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14-11-2008

Alter ego. Qui est "l'autre" ? La musique est un jeu qui dit l'autre. Les mots sont des "je" qui s'envolent.

Ce sont les chants du monde de Nassima Chabane, entre Alger et Paris, de Fawzy-al-Aiedy, qui jumelle la ville des mille et une nuits (Bagdad) et la ville-lumière (Paris), de Nawel Ben Kraïem dont la voix flotte entre orient et occident, de Laïka, noire et juive séfarade, élevée par des femmes dans la culture méditerranéeenne, de Keny Arkana, qui s'est élevée toute seule dans les rues de Marseille. Des sons bien différents, de l'arabo-andalou au rap en passant par le jazz et la pop rock contemporaine. Mais des expressions qui disent toutes la liberté, la vie contre les enfermements, contre les ghettos, qui disent la rage et les joies du coeur, par delà les altérités.

 L'altocirrus de Nawel Ben Kraïem

Sa voix est veloutée, façon orientale, et rauque, façon gospel. Sa musique métisse de façon originale la pop rock contemporaine - elle est fan de Nosfell et de Bjork - et la musique orientale traditionnelle. Sur scène aussi son métissage est évident, entre danse moderne et orientale.  Nawel Ben Kraïem est toujours à la croisée des univers. Le 16 octobre dernier à Alexandrie, c'est elle qui a gagné le Prix Monte-Carlo Doualiya Musique 2008, organisé par la radio du groupe RFI pour le Maghreb et le Moyen-Orient. Nawel Ben Kraïem a d'abord grandi en Tunisie avant de rejoindre la France avec ses parents. Elle est née d'un père tunisien et d'une mère française et conserve la double nationalité, tunisienne et française.

                                

Nawel Ben Kraïem a plusieurs passions, l'équitation, le  théâtre, qu'elle a appris à Tunis (à l'Etoile du Nord puis à la Casbah), à Paris (au Conservatoire d'Art Dramatique du 9ème arrondissement puis au Théâtre du Samovar), à Toulouse (au Grenier Théâtre). Mais elle a surtout la passion de la musique et de la chanson. Depuis 2006, elle offre sa voix au groupe Cirrus, une voix qui flotte entre orient et occident. Elle chante en anglais, en français, en arabe et parfois en espagnol. Sa voix est une invitation au voyage. Cirrus et Nawel Ben Kraiem se produiront à Lille, au Biplan, le 21 novembre 2008.

 L'alterlude de Nassima

Le chaabi, avant elle, était considéré comme un genre davantage masculin. Mais aujourd'hui, Nacéra Chabane, ou Nassima sur la scène, s'impose comme une véritable ambassadrice du chant arabo-andalou.

                       

Née à Blida, installée en France depuis 1994, cette chanteuse et musicienne, que l'on a pu entendre le 20 septembre 2008 au Festival Ram Dam de Rouen, sort prochainement un nouvel album, Noces d'Algérie. Avec Nassima, les femmes d'Algérie ont une voix, qui dit l'amour, la tendresse, la passion, l'émotion. Nassima Chaabane a fait ses premiers pas au Conservatoire dés l'âge de sept ans, elle y a rencontré les grands maîtres de l'arabo-andalou. Sa carrière professionnelle a véritablement commencé en 1979. Avec son arrivée en France, elle a pu faire connaître son art dans toute l'Europe.

 Les alterstices de Fawzy-al-Aiedy

L'auteur de ces lignes a rencontré pour la première fois Fawzy (prononcez Faouzi) il y a 25 ans à Strasbourg, où nous l'avions invité à se produire devant des enfants (il venait de sortir le magnifique album Amina) puis devant un public adulte, et en a le souvenir d'un homme d'une simplicité et d'une gentillesse extraordinaires. Ses concerts ont été de grands moments de magie. Fawzy-al-Aiedy marie magnifiquement le oud, l'instrument de prédilection au Moyen-Orient, et le hautbois. Il conjugue l'orient et l'occident. Il chante, conte, donne à ses arabesques une couleur moderne. Il jumelle Bagdad et Paris, la ville des mille et une nuits et la ville-lumière.

                                   

Fawzy est né à Bassorah, dans le sud de l'Irak, dans les années 50. Mais il fête tous les ans son anniversaire le 6 septembre, date de son arrivée en France, en 1971. A 14 ans, Fawzy a quitté sa ville natale pour rejoindre Bagdad et son Ecole des Beaux-Arts. Il découvre la musique traditionnelle orientale mais aussi la musique occidentale (le hautbois). Il entre dans l'univers de Rimbaud et de Verlaine, lit Sartre, travaille Bach, Mozart, Haendel. Après son service militaire, il prend sa décision : partir. Il choisit la France pour son école du hautbois et pour sa passion pour Rimbaud et Verlaine. A Paris, il obtient le 1er Prix du Hautbois à l'Ecole Nationale de Musique de Boulogne-Billancourt en 1976, il découvre Georges Brassens, Léo Ferré, Léonard Cohen. Il enregistre son premier album Silence. Avec Khamsa, il associe tous les art : la poésie, la calligraphie et les chants arabes. En 1983, il est précurseur de la world music avec son album La terre, où il réunit des musiciens de tous les horizons. Musicien hors pair, il fait aussi de fréquentes incursions dans l'art dramatique et le théâtre musical. Et Fawzy-al-Aiedy, c'est une voix, une voix qui vient du désert dont il est privé depuis tant d'années. Sa musique est une terre de rencontres. Musiques en balade (la société d'Ozoir-la-Ferrière qui le produit aujourd'hui) crée des liens d'excellence entre les musiques traditionnelles et actuelles.

 Laïka, l'alter-native

Laïka Fatien est native de Paris (1968), d'un père ivoirien et d'une mère hispano-marocaine. Elle est fille du monde. Elle est fille du jazz. Elle vient de signer l'album Misery en hommage à Billie Holiday. Pendant des mois, elle s'est imprégnée de Billie Holiday, sa vie sans père, sa mère lointaine, sa rage et sa douceur, sa force d'être entière, la tragédie de son existence, ses insoumissions, ses interprétations magnifiques des malheurs des hommes, les lynchages des Noirs aux Etats-Unis en 1930 qui annonçaient "la solution finale" des juifs d'Allemagne et d'Europe.

                                      

Laïka a été élevée par des femmes : sa grand-mère, sa mère, sa tante, dans une famille juive marocaine. Elle tient à sa culture maternelle séfarade, ouverte sur les musiques méditerranéennes. Noire et juive, Laïka lutte encore aujourd'hui pour se faire accepter. Elle était en concert les 9 et 10 novembre 2008 au Sunside à Paris au Festival Plus Loin. Sur scène, elle chante le deuil de sa mère : "On ne peut jamais perdre ce qui nous appartient".

 Keny Arkana, altermondialiste

"J'écris parce que j(e n)'ai pas appris à parler, pas appris à pleurer" (Dur d'être optimiste). "La main sur le coeur, je jure de rester fidèle à ceux qui m'ont soutenue, à ceux qui ont cru en moi quand j(e n)' croyais plus, quand la rue me servait de plumard" (La main sur le coeur). Des amis ont dit à Keny Arkana : "T'as de la chance d'être née en France, tu peux te construire un avenir et venir nous voir en vacances ! Alors, lâche pas, parce que tu peux encore rêver..." Alors elle s'est décidée à  voir les choses autrement, à écrire -"Laisse moi écrire avant de mourir de l'intérieur, le stylo, mon arme, pour que ma douleur interne meurt" -, à avoir la foi - "ma Foi, c'est tout ce que j'ai... j'ai vraiment besoin d'elle, ... pour respirer et me donner des ailes" -,  à serrer les poings - "je refuse de fermer les poings tant que les points ne seront pas sur les i", à cueillir sa vie - "cueille ta vie avant qu'elle soit emportée par le vent, cueille ta vie avant qu'elle soit abimée par le temps".

                                 

Keny Arkana est née en 1982 à Boulogne-Billancourt d'un père inconnu et d'une mère argentine. De sa mère elle conserve une passion pour l'Amérique latine : "el pueblo unido jamas sera vencido", sa mère qui, trop seule, n'a pas pu l'élever, elle a connu les foyers, les fugues, la déscolarisation à 12 ans, un directeur de maison d'enfants qui lui répétait qu'elle ne s'en sortirait jamais, qu'elle faisait partie des enfants trop féroces, qui salissaient son centre, qu'elle n'atteindrait pas ses 16 piges, qu'elle finirait morte dans un coin de rue. Elle lui a écrit un texte : "Eh, connard ! C'est à toi que je parle. Tu te reconnais ?... Tu t'rappelles quand tu parlais de moi, tu parlais jamais au futur".

Le rap a sorti Keny Arkana de la rue. Elle a une arme de construction massive, l'expression directe. Ses mots font mouche. Elle a écrit une Prière. Elle écrit tous les jours, met son bandana et monte sur scène, la rage au coeur. Elle soutient toutes les (bonnes) causes. Le rap de Keny Arkana est un rap militant, le rap des luttes, contre tous les "connards", pour la liberté des peuples. Elle est altermondialiste, Keny. le rap et sa foi lui donnent des ailes.

                                                                              GD

 

 

 

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