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29-10-2008

Interactifs et libres, les blogs ne sont pas que des journaux intimes ou des carnets de bord personnels, ils font aussi bouger les lignes en exprimant les profondeurs d'une société.

La blogosphère - on parle de huit millions de sites en France - est riche de sa diversité. Nous vous proposons de glisser un oeil sur une goutte d'eau de cet océan qui nous dit la France qui crée (Sadio Bee), qui s'exprime ("sekel"), qui réagit (Fatima Aït Bounoua), qui se raconte, qui fait sa "promo" (Nurhan K.), qui invente l'avenir (Business Bondy Blog).

Carton rouge

A 24 ans, elle chante déjà depuis une dizaine d'années, chez elle, ou dans les mariages turcs de la Meuse et de l'Est de la France (des mariages qui comptent souvent 700 ou 800 invités !). Mais ce n'est qu'en 2008 qu'elle a décidé de devenir professionnelle, sur les traces de Ismaïl YK, son idole. En juin, elle a sorti un disque dans les bacs en Turquie, un disque qu'elle vend aussi sur internet. "4 euros, même pas le prix d'un paquet de cigarettes ! ".

Le 31 octobre 2008 était un grand jour pour Nurhan, son premier (vrai) concert à Nancy, à l'invitation de l'association A ta Turquie, à l'occasion d'Automne aux couleurs de Turquie.

Une cinquantaine de jeunes originaires de Turquie sont venus l'écouter, l'encourager, et une dizaine d'autres, turcophiles mais non turcophones, partageaient leur enthousiasme. Au premier rang, les filles, déjà des groupies, très jeunes, venant pour la plupart de Pont-à-Mousson, boivent les paroles de Nurhan K., l'artiste, la première jeune fille française originaire de Turquie à se lancer dans l'aventure de la chanson.

                           

 Elle écrit elle-même textes et musique, passant d'un türkü traditionnel ("les gens âgés aiment beaucoup ça, je respecte les vieux, ils ont beaucoup de choses à nous apprendre") à un morceau rap très moderne, Mais ce qu'elle aime d'abord, c'est le Rn'B, qu'elle teinte à l'orientale, pour en faire du Rn'Besk. Son morceau de prédilection dit "Carton rouge" aux garçons. Elle a sollicité le soutien du producteur de Ismaïl YK qui lui a demandé: "-Tu n'aimes pas les garçons ? - Si, j'aime les hommes, tous les hommes." Elle précise pour qu'il n'y ait pas de malentendu "- J'aime les humains, tous les humains". Et son carton rouge, qu'elle sort de sa poche, fait un carton. Toutes ses chansons sont en turc. Elle les commente à son public, en langue turque avec beaucoup d'humour, en langue française sur un ton un peu plus pédagogique. "Ecoutez ces violons. Cela me fait toujours pleurer, chez moi, quand j'écoute ça. C'est beau, c'est fort". Pour ses premiers pas dans le grand bain du professionnalisme, Nurhan, la chanteuse de Belleville sur Meuse, est très heureuse de sa soirée. Elle se balade avec son micro au milieu du public, fait chanter l'un(e) et l'autre, danser les garçons et les filles, un jeu de scène certes perfectible, une tenue de scène à rechercher, mais c'est une première et "même si vous n'aviez été que dix, j'aurais été contente" et elle ajoute "passez me voir sur le web, sur le blog http://nurhank-officiel.skyrock.com, laissez-moi des messages, mon producteur sera content." (en lien , le reportage photo de Murat Erpuyan)

 Fumigènes

C'est le 20 février 2007 que Libération a publié "Toutes des salopes ?", un texte qui a fait depuis lors un tabac dans la blogosphère. Son auteur ? Fatima Aït Bounoua. Un texte qui commence comme ceci : "Je croyais naïvement que beurette était simplement le féminin du terme argotique beur, lui-même verlan d'arabe. Mais le suffixe ette change bien plus que le genre du nom. En effet, si vous tapez beur sur Google, vous trouverez Beur FM ainsi que des sites variés... Par contre tapez beurette et là vous aurez uniquement une liste de sites pornographiques... La beurette est devenue de fait une catégorie sexuelle, au même titre que gros seins ou fétichiste".

Fatima Aït Bounoua explique toutes les représentations associées à ce terme: la beurette habite l'immeuble d'en face, la beurette transgresse les interdits, est assoiffée par toutes ses privations...  Les fantasmes masculins néo-colonisateurs ont biaisé une appellation "a priori neutre" pour en faire une insulte, une humiliation.

Fatima Aït Bounoua a le talent de l'écriture. Ses mots sont des pavés lancés dans la mare. Ils éclaboussent. Ses mots sont des fumigènes, elle est d'ailleurs chroniqueuse pour le magazine Fumigène. Ses mots sont des ressources urbaines, elle écrit d'ailleurs pour Ressources urbaines. Ses mots racontent la honte... La Honte, c'est d'ailleurs le titre d'un recueil de nouvelles qu'elle diffuse dans son univers privilégié, la blogosphère. Sur son blog (http://recueildenouvelleslahonte.blogspot.com/) Fatima Aït Bounoua dissèque les êtres humains.

 Mix-tissage

Il était une fois... Sadio Diallo. Né à Dakar, d'une mère sénégalaise et d'un père guinéen, il a grandi à la Médina à Dakar. La maison familiale était un atelier de confection. Il a grandi au milieu des tissus et des teintures. A 20 ans, il débarque en France. Qu'y fait-il ? Il fait des modèles. Les commandes affluent très vite. Il crée sa propre marque, Sadio Bee. En 2000, il ouvre sa boutique - atelier au coeur du 10ème arrondissement de Paris, au 10 rue Sainte-Marthe. Ses créations partent toutes du concept du métissage des tissus. Il dit "mix-tissage". Il mélange le coton, la soie, le jean, avec le wax, le basin, le bogolan... Sadio est chaleureux et souriant. Ses mannequins sont gai(e)s, eux (elles) aussi : chez Sadio Bee, on recherche plus le modèle bien dans sa peau que la taille normée.

                       

              (Sadio et ses mannequins, source : cordelia.blog.mongenie.com)

Dimanche 19 octobre 2008, Sadio Bee a présenté sa nouvelle collection automne / hiver 2008 - 2009 "Ma couleur est l'ébène", au Théâtre de la Reine Blanche. Cet automne, Sadio (Diallo) Bee fait le bonheur des blogs made in medina (blog.madeinmedina.net), du black is beautiful (blackisbeautiful.over-blog.fr), du Paris secret (parissecret.20minutes-blogs.fr) mais il a aussi son site www.sadio-bee.com

 Le buzz des banlieues

Le Bondy Blog est né en novembre 2005 à la suite des émeutes dans les banlieues françaises, en donnant la parole aux habitants de Seine-Saint-Denis. Son petit frère économique, le Business Bondy Blog, est né le 16 octobre 2008. Par ce nouveau média, l'équipe de Mohamed Hamidi entend mettre en évidence l'énergie entrepreneuriale du 93. La presse économique suit jour après jour le CAC 40. Mais s'intéresse-t-elle au CAC 93 ? La rédaction du BBB se penche sur cette économie en émergence au-delà du périphérique.

                    

A Bondy, Jahida Hameurlaine réalise un rêve d'enfants. Elle ouvre (prochainement) "Le temps d'un rêve", un hammam ouvert aux femmes 7 jours / 7 de 9 heures à 19 heures et aux hommes le week-end de 19 heures à 22 heures. "Le temps d'un rêve", ce sera plus qu'un hammam, ce sera un salon de coiffure, d'esthétique, une salle de sport, un sauna. A Zineb Mirad, la journaliste du Bondy Blog, qui a réalisé son reportage en juillet, Jahida a raconté son défi: "Ce genre d'institut devient une réelle tendance. Il n'y a donc pas de raison que la banlieue n'en profite pas".

 Nordine Nabili, 41 ans, est journaliste depuis 1995. Il a successivement dirigé la radio locale de Marne-la-Vallée, la rédaction de Beur FM, a été collaborateur de Radio France Internationale et de l'Agence Reuter. Il est aujourd'hui le rédacteur en chef du Bondy Blog et il feint de s'étonner: pourquoi un département, qui se situe dans le tiercé de tête des départements les plus riches de France, peut-il ainsi concentrer un taux de population pauvre des plus élevés du pays ? Les nouvelles richesses vont émerger de cette banlieue dite "déshéritée", "sensible", "difficile". Nordine Nabili et son équipe en ont la certitude (http://businessbondyblog.20minutes-blogs.fr).

 Une part de rêve

La Ronde Couture à Charleville est un quartier comme il y en a des centaines d'autres en France. On a construit de grandes barres dans les années de prospérité. On déconstruit aujourd'hui quand rien ne va plus. Les deux tours des Bouvreuils symbolisaient ce passé qu'il faut maintenant désamianter, démolir, concasser, oublier. Il n'existe pas de pelle suffisamment haute pour aller jusqu'au 17ème étage, alors il faut écrêter, avaler les étages les uns après les autres. Cet automne, on déconstruit les Bouvreuils, on attend le printemps où devrait renaître en ce lieu un jardin public, une vraie place, et de nouveaux "petits" immeubles où il devrait faire bon vivre. C'est du moins l'espoir que l'on donne aux habitants, une part de rêve. Dans le quartier, on ne rêve plus beaucoup. Ces dernières années, sans crier gare, le quartier a connu des flambées d'adrénaline brutales, inattendues,...

Sur la blogosphère, les habitants parlent pourtant. Les mots, les images (photos, vidéos), les provocs (parfois), les censures, les délires... des jeunes du quartier, les rappeurs et autres créatifs de la cité sont sur leur blog http://sekel082.skyrock.com

                         

Ici, on retrouve la diversité des origines. On se raconte sur les blogs. Une blogueuse du quartier, d'origine turque, a raconté son enfance à La Ronde, un témoignage fort, juste, bien plus juste que bien des analyses journalistiques ou sociologiques. Extraits...

 Une autre histoire

 source : ilederacinee.canalblog.com

« Arrivée en France à l'âge de 7 ans, j'ai grandi dans une ZUP, zone urbaine prioritaire, appelée Ronde Couture, banlieue d'une petite ville industrielle de l'Est. Aujourd'hui, on appellerait ça pudiquement « un quartier». Très tôt ce nom tout rond m'a fait réfléchir. Je l'aimais bien au fond, même si je saisissais son côté cercle infernal. De mon immeuble, on pouvait voir les quartiers pavillonnaires où vivaient nos instituteurs et nos profs. Ce n'était donc pas tout à fait un ghetto, la Ronde Couture, disons que des espaces différents se côtoyaient malgré tout, et qu'il y avait quelques échanges entre eux. Nous habitions un immeuble de 17 étages, particulièrement laid.. mais à 16 ans je me suis rendue compte que la laideur en matière d'urbanisme était chose relative....
Je m'en souviens comme si c'était hier. J'avais reçue une copine d'enfance d'Istanbul qui voulait apprendre le français et qui est venue passer l'été en France. Le premier jour de son arrivée, nous sommes allées passer un coup de fil à sa mère. Elle lui a dit : - C'est très joli par ici, c'est tout vert, on se croirait à Ataköy. Ataköy est une banlieue résidentielle d'Istanbul construite dans les années 80, et plutôt bon chic bon genre. Certes Ataköy est elle aussi constituée de hautes tours, mais les entrées sont dallées de marbre, et des rosiers et des jasmins fleurissent les alentours. Si je me souviens bien et ne confonds pas, il y a entre les immeubles des piscines découvertes, entourées de parasols blancs et de chaises longues en teck.

J'ai essayé de regarder d'un autre œil ma cité et ses tours. C'est vrai qu'elles étaient décorées de pelouses assez vertes pour un mois de juillet. (Elle a compris par la suite, ma copine, que toute cette verdure, n'est pas comme à Ataköy dûe aux bons soins des concierges et jardiniers qui y pullulent, mais à une pluie têtue...) D'ailleurs ce doit être symptomatique je n'ai conservé aucune photo de la Ronde Couture. A Istanbul, je suis au regret de le dire, les tours n'évoquent pas (encore ?) la cité de banlieue en voie de relégation et sont l'apanage des bourgeois. Mais bon, de là à dire que c'est joli.... Même en me décentrant je n'y arrive pas bien. Surtout que j'avais en mémoire les grandes flaques d'eau qui envahissaient les entrées des immeubles de notre vert quartier, dès qu'il pleuvait un peu trop tôt, c'est à dire le plus clair de l'hiver...

Il faut dire aussi que ma copine a changé très rapidement d'avis... quand elle a découvert le trait principal de notre cité, à savoir l'ennui. Parce qu'il n'y avait pas grand chose à faire à la Ronde Couture l'été. L'hiver non plus d'ailleurs, mais au moins on pouvait aller se divertir à l'école. A Ataköy, il y a de la légèreté, les bourgeois turcs aiment à s'amuser et ne connaissent pas la solitude. A Ataköy les voisins se parlent, vont les uns chez les autres, boivent le thé, jouent aux cartes, dansent. A la Ronde Couture, non. Je ne sais pas ce que font les gens pour passer le temps à la Ronde Couture. C'est qu'au fond je les ai peu fréquentés. Enfant, probablement à cause du statut de mes parents, j'ai en effet toujours été un peu à la marge. Mes parents étaient turcs mais instits, donc pas tout à fait « immigrés ». C'est fou comme les classes sociales et les origines se confondent !

 La seule famille française que j'ai un peu fréquentée était celle de mon instit du CE1, Mme Saliou, envers qui j'ai une reconnaissance sans bornes. Mme Saliou m'avait à plusieurs reprises invitée chez elle pour l'anniversaire de sa fille ou à d'autres occasions. J'ai toujours ressenti une grande gêne chez elle, malgré sa gentillesse. J'étais heureuse d'y être invitée, j'étais la seule élève de l'école à l'être, je savais que c'était un privilège et qu'elle attendait beaucoup de moi. Je crois que j'ai fait de mon mieux. Je me souviens même d'avoir mangé les betteraves rouges qu'elle nous a servies, alors que je n'en avais jamais mangées et que de la première à la dernière bouchée ça a été un supplice. C'est elle encore qui m'a conduite à la bibliothèque municipale de mon quartier pour m'y inscrire le jour où elle s'est aperçue que j'avais lu tous les livres de l'école. Encore elle qui m'a fait sauter une classe pour combler le retard dû à mon arrivée en France. C'est en turc que j'ai appris à lire, au fond de la classe de ma mère à Istanbul alors qu'elle enseignait encore.

Du plus loin que je me souvienne, j'ai toujours lu. A sept ans je suis tout naturellement passée au français. On apprend vite quand est môme. Comme je lisais beaucoup, j'étais aussi très à la marge des enfants des gens que mes parents fréquentaient dans cette petite ville de l'Est où mon père avait été muté pour enseigner le turc aux enfants d'immigrés.

Je ne sais pas si c'était parce que moi je me sentais différente, ou parce que je me voulais différente. Je devais sentir que pour pouvoir quitter la Ronde Couture et les Turcs d'ici que j'ai sentis beaucoup moins libres que ceux du quartier d'Istanbul dont je venais, encore une question de classe sociale -évidemment, je n'avais pas vraiment d'autre choix que d'être très différente. Ce n'est qu'aujourd'hui que j'envisage les choses de cette façon. A l'époque, quand même, j'aurais bien aimé avoir des amis, même turcs. Mais ça ne marchait pas. Or mes parents recevaient toujours beaucoup de monde à la maison, continuant à porter en France pour les gens de leur communauté la fonction d' »instituteur », repère et « personnalité » au même titre que l'imam avec lequel par ailleurs ils ne se sont jamais bien entendus. Pourtant ils ont essayé. Mon père soutenait que pour être une personne à part entière je me devais de connaître ma culture or « l'islam fait partie de notre culture » disait-il.

C'est ainsi qu'une année, j'avais 10 ans, il m'a envoyée au « cours de Coran » pour que j'apprenne les principes de ma religion, son histoire et le parcours de son prophète. J'y suis allée tous les matins pendant près d'un mois. J'emmenais un foulard dans mon sac, et recopiais les sourates du Coran, mémorisais des versets en arabe pour pouvoir prier, apprenais à faire correctement les ablutions de purification. Puis mon père s'est aperçu que l'imam s'était mis en tête de nous apprendre à lire le Coran en arabe, et que j'étais déjà en bonne voie, alors il a crié un grand coup, comme il sait le faire, et est venu avec moi pour expliquer à l'imam que c'était stupide de nous apprendre à lire un texte qu'on ne comprenait même pas, et que nous nous avions besoins d'apprendre le français, le turc aussi pour continuer à parler avec nos parents mais pas l'arabe en tout cas pas comme ça, à le lire sans comprendre le sens. Alors j'ai arrêté, et je ne sais donc pas lire le Coran dans sa lettre sacrée. Au fond ça ne doit pas être si grave parce que quand je récite les versets que j'avais appris à l'époque à mes amis arabophones, ils sont morts de rire... l'arabe prononcé à la turque, ça vaut le détour... Mais Allah n'a pas l'air d'en prendre ombrage alors ça va. En revanche les autres membres de ma communauté ils ont pris ombrage, eux, des idées farfelues de mon père et de son opposition avec l'imam. Et il a dégusté mon papa, mais c'est une longue histoire, et j'en parlerai peut-être une autre fois.

Je ne sais pas si c'est aussi à cause de ça, mais je n'ai pas eu non plus d'amis turcs. De toutes façons, ils ne m'aimaient pas, je devais être très pimbêche à passer mon temps plongée dans des bouquins terrée dans ma chambre, même quand ils venaient à la maison. Une jeune fille turque qui ne se dérange pas pour servir le thé aux invités, ça ne se fait pas. Mes parents m'encourageaient quand même à me montrer, mais sans vraiment insister. Cependant mes parents, malgré leur grande liberté d'esprit, étaient assez dépendants de leur communauté. Et je l'ai payé assez cher, je trouve. Parce que comme ils étaient assez exposés aux regards, je me devais d'être irréprochable. Ceci veut dire, une liberté réduite, pas de petit copain, pas de séance de piscine (lieu de perdition), pas de ballade en ville, pas de cinéma, voire pas de vélo, parce que c'est quand même un bel instrument de liberté le vélo. A 16 ans, j'ai quand même trouvé un sujet de chantage assez efficace, et fait accepter à ma mère que c'était ridicule que je ne sache pas faire du vélo à mon âge pour d'obscures raisons et à cause de l'imam. Ca a l'air simple comme ça. Pourtant ça a été de la haute lutte. Parce qu'évidemment, ma mère qui est une femme intelligente n'osait pas me dire les choses qu'elle se forçait à respecter juste par peur du qu'en-dira-t-on. Ainsi, c'est au bout d'une bagarre mémorable, ponctuée de cris, et au cours de laquelle je la sommais de me dire pourquoi je ne pouvais pas faire du vélo, qu'elle a fini par me crier à la figure : - Parce que tu es turque ! Et c'est comme ça que j'ai gagné. Elle n'a plus eu d'autre possibilité que celle d'accepter que c'était assez ridicule comme raison...

A 16 ans je suis donc montée sur un vélo pour apprendre enfin à en faire. Ma fidèle amie Anne m'a amené le sien. J'étais excitée comme on ne peut pas l'imaginer. Je suis montée tout en haut d'une colline verte de la Ronde Couture avec le vélo, Anne et ma mère (qui ne pouvait quand même pas me lâcher comme ça) me suivaient, et j'ai enfourché le vélo. Puis j'ai tout lâché et me suis mise à dévaler la pente à une vitesse foudroyante pour un vélo. L'arrivée a été un peu rude... A ce régime, en trois collines j'ai réussi à garder l'équilibre, les jambes un peu amochées mais le vent de la liberté dans les oreilles. D'ailleurs elle ne devait pas avoir totalement tort ma mère, car je me suis effectivement servie de ce vélo pour aller voir mon petit ami qui habitait à 10 km de la Ronde Couture dans un petit village. Bon, j'ai un peu menti à ma mère, mais je n'avais pas vraiment le choix. Et puis c'est de sa faute, on ne peut pas encourager son enfant à lire, aiguiser son appétit et sa curiosité du monde et attendre d'elle une obéissance débile et soumise au qu'en-dira-t-on. C'est comme ça que j'ai quitté la Ronde Couture, à vélo et à bouquins, mais c'est une autre histoire...

L'histoire, l'histoire des gens, se raconte tous les jours sur la blogosphère.

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