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Elles peuvent être liées à un handicap. Elles peuvent être syndicales. Elles peuvent être sexistes ou liées à une origine. Les discriminations sont partout et souvent elles se cumulent. En 2010, des hommes et des femmes continuent à agir. Les discriminations, ils et elles les ont rencontrées et cela leur donne plus encore l'énergie pour agir. Fazia Lavergne à Rungis, 3 h du matin Bachir Kerroumi force le respect, Fazia Lavergne s'engage, Rayhana ne baisse pas les bras, Fatima Jenn combat les rigidités... Quatre histoires d'un combat contre les discriminations en 2010. Bachir Kerroumi, un Mandela des handicapés Le style de la maison n'est pas de faire pleurer dans les chaumières et Bachir Kerroumi n'aimerait guère plonger dans le misérabilisme. Mais tout de même... Lorsque l'on naît dans un quartier populaire d'Oran dans une famille ouvrière, avec des parents qui divorcent, que l'on débarque à 15 ans seul et sans papiers en Bretagne, qu'à 18 ans on devient aveugle - un voile rouge de vaisseaux éclatés qui envahit les yeux -, il y aurait de quoi plonger dans le fatalisme. Mais le mektoub de Bachir est de "ne pas se laisser enfermer dans le ghetto". Il entre dans un club de judo et devient ceinture noire, "le premier aveugle à atteindre ce niveau" à l'époque. Il poursuit des études de gestion, ne demande pas aux profs de s'adapter, c'est lui qui s'adapte.  En 1985, Bachir adopte la nationalité française. Il devient ingénieur de recherche au CNAM et consultant pour les grandes entreprises françaises. Son combat est l'insertion des handicapés dans le monde du travail. Il a connu les entretiens d'embauche difficiles : "Je me demandais si ce qui posait le plus de problèmes, c'était que je sois aveugle ou maghrébin !". Ou peut-être les deux ? Il a connu les difficultés de commencer une relation amoureuse avec des femmes : "Le jeu d'accroche des yeux m'est interdit". Lors de sa thèse, le jury lui donne une mention très honorable. Aujourd'hui Bachir Kerroumi, militant des Verts, conseille la Mairie de Paris. Il a créé Braille Net et forme les aveugles à l'usage de l'outil informatique. Il a fondé Savoirs et Compétences. Le 12 janvier 2010, il a raconté son histoire à la Cité nationale de l'histoire de l'immigration. L'auditoire a applaudi. Bachir Kerroumi force le respect, un Mandela des handicapés. (Le voile rouge, Bachir Kerroumi, Gallimard, 2009) Fazia Lavergne, d'un combat à l'autre C'était en 2005. Chloé, 23 ans, jeune fille avenante, très souriante, trisomique, travaille comme assistante de financement dans un grand groupe automobile. Les clients apprécient l'accueil que leur réserve la jeune fille qui gère avec compétence les projets de financement. Son chef de service est alors Fazia Lavergne qui lui a d'emblée accordé toute sa confiance. Fazia a aimé communiquer sur cette expérience réussie d'insertion des handicapés dans le monde du travail. Fazia Lavergne n'imaginait pas qu'elle pouvait être plus tard victime d'un autre type de discrimination dans cette même entreprise, la discrimination syndicale. Jusqu'à son engagement syndical (CFDT), Fazia, débordante d'énergie, était considérée comme un des "meilleurs éléments" de l'entreprise. Dès son adhésion, elle a eu à connaître toutes les formes de harcèlement au travail et a dû quitter la société.  C'est par les actions de solidarité dont elle prit l'initiative qu'elle a pu se relever d'une période psychologiquement difficile. Fazia Lavergne est une organisatrice d'événements. En octobre 2009, elle organisait avec la Gazette des Arts un défilé de mode pour le vernissage du premier Salon Business'Art à l'Espace Cardin (lieu d'échanges entre les acteurs du milieu de l'art et les entreprises). Le 13 janvier 2010, elle a été la cheville ouvrière de la soirée Solidarité de l'Espace Cardin à la Brasserie Minim's à Paris, où elle avait invité des artistes, une danseuse orientale, sans oublier de penser aux endeuillés du séisme de Haïti qui avait eu lieu la veille. Devoir de solidarité ! Rayhana, plus jamais ça ! "A mon âge, je me cache encore pour fumer". Neuf femmes dans un hammam se racontent librement, loin du regard des hommes. Rayhana doit, en France en 2010, se mettre sous protection policière pour s'exprimer par son métier de comédienne. La pièce qu'elle jouait en ce début d'année à la Maison des Métallos porte la parole des femmes non soumises à la domination masculine. C'était trop pour ses agresseurs qui lui ont aspergé le visage d'essence en pleine rue parisienne le 12 janvier 2010. D'origine algérienne, née à Bab-el-Oued (Alger), Rayhana se souvient de sa mère qui portait "des talons et des jupes" en Algérie, de ses amis assassinés pendant la décennie noire où elle-même devait changer d'adresse tous les jours, des crachats qu'elle recevait dans la rue, de l'écriture qui lui a permis de tenir, de la thérapie des vers de Kateb Yacine... C'est ce que raconte la pièce dont elle est l'auteur.  Après l'agression, elle a continué les représentations. Elle s'attaque aujourd'hui à une nouvelle pièce pour ne jamais renoncer, ne jamais céder à la peur, aux menaces. Elle a refusé de rencontrer tous les dirigeants politiques qui ont souhaité la recevoir, car elle ne veut pas être instrumentalisée. Rayhana est une femme libre. Fatima Jenn pour une diversité engagée, pas seulement affichée Adjointe au Maire de Mulhouse, Fatima Jenn s'engage pleinement dans la mission de lutte contre les discriminations que lui a confiée Jean-Marie Bockel. Militante du parti radical (valoisien), elle anime l'association Nouvelles énergies républicaines d'Alsace, "pas un parti", précise-t-elle, "plutôt un espace de parole pour les gens des quartiers". Fatima Jenn vit dans cette Alsace qu'elle aime. Dans sa maison alsacienne, le décor est mi-alsacien mi-marocain, avec son salon aux coussins brodés, le thé à la menthe et les cornes de gazelle sur la table basse. Elle aime le mélange, comme son patronyme mi-alsacien (par son mari) mi-marocain. Née près de Casablanca, dans une famille d'exploitants agricoles (son père était le maire du village), Fatima Jenn est en même temps de culture urbaine, ayant grandi à Casablanca. C'est pour ses études qu'elle est arrivée en 1983 à Mulhouse à l'Université de Haute-Alsace. De la physique-chimie, elle passe à la gestion d'entreprise et au commerce international. Entrée dans la vie professionnelle, elle cultive les réseaux franco-marocains, crèe la société Espace Formation Découverte Tourisme (EFDT), dont le siège est à Casablanca et qu'elle dirige depuis Mulhouse. EFDT propose des prestations de service aux entreprises françaises souhaitant se développer au Maroc comme aux investisseurs marocains souhaitant travailler avec l'Alsace.  Elle cherche sans cesse à rapprocher les deux mondes. Très pragmatique, elle organise les séjours. En tant que chef d'entreprise, elle cherche à agir contre le fatalisme marocain et contre les rigidités françaises. A Mulhouse, elle a créé le Centre culturel du monde arabe. Fatima Jenn n'aime pas le communautarisme qui n'est que le résultat de l'ignorance et de la peur de l'autre. "Si on veut une France multiculturelle, dit-elle, il faut commencer à recréer des quartiers mélangés".(source: Plate-Forme Intercontinentale des MRE, septembre 2006) L'élue mulhousienne est candidate n°2 dans le Haut-Rhin sur la liste centriste "Pour l'Alsace" aux élections régionales de 2010. Au Conseil régional, elle pense pouvoir porter la voix de la diversité, comme elle le fait à Mulhouse où elle a créé les "rencontres de la diversité" et un comité local de lutte contre les discriminations. Dans sa famille politique, elle entend garder sa liberté de ton. A propos du débat sur l'identité nationale, elle relaye volontiers le propos de Mohamed Miloudi de l'association mulhousienne Clemence en faveur d'un islam républicain : "(Ce débat) est en dehors de la réalité, qui du reste est malvenu en ces temps difficiles où l'heure est à la solidarité" (journal l'Alsace, 16 janvier 2010). |