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Page 3 sur 4 AU NOM DES STEREOTYPES...
Quelles sont les limites de la création dite « cinématographique » ? Un tour rapide à travers le paysage audiovisuel français donne une réponse claire et sans détours à cette question ? encore faut-il avoir le courage et les nerfs assez solides pour regarder les chaînes du PAF (paysage audiovisuel français). « Une burqa par amour » était le sujet de la plupart des post sur le réseau social facebook hier soir. Il ne s'agit pas d'un fait divers ni d'un nouveau débat politique mais du titre d'un téléfilm proposé par la chaîne M6 en début de soirée. Le titre est sans doute vendeur, à la mode et rejoint l'actualité. On imagine une femme qui porte la burqa par amour à son conjoint ou son pays mais cinq minutes devant ce téléfilm vous pousse à remettre en question une bonne partie de vos connaissances en matière de géopolitique ou tout simplement de culture générale, des choses qui vous semblaient quelques heures plus tôt évidentes. Selon le synopsis du film, voila ce que l'on promet au téléspectateur : « Pour fuir l'Afghanistan avec leurs jeunes enfants, Maria et Rashid décident de franchir la frontière pakistanaise. Mais leur tentative se solde par un échec ... Dans un contexte politique de plus en plus dur et humiliant, Maria prend alors l'initiative d'appeler sa famille. Malgré le risque qu'elle court, Rashid accepte car c'est là leur dernier espoir... ». Dans le film, Maria espagnole est mariée avec Rashid l'Afghan, ils ont une fille et vivent en Espagne. Rashid n'est pas « très musulman » selon une réplique dans le film. Un coup de fil chamboulera leur vie, le père de Rashid est sur son lit de mort, il doit être auprès de lui, Maria par amour tient à l'accompagner. Sur place Rashid devient très musulman, on découvre la vie des Afghans donc des Arabes et selon la logique du réalisateur des musulmans. Si on s'amusait à lister les enseignements « riches » de cette production espagnole datant de 2009, en ayant la conviction que l'histoire de l'humanité et la géographie n'ont pas subi beaucoup de changements entre temps. On apprend que : - Les Afghans sont arabes et donc les Afghans parlent l'arabe. - Les services secrets espagnols complotent pour séparer les couples mixtes. Au fait, y a t-il des ambassades en Afghanistan ? - Les femmes accouchent et à la place du bistouri c'est le couteau du boucher qui est utilisé. - Les Afghans et donc selon la vision du réalisateur, les Arabes et par déduction les musulmans sont des violeurs. - Certaines villes du Maroc, lieu du tournage d'une partie du film, ressemblent à Kaboul. Franchement, pas sympa pour le « plus beau pays du monde » !!! - Les enfants sont circoncis à la naissance parce qu'ils sont musulmans et il y a la fête. Il parait que les talibans ont interdit toute forme de célébration. D'après mes humbles connaissances en la matière, la première communauté musulmane dans le monde vit dans le sous-continent indien. Seraient-ils devenus arabes entre temps ? Je suis bien évidemment consciente qu'il s'agit de cinéma, que le scénario impose des choses. Mais quelles sont les limites de l'écriture ? Bref, au-delà des faits qui n'ont pas été vérifiés et aucun contenu fiable, les éléments de la production cinématographiques étaient totalement absents, le texte, l'image, les dialogues et j'en passe ... cédant ainsi la place à une poignée de stéréotypes renforcés par la chaîne qui le passe en plein mois du ramadan soutenant ainsi ce climat d'hostilité régnant en France ainsi que son lot quotidien d'amalgames. Tous ces éléments réunis me poussent à me poser la question sur la cible de ce téléfilm. S'adresse t-il au Français moyen qui consomme l'information prête à avaler et qui a peur pour sa baguette et son saucisson ? à la mamie qui sert bien son sac quand un homme de « type arabe » passe à côté d'elle ? ... ou peut être que Manuel Estudillo a eu le coup de cœur pour l'histoire de cette femme et a voulu se faire plaisir. Le cinéma a ses règles, la création artistique également, c'est dommage de voir qu'en 2010 les empreintes artistiques des grands cinéastes sont en voie de disparition. « Le cinéma, c'est un stylo, du papier et des heures à observer le monde et les gens » Jacques Tati A bon entendeur !!! Meryem Kaf (le 18 août 2010)
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