Entre-gens arrow Entre-gens arrow Mémoires d'émigrés, Thionville
Menu Principal
Entre-gens
Entre nous
Qui sommes-nous ?
Index
revue de presse
La une de la pluralité
Coups de pouce
Talents à découvrir
Passions à partager
Migrants pleins d'allant
Mots pour maux
Vivre autrement
Récits de vie
Interculturel
Une ville, des talents
Initiatives citoyennes
Fenêtres sur le monde
La Lettre
Liens
Portail
Calendrier
Nous contacter
Sondages
Le portrait que vous avez préféré parmi ceux-ci
  
Pour vous, la danse orientale c'est...
  
Le portrait que vous avez préféré parmi ceux-là
  
Vous aimez les rencontrer sur entre-gens. Vos préférences :
  
Populaire
Connexion
Nom d'utilisateur

Mot de passe

Se souvenir de moi
Perdu votre mot de passe ?
Pas encore de compte ? Enregistrez-vous
Syndication
Mémoires d'émigrés, Thionville Version imprimable Suggérer par mail
18-12-2006

Le 15 août 1944, des Français des colonies ... débarquent sur la côte des Maures en Provence pour libérer la patrie du joug nazi. Mohammed M. est de ceux-là. Avec 250 000 soldats comme lui, des troupes coloniales et des divisions anglo-américaines, sous les ordres du Général De Lattre de Tassigny, Mohammed pose pour la première fois les pieds sur le sol de la métropole, plein d'espoir. Il vivra des heures difficiles: blessé, maltraité, volé (il perd ses papiers d'identité), rapatrié. Après la guerre, il revient sur le sol français, pour travailler. Il sera O.S. À Terville en Moselle. Jamais la France, ne lui a témoigné la moindre reconnaissance.                     

Le 5 décembre 1965 naît Djelloul, fils de Mohammed. Djelloul est un enfant de la sidérurgie. Il grandit au côté de Polonais, Ukrainiens, Italiens et Maghrébins. Il se souvient de la solidarité d'alors entre les ouvriers, quels que soient leurs origines. Mais lorsque son père, Mohammed, le soldat de la Libération, veut acheter une maison à Terville, ville qu'il habite depuis vingt ans, une pétition est adressée à la Mairie. Il n'est pas question que des Arabes vivent rue du Maréchal Lyautey !  Djelloul, encore enfant, suit ses parents lorsque ceux-ci rentrent en Algérie en 1984, lorsque son père atteint l'âge de la retraite. Trop difficile pour le jeune Djelloul. C'est un déracinement total. Djelloul est enfant de la France. A 23 ans, il revient en Lorraine. C'est un second déracinement. Dés lors, sa vie sera Foyer de jeunes travailleurs, intérim, solitude. Sa rencontre avec Christel, jeune femme sans père ni mère, sans mémoire familiale, lui permettra de se reconstruire. Aujourd'hui, Christel et Djelloul ont deux petites filles ravissantes, Maelle et Mélissa. Sur la table du salon, Christel dessine au fusain des arbres. Les arbres ont un large tronc, peu de branchages, pas de racines apparentes. Le fusain aide Christel à dire l'indicible.

Yamina se raconte. Yamina parle beaucoup. Sa parole est son arme. Une arme pacifique pour dire tout ce qu'elle a sur le coeur, pour évoquer ces Algériens galériens (c'est un anagramme, presqu'une définition), pour dire les discriminations, celles que l'on reçoit en face, directes, violentes, et celles que l'on ressent, plus insidieuses, mais tout aussi violentes. Elle connaît l'arrogance des dominants, de ceux qui détiennent les clés ... du pouvoir, du réseau de relations. Elle en parle bien, parce qu'elle connaît ! Elle en parle si bien qu'ils sont nombreux, élus, acteurs sociaux, décideurs, à vouloir l'écouter. Mais Yamina n'est pas un singe savant que l'on expose. Yamina a aussi des idées, des projets, pas seulement pour elles-mêmes, mais aussi pour la société,. Combien de fois se dit-elle qu'on l'écoute pour avoir bonne conscience mais sans avoir vraiment envie de changer l'ordre établi !

Younes est un promeneur solitaire, descendu de sa montagne avec son accent de Bouznika. Cet accent, sa condition sociale de jbala, vont le briser. Jusqu'à... jusqu'à ce qu'il rencontre le sport, le rugby, en cachette des siens, après avoir eu la chance de croiser Abdellatif Benazzi. Comme sur le terrain, Younes va désormais foncer tête baissée, la rage au ventre. Dans la vie, il faut franchir les lignes, les étapes, courir... jusqu'à la victoire. La victoire sur soi-même. La victoire sur le destin, les déterminismes sociaux. Younes aujourd'hui conduit les bus à Metz, en Lorraine. Younes a rencontré Yamina. Il est le corps. Elle est la parole. Leur fils Yanis grandit entre ses parents qui s'aiment. Les trois Y forment un triangle.

Jean-François est né et vit à Metz. Sa mère, Maria, son père, Mario, sont enfants de l'immigration italienne. Jean-François est poète et prosateur, l'auteur d'un roman, Salam Shalom, de plusieurs recueils de poèmes, Le cueilleur de ruines, L'île sans hommes, L'homme-barbelé. Il a cofondé une revue littéraire et une maison d'édition, l'Estocade. Yamina a rencontré Jean-François au hasard de ses cheminements dans la vie culturelle de sa région qu'elle aime plus que tout, la Lorraine mosellane.

C'est décidé. Yamina va accompagner Jean-François pour raconter dans un livre la vie de Djelloul, de Younes, mais aussi de Ferroudja, qui à 21 ans, croyait à l'eldorado. Son eldorado, ce sera les barres de Froidcul. Enfermement, misère sociale, poubelles brûlées, isolement. Bien loin de la Kabylie natale dont ne restent que les souvenirs d'un village accroché à la montagne enneigée. Jean-François va aussi raconter la vie d'Aïcha.

Lorsqu'elle avait huit ans, Aïcha, née dans l'Est algérien, est arrivée chez les Soeurs à Tressange, dans l'Est de la France. Elle se souvient des prières qu'on lui faisait réciter tous les matins, des signes de croix. Analphabète, Aïcha se jette avec frénésie dans les études. Elle voulait devenir institutrice. Elle deviendra infirmière. A l'Höpital Bel Air à Thionville, elle soigne les gens qui souffrent.

C'est décidé. Il faut raconter Abdeslam, franco-marocain, paysagiste et musicien. Abdeslam, au terme d'un long périple en voiture, de Marrakech à Thionville, sans savoir lire les panneaux de signalisation, a découvert la Lorraine. Abdeslam ne savait pas lire mais il a des mains en or. Elles réparent tout. Elles font chanter les tars et les bendhirs. Elles font bourgeonner les arbres et fleurir les jardins.

Il faut raconter Saïda. Lorsque son père, pontier à la Sollac, fait venir Saïda, alors qu'elle avait deux ans, se doutait-il que cette petite fille allait devenir journaliste. Elle a tout connu, Saïda, toutes les galères, d'un contrat emploi solidarité à un autre. Elle a tout affronté. Le rejet par les siens, parce qu'elle était toujours trop quelque chose ou pas assez autre chose. Ni d'ici ni d'ailleurs. Saïda tout simplement. Aujourd'hui, Saïda brandit avec fierté sa carte de presse. Acquise de haute lutte. La vie est un combat.

Et puis il y a ces deux vieillards. Abdelkader, né en 1911, Ahmed, né en 1917. Ce sont des sages. Des vies pleines et entières, dévoués. Ahmed est fatigué. Il habite Uckange, auprès des siens. Chaque jour, il demande s'il a plu en Algérie. Abdelkader est comme un frère. Leurs yeux brillent lorsqu'ils se racontent leurs prouesses.

Un proverbe arabe dit : « Tu peux enlever l'enfant du pays, tu n'enlèveras jamais le pays de l'enfant ». L'Algérie coule dans les veines de Zohra. Elle n'y a pourtant vécu que deux mois après sa naissance. Zohra est française. Elle a servi le thé à François Mitterrand, sous une tente de bédouin, au pied d'un foyer Sonacotra, à Garges-les-Gonesse. Zohra est un kaléidoscope. Elle enseigne la philosophie, qu'elle a pu apprendre grâce à une bourse de la Sollac, aux enfants des lycées dont beaucoup ont des « origines » maghrébines.

Hassi, lui, a connu les baraquements en tôle proches de la cokerie, les chambres du foyer, l'usine où il fallait plonger les mains dans les fours brûlants pour retirer les briques incandescentes. Aujourd'hui, il préside l'association franco-marocaine et sa parole compte. Hassi est un patriarche. Tout le monde dit qu'il a le coeur sur la main.

Yamina a accompagné Jean-François pour écrire ce livre magnifique « Parcours de vie », préfacé par Blandine Kriegel, Présidente du Haut Conseil à l'Intégration (encore un coup de culot de Yamina qui a usé de ses mots justes pour convaincre ce haut personnage de l'Etat). Parcours de vie est un défi collectif pour changer la vision que nous avons de nos voisins, écrit l'éditeur, Serge Domini Editeur, avec l'appui et le financement du Contrat de ville de l'agglomération thionvilloise.

Ne quittons pas ce livre sans rencontrer encore Kamel et ses croissants, au Beur bien entendu. Kamel tient un commerce. Il ne vole pas le pain aux Français. Il leur en fabrique.

Et puis Mustapha. Mustapha, les échecs (le jeu !) lui ont appris la maîtrise de soi, le sang-froid, l'analyse rapide. Le jeu d'échecs n'a pas de frontières, ni de pays, ni d'origines, ni d'âge. C'est un jeu noble. Noble comme tous les amis que vous allez rencontrer à la lecture de ce livre. Sur l'échiquier, Mous passe d'un côté à l'autre sans le moindre problème. Il nous dit : « Je voudrais être raciste que je ne pourrais pas ». Et vous ?

G.D.

Parcours de vie Textes de Jean-François Patricola Contrat de ville de l'agglomération thionvilloise - septembre 2005

< Précédent
Designed by Dolmenhir - Dessiné par Dolmenhir - Powered by Mambo - Motorisé par Mambo - Get Firefox