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Deux initiatives qui ont retenu notre attention en ce printemps 2008 : d'abord, le colloque régional "Ces femmes qui font la France" à Dole (Jura) puis la pièce de théâtre du collectif "Quelques-unes d'entre nous" au Blanc-Mesnil (Seine Saint-Denis.
Yassia Boudra et les femmes debout  Elles sont actives. Elles sont citoyennes. Elles sont solidaires. Elles aiment créer du lien social. Elles sont d'ici. Elles viennent d'ailleurs. A Dole, les femmes sont debout. Ce n'est sans doute pas un hasard si l'association Femmes debout a vu le jour dans cette ville du Jura en 1996. Dole est une ville d'histoire et de culture. L'histoire, c'est l'héritage du passé. La culture, c'est la construction de l'avenir. Les femmes ne portent-elles pas en elles à la fois le respect de la mémoire et le goût de l'action pour changer la vie ?  Yassia Boudra, fondatrice et aujourd'hui directrice de l'association qui, avec le soutien de l'ACSE, a porté le projet de colloque "Ces femmes qui sont la France" à la force de son énergie, est de ces femmes qui ne se posent pas de questions identitaires entre le respect de la mémoire et l'ambition d'un autre avenir. Elle s'exprime ici devant sa mère, fière du combat de la femme qui l'a mise au monde et qui, tardivement, a eu le courage de passer le permis de conduire et d'acquérir son autonomie. Et la maman est fière de sa fille qui, aujourd'hui, "occupe la Commanderie", comme autrefois Olympe de Gouges prenait la Bastille.  La Commanderie est un lieu prestigieux de cette ville de Dole et, en ce 22 avril 2008, la voix des femmes y prend toute sa résonance. Bien entendu, la prise de la Commanderie peut se faire aujourd'hui avec la complicité active du maire de la ville, Jean-Claude Wambst, nouvel élu de 2008, et qui est lui-même un homme de culture. Il a dirigé le Théâtre 71 à Malakoff en banlieue parisienne. Il l'a dit en ouverture de la journée : « Mesdames, vous occupez magnifiquement cette salle. Les femmes n'ont pas en France depuis si longtemps le droit de vote. Je suis fier aujourd'hui de diriger une équipe municipale où les femmes occupent toute leur place. Elles donnent de l'ambition à notre projet pour la ville ».  (l'association doloise Femmes Debout, présidée par Marie-Odile Charmont, est une équipe dynamique : Isabelle Dechaux, Sophie Bonnin, ...) Rachida Belalia, élue de la République Rachida Belalia, jeune (tout juste trentenaire) élue conseillère municipale dans l'équipe du maire en mars, a dit combien pour elle, qui a grandi dans un quartier populaire de Dole, elle prenait ses nouvelles charges avec émotion: "Etre une élue de la République, c'est quelque chose de fort pour moi, une fille d'immigrés. Il n'y a pas de mots assez forts pour dire ce que je ressens". Les femmes, et peut-être plus encore lorsqu'elles sont des enfants d'immigrés, apportent une autre façon de faire de la politique. si des options politiques différentes étaient représentées dans la salle, toutes se sont retrouvées dans une même conception de l'action publique. Il y avait là Mme le Maire (ou "la" Maire) de Saint-Laurent en Grandvaux, Mme Françoise Vespa, la Présidente de l'association des Maires du Jura, Mme Sylvie Vermeillet, la députée du Jura, Mme Marie-Guitte Dufay, qui dit tout ce qu'elle doit à Mme Paulette Guinchard, une pionnière, une défricheuse, présente elle aussi dans la salle, et qui écoute avec délectation les plus jeunes générations. "On ne vient pas pour se servir. On est là pour servir". Ce qui les caractérise les unes et les autres, c'est à la fois le coeur et la détermination. Ces femmes qui font la France, ce sont celles qui créent des entreprises, qui prennent des responsabilités dans le mouvement associatif, qui luttent contre les discriminations, s'engagent pour l'égalité. Et il y a beaucoup à faire. Danièle Dulmet, déléguée régionale aux droits des femmes, et Florence Bredin, déléguée départementale dans le Jura, ont dit tout le chemin qu'il restait à parcourir pour l'égalité. Elles constatent que les jeunes filles connaissent aujourd'hui davantage de difficultés que leurs parents.  Femmes qui osent A Belfort, les Femmes-relais mènent un travail de fourmis pour que les femmes étrangères puissent apprendre le français, pour qu'elles osent aller à la piscine, à la gymnastique, qu'elles s'initient à l'informatique au cybercafé féminin... Dans leurs activités, elles parviennent à intéresser des femmes de 25 origines différentes. A Valentigney, à Montbéliard, Féminin Pluri-Elles agit dans les quartiers populaires comme à la Chiffogne où les besoins sont immenses. A Vesoul, et particulièrement dans le quartier de Montmarin, le groupe OSER a réalisé des Portraits de femmes, 26 récits de femmes turques, maghrébines, africaines,... Il dit combien l'échec d'une expérience de créaion économique autour d'une activité de traiteur pèse encore lourd dans le climat du quartier. A Lons-le-Saunier, l'association Laissez vous fer mobilise les femmes à partir d'activités de couture en chantiers d'insertion. A Dijon et dans toute la région Bourgogne, FETE (Féminin Technique) accompagne une centaine de femmes dans leurs projets économiques ou d'insertion montrant quotidiennement qu'il n'y a pas de métiers qui seraient réservés aux hommes et d'autres aux femmes. Les discriminations sont réelles et elles sont cumulées (doubles) lorsque l'on est une femme et lorsque l'on est (d'origine) étrangère. Le témoignage de Nadia, présente dans la salle, qui était médecin en Algérie et à qui on propose des emplois d'aide-soignante dans les hôpitaux était particulièrement saisissant ! Leïla Acherar Elle est politologue et Docteure en sciences de l'éducation. Leïla Acherar a pu expliquer les racines du mal lorsque l'on parle de discriminations. Les femmes sont dés leur plus jeune âge orientées vers une destinée mineure dans un monde dirigé par la gente masculine. Et elle qui est d'origine algérienne peut dire comment, dans l'Algérie qui a été française pendant près d'un siècle et demi, il était interdit aux petites Algériennes de devenir des petites Françaises. Les femmes, que ce soit dans l'Algérie colonisée ou dans la France du suffrage universel masculin, ont dû lutter pour conquérir l'accès aux droits, l'accès au savoir. Si les femmes sont toutes des êtres singuliers, et qu'il serait temps que l'on s'intéresse à ce qu'elles sont dans leur identité individuelle, c'est dans l'action collective qu'elles ont réussi à conquérir leurs droits. Yassia Boudra, suite et pas fin Mme Josette Michel, Sous-Préfète du Jura, qui conclut la journée, rend un hommage à Katoucha, mannequin, décédée brutalement en février et à son combat contre l'excision. De bout en bout, le colloque aura été un succès, non seulement par le nombre des participants (270) mais aussi par la qualité et la chaleur humaine des propos qui s'y sont tenus, et surtout par les perspectives qu'il ouvre. Les associations franc-comtoises ont pu se rencontrer dans une perspective de réseau. Femmes debout, malgré ses moyens dérisoires, a la capacité de jouer un rôle majeur au sein de ce réseau, en Franche-Comté et au-delà. Yassia Boudra peut avoir le sourire. Le pari qu'elle s'était lancé, elle a réussi à le tenir. Et sa maman dans la salle peut être fière d'elle. Elsa Solal et "quelques unes d'entre nous" C'est l'histoire d'un groupe de femmes, issues des quartiers populaires et d'origines diverses, qui visitent pour la première fois l'Assemblée nationale. Dans ce lieu mythique où l'on ne pénètre pas facilement, elles découvrent des choses qui ont de la valeur : tableaux, sculptures, dorures... qui les impressionnent et qu'elles commentent. Pendant la visite, chacune raconte un peu de son vécu marqué par les souffrances, l'exil, la guerre, les difficultés économiques, le manque d'instruction. Les joies et les bonheurs aussi. Elles observent: il n'y a pas de femmes, pas de jeunes, pas de personnes d'origine étrangère... Elles interrogent : pourquoi ce sont seulement des hommes qui prennent toutes les décisions et gèrent notre vie ?  (ici, les élus d'un Conseil général) Elles vont se révolter et se rebeller contre cet état de fait. Telle est l'histoire de la pièce "Le bruit du monde m'est rentré dans l'oreille" du Collectif Quelques-unes d'entre nous. A la fin de la pièce, les femmes veulent préparer un programme électoral pour que les choses changent... Elsa Solal, auteure et comédienne, qui enseigne à la Sorbonne Nouvelle, menait depuis 2004 des groupes de parole au Blanc-Mesnil. La rencontre avec les femmes des quartiers a été tellement forte qu'est née l'idée de réaliser des ateliers d'écriture puis d'écrire une pièce qui a pris son inspiration à la suite de la visite de l'Assemblée nationale. Elsa Solal le dit : "C'est leur texte. Je suis juste une passeuse". Elle a mis en forme le texte et Philip Boulay (Compagnie du Tournesol) l'a mis en scène. Constitué après les émeutes de novembre 2005, le collectif "Quelques unes d'entre nous" se retrouve à la Maison des Tilleuls. La pièce "Le bruit du monde m'est entré dans l'oreille" a été présentée le 16 mai 2008 à la Médiathèque Edouard Glessant du Blanc-Mesnil (Place de la Libération) : extraits de la pièce, chants, rencontre avec les comédiennes et le metteur en scène, tout juste avant une petite "tournée"... au Portugal. |