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02-04-2009

L'économie française a tout à gagner à s'ouvrir aux viviers de la diversité, à renouveler ses élites. Les PME ont un rôle essentiel à jouer pour conquérir de nouveaux marchés. Les créateurs de PME issus des quartiers et des cités sont dans une dynamique gagnante et performante que Soumia Belaidi Malinbaum a compris depuis longtemps. Cette Française d'origine algérienne s'est engagée dés son entrée dans la vie professionnelle dans la promotion et le management de la diversité dans l'entreprise.

           

En 1984, jeune diplômée en droit de la faculté d'Assas, elle entre chez IBL, un grand cabinet de consultants international. Sa carrière est lancée. En 1987, elle devient Directrice commerciale France de HTI (200 consultants), avant de fonder en 1981 sa propre société d'ingénierie et de conseil SPECIMEN (50 consultants), tout en créant une PME d'assistance informatique à domicile (30 techniciens). Depuis 2006, Soumia Belaidi Malinbaum dirige Keyrus (1500 collaborateurs présents dans 9 pays). Elle préside l'Association Française des Managers de la Diversité (AFMD) et devient porte-parole Diversité du MEDEF et membre du Comité consultatif de la HALDE. En siégeant au Conseil d'Administration de l'Université Paris-Dauphine, elle oeuvre au rapprochement de l'Université et des entreprises. Elle entre au Conseil d'Administration de l'Institut du Monde Arabe. Pour elle, les entreprises engagées dans la diversité doivent s'ouvrir à la culture arabo-musulmane. Partout où elle a l'occasion de s'exprimer, elle lutte contre les discriminations et pour l'ouverture des entreprises au potentiel de la diversité française.

Le livre Boss made in France (Editea 2008) raconte l'aventure d'hommes et de femmes, nouveaux Français, qui ont grandi à l'école des quartiers et des cités, et qui ont défié les discriminations et la xénophobie, pour devenir entrepreneurs. Plutôt que d'attendre l'emploi, ils l'ont créé et chacun de ces parcours révèle de grandes qualités humaines.

 Oumié Yansanne tient-elle de sa mère son sens aigu des responsabilités ? Sa mère, Française vivant en Guinée-Conakry, s'est retrouvée veuve très tôt après le cancer de son mari guinéen, avant de mourir elle-même dans des conditions tragiques. Oumié était l'aînée. Elle n'avait que onze ans. La petite famille se retrouve à Chamonix chez les grands-parents maternels. A 21 ans, Oumié s'engage auprès de Médecins Sans Frontières et part pour des missions difficiles : le Rwanda en plein génocide (1994), Haïti en plein embargo (1995), le Soudan, l'Ouganda. Elle pense alors que plutôt que des missions humanitaires, c'est le développement des économies locales qu'il faut promouvoir et elle se lance dans le commerce équitable. A Paris, elle ouvre une boutique Place de la Bastille (le 11 septembre 2001 !) et ses produits équitables et durables contribuent aujourd'hui à renforcer les économies guatemaltèque, ivoiriennne, zimbabwéenne et... guinéenne.

 Najet Smida est arrivée de Tunisie à l'âge de 5 ans avec sa mère et sa famille pour rejoindre le père, fondeur dans la région lyonnaise. Au sortir de l'adolescence, elle a choisi le droit et a effectué de brillantes études. Mais lorsqu'elle a voulu exercer son métier d'avocate, elle essuyait des refus sur ses candidatures. Elle a donc créé son propre cabinet à Vaulx-en-Velin et, dans cette ville de la banlieue lyonnaise, Najet Smida est devenue une brillante avocate qui défend quand il le faut des causes militantes et sans jamais oublier sa Tunisie d'origine.

En quittant le Souss marocain à l'âge de 19 ans, Hassan Bouod, issu d'une famille paysanne de huit enfants, tentait l'aventure vers la France, pour rejoindre son frère aïné, chauffeur-livreur. Les deux frères achètent à crédit une petite boucherie marseillaise. Ils travaillent 24h/24, en dormant dans la boutique pendant trois ans. Hassan se retrouve un jour dans les locaux de la Préfecture en instance d'expulsion mais parvient à se maintenir en France. Dans un climat difficile de montée de l'extrême-droite dans la région PACA, il parie pourtant sur l'avenir. Les dettes sont remboursées en quelques mois. La petite boutique devient une PME qui ne cesse de croître pour devenir aujourd'hui le plus grand groupe agro-alimentaire de viande hallal en France. Le pari est réussi. L'entreprise Bouod répond aux besoins de la communauté musulmane.

                         

Aujourd'hui, Hassan Bouod préside l'Association des entrepreneurs de la zone franche, est entré au Conseil économique et social de PACA, est membre de la Chambre économique de Marseille chargé des relations avec le Maroc. Il sponsorise de nombreux événements sportifs. Depuis 2003, il préside l'Association Tremplin pour Entreprendre. Celui qui aurait pu devenir berger dans son village, qui est arrivé en France avec un CAP d'aide-comptable et sans connaître la langue, a dû tout apprendre et tout réussir. Il pense souvent aux larmes de son père au moment des adieux. Ces larmes lui ont donné du courage et de l'ambition. 

Dans sa cité de Lucé, près de Chartres, les jeunes sont parfois un peu bouillants. Mais Mohamed Ali Ben Abda impose le respect, non seulement par sa taille (1,90 m) mais plutôt par les valeurs qu'il fait partager. Depuis la naissance, Mohamed a un bras en moins, mais le courage en plus. En 2003, il  a créé l'entreprise de gardiennage Scorpion et à Lucé, la sécurité est assurée, car grand-frère est là !

En 1971, lorsque la famille Yildiz est arrivée à Bordeaux, c'est tout naturellement vers le Bâtiment que le père s'est orienté. Mustefa est né ici, à Cenon, quartier Palmer, et il a passé son adolescence à aider son père. A 25 ans, il crée lui-même son entreprise de rénovation et d'électricité. Il n'oublie pas non plus les jeunes de son quartier et crée une association culturelle et sportive. Il a de l'ambition pour eux et trouve qu'ils ne sont pas suffisamment représentés politiquement. Mustefa Yildiz a l'ambition de prendre des responsabilités dans sa ville.

A Lomé où il est né il y a près de quarante ans, peu savent que la Constitution institue le devoir de désobéissance en cas de coup d'Etat. Didier Acouetey, lui, le sait et il a créé Initiative 150, "groupe de réflexion indépendant" qui fait référence à ce fameux article. Didier Acouetey ne vit plus au Togo mais en France où il est arrivé à l'âge de 13 ans. Il dirige Afric Search, premier cabinet de chasseur de têtes parisien dédié à l'Afrique. Il est convaincu que le salut de l'Afrique viendra des jeunes entrepreneurs et gestionnaires formés en France qui auront compris qu'ils pourront "rentrer" si on leur ouvre des opportunités intéressantes. Il incite les grands groupes internationaux à proposer des salaires de niveau français à ces nouveaux collaborateurs qui trouvent là le moyen de contribuer au développement du pays d'origine, à "impacter" durablement et efficacement les villes et les régions africaines, tout en exerçant leurs compétences et leurs métiers.

                        

Didier Acouetey affirme que les entreprises internationales ont tout intérêt à accorder leur confiance à ces cadres de haut niveau, connaisseurs des cultures locales et prêts à investir toute leur énergie pour le développement du pays d'origine. L'Afrique a des ressources humaines exceptionnelles qu'il invite à rencontrer dans les Salons Afric Talents qu'il organise à Paris, Dakar, Bamako ou même Washington.

Ce fils d'immigré algérien est devenu, dans une ascension fulgurante, le quatrième éditeur de BD de l'Hexagone. Dés l'enfance, il était passionné de BD. A 15 ans, il fonde un festival à Hyères avec des amis. Devenu adulte, il ouvre une librairie et à 28 ans, il crèe la maison d'édition Soleil Production. Aujourd'hui, Mourad Boudjellal préside le Rugby Cub de Toulon qu'il fait tourner avec le sponsoring de son entreprise qui emploie plus de 400 personnes (on peut retrouver également sur entre-gens le portrait de son frère Farid, dessinateur).

Lorsque vous commandez du fromage de brebis dans les grandes tables parisiennes, savez-vous que ces produits venant de Reigny, au "fin fond" du Cher, ont été fabriqués par Sylvie Kebe, qui n'a pas craint de s'installer, elle noire et venant d'ailleurs, comme éleveuse de brebis et productrice de fromages frais, en pleine campagne française ?

 Nezha Lahyani a grandi dans une famille d'origine marocaine à côté de ses six frères et soeurs. A l'école, au collège, au lycée, elle a été une élève sérieuse et motivée. mais lorsqu'elle a voulu exercer son métier d'assistante de direction trilingue, elle a rencontré beaucoup de discriminations. Les expériences professionnelles ont été nombreuses mais souvent précaires. Elle a alors décidé de créer avec son frère une entreprise de chauffage et de climatisation spécialisée dans les énergies renouvelables et cette jeune entrepreneure aujourd'hui trentenaire préside l'association Jeunes Entrepreneurs de France qui aide à la création d'entreprises en banlieue. Mais elle continue bien entendu dans le même temps à superviser l'activité florissante de sa propre entreprise.

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