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Nadia Anjuman était une poétesse afghane. Libre. trop libre. A 25 ans, elle a été assassinée par son mari. C'était en novembre 2005. Atiq Rahimi adorait les vers de Nadia, il a été très marqué par ce drame. "La pierre de patience t'écoute, éponge tes mots, tes secrets, jusqu'à ce qu'un beau jour elle éclate. Et ce jour-là tu es délivré de toutes les souffrances". Syngué Sabour (pierre de patience), le dernier roman de Atiq Rahimi (écrit en français), raconte, par la voix d'une femme, "les souvenirs, les rêves avortés, le mariage forcé, la soeur vendue à un vieillard, l'honneur de la famille fondée sur l'intransigeance, l'arbitraire, les guerres fratricides" (M.L., Télérama). Atiq Rahimi a reçu pour cette oeuvre le Prix Goncourt 2008. La pierre de patience Une femme veille son mari mourant, soldat d'une guerre obscurantiste, et lui viennent aux lèvres les mots rebelles qu'elle avait depuis tant d'années enfoui en elle. Hymne à la liberté, hymne à l'amour, Syngué Sabour est le quatrième roman de Atiq Rahimi mais le premier en français: "la langue maternelle est celle avec laquelle on apprend les interdits et les tabous, alors que la langue française est la langue de la liberté", plus facile pour parler du corps féminin. Atiq Rahimi est né à Kaboul en 1962 (pardon ! en 1340, selon le calendrier solaire persan). Son père, à l'époque de la monarchie, était Gouverneur de la Vallée du Panchir. A cette époque, les femmes avaient le droit de vote, les grandes soeurs et cousines de Atiq portaient des jupes courtes. En 1973, le père de Atiq Rahimi, devenu juge à Kaboul, est jeté en prison après le coup d'Etat communiste. Atiq, lui, est au lycée français (franco-afghan), il découvre Victor Hugo et "Les Misérables", lit avec passion les descriptions de Paris, les 40 pages consacrées aux égoûts, il aime le cinéma français, Jean-Luc Godard, Claude Sautet... En 1984, à 22 ans, Atiq Rahimi fuit l'Afghanistan. Pendant neuf jours et neuf nuits, il marche pour rejoindre l'Ambassade de France à Islamabad, avec pour seul bien un tapis qui était la dot de sa mère. Quarante jours plus tard, il arrive en France, à Evreux, dans un centre d'accueil pour réfugiés, puis à Paris, il s'inscrit à la fac d'audio-visuel à la Sorbonne, obtient son doctorat en sémiologie du cinéma, est primé à Cannes 2004 pour son film Terre et cendres. Mais sa deuxième passion est l'écriture, avec ses premières allocations de réfugié, il achète L'amant de Marguerite Duras. A Paris, il s'est immédiatement senti chez lui, il adore écrire en français : "Ecrire dans une autre langue est un plaisir. C'est un peu comme faire l'amour..." La mémoire des orphelins Ce même 10 novembre 2008 où Atiq Rahimi reçoit le Prix Goncourt, un autre exilé reçoit le Renaudot, Thierno Saidou Diallo ou si vous préférez Tierno Monémembo, son nom d'auteur. Tierno est lui aussi parti à l'âge de 22 ans, en 1969, fuyant la Guinée et la dictature de Sékou Touré. Suivent pour lui quatre années d'errance, de pays en pays, le Sénégal, la Côte d'Ivoire. A Abidjan, il commence des études de biochimiste qu'il poursuivra en France, à Lyon. où il obtient un Doctorat en Sciences. Les voyages continuent, il part enseigner au Maroc puis pendant plusieurs années en Algérie. Le premier roman de Tierno Monémembo paraît en 1979. Le Roi de Kahel qui lui vaut le Prix Renaudot 2008, est son dixième roman. Les livres de Tierno Monémembo racontent les tragédies africaines, les massacres du Rwanda (L'aîné des orphelins), les difficultés des Africains en France, des intellectuels en Afrique. Le Roi de Kahel raconte l'épopée d'Olivier de Sanderval, un précurseur de la colonisation en Afrique de l'Ouest.. Monémembo est un "obsédé de la mémoire", la mémoire peule (la mémoire de son peuple), la mémoire yoruba, la mémoire mandingue, ashanti, berbère... la mémoire de l'Afrique. Il est un écrivain de l'exil, un écrivain "embarqué" (il préfère ce mot à "engagé"). "La vie est comme une barque dans laquelle nous nous trouvons tous... ". Tierno Monémembo a connu la dérive d'un pays devenu indépendant lorsqu'il avait dix ans, il connaît l'énergie d'un peuple qui se réveille, au plus profond de lui-même. Ce que Yasmina Khadra doit à Mohamed Moulessehoul Pourquoi Mohamed Moulessehoul, né en 1955 à Kenadsa (Sahara algérien) a-t-il dû recourir à un pseudonyme ? Pour écrire en liberté en se démarquant d'une carrière militaire longue de 36 années et conclue en 2000 avec le grade de commandant. Pourquoi avoir adopté un pseudonyme féminin ? En hommage aux femmes qui sont les "richesses souterraines" d'une société. Ce fils de bédouins explique: "Il faut que l'homme recule un peu pour laisser s'épanouir cette générosité, cette intelligence, cette inspiration". Pourquoi avoir en particulier choisi ces deux prénoms, Yasmina et Khadra ? Ce sont ceux de son épouse, la mère de ses trois enfants. Pourquoi écrire en français ? Parce que son prof d'arabe l'a bafoué et son prof de français l'a encouragé ! Pourquoi cet écrivain de langue française très prolifique et dont la qualité d'écriture est plébiscitée par le public n'a-t-il encore jamais reçu un prix littéraire majeur ? A Paris, où il dirige le Centre culturel algérien, Yasmina Khadra s'insurge contre le parisianisme des jurys. A Alger, il s'insurge contre tous les "prédateurs" qui se préoccupent plus d'eux-mêmes que de l'avenir du pays. A Aix-en-Provence, où Mohamed Moulessehoul vit depuis 2001 avec son épouse et ses trois enfants, Yasmina Khadra a écrit : "Il te restera toujours tes rêves pour réinventer le monde que l'on t'a confisqué". Son talent a été enfin récompensé, par le jury du Prix du Roman France Télévisions 2008, pour son dernier roman "Ce que le jour doit à la nuit", paru en août 2008, un livre où il raconte les communautés déchirées de l'Algérie contemporaine, "une terre merveilleuse, fascinante et généreuse". L'Algérie, nous dit-il, a encore les moyens de rebondir et de se reconstruire. A condition que... |