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| Pour mémoire | | Page 2 |
Page 2 sur 2 « Papa aimait bien le bois de Vincennes, à cause des joueurs de boules, il les regardait, il appréciait les jolis coups en crachant sa chique... ». 1931. Cavanna, huit ans, convainc son père de visiter l'Exposition coloniale à l'entrée du Bois de Vincennes. « On a vu des maisons d'indigènes - « indigènes », ça veut dire des gens pas blancs comme nous, mais si on dit « des nègres » ça leur fait de la peine, comme nous quand on nous dit « macaronis ». Octobre 2007. Cavanna, 84 ans, est content de pouvoir vivre l'ouverture de la Cité nationale de l'histoire de l'immigration en lieu et place de l'ancien Musée des colonies. « Papa y sera oui. Sous la forme de sa vieille truelle, bien usée, mais toujours vaillante, et aussi en portrait, avec ses potes ritals sur le chantier. J'irai le voir de temps en temps ».  François Cavanna a confié à la Cité les quelques objets de son père qui lui tiennent à cœur, comme d'autres ont légué le vieux couscoussier, l'armoire métallique du vestiaire de l'usine, le lit à étages du foyer, les photos du dimanche, les affiches des luttes, le transistor.  Dans le transistor, une voix parle. Celle de Manuel Dias. Il raconte la mémoire, la petite histoire du quotidien qui fait la grande histoire de la France. Manuel est arrivé en France comme tant d'autres pour vivre de ses mains, il s'est engagé dans la vie associative portugaise, a élargi son action pour conquérir la citoyenneté, a formé des centaines de militants, est devenu directeur régional du FAS, est aujourd'hui « à la retraite », en profite pour terminer sa thèse sur « l'histoire de la politique de la ville », constitue un réseau en Aquitaine pour l'histoire des migrations.  Ce 10 octobre 2007, Manuel Dias était là pour le grand jour de l'ouverture de la Cité nationale de l'histoire de l'immigration, comme était là André Videau, qui en 1984 avait conçu l'exposition Les enfants de l'immigration à Beaubourg, comme étaient là des centaines de personnes qui depuis une vingtaine d'années ont voulu, porté, accompagné ce projet devenu enfin réalité. Aujourd'hui, des politiques ont fait le déplacement. Jacques Toubon, ancien Ministre, a depuis cinq ans mis tout son poids pour réussir le pari. Il a convaincu le Président de la République d'alors, le Premier Ministre - et aujourd'hui, Jean-Pierre Raffarin est venu en ami, presqu'en parrain. Hollande est là. Delanoe est là. Hortefeux n'est pas là, il est venu faire un saut deux jours avant, en catimini presqu'en clandestin. Cela fait bien sûr débat dans les allées de la Cité et personne ne semble vraiment regretter l'absence aujourd'hui du nouveau gouvernement.  Nous étions là aussi avec beaucoup d'amis. Avec eux, nous avons déambulé dans ce lieu magnifiquement rénové et dans cette exposition remarquablement mise en scène. Face à l'entrée, le forum s'ouvre à nous : à gauche, l'espace du Réseau, les fameux transistors suspendus et leurs témoignages vivants, à droite, l'espace vidéo où chacun peut venir apporter son propre témoignage, en face des kiosques sous parasols où l'on peut se rencontrer, converser. La Cité fait la part belle aux nouvelles technologies, à l'interactivité, à la convivialité. A l'étage, des murs d'images racontent l'histoire des migrations que les historiens ont synthétisé en grandes périodes : les voisins, les Européens, l'industrialisation, l'urbanisation. Dans les mezzanines, des vitrines hautes présentent ces fameux objets du quotidien, du bleu de travail au poste de radio, d'autres vitrines, thématiques, présentent aux visiteurs les apports des migrations à la France, pas seulement à l'économie, mais aussi aux arts, au sport, aux luttes syndicales, sans tabous et jusqu'à aujourd'hui, jusqu'aux émeutes urbaines de novembre 2005. Dans une visée pédagogique, on peut aussi découvrir combien la langue française s'est aussi faite de tous ses apports venus d'ailleurs.  Dans Charlie Hebdo, Cavanna signe son édito « Les bons immigrés. Cette semaine : mon papa »... « Il n'y aura pas d'inauguration officielle, donc pas de petits fours. J'aime mieux ça, papa et moi on n'est pas très à l'aise avec les ministres de maintenant ». G.D., 10 octobre 2007 voir également dans Liens, nos liens avec les sites Mémoire et en particulier le site de la Cité.
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