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11-06-2009

"L'art est ce pourquoi respire l'âme", nous dit Samia Smahi, artiste peintre originaire de Mostaganem et installée aujourd'hui en Belgique. "L'art est par essence l'expression de l'être. Il est l'expression du vécu de l'artiste et de son environnement. Il nous interpelle dans nos manières d'être avec soi et avec autrui et nous éveille... Les finalités de l'art sont sans fin et ses acquis illimités". L'art de Samia Smahi est un recueiilement. Il interroge sur le sens de la vie. Il est une quête spirituelle.

      

 La lumière des oeuvres de Samia Smahi éclaire les corps et les coeurs. Cette artiste est l'une des personnalités qui témoignent de la place acquise par les "originaires du Maghreb" en Belgique, dans toutes les sphères de la vie locale et nationale, et cela se traduit aussi dans la vie politique, d'une façon absolument remarquable.

Saïd El Khadraoui le Flamand rose

Le Parlement européen de Strasbourg a renouvelé ses élus le 7 juin 2009. Depuis son élection en 2003, le Flamand Saïd El Khadraoui, réélu en 2009, a toujours insisté pour dire qu'il y représente tous les Belges. Mais il n'oublie jamais que parmi eux, il y a ceux qui, comme son père, sont arrivés du Maghreb dans les années 60 et ont fait leur vie dans ce pays. Le père de Saïd est originaire de la région de Meknés au Maroc. Il a épousé une Flamande et Saïd est né en 1975. Le belgo-marocain, né à Louvain, s'est intéressé très jeune à l'engagement politique. A l'âge de 19 ans, il a été élu avec le Parti socialiste au conseil communal de sa ville et en est devenu très vite un échevin (adjoint au maire), le plus jeune de l'histoire politique de la Belgique. Fonctionnaire du Ministère des Affaires Etrangères, sa carrière professionnelle a commencé à New-York mais aujourd'hui, c'est à Strasbourg qu'il agit depuis six ans en tant qu'eurodéputé (2003) et qu'il y apporte une sensibilité particulière liée à ses origines.

                                   

 Saïd El Khadraoui, porte-parole de la Jeunesse européenne, est aussi très actif au sein du Centre pour l'Egalité des Chances et la Lutte contre le racisme où il entend "promouvoir l'aspect positif de la diversité culturelle". A l'équipe de télévision marocaine venue l'interviewer, il était particulièrement fier de faire visiter la magnifique salle du conseil communal de Louvain dans le non moins magnifique Hôtel de Ville de style gothique où il a fait son entrée en tant qu'élu, il y a quinze ans déjà.

 Faouzia Hariche ne décroche pas

Née en Algérie, Faouzia Hariche est arrivée en Belgique en 1974 à l'âge de 7 ans. Elle est depuis 2000 échevine de la ville de Bruxelles, "l'échevine allochtone", comme on dit dans la capitale belge. Cette diplômée en philologie romane de l'Université de Bruxelles a d'abord mis ses compétences au service des associations agissant contre le "décrochage scolaire" et les discriminations. Elle a contribué à mettre en place des projets de soutien scolaire destinés aux jeunes Bruxellois d'origine étrangère.

                              

Elue sous les couleurs socialistes dés 1994, il apparait clair aujourd'hui que son unilinguisme est devenu un frein dans l'évolution de sa carrière politique.

 Fadila Laanan, le sourire comme carte de visite

"J'ai toujours été bruxelloise et mon pays c'est la Belgique", dit Fadila Laanan, qui a grandi à Molenbeek dans une grande fratrie de trois soeurs (Fatima, Amina et Mimouna) et trois frères (Miloud, Kader et Mohamed). « Étudiez pour devenir quelqu'un » (« qraouw ya ouladi bech tkounou chiwahed »), répétaient leurs parents. « Je ne sais pas si je suis devenue quelqu'un, mais en tous cas j'ai étudié » indique aujourd'hui la Ministre de la Culture et de l'Audiovisuel, avec une évidente reconnaissance envers son père et sa mère.
Fadila Laanan est la fille de Tlaïmas et Bouziane, tous deux originaires de Beni Sidel, village du Rif marocain, près de Nador. Ses parents sont arrivés en Belgique après un passage par l'Algérie puis, en 1964, la Corse et ensuite l'Allemagne.
Fadila Laanan, née le 29 juillet 1967, a passé son enfance à Molenbeek, puis s'est installée à Auderghem et, enfin, à Anderlecht, où elle vit depuis 1997 et où elle siège au conseil communal depuis 2000.La famille qu'elle se refuse fermement à médiatiser, revêt pour elle une importance considérable. Et elle souligne que sa carrière doit beaucoup à son mari, Guy, père de sa fille, Mina, et de son fils, Mekki. Depuis leur rencontre à l'Athénée, celui qu'elle décrit comme son « compagnon de route » l'a toujours soutenue à travers toutes les épreuves, qu'il s'agisse de passer des examens, de distribuer des tracts, de coller des affiches, de surmonter les aléas d'un monde politique parfois rude... Même s'ils restent dans l'ombre, tous trois sont pour beaucoup dans l'indéfectible sourire qui sert presque de carte de visite à la Ministre de la Culture.

                                      
Après ses études de droit, Fadila Laanan, qui s'est toujours beaucoup investie dans le tissu associatif local - dans le secteur de la culture et de la jeunesse, déjà -,  a commencé sa carrière professionnelle comme conseillère dans des cabinets ministériels chargés, aussi, de la Culture... Ceci avant de travailler au Conseil Supérieur de l'Audiovisuel, puis de devenir chef de département à la Société de développement pour la Région de Bruxelles-Capitale.
En parallèle, Fadila Laanan s'est également très vite engagée en politique, par passion, à la fin de ses études. Deux ans plus tard seulement, en 1995, elle ne ratait un siège de députée régionale bruxelloise que d'une dizaine de voix. Élue conseillère communale en 2000, à Anderlecht, elle a ensuite réalisé des scores impressionnants, pour la presque inconnue qu'elle était alors dans les médias, aux élections sénatoriales puis européennes. Ce qui lui a valu, après son élection comme députée régionale, en 2004, d'être choisie par son président de parti, Elio Di Rupo, pour devenir ministre au sein du gouvernement de la Communauté française. Avec, par-delà cette symbolique, un défi de taille à relever : celui de gérer des secteurs partagés, auparavant, entre plusieurs Ministres.
Une tâche qu'elle assume, depuis, avec une sincérité, un dynamisme et une bonne humeur qui lui sont comme une marque de fabrique. Et avec, surtout, après la refondation globale des politiques culturelles qu'elle a initiée à travers les États Généraux de la Culture, des résultats concrets, marqués au sceau de la transparence de la gestion et de l'accessibilité de la culture.(source: www.fadilalaanan.net )

 Mohamed Ouriaghli a la politique au coeur

Il est tombé très jeune dans la marmite politique. Par ses origines ouvrières, Mohamed Ouriaghli a été dans son enfance confronté aux difficultés sociales des familles qu'il côtoyait dans les quartiers bruxellois. Son engagement à défendre les minorités dans le monde du travail a trouvé son expression au Parti socialiste belge. Plutôt que de faire le siège des politiques pour obtenir des subsides pour son action militante, il a pensé qu'il pouvait aussi être de l'autre côté du bureau en devenant lui-même un homme politique. C'est ainsi qu'en 1994, il s'est retrouvé le premier élu d'origine marocaine dans la capitale belge et le plus jeune élu dans l'histoire de la ville. Aujourd'hui, l'échevin Ouriaghli a entre autres la responsabilité des propriétés communales et à ce titre il travaille à créer quelques 5000 nouveaux logements publics, en plus des 2800 existant déjà. Et il milite activement pour développer les coopérations entre le Maroc et la Belgique. Il sait que pour lui-même son identité belge et ses racines marocaines ne sont pas des éléments de contradiction, mais qu'au contraire elles s'additionnent et se dit que de même si le Maroc et la Belgique développaient un vrai partenariat, ce serait une addition d'atouts, au bénéfice de tous.

 La voix intérieure

Les Maghrébins (ou disons plutôt "originaires du Maghreb") de Belgique sont si nombreux dans la vie artistique, scientifique, sportive, etc. de ce petit pays au coeur de l'Europe que toutes les colonnes d'entre-gens ne suffiraient pas à en faire le tour.

                        Samia Smahi                            

La télévision marocaine medi1sat a présenté ces derniers mois sur le web, en portraits filmés, quelques uns parmi cette densité de talents. Tous rivalisent de fraîcheur et de sincérité.

Larbi Khtouta, originaire de Tanger, spécialiste de médecine naturelle est aussi un artiste reconnu qui crée depuis près de quarante ans, en étant auteur de chansons (plus de 170 titres dans son répertoire) et écrivain (une douzaine de livres à son actif).

                                   

 Mourad Boucif est l'auteur de films documentaires tels que "La couleur du sacrifice", film qui rappelle la mémoire de ces combattants marocains qui ont contribué à libérer l'Europe et il est à l'initiative du Festival du film arabe de Bruxelles. Nezha Marzouk est styliste. Avec sa soeur Tourya, elle crée des tenues originales, pas tout à fait marocaines et pas tout à fait européennes, qui puisent dans la tradition du caftan mais que l'on peut considérer comme les créations d'une mode internationale, où le rouge domine. Les tissus des soeurs Marzouk sont européens, les ateliers de production sont marocains et la clientèle est de partout, des femmes qui aiment marier tradition et modernité.  

                                    

Ghalia Benali est artiste, chanteuse, graphiste. Elle est née en Belgique mais, d'origine tunisienne, elle a pu vivre en Tunisie de l'âge de trois ans jusqu'à ses vingt ans. Pour elle, la musique est de l'ordre du mystique. "Dieu, c'est la voix intérieure de chacun. Il faut écouter cette voix intérieure. Dieu est unique pour chacun".

 Karima Haji est photographe. Elle exprime dans l'image toute sa sensibilité féminine.  Originaire du Rif, elle dit que trouver son chemin dans la photo n'a pas été chose facile pour elle. C'est un milieu très masculin. La photo est une mémoire pour l'éternité; c'est pourquoi Karima Haji refuse de se laisser enfermer dans un genre, elle fait aussi bien de la photo  de mode, de paysages, animalière, de publicité... Mais son voeu le plus cher serait de travailler sur le Maroc, un pays qui offre aux photographes une telle palette de couleurs et de sujets !

  La vie comme ils veulent

 Hicham Slaoui est comédien. Cet originaire de Tanger est arrivé à Bruxelles à l'âge de six ans. Enfant ou adolescent, il a fait du théâtre amateur. Sa première expérience au cinéma a été pour le film "La vie comme elle veut" (téléfilm) où il interprétait le rôle d'un boxeur. Plus récemment, le court-métrage "Absurde" s'est attaché à faire tomber les préjugés. Mais pour finir, last but not least, comment ne pas terminer ce petit tour de Flandre et de Wallonie par celui qu'écoutent le matin tous les Belges ou presque à la radio, Walid Wahbi, animateur à la RTBF, est la voix des matinales à  la radio belge. Lui aussi est d'origine marocaine et lui aussi a des projets sur le Maroc. Les Maghrébins de Belgique ont en commun un attachement très fort avec leur petit pays du vieux continent et parce qu'ils aiment leur Belgique, ils ont tous et toutes dans un coin de leur tête le projet de développer des liens forts avec le Maghreb des origines, parce que pour chacun d'entre eux, ces liens sont leurs richesses qu'ils aimeraient tant partager.

 A lire également (en lien): Elections, 23 députés bruxellois allochtones (journal La Meuse, 9 juin 2009)

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