamais haïtien et fier de l'être malgré toutes les mauvaises choses que l'on dit et montre de son beau petit pays. Citoyen français mais haïtien pour toujours. Il fait de la radio depuis l'an 2000. Wilkenson Pierre-Louis a  collaboré avec l'équipe de "Kon lanbi" (106.3 FM) et il anime-produit-réalise "Bienvenue en Haïti" sur RGB (99.2 FM) Il est Président de l'association "Comité de coordination des actions pour Haïti", née à la suite des catastrophes naturelles d'août et septembre 2008. (source Myspace Bienvenue en Haïti, antérieure au séisme du 12 janvier 2010, fréquences en région parisienne)

                                   

Il a aussi participé à des documents filmés: Les maternelles sur France 5 en 2002, Bonjour la rezoné pour TAPROD en 2003. Il a animé et continue d'animer des événements socio-culturels dans la communauté haïtienne de France comme "La journée des associatios franco-haitiennes" organisée par la PAFHA, "Le week-end culturel et sportif" de la FONDESA et le concours musical chrétien "Rencontres de Talents" organisé par TAPROD.

                             

La reconstruction commence en Haïti. Les projets culturels doivent reprendre au plus vite, car la culture est l'expression d'un peuple, la culture a toujours sauvé Haïti et la sauvera encore. Sous les gravats, la vie reprend !

 Enceintes où n'entre pas le doute
 Où l'homme repousse la peur et méprise la mort
 Où l'espérance crépite
 Et le transporte dans des espaces sans limites
 Peuplés de vies à conquérir

                                  
 Enceintes des muscles puissants et lisses
 Qui transforment la faiblesse en courage
 Enceintes où résonne l'impitoyable énergie des mots
 D'où jaillissent des stèles rebelles
 D'où s'élancent des torrents

                              
 Enceintes cernées par le silence
 Pressées de questions muettes
 Gardiennes sereines de la confiance ... 
                                                                 Jean Métellus
                                                extrait de Jacmel, un Chant d'Haïti

(Ce dossier a été conçu et présenté par Guy Didier, janvier 2010).

 Page suivante : l'appel de Rio Delafeuille, artiste français d'origine haïtienne, présent à Leogane (Haïti)


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