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10-05-2008
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Entre nous
Page 2

Depuis novembre 2006, nous avons publié sur entre-gens un grand portrait par mois (portraitiste : Guy Didier), soit par ordre chronologique : Meryem Kaf (Bagneux), Samira Ben Gouider (Montceau-les-Mines), Aïcha Kebir (Metz), Özlem Öztürk (Nancy), Zoubida Naïli (Strasbourg), Cléo (Cachan), Melek Kocabicak (Le Puy en Velay), Gülseren (Istanbul), Aminata Diagne (Paris), Gül Ilbay (Metz), Célestine Ondo (Nancy), Zohra Bitan (Thiais), Öznur Kücüker (autobiographie, Paris), Rokhaya Diallo (La Courneuve), Mine Günbay (Strasbourg), Founé Diarra (Champigny), Diane Guiéké (La Courneuve)... Six d'entre elles se sont engagées depuis lors à des postes de responsabilité au sein de l'association Entre-gens. Elles nous proposent régulièrement leur regard sur l'actualité.

  Meryem Kaf (secrétaire générale de l'association Entre-gens): faut-il mettre fin au féminisme ? (8 mars 2008)

On se pose souvent la question sur la nécessité du féminisme aujourd'hui, dans un monde où la femme a réussi à s'imposer dans tous les domaines faisant de sa présence dans la sphère publique une légitimité et le résultat d'un long combat.

Et si l'on bannissait le féminisme et de là, les associations pour femmes ?

A mon avis cela causerait une énorme régression et un chaos dans le monde entier car si ces associations ont vu le jour, c'est qu'il y avait une demande, et cette demande est dans beaucoup de pays le résultat d'un recul en ce qui concerne la situation de la femme. Prenons l'exemple du Maroc. En retournant avec soin les pages de l'histoire de ce pays pourtant musulman, arabe, conservateur et où la société s'insère en majorité sous le régime patriarcal, certaines pages feraient rougir de jalousie.

Bien avant la signature du traité de Fès en 1912, faisant du Maroc, un protectorat français, les femmes se sont démarquées.  Au milieu du IXéme siècle, Fatima Al Fihrya a construit l'Université Al Quaraouyine, un joyau architectural et un centre d'éducation islamique et de savoir religieux qui illumine par sa présence la capitale spirituelle du Maroc, Fès .

Une autre femme marocaine s'est démarquée pendant l'empire Al Moravide. Zineb al Nafzaouia, épouse de Youssef Ibn Tachafine a su grâce à sa diplomatie et ses conseils préserver l'empire et aider son mari à maintenir son pouvoir en place.

Au XVIIIéme siècle, l'épouse de Moulay Ismaël, Khnata Bent Bakkar prend les règnes du pouvoir pendant 25 ans après le décès de son mari alors qu'elle occupait le poste de ministre et secrétaire personnelle de ce dernier.

L'année 1912 marqua la colonisation du Maroc, le pays est en crise. La participation des femmes alla de pair avec celle des hommes. Leur contribution fut énorme aux côtés de, Abdelkrim Al Kattabi dans la guerre du rif et en 1913, une énorme manifestation contre le colonialisme a lieu à Kenitra. Cette manifestation était à l'initiative des femmes.

L'histoire récente du Maroc trace avec fierté la participation de ses femmes.

Imaginons un pays où la première université est l'œuvre d'une femme et que la fille n'y ait pas accés. Au moment où toutes les voix se sont tues, Malika Al Fassi a clamé haut et fort son désarroi et le refus d'une telle situation en signant dans les années 30, son premier article sous un pseudonyme. Il s'agit de la première femme journaliste

La participation de ces femmes a été l'occasion de la naissance d'un mouvement de résistance au féminin qui mènera beaucoup d'opérations contre l'occupant.

Leurs efforts seront encouragés en 1947 par le sultan du Maroc, feu Mohammed V lorsque lors d'un discours dans la ville de Tanger. Il a présenté au peuple marocain sa fille, la princesse Lalla Aicha qui a prononcé un discours officiel le visage découvert, alors qu'à l'époque les femmes et les jeunes filles ne pouvaient se montrer sans le litham. Un geste fort en symboles venant du commandeur des croyants et du sultan du pays. Ce fut le catalyseur pour les Marocaines de se lancer dans des carrières politiques, culturelles et scientifiques, jusqu'alors réservées aux hommes. Pourtant la constitution du Maroc énonce qu'hommes et femmes sont égaux devant la loi.

Il ne s'agit la que de quelques exemples qui rendraient tout Marocain fier de son histoire et dire qu'aujourd'hui, l'analphabétisme ronge le pays, les petites filles ne vont pas à l'école et que la violence à l'encontre des femmes sévit et surtout que le sexisme s'est incrusté dans les entreprises. En même temps une réalité s'impose, le nombre des associations féministes ne cesse d'augmenter.

En effet, la participation de la femme a un progrès bénéfique à tous lui a permis d'acquérir ses droits et d'éclaircir ses devoirs vis à vis d'elle même et de la société sans oublier le monde extérieur à l'affût de tout changement.

Que ce soit dans le Maroc d'aujourd'hui ou de celui de nos parents, les femmes ont pu apporter leur pierre à l'édifice.

Et si la femme s'est retrouvée dans une telle situation ces dernières années, c'est qu'il y a eu une énorme interruption voire un fossé entre les années qui ont suivi l'indépendance et les années 1990.

Les années 70 ont vu la participation de plusieurs femmes à la marche verte. Parmi les 350000 volontaires, des femmes ont regroupé leurs forces pour servir la cause nationale.

Les années 80 ont vu la floraison d'une presse inconnue jusque-là au Maroc. Une presse qui traitait des questions sociales et qui se présentait sous le signe du militantisme. Le mouvement féministe timide au début va se faire entendre par l'intermédiaire des revendications, colloques et sit-in et le nombre des associations s'en va grandissant. Des tournées dans toutes les villes du Maroc ont été organisées pour faire connaître à la femme marocaine ses droits.

Ce bref tour d'horizon nous éclaire sur le fait que les femmes au Maroc, comme dirait Fatima Mernissi (sociologue marocaine), n'ont pas eu peur de la modernité. Elles ont bataillé pour leurs droits. Leur combat s'inscrit sur deux fronts: dans l'espace privé et l'espace public et leur effort est souvent double.
Alors face à tous ces éléments faut-il bannir le militantisme conjugué au féminin ?

En tant que féministe convaincue, je dirais que non. Certes il y a eu une période creuse dans l'histoire de ce pays mais aujourd'hui, la femme marocaine peut transmettre sa nationalité à son enfant quand il est né de père étranger. En vertu du nouveau code de la famille, l'éternelle mineure et gardienne des traditions, est désormais une femme répondant de ses gestes et faits, partageant la responsabilité de son foyer au même titre que son mari, contractant son acte de mariage dés sa majorité légale, même certaines règles de l'héritage ont été modifiées. Un tabou en moins. Cette Moudawana ou code du statut personnel s'appellera désormais, le code de la famille car la famille est à présent sous la responsabilité des deux époux.

Bref, considérons ce 8 mars comme l'occasion de marquer un bref point d'arrêt et de rendre hommage à toutes les femmes, oublions les divergences qui séparent le monde.

Le Maroc au féminin est un pays de combats au quotidien contre une culture et une éducation. Un combat que la femme a pu mener et commence à réussir.

Beaucoup de réussites sont liées au féminin non seulement en ce qui concerne l'accès à certaines professions du ressort des hommes mais aussi d'un changement enregistré.

Une grande mobilisation de la part de la presse féminine a eu lieu; une collecte de signatures a été organisée et surtout une prise de conscience et le partage de la même problématique car le problème de la h'chouma ( tabou) a persisté pendant de longues années et continue. Le tabou gère toutes les relations et l'espace privé tout comme l'espace public y est dominé.

Feu Mohammed V disait : « Le pays où la femme n'est pas un agent actif ressemble à un corps paralysé dont on ne peut rien atteindre d'instructif » et la femme marocaine a pu prouver que cela ne s'applique pas à sa situation. Et c'est le plus important.

Le mouvement féminin a joué un rôle très important dans la concrétisation de tous les droits visant l'égalité entre l'homme et la femme au niveau du foyer.

Ce sont ces associations qui a force de crier leurs droits sans résultats se sont adressées à feu Hassan II dans une lettre ouverte réclamant une révision de leurs droits, ces mêmes femmes qui ont rassemblé des millions de signatures pour renforcer leurs demandes, qui n'ont pas baissé les bras et ce sont surtout ces mêmes femmes qui font face tous les jours à la violence des hommes en écoutant et en accueillant des femmes qui viennent tous les jours frapper à leur porte et c'est là, une excellente prise de conscience. Il est clair que demander à un simple citoyen de maîtriser les dispositions de tout un code relève de l'impossible mais plus d'admettre le changement et de réclamer à ce que justice soit faite.

Ne dit-on pas que les lois forgent les mentalités ?  En attendant, le mouvement féministe mondial poursuivra le chemin passant le flambeau aux générations qui se succèdent.

Bonne fête à toutes les femmes du monde.


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