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"Il faut coudre les mots les uns aux autres pour en tisser la trame". Le 8 juin 2008, les habitants du quartier des Clairs Bassins à La Charité-sur-Loire ont clos de belle manière le Festival du Mot qui pendant cinq jours a animé leur ville. Ils sont descendus dans le jardin - qu'ils appellent "le champ" - au pied des immeubles où le Centre social La Pépinière avait exposé les photos-portraits de plusieurs dizaines d'entre eux (photos Gérard Chaussière et J.L. Barbé), associés à leurs mots recueillis en mai par Guy Didier, d'Entre-gens.  Rachida Abrij Les jeunes slameurs du quartier (14 à 18 ans) et une troupe de "comédiens volants" ont mis en scène les mots des "gens" pour en faire une des créations sans aucun doute les plus fortes en émotion du Festival 2008. Regards sur quelques visages (photos Gérard Chaussière) et sur quelques mots des Charitois ayant participé à cet évènement mémorable, dont ceux de Maryline Bizeul, écrivaine charitoise (texte ici en italique) habitant le quartier. "Toute une mémoire écrite en ses murs, se reflète dans le miroir de l'oeil". « Les larmes aux yeux » Les mots se heurtent, s'entrechoquent. Des images naissent. Je les habille du son des phrases. Je déroule un paysage. (Caroline Deveaux- ci-dessus- et Jean Lenoir -ci-dessous-, Adjoints au Maire, à l'initiative du projet porté par le Centre social municipal et l'équipe de Céline Delahaye, sa Directrice)  Justine
Un Ange Noir regarde le ciel, Les gens lui ont cassé les ailes, Le monde lui a volé l'espoir, Le ciel pleure sur l'Ange Noir. Sans amour ni affection, Sans aucune protection, L'Ange Noir, les larmes aux yeux Vit pour toujours dans ces lieux. L'Ange Noir regarde la mer, Que fait-il sur cette maudite terre ? Créé par le désespoir, la haine, Avec aux pieds une lourde chaîne. Un Ange Noir regarde le ciel, Les gens lui ont cassé les ailes, Le cœur rempli de désespoir, « Tristesse » on appelle l'Ange Noir... « A l'école, il y a beaucoup de violence avec les mots »
Il est des temps de vie où le moindre geste fait sens Les enfants du Conseil municipal des jeunes (Coralie, Anaïs, Clément, Nicolas, Jimmy)  Pourquoi N. se fait-il insulter à cause de son obésité ? Il n'y est pour rien. C'est une maladie qui lui a été transmise par sa mère, à cause de médicaments qu'elle avait pris avant sa naissance. Les parents d'Abderahmane venaient d'Afrique. Il se faisait souvent embêter. Maintenant, il est parti. Et pour Nicolas, c'était pareil. Nicolas, on l'appelait Ratsi parce que Ratsifanrianamanana, c'est un peu long ! Il venait de Madagascar puis de Marseille. Lui aussi est parti maintenant. A. se fait traiter d'intello. On l'appelle Robert... comme le dictionnaire. A l'école de La Charité, il y a beaucoup de violence avec les mots. « L'autre, c'est mon voisin »
Je regarde l'homme. Il m'est moins étranger. Les enfants de la garderie périscolaire (Antoine, Astrid, Brian, Marie-Claire, Mélissa, Reda, Sébastien...) - Ecole des Remparts  Marie-Claire J'ai toutes mes copines aux Clairs Bassins. On rigole bien. On fait du catch. Du bas ou du haut de La Charité, on se retrouve au foot, au hand, à la piscine. L'autre, c'est mon voisin... Les grands embêtent souvent les petits. Mais un jour, les petits deviendront les grands ! « L'autre, il a un nom ! »
Les couples pourvus d'enfants en bas âge sont assignés à résidence. Temporairement. Les nouveaux arrivants ont besoin de stabiliser leur esprit... Il faut un esprit léger pour se déplacer dans le temps. Les enfants de l'aide aux devoirs (Arthur, Coralie, Danièle, Elodie, Marie-Claire, Matthieu, Pauline, Rémy, Thomas ...) - Ecole des Remparts  Danièle - Je venais de la Seine-et-Marne avant d'arriver à La Charité. Pour me faire des copains, c'est simple, j'ai parlé à A. qui a parlé à un copain qui a parlé à un copain qui a parlé à... - Ah non, moi, j'ai fait autrement. J'ai tabassé A. Il m'a ensuite invité à son anniversaire ! - L'autre, c'est moi - L'autre, il a un nom ! C'est ce que me dit toujours mon père. « Arrivés »
Regarder, c'est retourner à ses origines, se redonner naissance. Fathia Je suis Corrézienne. Mon père était bûcheron en Corrèze. Toute la famille est en Corrèze  Fathia Benthara Marie
Les premiers arrivés du Maroc, c'était les Kattar en 1971. Je m'en souviens encore. Et ils sont toujours là ! Evelyne Quand nous, on est arrivés, on venait de la campagne, on nous appelait les manouches, parce qu'on était mal habillés. Laurence Les débuts ont été très difficiles aux Clairs Bassins. Je ne sortais jamais. J'avais peur. J'étais mal. Les voisins étaient violents. C'était vraiment très dur. C'était au début des années 90. Mais maintenant, ça a bien changé ! Pourquoi suis-je venue ici si ce n'est pour accentuer le goût de ma solitude ? Myriam
Je venais du Montenegro. Je suis arrivée en 1970 en France et en 1989 dans la Nièvre. J'avais choisi une maison avec une terrasse qui donnait sur un ruisseau. C'était magnifique, pour prendre ses petits-déjeuners.  Mr et Mme Krvavac En 2003, je suis arrivée avec mon mari à La Charité. J'ai encore une terrasse, mais plus de ruisseau ! Je vis ici une retraite tranquille. Le jeudi après-midi, je retrouve des amies au Centre social, avec Sabine. R'Kia En arrivant du Maroc, j'ai d'abord habité dans un village, aux Bertins. J'aime beaucoup vivre maintenant aux Clairs Bassins. Mes enfants sont grands. J'ai des petits enfants. Je vais rendre visite à ma famille, à ma sœur à Paris, et à mes filles à Toulouse, à Metz, à Dijon. Je vais à La Mecque. J'aime bien voyager et je peux le faire, grâce à mon fils Khalid qui travaille à la SNCF. Je peux prendre le train gratuitement ! J'ai toujours guetté par la vitre la présence d'un paquebot dans le port. Un navire en transit, battant pavillon étranger. Rachida Cela fait 19 ans que j'habite à La Charité. J'ai deux garçons Salim et Driss, et une fille, Khadija. Elle est une bonne élève au collège. J'ai confiance pour eux pour l'avenir.  Khadija Abrij Sabrina
Quand j'ai dit à Gien que j'allais habiter à La Charité, on m'a dit : « Tu vas à la ville des fous ? » « Nés ici »
Beaucoup sont nés là. Les autres viennent pour des raisons qu'ils ignorent. L'existence humaine est pleine de mystères. Nadine
Mehdi est né dans le champ ! Non, cela veut dire qu'il est né à la maison, aux Clairs Bassins. Notre famille venait de la campagne, mais tous les enfants sont nés et ont grandi ici. Angélique a fait sa vie, c'est notre boulangère ! elle est vendeuse en boulangerie. Nous devons quitter La Charité à la fin du mois (mai 2008) pour aller vivre à Cosne. Pour Cassandra, 13 ans, c'est difficile. Elle ne s'imagine pas vivre ailleurs qu'ici. Elle y a toutes ses copines. Salim J'ai 16 ans. J'habite à La Charité-sur-Loire. Sur cette terre, je suis comme un grain de sable au milieu d'une plage et qui va disparaître un jour. Le plus tard possible, j'espère. J'ai un frère, Driss, et une sœur, Khadija. On a toujours été solidaires mais parfois, c'est la guerre. Je suis Français d'origine marocaine. Entre moi et mes potes, on m'appelle souvent le Chinois, à cause de mes yeux bridés. Mais je déteste une chose : le mot fascisme, un mot qui ne devrait pas être dans notre vocabulaire et dans nos dictionnaires. Qu'on soit blanc, noir ou jaune, on est tous égaux. Bon, allez, j'ai fini... c'était le Chinois. Partir pour mieux apprendre à rester, peut-être. Maryse
Je suis Charitoise de naissance. Dans ma vie, j'aurai vécu dans le monde entier, le Gabon, la Guyane, le Liban, la Roumanie. Et c'est à La Charité qu'avec mon mari, nous sommes venus vivre notre retraite. Mon mari est si attaché à son clocher !  Maryse Macet Le problème de l'être est toujours le même : vivre en harmonie. Avec lui-même et le monde qui l'entoure. Youness 1
Pour vivre en harmonie, il faut savoir pardonner car personne n'est parfait, mais savoir faire des concessions des deux côtés. Que l'on soit blanc, jaune ou noir, chacun a sa place sur cette terre. Je ne sais pas qui a inventé les frontières. Mais moi, je m'en serais bien passé, car on est tous frères. On devrait tous dire non aux guerres car elles tuent nos frères.  Youness Dahdouh Youness 2, l'ado blindé de jeunesse Je m'appelle Youness. Des fois j'ai l'esprit qui se disperse. Mais je suis un ado blindé de jeunesse, malgré que j'ai des problèmes en français, en maths et en anglais. Mais ça, ça m'empêche pas de slamer. Aidez-moi, ceux qui me sont chers, ma mère et mon père. En plus, cet été, on va à la mer pour prendre un peu l'air. « Solidaires » En haut de la feuille, j'écris « ciel », suivi plus bas du mot « ouverture ». Najea J'ai rejoint mon mari à l'âge de 18 ans. C'était il y a 32 ans. Depuis 2000, je garde des enfants qui me sont adressés par la DDASS. Quand je vois comme ils ont besoin de leur maman, je suis triste.  Najea Bounouara L'après-midi est la feuille blanche. Des mots ouvrent sur un poème. Il est en prose. Driss
J'ai voulu slamer pour des mecs comme moi tu l'as bien deviné toi, c'est de ces maghrébins comme vous le dites si bien. Ne croyez pas que ces jeunes qui font le ramadan ne sont pas autant heureux que vous le jour de l'an Ce qui me fait chier c'est ces gens qui se fient aux médias ce qui effraie mémé et on sait bien ce que mémé va voter. Ils ont même classé les rappeurs, ont déformé leurs discours radicaux et les ont résumés par wesh wesh ou yoyo Si je vous parle de ces différences c'est que j'en ai eu une certaine expérience qui m'ont laissé parfois dans des états de démence Bon j'arrête de vous provoquer Ne croyez surtout pas que je me sente persécuté ou que je fais une généralité La preuve mon meilleur ami s'appelle Geoffrey Je vais retourner m'asseoir et apprécier parfois comme ici la mixité C'était Driss Restez peace Les carrefours où les êtres se rejoignent ne naissent pas du hasard. Youness
Maroc, Algérie, Tunisie Ces trois pays sont réunis Sur un même point Etre solidaire Pendant toute cette vie Ces trois pays sont scotchés sur la terre Qui tourne en toupie et qui flaire Les effets de serre Là-bas on se sent bien accueillis Là-bas on est tous frères Que tu sois français ou berbère Il restera sur cette terre Un coin de paradis Ces trois pays Maroc, Algérie, Tunisie « Respectueux » Toujours j'éprouverai cette admiration pour les êtres de l'exil qui ont su trouver leur royaume. Angélique (21 ans) En boulangerie, il faut être disponible pour les gens. J'aime mon métier. Quand un enfant entre sans dire bonjour, je lui demande de sortir et de revenir en saluant. Anonyme Dommage qu'on laisse des jeunes, avec leur chien squatter le jardin le soir. Cela fait des saletés et cela peut être dangereux. L'écriture d'urgence est impitoyable. Elle ne pèse pas les mots, elle les jette comme des pavés dans une émeute. Pierre Je voudrais juste poser un texte Même si y a pas de thème Lâcher les mots de ma tête Ma vie est un éternel brouillon fait de ratures Pourtant Je vous jure J'taffe dur Pour parfaire mon futur Pour que mes renp' soient fiers Pour ne pas être le même qu'hier Pour que ma life soit meilleure Pour effacer mes erreurs Et ne plus avoir peur De dire aux gens c'que j'ai sur le cœur Pardonnez l'intention, mais L'amour d'une mère n'est pas une fiction De certain auteur, compositeur et interprète Ce soir, les slameurs ont la plume au cœur Et les filles, tenez-vous prêtes ! Loin de là, je ne suis pas un saint Mais de tout là-haut, Dieu connaît ma vie Pour presque faire un bouquin A toi le slam qui a su m'accueillir, avec mes défauts et mes qualités Dans le malheur juste ma plume sait me faire sourire Et j'espère continuer à slamer en toute liberté... Toutes mes nuits sont blanches pour que mes feuilles ne le soient plus Tout en partant je vous dis sur ce « bonne soirée et salut ». « Discriminés » L'exclusion ne fait pas partie de l'essence de l'individu. On ne naît pas exclu. On le devient. Jeanne J'habite aux Clairs Bassins depuis 40 ans. Je ne suis pas d'accord avec cette mauvaise réputation qu'a ce quartier. La différence, je l'ai subie étant gamine. Mon père était polonais, ma mère était française. La propriétaire nous disait : « sales Polaks ». Le baromètre mental propose une partie de yo-yo. A une vitesse stupéfiante, les émotions montent et redescendent. Michaela Je suis originaire d'Allemagne et je suis depuis 13 ans en France. Malheureusement, les gens ont encore en tête la guerre. On ressent de la discrimination envers les Allemands. Mais ce n'est pas grave. Je me sens bien en France, beaucoup mieux qu'en Allemagne. J'ai toujours aimé vivre ici.  Michaela Zoller Christelle
J'avoue. Moi-même, j'avais de l'appréhension quand j'ai dû changer d'école pour Maelle, ma fille. Elle est maintenant aux Clairs Bassins, et ça se passe très bien. Mais qui entend le cri du prisonnier au fond de sa cellule, si ce n'est celui qui le pousse ? Marie (assistante maternelle) Des parents me disent : « Vous habitez aux Clairs Bassins ? Alors, ça n'est pas la peine. Il n'est pas question que l'on y mette nos enfants ! ». J'ai l'impression d'être quelqu'un que l'on a casé sur le marche-pied parce qu'il y avait déjà trop de monde à l'intérieur. Laurence (assistante maternelle) On nous dit : « Vous habitez en appartement ? Alors, ce n'est pas la peine ». Pourtant, il y a le parc, les jeux de plein air, le soleil... Je ne comprends pas. L'exclu, on ne le voit pas ou plutôt, on passe à côté, comme si de rien n'était. Il se retrouve parqué dans l'indifférence des autres, dans leur silence, leur gêne, voire leur jugement (D) Débo (Deborah) Jack est black Yvan est blanc Henri est gris Et pourtant ce sont trois amis Ce fameux lien Qui se nomme l'amitié Réunis. C'est trois gens bien Peut-être à jamais. Il faut être indulgent, On est tous différents. Aimez-vous les uns les autres C'est ma philosophie. J'en ai bien d'autres Mais celle-ci est ma favorite Même avec ça Ce sera toujours comme ça Il y aura toujours des cons Pour la discrimination Je vais maintenant m'arrêter... Mais ne vous inquiétez pas Je serai toujours là Pour parler de la différence Le sujet référence.  Deborah Anacoura « Souvenirs »
Longtemps, je me suis laissée envahir par le passé. Je ne peux plus me permettre ce luxe. Nicole Vous vous souvenez du Bar de la Plage ? Il était entre le pont de pierre et le pont de fonte. Et les bateaux-lavoirs. C'était le faubourg. Qu'est-ce qu'on y a passé comme bon temps ! C'était notre jeunesse. Il n'existe plus aujourd'hui. Il a été détruit par la tornade de 86 (16 août), puis par la réglementation. Evelyne
On savait s'amuser autrefois. Il y avait les courses cyclistes. On allait à la Loire Vivre à La Charité, c'est pouvoir solliciter régulièrement de la nature une certaine ouverture. Les arbres ne posent pas de questions. Ils ne donnent pas non plus de réponses. Ils se contentent d'être là. Maryse
A La Charité, il y avait autrefois deux cinémas, un lycée, beaucoup de commerces. La Charité a beaucoup perdu. L'animation est dans le bas de la ville, avec les bouquinistes, les chambres d'hôtes fréquentées par des Canadiens, des Australiens. Le haut de la ville s'endort avec ses retraités. Il y a dans la ville des dents cassés qu'on ne remplace pas. Tous (même les plus jeunes)
Le 16 août 86, la tornade a été terrible. La piscine tournesol s'est encastrée dans les immeubles. Il y a eu des morts. Et puis, il y a eu la fin de Epéda, comme une deuxième tornade sur la ville. Un drame pour toutes les familles. « Confiance »
Pour chasser le doute quant à mon état mental, je trouve un point d'ancrage dans le monde réel. Sabrina Quand on confie ses enfants à quelqu'un, c'est sûr qu'il faut avoir confiance. On confie la chair de sa chair. Pierre
Le soir est arrivé De son long manteau Il couvre la terre comme il faut Le soir est tombé et on plonge dans la nuit bleutée La nuit s'est installée Parsemée de petites étoiles Elles brillent dans le ciel... éparpillées La nuit est arrivée et on tire nos rideaux de toile Les rideaux de la maison cachent le dehors Quelques constellations scintillent comme l'or Le soir est là, la nuit est là Et moi je plonge dans mes rêves entre les bras.  Pierre Dollez « Méfiance »
Des patients logent en ville. Ils se remarquent d'emblée. Le corps peine à vivre, le regard est absent. Leur âme est scellée par les médicaments. Nicole
A La Charité, il y a le Centre hospitalier spécialisé. Des malades sortent ou même habitent en ville. On peut avoir tué père et mère et se retrouver en pleine rue dans la ville. « Souffrances »
De quoi viendriez-vous vous excuser ? D'avoir mal ? Florian
Je voudrais vous parler d'un homme Qui était pour moi plus qu'un homme Je voudrais vous parler de mon père Qui était pour moi plus qu'un grand frère Et une personne que j'appréciais et que j'aimais Oui c'est vrai il n'était pas parfait Certes des fois il avait tort Mais je l'aime très fort Il nous a quitté il y a 7 ans Alors que je n'en avais que 8 Il nous a quitté il y a longtemps Alors que je n'étais encore qu'un enfant Tu nous as laissé seul Alors qu'on avait peur Tu m'as laissé seul Mais tu es dans mon cœur Maman se sent mal Et on en a pleuré J'avoue ça me fait mal Quand je me mets à slamer Il y a 7 ans que ça s'est passé Et je continue à t'aimer Je vais te dire au revoir Et non pas adieu Car j'espère te revoir Pour épanouir mes yeux.  Florian Anacoura Le cri est un endroit périlleux. Il fait trop de bruit pour que l'on puisse clairement capter ce qu'il dit. Julie
Toi Gaby qui faisait partie de ma vie je n'accepte toujours pas que tu sois parti et malgré cette putain de maladie mon deuil n'est toujours pas acquis... Comme un vide dans mon cœur qui me fait perdre la tête je sens en moi la douleur qui parcourt tout mon être ! Malheureusement rien ne s'arrête. Le temps, lui, continue sa quête et je me surprends plusieurs fois à encore penser à toi Saches que je ne t'oublierai jamais malgré mon désarroi dans mon cœur à jamais gravé mon oncle bien aimé.  Julie Ghesquière Au fil des fragments, en plein cœur du printemps, les morts remontent à la surface pour délivrer peut-être le message qu'ils n'ont pas pu transmettre de leur vivant. Justine
Malheur à jamais enseveli De son petit cœur meurtri Déformé de douleur Renfermé en ces pleurs Découvrirai-je la clé Qui te fera t'échapper Te permettant de t'envoler De retrouver ta liberté ? Tu l'aimes, tu souffres Tu le hais du bord de ton gouffre A jamais suspendue Seule, par un fil tenue Ne tombes pas, mon amie Il t'aime, elle aussi Nous t'aimons, nous aussi Ne crains jamais que nous t'oubliions... Sur le sol étendu Gisant inanimé Petit corps perdu Dont l'âme s'est envolée Sur le carrelage étalé Liquide rouge brillant, De son cœur s'est échappé Noyant ses douleurs d'enfant « Soupirs »
Laissez les émotions traverser les filtres du temps. Vous verrez. Tout va se déposer. Florian
Tu m'as donné la vie et je te remercie Tu m'as donné ton cœur pour moi c'est le bonheur Tu m'as offert beaucoup de choses que pour moi la vie est en rose. Si jamais tu devais partir, je préfèrerais mourir. Tu as mis au monde trois enfants pour moi tu es la meilleure des mamans Tu as eu des peines et des souffrances, tu es restée forte durant ton enfance, J'avoue pour toi ça a du être horrible, presque l'enfer C'est vrai parfois je suis pénible mais j'espère te plaire. J'ai écrit ce poème, pour te dire que je t'aime Malgré les peines que je t'ai fait, j'espère que tu vas me pardonner J'aurais aimé te voir heureuse ta vie t'a rendu malheureuse J'admire la joie dans tes yeux et l'amour dans ton cœur Même Dieu ne pourrait pas me donner de bonheur Car pour moi le bonheur est représenté par une femme Qui est gravée dans mon cœur gravé dans mon âme. « Sourires »
Marie-Thérèse, dite « nounou » par les enfants Je garde des enfants depuis l'âge de 15 ans... Chez moi, c'est une vraie crèche. Tout est aménagé pour le bonheur des enfants. Je peins des visages d'enfants. Je parle beaucoup avec les parents, je les écoute. Les enfants et les parents sont tous différents. Alors il faut savoir s'adapter. C'est passionnant. J'aime ce métier, mais il est mal reconnu. Si l'on prend le temps d'écouter attentivement, on réalise qu'il y a souvent des voix dans le silence.  Justine Cathier Justine
Jumelles de cœur Jumelles de malheur Tu manques de moi Je manque de toi. Mi-sœurs, mi-amies Même fâchées, on se sourit Sœurs, peut-être, mais meurtries ; Sans toi, je dépéris Sans toi, je m'insomnie. Malgré toi, malgré moi Malgré la couleur de nos émois Tu es et tu resteras A jamais loin de moi. Que dire à la vie ? Que faire lorsque l'on se languit ? Lorsqu'il manque à nos côtés Un être chéri, un être aimé ? Il ne me reste qu'à souffrir A l'imaginer se ravir Tout en dépérissant Tout en sentant le temps M'enlever ton image M'envelopper de présage « Vivre ensemble »
La condition humaine ressemble à un puzzle. On n'en situe pas toujours les tenants et les aboutissants. Cela dit, les pièces doivent se rassembler à un moment ou à un autre. On ne peut pas dissocier. Jeanne Je suis là depuis toujours ! ou presque... Je suis la doyenne.  Jeanne Jaguelin Tous Les Clairs Bassins, c'est un quartier très tranquille aujourd'hui. Mr Da Silva impose des règles. Et il y a beaucoup de gens formidables. Un jeu de mots vient s'interposer entre la mauvaise humeur et moi. Sans comment taire. Mme Guimiot
Non, on ne peut pas tout faire en même temps, mais on peut faire tellement de choses ensemble Les portes sont fermées. Il faut pourtant frapper aux portes, les essayer les unes après les autres. Pierrette
Je ne suis là que depuis deux ans. Mais je suis comme ça, je vais vers les gens. Je pousse les portes.  Pierrette Goury Ginette Je suis là depuis un an seulement et je suis toujours prête à participer. Tout en étant française, je me sens parfois étrangère à La Charité, alors je comprends ce que cela doit être pour des personnes qui viennent d'ailleurs. Si je suis restée, c'est parce que je mets toute mon énergie dans le bénévolat. « Espoirs » Le crayon hésite à libérer les mots. Un nouveau rêve s'est présenté cette nuit. Josselin
Je suis originaire de la Martinique mais cela fait dix ans que je suis en métropole. Je suis arrivé ici il y a 18 jours exactement. Je travaille à la DDE sur l'A77. Je joue déjà avec l'équipe de foot. Dimanche dernier je voulais absolument marquer un but... et je l'ai marqué !  Josselin L'autre, c'est l'autre partie à nous que l'on ne connaît pas ou qui est à côté. Lorsque l'on est dans la même équipe, on avance vers le même but. L'écriture s'éloigne. Est-ce un au revoir ou un adieu ? Monique
J'ai vécu en région parisienne, à Champigny, et je sais ce que c'est qu'une cité ouvrière. C'est l'urbanisme qui casse tout : il entasse les gens. Il faudrait clairsemer les immeubles, donner de l'espace aux gens. Et puis, la résignation, c'est terrible. Les gens croient qu'ils ne peuvent pas avoir mieux. Ils sont fatalistes : « on a la guigne, et puis voilà ». Ici, on est dans un champ d'espoir... « Avance dans ta vie »
Contempler, c'est absorber de la joie, s'en nourrir. Justine
Tu aimes, tu détestes Tu t'en vas, tu restes Tu demeures dans le doute Personne ne t'écoute ; Tu souffres en silence, Tu perds la cadence, La routine t'étouffe, Cherche à te couper le souffle... Au départ, tu te débats, Tu cherches à te défendre, ne pas tomber plus bas ; Mais peu à peu, tu faiblis, Tu rends les armes, tu plies, Sous le poids du désespoir, De la solitude, de ton reflet dans le miroir... Ce n'est pas réciproque, mais tu l'aimes D'une façon différente, mais il t'aime. Tu dois tourner la page, Réécrire cette histoire, Mais peut-être cela est impossible ; Ou seulement, indescriptible... Relève la tête, regarde devant, A trop regarder en arrière, tu donnes un faux jugement. Avance dans ta vie, il faut sourire ! Ne regarde en arrière qu'en pensant à l'avenir. Il faut continuer à avancer vaille que vaille en souhaitant que le mur accepte de reculer. G.D. Guy Didier a recueilli ces mots auprès des Charitois en mai 2008. Il nous fait part ici de son témoignage : Il y a des villes où sur les façades sont posées des caméras pour surveiller les brigands et sécuriser les passants. Il y a des villes où sur les murs sont « taguées » des signatures pour dire m... aux bourgeois. Il y a des villes où l'on ne se parle pas, où l'on ne se regarde pas, où l'on ne se voit pas, où l'on ne s'écoute pas, où l'on ne s'entend pas, où l'on ne partage pas,... où l'on ne vit pas ensemble. Et puis il y a La Charité... A La Charité sur Loire, sur les façades, il y a des mots. « Les mots possèdent ce prestigieux pouvoir de rapprocher et de confronter ce qui sans eux resterait épars » (René Char). A La Charité sur Loire, les murs résonnent de la voix des « slameurs » et les slameurs ont la plume au cœur. (l'exposition a été mise en espace par Monique Le Garff) J'ai eu un infini plaisir à passer ces quelques jours dans cette ville, y côtoyer Hakim, Ahmed, Céline, Isabelle, Sabrina... l'équipe du Centre social La Pépinière et avec eux inventer « Le champ des mots ». Ils m'ont permis de rencontrer les habitants de cette belle cité : Michaela qui vient d'Allemagne, Myriam qui vient du Montenegro, R'Kia qui vient du Maroc, Maryse qui est Charitoise de naissance, Josselin qui vient d'arriver, Florian et Deborah qui écrivent parce qu'ils ont trop pleuré, Maryline qui écrit parce qu'elle a trop souffert, Marie-Thérèse et Najea qui gardent des enfants, Nicole qui se souvient, Justine qui ne regarde en arrière qu'en pensant à l'avenir... Le champ, c'est leur rue à eux, là où ils peuvent se rencontrer et se parler, parler de la pluie et du beau temps, de leurs enfants, de leurs chagrins, de leurs joies... Le champ est un jardin où poussent aussi des mots. Les mots, ce sont les leurs, exclusivement les leurs. Pendant ces quelques jours, nous avons parlé (semé des mots). Les enfants m'ont dit la violence à l'école, ils ne veulent plus de la violence de certains mots. Les jeunes m'ont parlé de respect, de solidarité. Les anciens m'ont dit leurs souvenirs. Beaucoup m'ont parlé des discriminations, des méfiances, des souffrances. Tous m'ont offert leur sourire, dit leur confiance, leurs espoirs, ... et ensemble, ils ont partagé leurs mots, en ce dimanche de juin, au cœur des Clairs Bassins, leur quartier, leur quotidien. Les Clairs Bassins, c'est un quartier dans la ville. Et pourtant aux Clairs Bassins, il n'y a pas (encore) de mots sur les façades, les pèlerins de Compostelle ne passent pas ici et le Festival des mots se passe ailleurs. Les Clairs Bassins, c'est un quartier dans la ville. Et pourtant tant de signes, de regards, de mots qui font mal, disent encore que le quartier n'est pas tout à fait comme les autres. Le Champ des mots, c'était une volonté, la volonté des élus de dire aujourd'hui le contraire : les Clairs Bassins, c'est un quartier comme les autres. Et les habitants ont saisi l'occasion pour dire même : les Clairs Bassins, c'est un quartier plus que les autres, parce qu'ici on se parle, on se regarde, on se voit, on s'écoute, on s'entend, on partage... on vit ensemble. En tant qu'homme, en tant que personne, j'ai donc eu plaisir à vivre ce projet car j'ai eu la chance de rencontrer des gens formidables. En tant que professionnel, j'ai eu plaisir à accompagner ce projet, car il a magnifiquement démontré que « la politique de la ville » dont on parle tant, pour en constater souvent les échecs, au fond elle est simple, elle pourrait être simple, elle ne nécessite pas obligatoirement de gros investissements financiers, il « suffit » d'imaginer les opportunités pour les gens de retrouver leur dignité, d'exprimer ce qu'ils sont, ce que nous, les sociologues, nous appelons les « identités », ces identités qui sont tellement refoulées parce qu'elles sont discriminées, déchirées, parfois même interdites. Un grand poète est mort cet été (2008), peu de temps après « le champ des mots ». Il était palestinien. Il a écrit de très beaux mots pour dire « les identités ». Il s'appelait Mahmoud Darwich : « Le présent nous étouffe et déchire les identités. C'est pourquoi je ne trouverai mon moi véritable que demain lorsque je pourrai dire et écrire autre chose. L'identité n'est pas un héritage mais une création. Elle nous crée, et nous la créons constamment. Et nous ne la connaîtrons que demain. Mon identité est plurielle, diverse. Aujourd'hui, je suis absent, demain je serai présent. J'essaie d'élever l'espoir comme on élève un enfant. Pour être ce que je veux et non ce que l'on veut que je sois ». Les jeunes slameurs des Clairs Bassins ne sont sans doute pas Mahmoud Darwich ou Khalil Gibran et ils ont sans doute d'autres modèles. Mais avec leurs mots, leur spontanéité, leur jeunesse, leur enthousiasme, ils disent beaucoup. Permettons leur de continuer à s'exprimer, permettons à tous ces gens des Clairs Bassins et de La Charité de continuer à dire ce qu'ils sont. Continuons à ouvrir les yeux, à tendre l'oreille, à voir les visages, les visages de Rachida qui met tous ses espoirs en ses enfants Salim, Driss et Khadija, de Christelle qui amène Maelle à l'école, qui se méfiait et qui ne se méfie plus, de Mr Da Silva que l'on respecte parce qu'il respecte les gens, et de tous les autres... Guy Didier |