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03-09-2008

Petit à petit, les rédactions s'ouvrent à la diversité. A la télévision, les "petites chaînes qui montent" ont souvent été des pionnières et c'est encore le cas aujourd'hui avec les nouvelles  chaînes de la TNT. Mais au-delà des visages qui donnent un peu de couleur à nos écrans, est-ce que cela fait évoluer les contenus rédactionnels ? 

  Hind Meddeb a grandi entre deux rives, entre Maroc et France. Journaliste à France 24 et à France Info, elle a réalisé avec Abdallah Tourabi "De Casa au Paradis" et milite en France pour l'expression politique des banlieues. A l'antenne, elle propose des portraits de ceux qui font la France plurielle d'aujourd'hui. Abdallah Tourabi a grandi dans un quartier populaire et bidonvillisé de Casablanca. Depuis les attentats de 2003 dans sa ville, dont les auteurs étaient de jeunes kamikazes de son quartier, il n'a de cesse d'essayer de comprendre et d'expliquer. Il le fait par son travail de journaliste et sa thèse qu'il prépare à Sciences Po Paris.

  Malek Bensmaïl réalise lui ausi des documentaires. Entre Orient et Occident, entre France et Algérie, il doit affronter les fantasmes et les peurs des uns et des autres pour pouvoir diffuser sa production.  Enfin, de façon plus légère (par les sujets traités), nous terminerons avec Linda Labidi.  La jeune présentatrice de Direct 8 révèle aussi sa personnalité par ses choix à l'antenne et lorsqu'elle présente un "journal du casting", c'est les coulisses particulières d'un milieu sans scrupules qu'elle n'hésite pas à décrypter. 

 Hind Meddeb, d'abord réactive

16 mai 2003. Tous les Casablancais ont cette date en mémoire : le jour des attentats. Leurs auteurs, de jeunes kamikazes, sont des enfants de la ville qui ont grandi au bidonville Thomas. Hind Meddeb, qui a alors 24 ans, est bouleversée par ces événements. Tous les étés pendant son enfance, elle qui vit en France s'est rendue au pays de sa mère, un pays et une ville, Casablanca, qu'elle porte dans son coeur.  Maintenant devenue journaliste, elle a voulu enquêter sur les origines du drame. A Paris, elle rencontre Abdallah Tourabi. Etudiant en Sciences Politiques, il a lui a fait lire son enquête sur ces attentats. Elle était écrite comme un roman policier avec force détails. Il faut dire qu'Abdallah Tourabi est lui-même originaire de ce quartier pauvre de Casablanca. Ensemble, ils décident alors de faire un film. Par leur proximité avec les habitants du bidonville, leur jeune âge, leur ténacité aussi, ils ont pu faire parler devant leurs caméras les jeunes du quartier, trois ans après les événements.

    Hind Meddeb fait parler les gens

Le film De Casa au Paradis (réalisé avec G. Fenwick) est le résultat de leur investigation, sans caméra cachée et sans floutage. La parole y est libérée. Le documentaire sera récompensé au Festival International du Reportage d'Actualité (FIGRA) 2008.

Mars 2005 au Bourget. C'est le grand rassemblement des "musulmans de France" organisé par l'UOIF. Hind Meddeb, jeune journaliste, déambule dans les allées du Parc des Expositions à la rencontre des "soeurs" qui arborent hijab, niqab ou jilbab. Une jeune fille lui explique qu'elle dresse un mur entre les hommes et qu'il faut bannir le désir, ne lui laisser aucune chance. La conversation est interrompue. "Méfiant, son mari s'est levé de la table voisine pour vérifier que ma présence n'importune pas son épouse". Le reportage Tous voiles dehors a été récompensé par le deuxième accessit du Prix Daniel Pearl.

16 décembre 2006. Des jeunes partent de Paris se dirigeant vers Strasbourg pour une marche de l'égalité, invitant les jeunes à s'inscrire avant le 31 décembre sur les listes électorales. Parmi eux, des diplômés de Sciences Po comme Mohamed Chirani. Hind Meddeb est chargée de communication de cette initiative qui a reçu le soutien de nombreuses associations locales et de personnalités de la culture comme Abd-al-Malik qui accueillera les marcheurs à Strasbourg.

Hind Meddeb a été chroniqueuse cinéma sur Direct 8 avant d'entrer à France 24. Face au détroit de Gibraltar, Tanger n'est qu'à douze kilomètres de l'Europe. Clandestins mais aussi peintres et écrivains s'y retrouvent. Après 20 ans de déclin, la ville connaît une renaissance économique et culturelle: un nouveau port, une cinémathèque... la ville est candidate à l'Exposition Universelle 2012. Le reportage de Hind Meddeb sur Tanger est l'un des plus visités sur la chaîne d'information internationale par internet France 24. Au printemps 2008, c'est le reportage qu'elle réalise sur le tremblement de terre au Sichuan (plus de 65 000 morts) qui sera très remarqué. Hind s'est particulièrement intéressée aux enfants morts dans leurs écoles lorsque la terre a tremblé.

Mais cet été 2008, vous n'avez pas pu échapper à Hind Meddeb sur France Info. C'est elle qui a couvert l'actualité des festivals. Culture d'été, c'était un journal quotidien pour satisfaire l'appétit culturel des Français en vacances. Et tous les dimanches sur l'antenne de France Info, Hind Meddeb propose Itinéraires, des chroniques-portraits de ceux qui font la France, Français ou étrangers, installés dans l'Hexagone, au parcours atypique et remarquable.

Le décibled de Malek Bensmaïl

"Mon identité, c'est ce qui fait que je ne suis identique à aucune autre personne", écrit Amin Maalouf. Réalisateur, auteur de documentaire, Malek Bensmaïl parle souvent de l'Algérie, là où il est né en 1966, à Constantine. Mais il parle aussi de la France, là où il vit, à Paris, depuis vingt ans. Il parle surtout du rapport entre les deux, entre Orient et Occident, entre Nord et Sud, entre modernité et tradition. Son sujet de prédilection est l'identité, les appartenances car il le dit lui-même, "mon appartenance est multiple... de l'Algérie, j'ai conservé une forme de vie, une langue, riche mais non reconnue, une culture des montagnes de la région des Aurès; de la France, j'ai assimilé la pensée cartésienne, une forme de modernisme".

                       

                              Malek Bensmaïl, la démocratie par l'image

Malek Bensmaïl dit dans ses films l'espoir, l'ouverture vers d'autres horizons, la diversité. Mais lorsqu'il s'agit de trouver des producteurs, il doit subir les pressions idéologiques d'ici et de là-bas. Les titres de ses films sont souvent au pluriel : Algérie(s), Territoires(s)... mais aussi Aliénations. Il veut ainsi montrer la pluralité des voix et que sa voix elle-même est plurielle. Il affirme ses diverses appartenances et la reconnaissance de tous ses territoires. C'est ainsi qu'il résiste aux diktats monolithiques. C'est ainsi qu'il entend contribuer à construire la démocratie par l'image.

 Linda Labidi en direct

         Linda Labidi mène le jeu

Lorsque l'homme d'affaires et entrepreneur ambitieux Vincent Bolloré a souhaité monter en 2005 une nouvelle chaîne de télévision, Direct 8, il a lancé un recrutement de journalistes et de présentateurs. Il a reçu plus de 1500 candidatures, en a auditionné avec ses collaborateurs près de 900, en a retenu 40. Linda Labidi était de ceux-là. Elle est entrée chez Direct 8 le 9 mars 2005 alors qu'elle avait 23 ans. Linda Labidi, née en 1981, est tombée toute petite dans l'univers du casting. Sa mère coiffeuse avait un jour emmenée sa fille, alors âgée de 4 ans, à son travail, un salon de coiffure parisien. Ce jour-là, un homme entre au salon. C'est un recruteur qui travaille pour une agence de publicité. Il voit la fillette et s'intéresse à elle pour sa nouvelle campagne publicitaire qui a pour but de lutter contre la famine dans les pays pauvres. C'est ainsi que Linda Labidi apparaîtra en fillette aux cheveux décoiffés et serrant une poupée. Plusieurs fois sollicitée par la suite, elle en restera à cette première expérience, sa mère prenant peur et refusant tout contrat pour la protéger.

Après le bac en 2002, elle cumule les expériences et les emplois : fille au pair à Londres, standardiste puis assistante de formation à l'âge de 22 ans. Mais c'est dans le journalisme audio-visuel qu'elle décide de tenter sa chance, débutant par un stage chez M6 avant de déposer sa candidature à Direct 8. Aujourd'hui, Linda Labidi, qui a certes un physique clairement à son avantage mais aussi et surtout un talent avéré pour le métier, est une des figures majeures de Direct 8. Elle multiplie les émissions et les magazines "people", santé, bien-être, cuisine, divertissement,... les chroniques du matin, les interviews. Elle mène le jeu sur les plateaux avec brio. Elle continue à se former en fréquentant les cours de l'Institut Pratique du Journalisme (l'IPJ) et collabore maintenant à la presse écrite à Direct Soir, la presse gratuite parisienne. Elle ne cesse pas de se lancer de nouveaux défis.

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