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07-09-2008

 "Mon premier jour à Besançon il pleuvait, si bien que toute mes affaires étaient mouillées. J'ai atterri à l'hôtel Foch Gare qui est juste en face de la Gare de Besançon pour ne pas me perdre dans cette ville où tout me semblait nouveau et dans laquelle j'étais un peu perdu je l'avoue..."

Le Centre communal d'action sociale de Besançon a créé le site http://migrations.besancon.fr/, avec l'appui de l'Université de Franche-Comté. Nourri de nombreux témoignages de migrants dans la ville, il est question par cette initiative d' "ancrer les parcours individuels dans l'histoire collective" d'une cité de 178 000 habitants (le Grand Besançon), de permettre à tous les Bisontins de changer de regard sur celles et ceux qui ont rejoint la région au fil des ans, au fil des migrations. Dans son principe même, ce site se veut collaboratif. Il se compléte au fur et à mesure des apports que lui fournissent les habitants, les chercheurs, ... Sur Entre-gens (avant que nous n'alliez visiter l'original), quelques extraits, quelques histoires commencées... un jour à Besançon.

            
 

 Mon premier jour (raconté par  un étudiant venu d'Afrique, 2008)

Mon premier jour à Besançon il pleuvait, si bien que toute mes affaires étaient mouillées. J'ai atterri à l'hôtel Foch Gare qui est juste en face de la Gare de Besançon pour ne pas me perdre dans cette ville ou tout me semblait nouveau et dans laquelle j'étais un peu perdu je l'avoue. Le lendemain c'était la routine qui commençait, il fallait que je trouve où se situait la fac pour compléter mon inscription, franchement, ça n'a pas été facile. Une fois cette étape terminée il me restait encore un grand parcours à franchir :aller me trouver un logement moins cher car à l'hôtel les poches se vidaient très vite( j'ai du payer 850 euros juste pour 2 semaines). Au Crous c'étais toujours la même réponse : « Monsieur il n'y pas de chambre pour vous, vous n'êtes pas prioritaire ». Pendant plus d'un mois je n'avais pas d'adresse fixe faute de moyens car j'avais presque tout dépensé à l'hôtel. Entre temps les cours ont commencé et j'accumulais du retard dans mes études. j'ai fini par trouver un couple d'étudiant qui m'a hébergé pendant 3 mois jusqu'à ce qu'enfin je trouve une chambre au Crous suite à l'intervention d'un responsable de la fac .

Puis il reste encore l'étape la plus difficile celle de faire les papiers: la carte de séjour, ouvrir un compte alors qu'on n'a plus grand chose à placer dans ce compte. Une fois qu'on a trouvé sa chambre il faut trouver un cautionnaire qui habite nécessairement en France pour qu'il paie une garantie de 3 mois. Toutes ces démarches te coûtent souvent ton premier semestre .

Pour pouvoir garder ma chambre j'ai du trouver un travail en plus de mes études ce qui n'est pas facile. Une fois qu'on a trouvé un travail on a l'impression que tout va rentrer dans ordre, mais très vite on se rend compte que c'est très difficile d'être un étudiant salarié. Malheureusement beaucoup d'entre nous sont obligés de passer par là : d'étudier et de travailler à côté ce qui laisse peu de temps pour réviser, et se consacrer à ses études...

                             

Et un jour, una mujer... (témoignage recueilli par des élèves de Première du Lycée Victor Hugo de Besançon dans le cadre d'un projet intitulé "Parlons-nous ! Des lycéens à la rencontre de migrants", encadré par leur professeur Alain Gagnieux)

Consuelo Hidalgo Tejero est née le 3 mars 1929 en Espagne, dans un village situé aux alentours de Cordoba à Baena, dans la région de l'Andalousie. Son père, Manuel Tejero Serrano, était fermier et sa mère, Laura Lozano Lopez était mère au foyer. Son père est mort le 28 mars 1976 et sa mère en 1985.

Monsieur et Madame Tejero ont eu 12 enfants, mais 6 d'entre eux sont morts jeunes. Donc il ne restait plus que Consuelo, Natalia, Laura, Manola, Antonio et José. Seuls Laura et Consuelo sont toujours en vie.

Étant jeune, Consuelo ne put suivre une scolarité à l'école. En effet, la guerre civile ainsi que le régime franquiste le lui interdisaient, car les enfants socialistes n'étaient pas acceptés au sein de l'école. Ce fut donc son frère José, qui était instituteur, qui lui apprit à lire et à écrire, mais seulement en espagnol, leur langue maternelle. Consuelo apprendra le français une fois arrivée en France. Même si elle n'a pas pu aller à l'école, elle a su dire à ses enfants l'importance de l'école car ils avaient les capacités. Mais malgré cela, certains d'entre eux ont arrêté leur scolarité très jeunes pour pouvoir rentrer dans la vie active.

En 1945, Consuelo rencontra José Hidalgo qui fut son mari le 10 mai 1953. Ensemble ils eurent 6 enfants. Leur premier enfant fut Josepha,  née le 8 mars 1954. Puis le 29 septembre 1955 arriva leur second enfant, Consuelo, suivi de José le 21 novembre 1957. En effet, Consuelo et José Hidalgo donna leur prénoms à deux de leurs enfants, car dans leur temps c'était une tradition de donner les prénoms des parents aux enfants. Ensuite, en quatrième position arriva Miche le 21 septembre 1959. Leurs quatre premiers enfants sont nés à Victoria en Espagne.

Consuelo n'a jamais travaillé. Ce n'est pas parce qu'elle ne voulait pas, mais dans la mentalité espagnole la femme préfère se consacrer entièrement à ses enfants et à son mari, même si on ne lui impose pas ! Mais elle pense que de nos jours il est devenu nécessaire de travailler...

Consuelo et son époux décidèrent de quitter l'Espagne pour aller vivre en France, car ils voulaient fuir le régime franquiste. Pour Consuelo, la France représentait un pays plus démocratique que l'Espagne, où les gens ont le droit d'exprimer leurs pensées à l'inverse du franquisme qui était instauré. Donc, le 30 juin 1960, Consuelo accompagnée de ses 4 enfants vint en France en train. Son mari José l'avait devancée d'un mois pour leur trouver un logement et du travail. Donc, lorsque Consuelo arriva, José leur avait trouvé un appartement à Lods dans la Franche-Comté. Ce furent des réfugiés espagnols qui les aidèrent à trouver l'appartement. Mais étant en France, Consuelo n'a jamais demandé la nationalité française.

Le 19  septembre 1961, elle donna naissance à son troisième fils Georges, à Lods. Le 25 juin 1961, Consuelo, son époux et leurs 5 enfants déménagèrent à Besançon. Puis le 28 mars 1964, Consuelo a mis au monde leur dernier enfant : Laura.

Consuelo se confiait beaucoup à sa maman, Laura. Elle lui racontait ses histoires de coeur car pour elle, sa mère était sa confidente et d'une grande tolérance avec ses enfants. Donc elle a suivi le même exemple avec ses enfants, ce qui permit à ses filles de se confier à elle. Même si Consuelo et José étaient espagnols, ils n'avaient aucune préférence pour leurs gendres, qu'ils soient espagnols ou français. ça leur était égal, du moment que c'était leur choix. Cela leur convenait.

Aux trois filles de la maison, Consuelo a appris à faire la cuisine espagnole. En ce qui concerne les tâches ménagères, c'étaient les filles qui aidaient le plus Consuelo, car dans l'éducation espagnole ce sont les femmes qui font les tâches ménagères ainsi que la nourriture ; mais Josepha, Consuelo et Laura aimaient bien aider leur mère, donc ce n'était pas un problème.

Après quelques années à Besançon, Consuelo et son mari décidèrent d'aller vivre à Perpignan dans les Pyrénées Orientales en avril 1982. Seulement deux de leurs enfants, Laura et José, les rejoignirent, car étant célibataires ils préféraient rester aux côtés de leurs parents. Donc Consuelo, José et leur deux enfants habitèrent au Moulin à Vent dans le centre de Perpignan.

Depuis son arrivée en France, Consuelo est souvent retournée en Espagne pour les vacances afin de voir sa famille ainsi que la famille de son mari. Et aujourd'hui, les contacts que Consuelo garde avec l'Espagne sont les appels téléphoniques et les visites.

Les enfants ainsi que les petits enfants de Consuelo et de José sont sensibles à leurs origines. Consuelo y attache beaucoup d'importance car si ses petits enfants, voire même ses enfants, reniaient leurs origines, elle serait malheureuse. Avec son mari et ses enfants, elle parle l'espagnol, mais avec ses petits enfants Consuelo parle le français avec quelques mots en espagnol.

Aujourd'hui Consuelo habite toujours à Perpignan, à Saint-Cyprien-Plage dans un F4, depuis plus de 17 ans en compagnie de son mari et de son fils José. Tous ses enfants sont encore en vie. Josepha habite en Espagne. Michel, Georges, Consuelo et Laura, eux, habitent à Besançon.

Consuelo a aujourd'hui 78 ans et a dix petits enfants, ce qui la comble énormément.

              en partenariat avec Paroles d'hommes et de femmes

 Yamina, d'une rive à l'autre (par Eugénie Poret Czorny, extrait de l'ouvrage "D'une rive à l'autre", publié en 2005 à l'initiative du Centre Communal d'Action Sociale de Besançon)

Yamina m'accueille avec douceur et réserve. Peu à peu, la distance se dissout, nous nous rencontrons.
Au Maroc, elle avait 5 frères et 3 sœurs. Elles est arrivée en France en 1979, en août.
Son beau-père avait fait la guerre « avec le France », il a ramené sa femme et son fils au Maroc en vacances.
Le jeune homme a demandé le consentement aux parents de Yamina, mais c'est elle qui a accepté le mariage.
Ses parents ne l'ont pas forcée. Il lui plaisait. Au Maroc, cependant, on dit que c'est toujours mieux de se marier avec son cousin.
Maintenant la femme peut demander le divorce. Si elle est malheureuse, elle retourne chez ses parents et le mari essaie d'arranger les choses avec eux. Au bout de trois fois la séparation est admise.

Ils se sont mariés. Ils avaient 18 ans tous les deux. Elle est venue tout de suite en France car son mari y travaillait. Yamina ne savait pas dire bonjour. Elle ne pouvait pas aller acheter son pain, ni amener ses enfants chez le médecin. Au Maroc, elle n'avait pas appris à lire et écrire. Sa Grand'mère, qui décidait pour toute la famille, pensait qu'une femme n'en n'avait pas besoin. Ses frères et sœurs qui ont suivi, eux sont allés à l'école. Lorsqu'elle a quitté le Maroc, son père était triste, il disait : « elle traverse la mer et elle ne sait pas lire ni écrire ».

Arrivée ici, elle ne voyait personne et se trouvait seule entre ses 4 murs. C'était très dur. Et ses yeux sont encore mouillés de larmes en l'évoquant. Elle a habité au début rue de Vesoul et est demeurée seule pendant 3 ou 4 ans en attendant son mari qui rentrait du travail le soir. Personne ne lui adressait la parole. Elle en a encore la chair de poule. Même les voisins ne lui adressaient pas la parole, ne lui disaient même pas bonjour. Elle avait une « peur bleue » sortir dans la rue toute seule.
Au Maroc, ils disaient : » la France, c'est dur ». on garde ça dans la tête. Elle était terrorisée à l'idée de sortir, pensait que si quelqu'un l'attaquait par derrière, elle ne pourrait même pas se défendre, car elle ne savait pas parler. Elle avait le sentiment de se mettre en danger, rien qu'en se mettant à la fenêtre. Elle ne l'ouvrait jamais. Lorsqu'elle était dans la rue avec son mari, elle lui disait : « si tu me lâches, je suis perdue, je ne sais même pas comment rentrer ». Si elle devait emmener son bébé quelque part, son mari devait prendre sur ses heures de travail qui lui étaient décomptées du salaire.
Elle se sentait totalement perdue.

Un jour, elle a rencontré une femme qu'elle voit toujours, en allant faire vacciner sa fille dans un centre PMI. C'est la première personne qui se soit intéressée à elle. Elle est venue à la maison et lui a montré comment s'occuper d'un bébé. Ensuite, elle a découvert le centre où elle a appris la cuisine et la couture. L'ambiance était bonne ; les femmes venaient de 9 à 16H et chacune préparait la cuisine de son pays. Elles parlaient, échangeaient beaucoup. On lui a appris les mots, les uns après les autres en lui montrant les objets : des ciseaux... Après, elle a continué de « galérer ».

Un jour, elle avait rendez-vous chez l'ophtalmo, elle ne savait pas sur quel bouton elle devait appuyer pour faire ouvrir la porte. Elle est restée une heure devant avant que quelqu'un ne vienne de l'extérieur lui ouvrir. Quand elle est arrivée chez le médecin, il lui a dit que son rendez-vous était passé. Il était trop tard.
Cette image-là, elle la gardera toujours dans sa tête.

Ensuite, elle a appris à lire et à écrire très sommairement à St-Claude, au Centre. Maintenant, elle n'arrive plus à apprendre.
Elle pense dans les 2 langues, mais elle rêve en français. On lui a dit que c'était très important. Elle parle très bien.
Parfois, lorsque les gens viennent sonner à sa porte pour lui  vendre quelque chose, elle fait semblant de ne pas comprendre, mais ils lui répondent qu'elle a très bien compris, c'est une ruse.
Elle a obtenu son permis de conduire au bout de la 3ème fois.

Yamina a eu 3 filles qui ont maintenant 23, 20 et 18 ans et un garçon de 17 ans. Elle est heureuse avec ses enfants et sa famille. Elle aime la « France qui lui a beaucoup donné ».
Ce qui demeure chez elle comme un « trou noir » c'est cette heure passée devant la porte du médecin. « Ne pas comprendre la langue du pays où l'on est, c'est comme être sourd ».

Elle m'offre ensuite le café et les gâteaux à l'anis et au gingembre qui viennent de son pays. Ses filles lui ont demandé d'acheter le livre que nous ferions ensemble. Nous partageons ce moment d'humanité avec beaucoup d'émotion.
Parfois, ses yeux deviennent humides à l'évocation de ce qu'elle a vécu dans une telle solitude, un isolement. Elle est fière d'elle et digne d'admiration comme beaucoup de femmes qui ont vécu cet arrachement.

 et beaucoup d'autres témoignages encore sur le site http://migrations.besancon.fr : des gens "ordinaires" (migrants, mi-petits, moyens en quelque sorte), des créateurs, des artistes, des sportifs, etc.

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