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18-10-2008

La France manque à Milana Terloeva. Le soir, chez elle à Grozny, elle écoute Dany Brillant, Yves Montand, Jacques Brel. Son livre "Danser sur les ruines, une jeunesse tchétchène" (éd. Hachette Littérature) est le témoignage de sa vie. Aujourd'hui, elle continue de témoigner. Amira Souilem, étudiante à l'école de journalisme de Sciences Po Paris et globe-trotteuse, a toujours le regard neuf, elle est prête à apprendre, à découvrir, à transmettre, ce qu'elle fait déjà parfaitement dans ses reportages pour France 2. Une nouvelle génération est née, l'eurogénération. Adriano le Napolitain alimente régulièrement son blog de ses petites réflexions sur la société française qu'il côtoie, avec un oeil et une plume  toujours aiguisés.

 Milana Terloeva, de Grozny à Paris

                                  

Le 1er octobre 2008, Etudes sans frontières a organisé sa réunion de rentrée à la Maison des Initiatives Etudiantes (Paris 3ème). Créée en mars 2003, l'association a pour objet de venir en aide à des étudiants de pays en grande difficulté politique ou en guerre, qui sont privés des moyens essentiels de mener à bien leurs études. Depuis sa création, la petite équipe s'est particulièrement intéressée aux étudiants originaires de Tchétchénie. En septembre 2003, neuf étudiants de l'Université de Grozny ont ainsi pu venir à Paris. Une deuxième promotion (de cinq étudiants) ont suivi en 2005. Depuis lors, Etudes sans frontières a créé une antenne régionale à Lille et des antennes à l'étranger (Montréal, Rome, Konstanz, Tübingen, Valencia). Une troisième génération tchétchène est arrivée en 2006. Une mission est également ouverte avec le Rwanda. Milana Terloeva était de la première des promotions d'étudiants tchétchènes à Paris, en 2003.

Milana Terloeva a vu son père se faire assassiner alors qu'elle avait treize ans. Sa mère vend des vêtements sur le marché à Grozny. Milana aime les vêtements. Elle aime porter les robes achetées aux Galeries Lafayette à Paris lorsqu'elle y était étudiante. Se faire belle même pendant la guerre est pour elle une façon de résister. Grozny avant la guerre était le Paris du Caucase, une ville magnifique avec des bibliothèques, des musées, des théâtres. Il ne reste plus rien aujourd'hui. L'armée russe est entrée dans le village où vivait Milana, Orekhovo, alors qu'elle avait quatorze ans.

Aujourd'hui la guerre est finie, les bombardements ont cessé, on commence à reconstruire les bâtiments, mais l'atmosphère est toujours pesante. Au café, Milana rencontre ses amies. Elles lui disent souvent : "Mais tu viens de la planète Mars, ou quoi ?". Elle leur répond: "Non, de France". La France est devenue son pays d'adoption, grâce à ESF (Etudes sans frontières). Milana est arrivée à Paris en 2003. Elle a décroché son diplôme de l'Ecole de journalisme de Sciences Po en 2006. En France, elle a appris à rire, elle a appris la liberté. A Grozny, elle aimerait créer un centre culturel, avec une bibliothèque, avec la presse étrangère, avec des cours de langue, avec internet gratuit. Le week-end, elle retourne à Orekhovo, à cinquante kilomètres de Grozny, elle nourrit les vaches, retrouve sa vie de petite paysanne du Caucase. Mais la France lui manque, le soir elle écoute Dany Brillant, le chanteur français d'origine tunisienne, Yves Montand, Jacques Brel. Son livre "Danser sur les ruines, une jeunesse tchétchène" (éd. Hachette Littérature) est le témoignage de sa vie. Aujourd'hui, elle continue de témoigner, elle relativise tout ce qu'elle vit, parle des enlèvements, presque quotidiens, perpétrés par les soldats russes. A Grozny, la guerre est finie, mais on rase toujours les murs, on espère en sa chance, on doit toujours rester digne.

                                  

                        Milana Terloeva : "l'exemple de Anna Politkovskaïa"            

Milana veut créer un journal indépendant pour les jeunes. Elle pense à Anna Politkovskaïa, journaliste russe assassinée le 7 octobre 2006 à Moscou, qui a payé de sa vie son indépendance. A Paris, Milana a créé des liens essentiels dans sa vie. Mais elle veut agir à Grozny. Elle est condamnée à l'espoir. (source : Elle, entretien avec Julia Drion, juillet 2007)

 Amira Souilem, globe-trotteuse

Un arabe est un voyageur dans l'âme. Ibn Battuta n'a-t-il pas sillonné le monde pendant trente ans ? Les voyageurs arabes d'aujourd'hui sont des jeunes gens ou des jeunes filles qui prennent leur sac à dos pour admirer la pleine lune en Patagonie, le soleil de minuit en Finlande ou les paysages uniques de l'Himalaya. Un site est leur quartier général, rahhala, le premier site des globe-trotteurs arabes, où l'on trouve tout : les bons tuyaux, les récits de voyages, le trombinoscope des plus grands voyageurs du moment,... Parmi eux, Amira Souilem. A 22 ans, elle a déjà plus de quinze pays visités à son actif.

          les yeux ouverts sur le monde

Quand Amira Souilem ne voyage pas, elle s'arrête chez elle en Tunisie ou chez elle encore à Paris, sa ville d'adoption. Amira Souilem, étudiante à l'école de journalisme de Sciences Po Paris, prépare sans cesse un nouveau voyage en faisant quelques piges pour France 2. Au printemps dernier, elle était en Jordanie. Elle avait choisi avec une amie italienne de participer à Euromed Academy for Young Journalists (regroupant 18 jeunes journalistes de pays européens et arabes) et de mener une investigation sur la question des réfugiés irakiens dans ce pays. L'été 2008, elle l'a passé à Paris, elle préparait un reportage pour France 2 sur les touristes du Golfe dans la capitale française. Elle a rencontré le directeur de l'Elysées Biarritz, le cinéma des Champs-Elysées, qui a décidé en août de ne diffuser que des films arabes. En organisant des séances à 150 euros l'entrée (la séance de cinéma la plus chère au monde !), son initiative a pourtant fait un tabac en présentant les films avant leur sortie à Dubaï, Doha ou Koweït City. Les familles princières, les fortunés du Golfe, les corps diplomatiques arabes ont afflué pour voir Adel Imam sur les Champs-Elysées. Le réalisateur arabe a annoncé à son public enthousiaste qu'il souhaiterait réaliser un film mettant en scène les difficultés auxquelles font face les communautés arabes en France. Amira Souilem était présente ce soir-là, elle suit l'affaire de près.

Le livre de chevet d'Amira Souilem est "La fabrication de l'information. Les journalistes et l'idéologie de la communication", le livre de Florence Aubenas et de Miguel Benassyag (La Découverte, 1999). Florence Aubenas qui, on le rappelle, a été otage en Irak pendant plus de cent jours, y explique les travers du journalisme à la recherche du sensationnel ou de ce qu'ils ont envie de démontrer. Les journalistes font du casting (quand leur rédacteur en chef leur demande "cherche-moi un professeur opposé à la réforme"), et non de l'investigation (sur la réforme en question, par exemple, sans idée préconçue). A Amman comme à Paris, Amira Souilem a toujours le regard neuf, elle est prête à apprendre, à découvrir, à transmettre, ce qu'elle fait déjà parfaitement dans ses reportages et sur son blog.

 Adriano , le Napolitain qui regarde la France

Une nouvelle génération est née, l'eurogénération. Erasmus, le programme européen d'échanges pour les étudiants, a créé une génération ouverte à l'autre et ouverte à la rencontre. Adriano alimente régulièrement son blog de ses petites réflexions sur la société française qu'il côtoie. Son oeil et sa plume sont toujours aiguisés et on y trouve au gré des post (billets) quelques trouvailles intéressantes. Adriano a une compatriote à l'Elysée, Carla Bruni Tedeschi, italienne, arrivée en France avec sa famille à un âge précoce. Carla Bruni n'a jamais demandé la nationalité française en dépit de trente années passées à Paris. Elle ne s'était pas non plus inscrite sur les listes électorales malgré la citoyenneté européenne qui lui aurait permis de voter aux dernières élections locales. Dans un entretien à Paris Match au printemps 2008, elle déclarait que pour obtenir la nationalité française, "cela prend du temps, même quand on connaît du monde". En avril à Tunis, Nicolas Sarkozy a salué son épouse comme "une Française récente". Adriano feint de s'étonner de la vitesse subite de la procédure.

                    

                                           Evryens et evryennes                       

 Puis, il s'intéresse à Manuel Valls. Le maire d'Evry est né en 1962 à Barcelone, de père catalan et de mère suisse italienne. L'élu socialiste déclare : "Je me sens profondément français ! Mais ma triple voire quadruple identité me permet de temps à autre un péché mignon : regarder la France en tant que spectateur".

Pour mieux en être les acteurs, regardez la France en spectateurs !

 

 

 

 

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