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De Roxana Maracineanu hier à Venceslas Dabaya aujourd'hui, ils sont la France qui donne le meilleur de ce qu'elle a : le Lensois Nordine Oubaali, le Rémois Mahieddine Mekhissi-Bennabad, le Hémois Daouda Sow, le Bisontin Khedafi Djelkhir, ou encore Gwladys Epangue, de Saint-Maur, née à Clichy-la-Garenne, et les autres... L'équipe de France engagée à Pékin a fait briller nos couleurs aux Jeux Olympiques. Pour Hongyan Pi et pour Yi-Fang Xian, parce qu'elles ont leurs origines dans cet immense Empire du Milieu, leur présence aux Jeux revêtaient une portée affective forte, représentant fièrement le pays qui a accueilli leur talent dans le respect profond d'un autre pays, celui où elles ont grandi et appris, leur sport, la vie. Pour Daouda Karaboué, l'enfant d'Abidjan, devenu à Montpellier le meilleur gardien du championnat français de handball, et pour Assia El Hannouni, l'athlète aveugle, qui portera le drapeau au défilé des Jeux paralympiques, le terrain comme la vie sont faits de rebonds. Merci de nous avoir fait rêver ! Au service Et ping et pong. Depuis l'âge de sept ans, Xian Yi-Fang a le regard rivé sur la table. Son jeu d'enfant, c'est le tennis de table. Tous les soirs après la classe, elle se rend dans son club de Baoding, à trente kilomètres au sud de Pékin. Son père, ingénieur dans l'automobile, et sa mère, qui dirige une agence immobilière, ont une fille unique, comme c'est la règle en Chine, et comme 30 millions de Chinois elle pratiquera ce sport numéo un dans ce vaste pays. Pour percer dans cette marée de pratiquants, il faut du talent, beaucoup de travail... et se faire repérer par les détecteurs de talents. C'est ce qui s'est produit lorsqu'elle a eu douze ans. Elle a alors intégré le centre d'entraînement de Hebei. Elle s'y révèle plutôt douée puisqu'avec son équipe, elle remporte un titre de Championne de Chine junior. Mais au moment de passer senior, elle se voyait barrée dans sa progression par une concurrence très forte. Elle avait quelques copines en France (en Normandie) et à l'âge de 19 ans, elle s'envole pour Evreux. Les premiers pas en France furent difficiles et Yi-Fang pleurait tous les jours. Elle apprend le français et continue à progresser dans son sport avec son club actuel du Grand Quevilly. Xian Yi-Fang a obtenu la nationalité française en 2005.  En août 2008, elle accède à son rêve, participer aux Jeux Olympiques et qui plus est, dans son pays d'origine, un pays qui est toujours dans son coeur. A Pékin (Beijing), elle retrouvera des concurrentes qu'elle a connues lorsqu'elle était adolescente. Elle ne jouera certes pas la médaille mais elle fera son maximum. Elle sait qu'elle sera très regardée en défendant les couleurs de la France, au moment de fêter ses 31 ans le 20 août, pendant les Jeux. L'as du volant Pi, comme 3,14. Elle aussi fille unique, elle aussi Chinoise d'origine, elle aussi bourrée de talent. Hongyan (c'est son prénom) est née le 25 janvier 1979 à Chong Qing, dans le Sichuan. Son père était mineur au puits de charbon comme la plupart des habitants de cette ville. Elle était un enfant frêle. Sa mère voulait qu'elle fasse du sport pour prendre un peu de force et, dans l'école que fréquentait la petite fille, on pratiquait le badminton. Devenant assez vite l'une des meilleures de sa province, Hongyan a alors rejoint le centre national d'entraînement de Beijing (Pékin). Dés lors, plus d'études, c'était tout-badminton, le surentrainement à la chinoise et toutes les opportunités offertes jusqu'à ce que... on lui dise qu'elle était trop petite, qu'elle ne réussirait jamais, qu'elle devait retourner dans sa province. C'était en 1999. Elle n'avait pas encore 20 ans. C'est alors qu'elle décide de partir. Elle s'envole pour le Danemark. Elle prend des cours intensifs... d'anglais. Des entraîneurs français lui proposent de venir en France en 2003. La France est un pays qui l'avait toujours fait rêver. Paris...  Toute nouvelle tricolore - naturalisée française en 2004 -, Pi Hongyan est sélectionnée pour les Jeux d'Athènes mais peut-être trop de pression, une blessure à la cheville, elle échoue dés le premier tour. Et les succès arrivent enfin. A l'INSEP, elle se fait remarquer par sa gentillesse, sa simplicité. La fillette fragile du Sichuan est devenue la star du badminton français mais une star appréciée, qui signe beaucoup d'autographes, qui s'est convertie en moulin à paroles, qui adore cuisiner. Pi Hongyang joue aujourd'hui pour l'Union Saint-Bruno de Bordeaux. Elle a invité ses amis à partager sa cuisine avant de s'envoler pour Pékin où, c'est décidé, elle fera mieux, beaucoup mieux qu'à Athènes. Hongyan est en pleine confiance. (source : portrait par Raphaël Sachetat, du magazine Badzine) Coeur d'Afrique " Si le mouton ne mord pas, cela ne veut pas dire qu'il n'a pas de dents ". Daouda Karaboué, gardien de l'équipe de France masculine de handball, respecte toujours l'adversaire. Né à Abidjan en 1975, Doudou, comme l'appellent ses partenaires, en impose dans les buts avec ses 1,98 m et ses 95 kg, mais avec soixante sélections en équipe de France, c'est par ses qualités techniques dans les cages, où le meilleur gardien de la saison 2007-2008 est quasi-irréprochable, que Doudou se révèle comme un expert de la petite balle. Et en dehors du terrain, Doudou est aussi un bel exemple de générosité. En 2006, il a créé l'association Coeur d'Afrique dans le but d'aider les gamins ivoiriens à pratiquer le handball dans de bonnes conditions. DK Coeur d'Afrique réunit des fonds pour envoyer du matériel à Abidjan, construire un terrain à côté d'une école et peut-être un jour monter un club. Doudou est un homme de coeur, heureux de vivre et de partager et reste toujours d'une profonde humilité. La grosse tête, connais pas !  Daouda Karaboué est arrivé en France en 1984 à l'âge de dix ans. Vivant seul sur la Côte d'Azur, avec son père en Côte d'Ivoire, sa mère et sa soeur aux Etats-Unis, il a appris la vie au gymnase de Mandelieu, sous la protection de responsables du club local qui ont accueilli à bras ouverts ce surdoué du ballon. En 1993, Daouda se dirige vers Montpellier et son centre de formation. C'est avec Montpellier qu'il va se propulser vers les sommets. Cet Ivoirien naturalisé français rêvait de Pékin depuis longtemps. Mi-juillet, il a appris sa sélection, il peut maintenant rêver de faire une belle compétition avec tous ses potes de l'Equipe de France. La reine Assia Née en 1981, Assia El Hannouni a découvert à 16 ans qu'elle était atteinte d'une maladie incurable, la rétinite pigmentaire, et elle est aujourd'hui quasiment aveugle. Originaire de Dijon, elle a passé toute son enfance à Chenôve. En 1999, âgée de 18 ans, elle se lance dans l'athlétisme pour ne pas s'enfermer dans sa cécité et sa timidité. Elle rejoint Paris pour intégrer les structures de l'INSEP et vit à Saint-Maurice (Val de Marne). A Athènes, elle est devenue la reine des Jeux en étant sacrée quadruple médaille d'or aux Jeux paralympiques, aux 100, 200, 400 et 800 m. Assia El Hannouni court le 800 m, parfois avec guide, et souvent sans guide, avec les valides. En "valide", elle obtient aussi des résultats de haut niveau. Elle court en aveugle, ne voyant que l'ombre de ses concurrentes, et fonce droit devant vers la victoire.  A 27 ans, Assia sera à Pékin le porte-drapeau français des Jeux paralympiques. Et pour la première fois, les primes accordées par le Ministère des Sports seront les mêmes pour les valides et les paralympiques. Elle compte bien affoler le chrono et les compteurs du Ministère. Assia El Hassouni ne fait pas que courir, elle a aujourd'hui une autre passion : le journalisme, qu'elle a découvert sur les plateaux de télévision... et elle est de moins en moins timide. Le meilleur d'eux-mêmes La Marseillaise a tardé à se faire entendre aux J.O., où la France est la championne des médailles d'argent. Venceslas Dabaya fait partie des heureux "vice-champions". Né à Kumba au Cameroun en 1981, "Vence" offre sa médaille à son père et à ses deux frères prématurément disparus. Son père l'avait encouragé avant sa mort à pratiquer l'haltérophilie. Il lui avait dit : "Donne le meilleur de toi-même". En 1999, Vence quitte le Cameroun pour la France. Sa première année sera sans-papiers mais quatre ans plus tard la France lui accorde la nationalité française. Cette année-là, en 2004, Venceslas Dabaya portait à Athènes le drapeau camerounais. Aujourd'hui , il est militaire de l'armée française et il donne à la France la première médaille olympique en haltérophilie depuis 1936 ! Venceslas Dabaya n'est pas le seul "franco-camerounais" de la délégation française, avec la handballeuse Nina Kanté, la judoka Gévrise Emane, le kayakiste William Tchamba, la taekwondiste Gwladys Epangué... et plusieurs athlètes de talent comme Martial Mbandjock (né à Roubaix), Issa-Aimé Nhthepe (l'architecte) et Antoinette Nana Djimou Ida (de Montreuil). Quant au jeune Teddy Tomgha, il a réalisé les minima... trois jours trop tard et il regarde les Jeux devant sa télé mais est un grand espoir pour l'avenir. Tous portent fièrement les couleurs françaises. Benjamin Boukpeti, kayakiste et médaillé de bronze, franco-togolais, est consacré ! Le Toulousain, étudiant en Master 2 de gestion dans la ville rose, qui porte les couleurs du Togo, a trouvé son bonheur sur le bassin de Pékin et quand il est gai, il en casse sa pagaie ! Les Togolais ou franco-togolais de Pékin peuvent prendre exemple sur sa détermination: les athlètes Florence Ezé ou la Parisienne Sandrine Kangni-Thiébaud, vice-championne de France. Les franco-sénégalais ne sont pas en reste. Les judokas Gisèle Mendy et Hortense Diédhiou brillent à Pékin. Est-ce difficile d'avoir la fierté de son pays d'origine en même temps que celui de son pays d'accueil et de vie ? Le boxeur Daouda Sow a la réponse à ses poignets. A sa main droite, il porte un bracelet aux couleurs du Sénégal et à sa main gauche un bracelet aux couleurs de la France. La très talentueuse nageuse et championne du monde française en 1998, Roxana Maracineanu est aujourd'hui la non moins brillante consultante en natation pour France Télévisions, Europe 1, L'équipe (et quelle plume !), les DNA,... Elle avait été interrogée par nous à ce sujet, alors que cette Mulhousienne allait sur notre proposition à la rencontre des lycéens alsaciens pour "le mois de l'autre". Roxana est arrivée en France à l'âge de huit ans, venant de sa Roumanie natale. Son père, en transit en France avec sa famille de retour d'une mission professionnelle en Algérie, a pris le risque d'un exil (au départ de façon "irrégulière") en France pour fuir le régime Ceaucescu. La jeune Roxana en Roumanie ne nageait pas, elle était patineuse artistique ! Pour elle, la question de "l'intégration" ne s'est jamais posée, tellement celle-ci a été naturelle et sa passion pour la natation jusqu'à la consécration suprême n'a pu que la favoriser. La France est toute en elle, jusqu'à en être parfois chauvine, mais la Roumanie a toujours une grande place dans son coeur, la place qu'on accorde à sa famille, ses souvenirs d'enfance, la place de l'intime... Roxana Maracineanu reste un bel exemple pour tous. Les anonymes se font un nom Pendant que lez stars tombent dans le gouffre de leur notoriété et dans les affres de la pression médiatique, les anonymes, "venus de nulle part" (dixit la presse), qualifiés de la dernière heure, remplaçants, ignorés par tous... se font leur place au soleil brouillé de Pékin. Des lutteurs et agents de sécurité dans le civil, les frères Guénot, ont ouvert le bal. Un boxeur, Nordine Oubaali, met tout ce qu'il a dans le ventre et franchit les obstacles les uns après les autres. Un gymnaste, Thomas Boubail, se met dans sa bulle, accumule de l'énergie et l'exprime le jour J, son jour J. Mahiéddine Mekhissi-Bennabad y croyait tellement fort - battre les Kenyans sur leur terrain de jeu, mettre du métissage sur le podium du 3000 m steeple - qu'il l'a fait et avec la manière (un Rémois peut en cacher un autre). Ils ont tous des points communs : ils ne lâchent rien, ils croient en eux, ils ont construit leur destin pas à pas, loin des caméras, ils sont la France qui gagne, qui n'est pas toujours celle que l'on croit. Bravo ! Tout a commencé quand... (lu sur le blog de Nordine Oubaali, boxeur français, dix-sept frères et soeurs, tous boxeurs !) : Tout a commencé lorsque le centre de recrutement des mines Françaises à fait escale au Maroc. Devant une queue d'attente de plusieurs kilomètres, mon père, Azzouz, a alors saisi sa chance et s'est présenté au centre. Il savait qu'il jouait là non seulement sa destinée mais aussi celles de plusieurs membres de sa famille qui comptaient sur son soutien. Au centre, chaque personne était pesée et auscultée de la tête aux pieds. A l'époque le problème de mon père était son poids. Alors pour forcer le destin il dissimula des billes de plomb dans sa poche. Le médecin qui l'examina ferma les yeux sur son petit stratagème et permit à mon père de réaliser son voeu. En chemin pour la France, c'est son rêve qui devenait réalité! Arrivé au camp de travailleurs situé à Sallaumines dans le Pas-de-Calais, c'est avec la neige qu'il a rendez-vous... Elément naturel encore inconnu pour mon père, il décida d'en remplir son sac. Quelques minutes plus tard en ouvrant son sac, il sourit en comprenant que la neige comme beaucoup de choses autour de lui étaient nouvelles. Tout était à faire, tout était à reconstruire dans ce pays inconnu! C'est au contact d'autres travailleurs immigrés que mon père se rassura : il n'était pas le seul à se retrouver perdu dans un nouveau monde. Trés rapidement, il devint une pièce maîtresse pour sa communauté en devenant l'interprète du camp. Il avait appris le français durant son enfance en travaillant dans des usines françaises installées durant la colonisation. Refusant alors de ne communiquer qu'à l'aide de gestes, il fit l'effort d'apprendre la langue de Molière. Ses efforts lui servirent tout au long de sa vie. Afin de mieux connaître les gens de sa communauté et pour apporter sa contribution, il proposa ses services en tant que coiffeur. Par ce biais, il se rapprocha des plus fragiles et des plus nostalgiques du pays pour leur apporter soutien et réconfort. Bel homme et pourvu d'un certain charisme, il se fit rapidement une place au sein de la jeunesse française qu'il commença à fréquenter. Il aima profondément cette jeunesse qu'il trouvait accueillante et altruiste... (à suivre sur le blog de Nordine Oubaali) A lire également sur entre-gens : Champions de la vie et Courir pour vivre GD (août 2008) |