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Il y a le parcours déjà riche d'une jeune vie de 28 ans, un parcours d'embûches - "Nul ne peut atteindre l'aube sans passer par le chemin de la nuit"- de doute - "Pour croire avec certitude, il faut commencer par douter" - et puis de foi - "Ce que je crois est la seule chose qui m'appartient". Klara - avec un K, c'est important, car c'est le K des racines lituano-polonaises - n'est pas blonde comme les blés mais brune comme... elle ne sait pas vraiment comme quoi ou plutôt comme qui ? Peut-être comme son arrière grand-mère (Genovefa) d'origine tsigane. Klara est née et a grandi à Paris, d'une mère venue de Varsovie. Sa mère Krystina - avec un K s'il vous plaît - est arrivée à Paris au coeur des événements de mai 68. Des récits de cette époque, elle en a entendu parler, mais Klara ne parle pas le polonais, peut-être parce que sa mère a voulu qu'elle soit française. Il demeure que le caractère slave se transmet par la mère, et Klara se sent profondément slave. Klara est une slave française, historienne de l'Afrique, un foisonnement d'identités portées avec une certaine singularité. "faire de l'Autre un semblable" Klara est parisienne, enseignant actuellement l'histoire en banlieue, elle est une passionnée de l'Afrique. Klara Boyer-Rossol est historienne et travaille sur la traite et l'esclavage en Afrique et à Madagascar. Une Afrique plurielle, mouvante, en perpétuelle reconstruction, qui a contribué à sa propre construction. Klara Boyer-Rossol est doctorante en Histoire de l'Afrique, elle s'est d'abord intéressée à l'islam en Afrique. Klara a adopté le message de l'islam mais comme sans doute il faut le faire, sans aucune rupture avec ses racines et ses aspirations. "De Varsovie à l'Afrique en passant par Paris, une traversée singulière" Kilomètre 0 Le 8.08.1981 à Paris, deux pupilles s'ouvrent au monde, elle s'appellera Klara. Quelques mois à peine après sa naissance, sa mère l'amène en Pologne, c'est alors Solidarnosc, elles prendront le dernier avion pour rentrer en France, "de l'autre côté du mur". Mais Klara ira passer chaque grande vacance en Pologne, elle se souvient des étés passés aux bords des grands lacs de Gdansk, lorsqu'elle était enfant, la queue qu'il fallait faire au magasin du coin, une ration de savon le mardi et des bocaux de cornichons le lendemain matin, la voiture tellement chargée de provisions à ramener "de l'autre côté" que l'on ne voyait plus les roues, et sa mère qui ne cessait de lui dire : "Quelle chance tu as d'être française !". Même si, par un excès de "conscience slave", sa mère lui apprenait à rouler les -r, "roules bien le -r, comme ça... sinon, tu ne pourras jamais être une vraie polonaise".  Klara roule donc les -r parfaitement, elle sait lire aussi cette langue faite de cs et de cz, mais elle ne la parle pas. Klara Boyer-Rossol est française. "Ka avancer. Toujours libre de rester soi-même", un précepte décliné au féminin... Pielgrzymka (pélerinage) La saga des Rossol a commencé il y a très longtemps quelque part en Europe de l'Est, dans l'ancienne grande Pologne. Des Lituaniens installés dans l'actuelle Biélorussie, des Polonais et des Tsiganes ne savent pas encore qu'ils s'uniront pour engendrer une génération de femmes inavouées. Puisqu'on est slave par la mère, c'est cette origine qui coule dans les veines de Klara. Avoir une mère polonaise n'est pas un héritage léger à porter, non pas un petit baluchon transmis de génération en génération mais un tas de gravats de siècles de domination empaquetés dans une toile d'exception culturelle, devenue anachronique. Une passion pour les arts et la soupe de betterave, pierogi et marteau à viande, l'exagération cultivée avec un rare talent, des bougies à la Vierge Noire de Cracovie, bouteilles de vodka et colliers d'ambre ramenés à foison des marchés de Varsovie où on négociait encore le bout de ficelle en russe et en zloty. Krystyna Rossol était championne de patinage de vitesse, son père Kasimir - avec un K s'il vous plaît - était venu de sa Lituanie natale. Champion d'échecs de Varsovie, Kasimir Rossol était de ces généraux polonais à cheval contre les tanks allemands. Depuis aussi longtemps que l'on se souvienne, les Rossol étaient des "résistants", résistants anti-nazis, résistants anti-communistes. Pour Krystyna, partir à Paris à l'âge de 22 ans, était quelque chose qui allait de soi... Un Konstant refus de s'enfermer dans les diktats sociaux, une identité plurielle
De son éducation religieuse catholique, Klara a retenu un goût prononcé pour le sernik (gâteau de fromage blanc) et le makowiec (gâteau à base de graine de pavot), ramenés de l'Eglise polonaise. Mais la rigidité du catholicisme la rebute. Bien plus tard, c'est en lisant le Coran qu'elle redécouvrira la Bible (faut-il souligner encore que les musulmans reconnaissent le prophète Issa - Jésus - et sa mère Marie), c'est finalement l'islam qui l'a ramenée vers le christianisme. "sur le chemin" Et depuis qu'elle est toute petite, depuis qu'elle sait tenir un stylo entre les doigts, Klara écrit, des mots griffonnés à un coin de table, un coin de monde au café du coin, dans le métro, en marge des feuilles de cours... une écriture tout-terrain, des rails de mots, des petits cailloux sur le chemin. Ecrire contre l'oubli, écrire pour esquisser les marques de sa présence sur terre, parcours solitaire et universel. Eternelle quête, étancher sa soif grandissante de connaissance, d'ici et d'ailleurs. Mais c'est surtout la vie qui lui a servi d'école. Alors qu'on l'avait orientée avec indulgence vers un BEP, après une adolescence chaotique à fréquenter les services sociaux mais à fréquenter surtout des copines de toutes origines et de toutes couleurs, échouées dans des "foyers" ou des jeunes filles de "cité" rencontrées plus tard à l'Université, des "foyers" à l'Université, c'est un niveau bac+8 qui apparaît sur le curriculum d'un parcours en marge. Klara dit qu'elle n'y serait jamais arrivée sans ses amis, sa "famille de coeur", comme elle les appelle, ce sont eux qui les premiers ont cru en elle et lui ont montré un soutien constant, ses amis de Paris originaires de Tunisie, d'Algérie, du Sénégal, du Cameroun, ou encore du Vietnam, ses "amis-continents" qui lui ont offert de grandir avec les portes ouvertes sur le monde. A Toronto, mai 2009 La petite fille de Varsovie, quelques vingt ans plus tard, monte à la tribune de la Conférence internationale de Toronto sur l'esclavage (mai 2009) et est invitée par le Burkina-Faso à participer (du 25 au 31 octobre 2009) à la "confrontation des regards en sciences humaines et en arts visuels" sur les esclavages et les traites négrières. Afri K Histoire des religions, Histoire de l'Art, Histoire des civilisations, Histoire des mondes extra-européens, Histoire de l'Afrique. Apprendre que l'Histoire ne commence pas nécessairement par l'écriture, mais davantage par les hommes. A un carrefour de la vie de Klara Boyer-Rossol, il y a eu cette rencontre déterminante avec l'Histoire orale, transmise de génération en génération, par les gardiens de la tradition. Alors qu'elle s'apprêtait à entamer une maîtrise en Histoire de l'Afrique, qu'elle souhaitait réaliser sur la diffusion de l'Islam en Afrique noire, elle a finalement atterri à Madagascar, et s'attachant à garder cette "perspective" africaine, elle a commencé à s'intéresser aux liens qui unissaient les deux rives du canal du Mozambique.  C'est dans ce contexte qu'elle entend vaguement parler d'un groupe, appelé "Makoa", installé dans l'ouest malgache, qui serait d'origine africaine. Plus précisément, on disait ce groupe formé par des descendants d'esclaves africains. C'est ainsi qu'elle s'est retrouvée à travailler sur la traite et l'esclavage. Mais cette recherche est d'abord née d'une rencontre... Kazambo En 2004, Klara Boyer-Rossol a 23 ans à peine lorsqu'elle part pour son premier voyage malgache, dont elle aurait pu ne jamais revenir debout en raison d'une très grave crise de paludisme où elle a été considérée comme condamnée. Elle cite l'épisode aujourd'hui avec humour, préférant retenir de ce voyage sa rencontre avec Ban Kazambo, ce monsieur makoa qui lui a dit : "Nos ancêtres sont venus d'au-delà les mers".  A ces mots, un pont semblait avoir été jeté entre les deux rives du canal de Mozambique, et depuis, Klara essaye d'en retracer l'histoire. Ainsi, au carrefour du monde, à la croisée de l'Afrique et de l'Asie, dans cette Grande Ile de Madagascar, la jeune chercheuse a recueilli ces mémoires d'hommes. Des hommes qui, en transmettant leur histoire, ont brisé les chaînes du silence qui pesaient sur l'esclavage, affirmant par là-même leur humanité. En 2008, après de nombreux mois de terrain menés avec son "aîné" Kazambo, Klara Boyer-Rossol a organisé la première journée de commémoration historique et culturelle des Makoa dans l'Ouest malgache, évènement qui s'est tenu le 29 novembre 2008 à Morondava, sous le haut patronage du Ministre de la Culture et du Ministre de l'Environnement et du Tourisme de Madagascar. Aujourd'hui de retour à son Paris natal, elle essaye de terminer sa thèse de doctorat. Ne bénéficiant plus de financement pour finir sa thèse, Klara enchaîne les petits boulots puis décroche un poste de remplacement de professeur d'histoire-géographie dans un lycée dit "difficile" de banlieue. K d'école Parlant de la démocratie, Madame Boyer-Rossol interroge ses élèves : "Quel est le régime politique actuel en France ?". Réponse : "Heu, régime communautaire, Madame ?!", "Non, ça c'est uniquement au lycée de Bagneux, en dehors, c'est la démocratie". Désespoir. "Hé, Madame, vous êtes musulmane ? Franchement, ça se voit trop que vous êtes musulmane !", "Heu, mes croyances religieuses n'ont pas leur place en cours, Mademoiselle", "Ouais, mais vous êtes quand même musulmane, hein Madame ?". Désespoir. Klara est prof contractuelle, remplaçante évidemment, on ne va quand même pas sortir de la précarité, ce serait moins drôle. Passer de Toronto à Bagneux, via Tananarive et Ouagadougou, cela fait partie de l'expérience à acquérir. En conférence internationale, à une tribune devant d'éminents spécialistes, 10 minutes pour transmettre des années d'études, des nuits blanches pour voir apparaître son nom dans des ouvrages collectifs, négocier inlassablement des aides à la recherche et dire avec le sourire encore "Klara à l'accueil, bonjour"... Puis troquer son poste d'hôtesse d'accueil et faire l'expérience, à la fois douloureuse et enrichissante, de "l'enseignement précaire". Précarité du statut des non titulaires, précarité des moyens et des conditions d'enseignement. Précarité, un mot qui a si souvent résonné dans une traversée qui semble rimer avec liberté, égalité, fraternité. Un K parmi tant d'autres "Mais madame, comment ça se fait que vous vous intéressez à l'Afrique ?" Klara aimerait trouver des formules toutes faites pour rassurer ses interlocuteurs, ébranlés par l'effondrement de leurs clichés refoulés. Elle voudrait répondre : "Mais je me suis intéressée à l'Afrique parce que j'ai vu un petit noir à la télé et j'ai reçu la révélation messianique d'apporter la blanche connaissance à cette terre plongée dans les ténèbres". L'interlocuteur serait ainsi rassuré et le danger qui planait sur ses clichés enfin écarté. Mais plus simplement d'habitude elle répond : "Ben, je travaille sur l'histoire de l'Afrique parce que ça m'intéresse". Et là, consternation dans le regard de l'Autre, même pas une petite anecdote exotique à se mettre sous la dent.  Même si par une ironie du sort, il faut subir la discrimination "à l'envers". Ne pas avoir le droit aux bourses parce que l'on n'est pas une femme ressortissante du "Sud", parce qu'on est de nationalité européenne, ne pas pouvoir prétendre à des financements ou autres offres en Histoire de l'Afrique. Et parce qu'encore, on n'a pas la "couleur de l'emploi", devoir essuyer à chaque fois des regards soupçonneux ou carrément méprisants. Toujours assumer sa différence, son identité. Une croyante non-pratiquante qui cuisine polonais halal, une femme blanche qui travaille dans la recherche en Histoire de l'Afrique, accumulation des paradoxes, déroutement du regard de l'Autre. La vraie liberté, n'est-ce-pas d'affirmer sa différence comme une marque d'égalité, la déclamer tel un chant de fraternité. L'altérité comme une source intarissable de richesse à partager. Cultiver sa différence comme un jardinier appliqué, à faire de l'Autre un semblable. Et Klara y croit encore... portrait par Guy Didier, sur les mots de Klara Boyer-Rossol (octobre 2009) A mes amis A mes amis, mes frères, mes sœurs, A ma famille de cœur A vous qui m'avez permis de croire Envers et contre tout La reconquête de son histoire Envers et contre tout Réécrire sa vie de ses propres mains En vers et pour tout L'encre à flot coulé Tracer l'esquisse de votre présence sur la page des jours Filigrane de petits cailloux sur le chemin Qui me rappellent toujours D'où je viens "de l'amour à chaque pas" Parce qu'il y a de l'amour à chaque pas Vous avez rendu à mon combat Ses lettres de noblesse Vous qui faites de ma quête insensée Un espace où éclore Aujourd'hui que je pars seulement me rends compte qu'ici Des attaches enracinées Directement au cœur C'est à vous que je dois D'avoir enfin ce chez moi Bâti d'amitié et de fraternité Ce chez moi Où il fera toujours bon de revenir Vous dire seulement MERCI De m'offrir un ici Pour vivre haut là-bas Vous qui êtes Mon Europe mon Afrique mon Asie Mon microcosme à échelle humaine A 360° mon regard pour embrasser l'étendue des êtres chers Vous qui peuplez mes jours Pour certains depuis ce temps lointain où Petite femme Griffonnait frénétiquement Wolnosc wolnosc Jusqu'à en épuiser l'encre Liberté Liberté Etendard du djihad de sa traversée Du foyer à l'Université Une destinée à la renverse Mais le pas qui chancelle est aussi celui qui danse Et j'ai kiffé chaque note posée sur la partition des souvenirs d'une femme en quête d'une vie meilleure Vous qui m'avez rappelée à mes rêves comme un artisan à son ouvrage Karim le généreux je mettrai en échec chaque pion qui barrera mon passage Parce que je suis la reine indétrônable des causes à espérer Un hommage ce soir à toutes celles qui se déclinent en deux ailes "Elles..". Elles Se tapent à mains nues contre la précarité des jours, Sans compter les rounds, elles se maintiennent debout Elles Se taillent la carrure d'un homme en deux coups d'épingle Et ont encore l'humilité de ne pas porter l'habit Elles Se foutent si femme-soldat ne rime pas Elles Gardent encore la délicatesse d'ajouter un -e A chaque fin de mots Elles Portent plus haut que tout La liberté d'aimer comme il leur plaît Elles Cultivent leur différence comme un jardinier appliqué A faire de l'Autre Un semblable Si ici les bint-bint clinquent au son de l'ignorance séculaire A toutes celles qui manifestent leur présence avec la dignité de leurs mères Et celle-ci c'est pour Coumba Depuis le Fouta on ira jusqu'à Bandiagara Recueillir les mémoires d'hommes qui croyaient encore en l'humanité "recueillir les mémoires d'hommes" Et tu vois, j'y crois encore
Et même si les « si » existent encore J'irai jusqu'au bout et plus loin encore Et s'il faut croire encore et encore J'irai chercher l'espoir jusque dans les plis de l'aurore Car je suis, comme toi Femme-lion Qui taille ses armes dans ses larmes Aux rires, nous passons, ensemble, Mes amis, mes frères, mes sœurs, Ma famille de coeur Je m'envole vers la conquête de mes rêves Egrenés un à un entre les doigts Partir en serrant la main du destin qui nous a réunis  "serrer la main du destin qui nous réunit" Et qu'il soit dit Je ne négocierai pas ma liberté pour une vie à demi J'irai porter chaque lettre du VIVRE en majuscule Sinon rien Que des mots Que des mots.... Klara Boyer-Rossol Paris, mars 2008 |