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Drôle d'année Version imprimable Suggérer par mail
04-01-2010

A l'origine il y avait le chaos puis le chaos s'illumina soudain d'un immense éclat de rire (R. Daumal). Puis arriva l'homme. Dieu donna le rire aux hommes pour les consoler d'être intelligents (M. Pagnol). Et le rire engendra le rêve. Lorsque le premier bébé rit pour la première fois, son rire se brisa en un million de morceaux et ils sautèrent un peu partout; ce fut l'origine des fées (J. Barrie). L'homme qui voulait conserver l'innocence de l'enfance se mit alors à raconter des histoires et le plus vieux métier du monde est, contrairement à une idée reçue, celui de comique. Quand un comique vous dit d'observer le silence, vous vous mettez à l'écouter. Quand il se met à parler, vous buvez ses paroles au point de tituber (R. Devos). Devos nous a quittés mais il nous a laissé  Denis Maréchal et l'humour des années 10, l'humour métisse. Le métissage, chez l'humain,  c'est bien foutu, les gènes s'organisent pour harmoniser le résultat, c'est pas comme le chocolat liégeois, c'est touillé (D.Maréchal). Et derrière ce talent confirmé, il y a beaucoup de jeunes talents du rire, des talents à découvrir. L'humour des années 10 se fait touillé, métisse, avec Nouara Naghouche, et son identité AA (algérienne-alsacienne), avec la franco-tunisienne Samia Orossemane qui se dévoile (par ses mots) sans se dévoiler (le visage), avec Kyan Khajoudi, le franco-iranien, avec Shirley (Souagnon), la talentueuse lauréate de la Route du Rire 2009, et puis tous les autres...

Drôle d'année, 2010, qui ouvre la décennie du rire métisse.

 Denis Maréchal, pouce en l'air

C'est au milieu des années 90. Denis Maréchal monte à Paris. Le Lyonnais veut devenir comédien mais, pour vivre dans la capitale et suivre les cours de théâtre, il faut commencer par être serveur dans les restaurants parisiens. Lorsqu'on veut, on peut, et surtout on rencontre les bonnes personnes qui vont orienter un destin: Philippe Sohier et son atelier de théâtre, Bertrand Fournel. Cela lui permet d'être repéré par Graines de stars (M6, 1996), puis d'être invité par Philippe Bouvard (France 3, Bouvard du Rire) et enfin par Thierry Ardisson (Vue sur la mer). La carrière de Denis est lancée. L'humoriste, qui écrit lui-même ses sketchs, met en scène des personnages plutôt déjantés - le squatteur, le rasta fumeur, pour ne pas dire fumiste, le mec qui fait la queue à la pharmacie pour acheter en urgence des préservatifs.

Ses mots délirent à la Devos lorsqu'il raconte Nadège à un public conquis par son regard complice et son look de gendre idéal. Le public se reconnait lorsqu'il met en mots les travers de notre société, encore encline aux stéréotypes et préjugés raciaux, pour ne pas dire racistes.

           (image Festival de Montreux)

Denis Maréchal interpelle la spectatrice au premier rang qui répond au nom de Stéphanie -"mais ce n'est pas grave !"-, il aime les femmes. Denis Maréchal est fameux, pour ne pas dire femmiste.

 Nouara Naghouche et les caissières sont belles

On aurait pu dire que Nouara au départ avait un CV ("non, ce n'est pas du verlan", dirait Denis Maréchal) à être plutôt caissière au Norma de Colmar, à proximité de la ZUP Ouest, qu'à monter sur scène au Théâtre du Rond-Point à Paris, à proximité des Champs-Elysées. Nouara vient du peuple. Elle connait la pauvreté, la crise, les femmes qui doivent se lever tôt le matin pour faire vivre leurs familles recomposées ou plus souvent encore décomposées. A 21 ans, après dix années de foyer, elle va voir l'éducatrice du club de prévention de son quartier en lui disant: "Je veux faire du théâtre". L'éducatrice fait confiance à ce petit bout de femme pleine d'énergie et à son envie furieuse de prendre la parole et de dire ce qu'elle connait, les sacrifices de ces femmes, sa vie à elle, et on peut rire de la galère, on peut rire de ce qui est vrai. La rencontre déterminante pour Nouara Naghouche a été avec Pierre Guillois en 2002. Le metteur en scène est le créateur du spectacle Les caissières sont moches par l'Atelier du Rhin. Nouara a suivi Pierre Guillois jusqu'à cet été 2006 où au Théâtre du Peuple de Bussang, elle a interprété le rôle du Père Ubu dans Ubu Roi. L'Atelier du Rhin a développé une action culturelle à destination des habitants du quartier Europe de Colmar et Nouara a saisi cette chance de faire ce dont elle avait toujours rêvé, faire du théâtre. Mais quand le Rond-Point lui a proposé de faire trois semaines à Paris, elle n'en croyait pas ses yeux. Le spectacle Sacrifices, one-woman-show créé en 2008 et présenté en avant-première aux femmes des quartiers de Colmar à qui elle rend hommage, pouvait être présenté aux spectateurs parisiens puis en tournée française.

                                     

                             (image BAT, le Billet des Auteurs de Théâtre)

Nouara a fait du chemin depuis son tout premier one-woman-show, le spectacle Nous avons tous la même histoire, présenté en 1999 au Centre socio-culturel de son quartier, dans le cadre d'un spectacle humoristique créé avec des jeunes filles du centre socio-culturel Florimont de Colmar. Les spectacles de Nouara Naghouche s'appellent Exercices de tolérance (2001), On reviendra mourir une autre fois (2002), ça n'arrive qu'aux autres (2003), Vengeance (2004) J'étais dans ma maison et j'attendais que la pluie vienne (2005),... Tous ces spectacles ont été créés avec les habitants, comédiens amateurs, des quartiers de Colmar. Juste avant Noël, le 23 décembre 2009, l'Alsacienne-Algérienne, comme elle se dit elle-même, a fait un tabac chez les Bretons, au Palais des Congrès de Loudéac, en pays gallo. En forêt de Brocéliande, on en rit encore.

 Shirley fait son show

Get up stand up. Shirley fait son show qui prend des allures d'American show. Non, Shirley n'est pas américaine, tout juste française et juste un peu black. Elle raconte un entretien d'embauche. Le patron est interpellé par le prénom Shirley lu sur le CV et lorsqu'il la découvre noire, il lui dit: "Vous seriez pas américaine ?", ça, c'est bien vu d'être américaine !, "Ah non ? alors vous venez d'où?", lui demande-t-il. Elle a envie de lui répondre : "Non, je ne suis pas née dans la savane avec les babouins, je suis juste française, et je m'appelle Souagnon". En décembre 2009, elle demande conseil à Denis Maréchal, pour son nom de scène : Shirley Souagnon ou Shirley tout simplement ? Denis lui répond : Shirley, c'est pas mal ! Alors elle s'appellera Shirley, tout court. Shirley a remporté le Prix 2009 de la Route du Rire. Shirley, c'est de l'art, du grand art, un rire à décaper, que l'on a pu voir le soir du 18 décembre 2009 sur France 4 (finale de la Route du Rire).

                        

Ne zappez pas Shirley, l'humour des années 10. Elle se présente elle-même : "fille black des années 198..., elle a connu la fin des vinyls, SuperKiki et les baskets à scratch. Entre culture musicale afro-américaine et culture française", Shirley nous dépeint les travers de sa génération bercée entre deux rives. Sans prétention, cette jeune femme aux allures funky vous transmet un pep's d'enfer pendant une heure de show où elle danse, chante, met en scène des situations absurdes, avec plus de quinze personnages, des vocalises "jazzy" totalement improvisées, des boutades, des galéjades, des claquettes et des pirouettes !... (présentation spectacle). Shirley est au Bout, salle parisienne (Pigalle), tous les samedi soir de janvier 2010. Sketch up à ne pas rater !

 Kyan Khojandi vous plie en quatre

On achève bien l'info les vendredi soir sur France 4 et celui qui se charge du coup qui tue s'appelle Kyan. Chaque semaine, Kyan fait son festival déjanté. Kyan Khojandi a tellement avalé d'images de séries américaines ou d'émissions télé pendant son enfance qu'il en fait aujourd'hui des parodies avec un incroyable mais vrai talent. Mais le franco-iranien est aussi une bête de scène, au Théâtre Montmartre Galabru où il présente tous les samedi de janvier 2010 son one-man-show, la Bande Annonce de sa vie. Enfant, Kyan était donc un petit garçon rêveur, passionné de séries et de films made in USA. Devenu grand, il a voulu devenir avocat, comme Perry Mason.

                           

                                          (image TalentZapping)

Mais la vie n'est pas comme à la télé. Kyan a donc quitté ses études de droit pour devenir le héros de sa propre vie et pour incarner sur scène tous les héros de son enfance. Au final, une heure de rire où tous les enfants des années 198... retrouveront les héros de leur jeunesse et comme le dit un spectateur conquis: "Le mec déchire! des vannes qui seront bientôt cultes!". Et quand Kyan parodie Jésus, c'est un must! 2010, année 0, drôle d'année, an 1 d'un artiiste bientôt culte.

 Samia Orosemane et les 40 comiques

Elle a toujours aimé le théâtre, Samia, et elle a tant désiré jouer la comédie qu'elle a fini par monter sur scène et son jeu théâtral est déjà bien huilé, bien affûté. Samia Orosemane est de cette génération nouvelle de "foulardées" (elle utilise elle-même ce terme, alors reprenons-le !) qui s'assument. Elle monte sur scène avec son foulard et en fait même un sketch qui décoiffe si on peut dire. La franco-tunisienne (c'est aussi elle qui le dit, alors disons-le !), non seulement est une humoriste mais elle prend des initiatives pour créer l'évènement en réunissant elle-même ses amis comiques pour un grand show qu'elle a appelé Samia et les 40 comiques - il fallait oser ! - et qu'elle présentera le 7 février 2010 au Théâtre Adyar à Paris.                      

                                   

Demandez-donc à Samia quel est son héros préféré, elle vous répondra Malcolm X, son combat aujourd'hui elle vous dira Stop islamophobie, son site favori al-har.com. Al har, cela signifie le piquant, le piment. Sur scène, l'humour de Samia Orsemane est pimenté juste ce qu'il faut... ce qu'il faut pour donner du goût au ragoût identitaire, un ragoût halal bien sûr !

 Et Claudia  dans tout ça ?

Le Festival de Montreux a eu lieu du 8 au 13 décembre 2009. C'est pour les humoristes francophones la rencontre au sommet du rire. Claudia était au Festival. Née à Abidjan, elle a grandi à Alès. Le site du festival présente ainsi l'artiste : "Dés son plus jeune âge, (Claudia) a une passion pour le théâtre. Après son bac, elle monte à Paris afin d'y suivre des études en Art du Spectacle. Sa licence en poche, elle décide de s'investir dans le métier qu'elle a choisi : comédienne...

                                    

Entière jusqu'au bout des ongles, elle donnera à chaque fois le meilleur d'elle-même. Avec une énergie toujours renouvelée, elle se lance dans le stand up et renforce encore son indéfectible lien avec le public".

2010 sera-t-elle  l'année du rire ? C'est à souhaiter en tout cas, avec eux et elles six, et avec tous les autres : la bombe comique Verino, le romand amoureux Frédéric Recrosio, le sniper Fabrice Eboué, etc. Que l'année soit drôle !

 

 Liens : la Route du Rire,  le Festival du rire de Montreux,

 

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