|
en hommage à Sarah Stragiotti (21 juillet 1984 - 6 février 2004) Vous avez aimé l'article Les baladines, paru le 19 février dernier. C'est pourquoi nous vous proposons aujourd'hui une suite, avec des témoignages que nous avons pu recueillir auprès des passionné(e)s de danse orientale, à Rennes, Paris, Nanterre, Chalons en Champagne, Nancy, Besançon, Saint-Etienne. Nous avons cherché à diversifier notre regard, en interrogeant des débutantes mais déjà plus que passionnées (Nadia à Paris et Ghizlane à Rennes), une danseuse et prof travaillant en région et de culture européenne, comme de plus en plus de pratiquantes (Aurore, nom d'artiste Saba, à Chalons en Champagne), Yael, qui, elle, est prof à Nanterre et de culture maghrébine, Marianne (Zahila), l'une des fondatrices de l'association Mosaïque Orientale, la créatrice d'une entreprise, le Palais de la Danse Orientale (Sorahia, à Besançon), et puis... un homme, un Maître de la discipline, Mayodi, que nous avons pu rencontrer le 9 mars où il était invité par Liz (la danseuse franco-marocaine de Nancy). Enfin nous vous proposons un entretien avec Fanny de Saint-Etienne, tout juste de retour du 2ème Festi-Color qui a eu lieu les 29 et 30 mars, dont le blog et le forum qui lui est associé sont devenus des must dans le petit monde de la DO en France. Nadia Thuilliers (Paris): "la danse fait de moi une femme" La première fois que Nadia a entendu de la musique orientale, ce devait être dans le ventre de sa mère, berbère. Mais la première chanteuse dont elle se souvient, c'est Aziza Jalal, et son titre fameux Mestaniyak. L'image de Samia Gamal dans Ali Baba et les 40 voleurs a aussi beaucoup marqué Nadia dans son enfance. Ayant passé sa plus tendre enfance au Maroc, Nadia est très attachée à la culture orientale.  Nadia, jeune fille d'aujourd'hui, un brin philosophe Jamais elle n'avait pensé à faire de la danse orientale, même si c'était quelque chose qu'elle connaissait. La première expérience de Nadia en DO a été soudaine. Elle était chez elle. Elle n'arrivait pas à dormir. Elle avait envie de revoir les Bellydance Superstars qu'elle avait vues en DVD chez sa mère. Alors elle a commencé à taper leur nom sur youtube.fr, et puis à regarder des vidéos de danse orientale en tout genre, et puis aussi de Samia Gamal, bref, au total elle a bien du passer 8h devant son écran d'ordinateur à regarder des vidéos, lire des articles et des forums sur le sujet. Le lendemain elle commençait à danser toute seule avec un DVD de Jillina. Elle a travaillé le premier niveau pendant deux mois au bout desquels elle a fait une petite représentation le jour de son anniversaire devant ses amis. Et elle a enchaîné avec le niveau 2. Au niveau 3, elle s'est sentie bloquée dans sa progression, il lui fallait quelqu'un pour corriger ses erreurs, pour danser réellement bien. C'est avec Myrto qu'elle prend ses premiers cours.« Jamais je n'ai eu une telle énergie et un tel bonheur qu'en sortant de mon premier cours de DO sur percussions ». La DO devient aussitôt sa plus grande passion (avec la philosophie). Depuis, elle ne rate pas un cours, s'inscrit à des stages, essaye d'en faire 2 ou 3 par mois, parce que "c'est là qu'on progresse et qu'on se fait le plus plaisir".  Nadia et sa mère, une grande complicité "Quelque part je suis les traces de ma mère, je plonge dans nos racines communes, je pense que ma passion peut nous rapprocher encore plus". Sa mère est ravie. Dans sa plus tendre jeunesse, elle était danseuse pour le roi. Tous ses amis encouragent Nadia et voient à quel point la danse a un effet bénéfique sur elle. Les copines lui demandent de leur faire des démonstrations: "ça me rend heureuse de voir qu'ils s'intéressent à mon bonheur". Nadia est plus à l'écoute de son corps. Elle a une scoliose due à une forte cambrure depuis très jeune. "Je sens que la danse me permet de me muscler le dos, et donc de soulager les douleurs futures". Elle a grandi dans le culte de la féminité et la DO lui a permis d'exprimer une part d'elle même qui était cachée: " quand je danse, je me rends compte que moi, qui croyais assumer complètement mon corps de femme, finalement je n'assumais pas tant que ça". Elle précise : "Je ne parle pas d'un rapport de séduction, mais juste de bouger avec ce qui nous rend femme, et mère à la fois: notre bassin, nos hanches et nos fesses, nos jambes, nos épaules, nos bras et nos mains: toutes ces parties du corps qui doivent exprimer forces (pendant les accents) et élégance et sensualité (pendant les ondulations)". Elle ne voit que des vertus dans la danse orientale qui "aide à vraiment exprimer tout le potentiel féminin qui est en nous". Mais elle sait combien cette féminité est parfois dure à exprimer, "même lorsqu'on est simplement en présence d'autres femmes, car on est observé dans son intimité ». 
("la danse fait de moi une femme") Nadia Thuilliers pense que la danse orientale doit savoir évoluer, "elle ne doit pas fermer certaines portes", mais "il faut faire attention à ce qu'elle ne perde pas son essence même". Elle regrette qu'il n'y ait pas de place pour la DO dans les médias en France, ou alors une vision folklorique "mais la DO n'est pas un folklore ". Selon elle, la mauvaise image de la culture orientale est due à la présentation tronquée qui en est faite, où elle est souvent associée à l'extrémisme islamique. La danse orientale est la plus grande passion de Nadia, mais elle a aussi la passion de la philosophie, "parce que quand on a pris le goût de la réflexion, lorsqu'on s'arrête, on se sent bête, et c'est tout naturellement qu'on s'y replonge". Elle se définit comme motivée, épanouie, impatiente, perfectionniste, avec du potentiel. Si un verbe la définissait, ce serait "passionner", qu'elle prend à la fois à la forme passive et active. Active dans tout son corps de danseuse, active et philosophe. Ghizlane (alias Rana), trop ten'danse  (Ghizlane Hanane, Rennes) Ghizlane (prononcez Rizlane), d'origine marocaine, a toujours entendu de la musique orientale, même si elle a attendu l'âge adulte (27 ans) pour s'inscrire à son premier cours: "trop timide", "peur des préjugés". Elle adorait Amro Diab, le chanteur, "trop beau". Son premier cours, c'est avec Hermina qu'elle l'a suivi. "Trop bien". Mais elle avait tellement peur de mal faire ! Ghizlane (Riri pour les intimes, Rana pour d'autres, son pseudo sur le net) est très créative et se plait dans tous les arts : les arts créatifs, toutes les musiques, la danse africaine, la littérature. Elle pratique aussi l'équitation. Son mari l'encourage beaucoup mais elle regrette un peu que le reste de sa famille se révèle plutôt indifférent. La danse a beaucoup aidé Ghizlane à accepter son corps après la naissance des deux enfants (Inés et Lucas). Elle l'a aidée à guérir de sa timidité, à devenir séductrice, à accepter ses défauts.  (Ghizlane, alias Rana) Ghizlane dit tout le bien qu'elle pense de Hermina, sa prof. Hermina Vincicevic est d'origine bosniaque. Elle a découvert la danse orientale tout à fait par hasard en 1999 à Rennes. Et c'est le coup de foudre immédiat. La passion était née. Elle suit des cours dans le monde entier (France, Egypte, Allemagne, Etats-Unis, Canada, Angleterre,...). En 2003, elle intègre la compagnie rennaise Kenza, créée par son amie Malika Bakbouk. Son style de danse, sensuel et gai, est empreint de l'âme des Balkans. Le plaisir de danser de Hermina contamine ses élèves, comme Ghizlane (Rana), et son public. Hermina doit beaucoup à Francine Conche, l'une des pionnières de la danse orientale en France, qui lui a appris l'art d'enseigner. Hermina enseigne à Rennes et dans d'autres villes bretonnes depuis 2003. Elle a fondé la revue Passion Orientale (s'inspirant de Papyrus, la revue canadienne), et l'association Danse Orientale Passion dont elle est la présidente. Yael (Nanterre): "ma chance par la danse" Yael, professeure de danse orientale à Nanterre, à Courbevoie et dans les villes voisines, a été bercée dans la culture orientale depuis toute petite. Les femmes dansaient entre elles dans sa famille. Un jour, sa baby-sitter normande, qui prenait des cours, l'a invitée à voir son spectacle de fin d'année. Ce fut une révélation. La fillette a été littéralement émerveillée. La chanson préférée de Yael, petite, était Harramt Ahebak de Warda.
Enfant, Yael s'est bien essayée au modern jazz mais elle se trouvait trop ronde. La danse orientale l'a libérée de ce complexe. L'Orient faisait partie de sa culture et c'était aussi, comme toute jeune fille, un rêve de princesse que de porter un costume de danse orientale.  A 14 ans, Yael prend son premier cours. Elle qui croyait savoir déjà danser (parce qu'elle dansait en famille) a pris une bonne claque quand elle s'est rendue compte qu'elle n'était pas meilleure que les autres, au contraire, et qu'elle avait beaucoup de mauvaises habitudes à perdre. Elle faisait régulièrement des démonstrations dans sa famille et elle était très à l'aise. Mais au premier spectacle de fin d'année, "cela a été un gros stress, la peur au ventre de décevoir mes amis et ma famille, qui étaient venus me voir".  Plus tard, étant étudiante, elle a commencé à se consacrer à la danse après l'obtention de son BTS ("c'était le deal avec mes parents, je devais obtenir mon BTS pour qu'ils me laissent ma chance dans la danse"). Ses parents sont à 100 % derrière elle. Au départ, ils étaient très inquiets et se faisaient beaucoup de soucis quant à son avenir : "ils avaient l'image des entraîneuses qu'ils avaient pu voir au Maghreb, mais quand ils ont vu l'ampleur de la danse orientale en France, avec l'Open des danses orientales, le magazine Passion Orientale,... le public à 90 % féminin, ils ont été rassurés". Ils l'encouragent et l'aident beaucoup dans ses projets. Yael s'est installée en profession libérale et sa mère monte actuellement une entreprise de diffusion de spectacles pour l'aider en tant que partenaire à créer les événements qu'elle a en projet.Les débuts ont été difficiles, parfois démotivants ("à cause des obstacles financiers, les charges, les taxes, les impôts,...").  Yael fait partie de la nouvelle génération de profs solidaires, qui veut faire bouger les choses. Trop longtemps, les profs sont restés dans leur coin, dans une concurrence entre eux qu'elle considère comme extrêmement nuisible au milieu. C'est pourquoi elle est l'une des fondatrices de l'ODC, le Cercle des danses orientales. Elle a créé le forum Adila mais est elle-même inscrite sur huit forums différents de danse orientale. Adila a son public qui se retrouve dans sa liberté d'expression. Avec la Compagnie Es'Saada qu'elle anime, elle tente de faire ouvrir la danse sans la dénaturer (entre les puristes d'un côté et les adeptes de la fusion de l'autre, elle se situe plutôt "au milieu").  Joyeuse, Yael aime rire. Pudique et timide dans sa vie de tous les jours, elle aime danser, ce qui lui permet de combattre ces défauts. Quand elle est dans son personnage de danseuse orientale, elle est une autre personne, chaleureuse, avenante, ouverte. Yael est ambitieuse. Avec l'association Sultana dont elle est la directrice artistique, elle organise de nombreux stages, spectacles, démonstrations, expositions, productions écrites, sonores et/ou visuelles. Le 27 avril 2008, Yael s'envolera pour Le Caire où elle organise un séjour d'une semaine de danse orientale. Dernières inscriptions ! Sorahia Khamsin (Besançon): "j'aime trop ma liberté"  Sorahia a créé dans sa bonne ville de Besançon le Palais de la Danse Orientale. La danse est une passion qui l'habite, "comme si elle m'avait attrapé et qu'elle ne me quittait plus". Elle lui est venue de plusieurs choses, entre autres Samia Gamal, qu'elle admirait. Avant de créer le Palais en janvier 2008, Sorahia, d'origine algérienne, dansait déjà et donnait des cours mais comme salariée. Aujourd'hui, elle est chef d'entreprise. Son entourage l'a soutenue énormément et lui donne toute la détermination qui est la sienne. En 2007, elle a compris que le moment était arrivé por elle de vivre autre chose, qu'elle avait besoin de gérer sa vie. "J'aime trop ma liberté de créer, de choisir, d'entreprendre et d'offrir un petit coup de jeune à la Danse dans ma ville". La boutique de gestion l'a aidée à franchir le pas, l'a conseillée pour la création d'entreprise. Aïda (qui avait créée la sienne à Arras avant elle) l'a aussi beaucoup conseillée. "Le plus dur, c'est les papiers". Sorahia avance dans son projet, selon ses idées, selon ses envies. Après, "on verra...". Mais elle y croit, maintenant qu'elle a pris son envol.  Aurore Dufresne, alias Saba (Chalons en Champagne), une femme de caractère Alors qu'elle faisait une recherche personnelle en danse, et qu'elle était particulièrement intéressée par le modern jazz, Aurore Dufresne a eu le déclic de sa vie, en voyant danser Samia Gamal dans Ali Baba. Dés lors, elle allait s'intéresser puis se passionner pour la danse orientale. Sa famille était plutôt partagée sur cette passion mais, connaissant son caractère, elle n'a pas cherché à l'en dissuader. Il a fallu à Aurore découvrir, se former, persévérer. A force de travail, elle a pu devenir danseuse professionnelle et maintenant professeur, sous le nom de Saba. Elle ne veut pas être comme certain(e)s de ces "profs" qui commencent à organiser des cours et des stages alors qu'ils sont eux-mêmes peu ou pas formés. Ils proposent dans leurs "cours" des pas approximatifs voire inventés. Aurore sait que la concurrence est forte entre les professeurs, particulièrement en province, et il n'y a pas de réel échange entre eux.  Heureusement, les forums sont des espaces qui font réellement vivre la communauté. Aurore a un réel plaisir de pouvoir échanger avec d'autres danseuses. Les instances fédératives (FFDO) ou les têtes de réseaux (l'ODC) permettent aujourd'hui de clarifier et de valoriser la danse orientale. Aurore apprécie que la DO évolue aujourd'hui. Les fusions avec d'autres formes de danse, cela la rend accessible à un public plus large. L'innovation permet de faire vivre cet art, de ne pas le cantonner. Malheureusement, les médias répondent peu présents. Pour eux, "la danse orientale est tout juste un divertissement dans les shows télévisés", regrette Aurore. Marianne C. (Zahila), du patin blanc au satin rouge  Marianne est née en Uruguay, mais habite Paris depuis plus de vingt ans. Elle aime le sport et tout particulièrement les sports de spectacle ayant un côté artistique (pendant 10 ans, elle a patiné sur la glace de Saint-Ouen avec le CGA et a été capitaine de l'équipe de ballets sur glace du club audonien). C'est une amie, passionnée de danse berbère, qui a commencé à l'initier à quelques mouvements dans son salon et puis un jour qui a voulu les inscrire à un cours de raqs al sharqi égyptien à Saint-Denis (93). Marianne était d'abord sceptique quant à l'adéquation entre son physique de "patineuse" ou de "danseuse classique" et cette danse qu'elle pensait plutôt faite pour les rondes. Les a priori sont vite tombés quand elle a découvert à ce cours des femmes très différentes: vieilles, jeunes, brunes, blondes, fortes, fines... toutes appliquées à faire bouger indépendamment chaque partie du corps, le tout sur des musiques dynamiques ou suaves. Un vrai bonheur, une inspiration qui dure depuis maintenant six ans et qui n'est pas près de se tarir tant Marianne, dont le nom d'artiste est Zahila, découvre dans chaque spectacle, stage, cours, de nouveaux styles, de nouvelles idées, de nouveaux mouvements. (Zahila, au spectacle Ahlam Layla, le 15 mars 2008, Mosaïque Orientale, photo Alban Boireau, Les Zumains) Marianne s'investit dans les associations Mosaïque Orientale, qu'elle a fondée en 2006 avec deux amies (Sajani et Sukaïna) et dans le Cercle des Danses Orientales (ODC), pour promouvoir un art dont la diversité est méconnue. Avec un travail à plein temps, une vie de famille et une dizaine d'heures par semaine consacrées à la gestion de ces deux associations, il lui reste malheureusement peu de temps pour la création. C'est pourtant elle qui était le 15 mars dernier l'une des chevilles ouvrières du magnifique spectacle Ahlam Layla, donné à Colombes. Aujourd'hui, elle travaille avec Morgiana. Elle cherche à goûter à d'autres styles de danse orientale comme le tribal (ATS), les fusions comme le bellypopping aux influences hip hop et le tribal fusion. Mayodi l'a dit (à Nancy, le 9 mars 2008), récit d'un stage organisé par Liz Khoui  Mayodi ne dit pas son âge. La pudeur d'un homme faisant face à 35 femmes, ses « élèves » d'un jour. Les hommes sont rares dans le milieu de la danse orientale. Mayodi danse et enseigne. Il est même un maître dans sa discipline et ses stagiaires d'aujourd'hui sont venues de tout l'Est de la France, de Nancy bien sûr, mais aussi de Metz, de Strasbourg, de Mulhouse, et même de Luxembourg. Au milieu du groupe pourtant nombreux, Mayodi reconnaît aussitôt. une jeune participante. Elle avait déjà assisté il y a quelque temps à un stage à Rennes et elle n'aurait manqué pour rien au monde cette session de 4 heures proposée aujourd'hui par Liz Khoui, prof de DO dans la ville aux portes d'or.  (Mayodi et le groupe, plan rapproché) Mayodi est né à Agadir où il a passé sa petite enfance avant d'arriver en France avec sa famille en 1970. Sa mère révérait Om Khalsoum et le petit garçon des sixties a baigné dans la musique égyptienne. Il s'est abreuvé des comédies musicales des années 40-50. A 18 ans, il veut s'inscrire à une activité d'aïkido dans un centre socio-culturel, lorsqu'il entend dans une salle voisine de la musique arabe et découvre qu'on y apprend la danse orientale, avec un professeur homme. C'est finalement là qu'il va s'inscrire, devenant vite le plus doué du cours. Il démontre déjà que l'on peut danser en étant un homme sans rien perdre de sa masculinité.  A 19 ans, il se destinait à des études d'histoire - s'intéressant particulièrement à la Nahda, la Renaissance arabe. L'histoire le passionne toujours autant aujourd'hui : « Quand je vais dans une ville, où que ce soit dans le monde, je cherche toujours où sont les musées ». Mais il tombe amoureux d'une danseuse. L'amour restera platonique. Il n'épousera pas la danseuse, en tout cas pas celle-ci, mais il épousera la danse. La personnalité de Mayodi intrigue ses élèves du jour. Pendant la pause (« dix minutes, pas plus ! »), elles s'agglutinent autour de lui. « Vous parlez bien le Français pour un Egyptien ! ». Il répond : « Normal ! Je suis un vrai Parisien. Je vis à Paris. J'adore Paris. J'y habite depuis plus de trente ans ». Mayodi a un charisme naturel. Liz savoure sa joie d'avoir pu faire venir à Nancy l'un des plus grands interprètes masculins de danse orientale au monde. Dans la salle de spectacle de la Maison Robert Sittler, dans le décor campagnard du Moulin de Boudonville en fond de scène, il met à l'aise ses stagiaires, communique son humour. Il monte sur la scène. « C'est l'Occident qui a inventé la scène. En danse orientale, on est au milieu de son public, tout proche de lui. Et. on doit être capable de danser dans un espace de 2 m2. Imaginez que vous dansiez sur une table ! ».  Pendant le cours, Mayodi tourne le dos à ses élèves pour qu'elles puissent mieux visualiser les mouvements. « Mais, méfiez-vous, je vois tout ce que vous faites. J'ai des yeux derrière la tête ». Son public est déjà sous le charme. Liz me parle de ses élèves : « Chacune est là pour elle-même, pour retrouver sa féminité, parfois ses racines », me dit-elle, avant de rejoindre le groupe. Les stagiaires ayant des origines arabes sont, aujourd'hui en tout cas, une minorité. Au premier rang, Omnia est concentrée. Elle ne perd rien des mots et des gestes du Maître. Mayodi corrige les mouvements. Il tutoie. Il dit « mesdemoiselles », même si dans la salle les élèves peuvent avoir de 18 à 58 ans. Il dit « ma belle », « ma chérie ». Il précise « parce que je ne connais pas les prénoms ». L'enseignement est très technique, mais pour se faire comprendre, il utilise beaucoup d'images. Toute la pédagogie de Mayodi est là : discipline et précision du geste - parce qu'être un homme dans un art considéré comme féminin l'a obligé lui-même à toujours rechercher la perfection - et la liberté du verbe - parce qu'être un homme lui permet aussi d'user de l'art de la séduction.  (Liz Khoui et Mayodi) Un petit florilège de Mayodi dans le texte. La danse part du ventre. Le mot « danse du ventre » n'est pas péjoratif. Il y a bien la danse « secouer-rouler » (rock and roll). On tient son ventre. ½ heure de ventre tenu équivaut à 200 abdos. Elles rient. Les bras sont à la hauteur de la poitrine. Non, pas aussi haut ! on les voit, les prétentieuses ! Oui, comme ça. C'est bien. Le mouvement part de l'épaule, se prolonge dans le bras et finit par la main. Surtout pas le contraire. Légère la main ! Imaginez que vous tenez un tube Guerlain au bout des doigts, entre le pouce et le majeur. Fluide, le mouvement ! Tout en rondeur ! Il n'y a pas d'angle pointu en danse orientale. Pensez au syndrome de la photo. Vous vous imaginez comme cela (il montre un geste disgracieux), prise sur le vif ? Quelque soit le moment de votre danse, vous restez belle. Belle et dominatrice. Une grande danseuse, c'est une maîtresse femme qui en impose. Mayodi parle d'abord et puis lance la musique. Ecoutez beaucoup de musique. La musique doit vous nourrir, vous inspirer. Il compte à voix haute tout en montrant le mouvement. Huit temps, puis quatre temps, puis deux temps. La musique orientale est binaire. Et le silence, c'est important le silence. Le silence est une note en musique orientale. (Omnia, concentrée sur son bassin) Mayodi fait tourner le groupe pour chaque partie de son cours. Les danseuses sont en ligne (sept lignes de cinq). Les lignes avancent. Le premier rang passe derrière. Omnia réajuste ses vêtements. Certaines s'échappent pour boire leur bouteille d'eau. Vous avez déjà soif ? Au cabaret, vous ne quitterez pas la piste pour aller boire. Le pipi et la bouteille, c'est avant qu'on y pense ! Elles ne le prennent pas mal. Elles sont là pour apprendre. Non, pas comme ça ! les bras, c'est pas des essuie-glace ! Tu as deux jambes, ma chérie, on n'en laisse pas une au vestiaire ! Et les pieds, d'abord le talon, puis la plante, puis les orteils. Mais toutes sont plutôt concentrées sur leur bassin : le bassin est la source de l'énergie. Les hanches : elles donnent les accents. Le mouvement part du genou. Le genou aide à donner l'accent de la hanche. Les pieds tournent avec les chevilles. Non, tu n'écrases pas une cigarette ! Oui, comme cela ! La musique s'anime. Le groupe est de niveau hétérogène. On reconnaît les Maghrébines. Dés que la musique est lancée, elles se mettent à sourire, les visages s'épanouissent.  Et on tourne à nouveau. Omnia avance d'un rang. Mayodi indique les mauvais mouvements qui, à force, peuvent martyriser les disques dorsaux ou torturer les chevilles. Il glisse du vocabulaire, des connaissances, explique le baladi, le sharki, le saïdi, fait partager son expérience. Dix-huit ans de cabaret, des tournées mondiales avec sa compagnie El Noujoum qu'il a créée en 1990, une comédie musicale orientale Nel Haroun créée en 1998 et jouée soixante dix fois dans quinze théâtres nationaux, le spectacle Moucharabieh (« Intimité orientale ») en 2005, et puis Djinn : la nuit des génies en 2006. Il a eu des centaines d'élèves à Paris (où il enseigne au Centre des arts vivants) et des centaines d'autres pour ses stages dans le monde entier, jusqu'au Japon. Mayodi a dansé à Djakarta, San Francisco, Seattle, Vancouver, Berlin, Zürich... et dans tout le monde arabe, en Tunisie, au Liban, en Egypte. Il a dansé en Israël, et dans son pays natal bien entendu. En 2007, il a monté un spectacle qui est comme un bilan de son histoire Yallah Mayodi, confessions d'un danseur du ventre. Il l'a déjà présenté au Café de la Danse, au Théâtre Pierre Cardin,... et prépare pour fin 2008 - courant 2009 une tournée en France. La journée nancéienne se termine en chorégraphie et dans la joie. Liz aimerait réinviter Mayodi bientôt, pense déjà à son prochain stage avec Sana. Omnia sait qu'elle a encore beaucoup à travailler. Mayodi rentre à Paris. Il aime plus que tout la ville-lumière. Il va y retrouver dés demain, ses élèves. Toujours faire partager son amour de cette danse qui est toute sa vie. Le site de Mayodi : www.mayodidanse.com
Un film documentaire a été tourné en 2001 sur Mayodi : Mayodi, rives d'Agadir au divan du monde, film de Sabine Chevrier (55 mn, production Charisma). Un film est également en cours de réalisation à partir du spectacle Yallah Mayodi Le site de Liz Khoui : www.liz-danse.com Liz Khoui enseigne à la MJC Lillebonne à Nancy. Elle organise le 6 avril 2008 à Nancy un nouveau stage, cette fois-ci, avec Sana (www.sanasultan.com). Liz, qui travaille avec les musiciens de Salim Beltitane ainsi qu'avec le Nawad Orchestre, présentera le 29 juin 2008 un spectacle gratuit dans le parc Richard Pouille de Vandoeuvre-les-Nancy. Liz Khoui enseigne à la MJC Lillebonne à Nancy. Elle organise le 6 avril 2008 à Nancy un nouveau stage, cette fois-ci, avec Sana (www.sanasultan.com). Liz, qui travaille avec les musiciens de Salim Beltitane ainsi qu'avec le Nawad Orchestre, présentera le 29 juin 2008 un spectacle gratuit dans le parc Richard Pouille de Vandoeuvre-les-Nancy. A Saint-Etienne, Fanny nous raconte sa passion pour la danse orientale Fanny, qui habite Saint-Etienne (Loire) est une passionnée des cultures du monde et des danses orientales en particulier, elle a créé en 2005 un blog dont le forum est devenu au fil des mois l'un des plus dynamiques du monde de la DO, connu de toutes les passionnées de France et au-delà. Propos recueillis par Guy Didier.
Pourquoi cette passion ? D'où vous est-elle venue ? J'aimais beaucoup « la musique orientale » et j'avais envie d'apprendre à y poser des pas et des mouvements. L'Orient fait rêver, ses musiques et ses danses sont envoûtantes... c'est un appel au voyage, une découverte d'autres cultures, un ensemble qui émerveille et pousse à creuser toujours un peu plus. Certaines rencontres ouvrent d'autres portes sur d'autres styles, d'autres univers, d'autres artistes, etc. D'ailleurs, l'expression « danse orientale » s'accorde de plus en plus au pluriel, juste reconnaissance de ses riches origines, évolutions et spécificités... qui me fascinent ! Comment votre entourage vit-il cette passion ? Mon entourage la vit bien et m'encourage. Je ne néglige pas l'un pour l'autre : les deux sont essentiels pour moi. Que pensez-vous du milieu de la danse ? est-il suffisamment bien organisé ? que manque-t-il ? Concernant l'enseignement de la danse en général, je crois que les danses classique et contemporaine ont été structurées « dès le départ ». Les danses du monde se sont invitées petit à petit dans les programmes de cours... sans vraiment de structure académique (minimum requis pour enseigner les bons placements du corps et ne pas blesser ses élèves par exemple). Le dilemme n'est pas mince : cadrer leur enseignement pour éviter les « cours sauvages », tout en préservant l'authenticité et l'âme de ces danses. Les danseuses entre elles se voient-elles plutôt comme des concurrentes ? ou des personnes partageant les mêmes passions ? Au niveau amateur qui est le mien, les danseuses se voient davantage comme des personnes partageant les mêmes passions, heureuses de se rencontrer à diverses occasions (stages, soirées...) pour échanger. C'est toujours très sympathique !  "nous sommes toujours très heureuses de nous rencontrer" Au niveau professionnel, la notion financière rend l'aspect concurrentiel plus palpable. Pourtant, il y a de la place pour tout le monde, chaque enseignement est différent, idem concernant le travail de création chorégraphique. Certaines l'ont compris et exercent leur métier avec passion, conviction et amour du partage. D'autres non hélas. Au fait, il existe également nombre de danseurs orientaux, moins nombreux, certes, mais ils apportent aussi leur pierre à l'édifice. Ils sont aussi moins « bruyants »... bien que « proportionnellement » aussi célèbres et talentueux que les danseuses. Pourquoi plusieurs forums ? plusieurs organisations (FFDO, ODC) ? Y aurait-il des clans ? Avant l'explosion d'Internet, il était très difficile de trouver des informations, ne serait-ce que pour trouver un cours ou connaître l'actualité des stages et des spectacles. Ces dernières années, les sites, blogs, forums, webzines et agendas de danses orientales se sont multipliés. Un support unique serait peut-être plus pratique mais bien ennuyeux : il est très intéressant de « croiser » les informations pour se faire sa propre idée et élargir son horizon. Il y a 3 ans, j'ai mis en ligne un blog pour faire partager mes découvertes et coups de cœur en danses orientales, agrémenté quelques mois plus tard par un forum. J'avais envie de « connecter » mes différentes rencontres entre elles. D'autres passionnés (débutants, confirmés et professionnels) nous ont rejoints par la suite, enrichissant encore ces échanges. La publicité et l'anonymat y sont minimisés, afin de préserver une qualité d'échanges. Etant danseuse amateur, je n'ai rien à vendre, donc rien à gagner en gérant un blog et un forum sur ma passion, si ce n'est de très belles rencontres artistiques intra ou inter-régionales, qui souvent se soldent par des rencontres « de visu ». Par ailleurs, il y a en effet plusieurs organisations, dont je ne fait aucunement partie. De nombreux acteurs du milieu des danses orientales ont constaté un « manque de reconnaissance », problématique soulevée de façon récurrente je pense dans la danse en général, dans les danses dites « du monde » en particulier peut-être. Pour ces dernières, des études ont été menées je crois, mais la Fédération Française des MJC a organisé plusieurs rencontres d'envergure nationale entre les enseignants de danses africaines et orientales, dans le but de mener une réflexion sur leur reconnaissance, conférences et formations pratiques à l'appui.  (Fanny lors du CCDO 2008 à Paris, organisé par Founé Diarra) Concernant la danse orientale en particulier, deux initiatives ont effectivement été menées. Le « manque de reconnaissance » est leur moteur commun mais leurs actions et leurs objectifs diffèrent. La FFDO vise à structurer les différentes activités afférentes à la danse orientale : cours, spectacles, etc. L'ODC, quant à lui, souhaite promouvoir les danses orientales, avec un premier annuaire des professionnels du milieu et d'un agenda des manifestations en France et en Europe en ligne. Dans le fond, toutes ces initiatives ont le mérite d'exister. Ensuite, comme dans tout autre domaine, il existe effectivement des clans, plus ou moins fermés, avec des influences plus ou moins prononcées... Il y a les personnes qui œuvrent pour l'art et celles qui œuvrent pour leur ego. Mais ne focalisons pas sur ces dernières, ce serait injuste pour les personnes qui donnent, avec plus ou moins de discrétion, tout et plus encore à la danse. La danse orientale aujourd'hui est-elle suffisamment ouverte aux évolutions ? Tout le monde n'entend pas la notion "d'évolution" de la même façon. Les danseurs se partagent pratiquement en deux familles : "les puristes" d'une part, qui revendiquent une danse telle que pratiquée dans le pays considéré comme son berceau, l'Egypte; les "novateurs", d'autre part, qui le plus souvent travaillent sur des "fusions": latina, hip hop, flamenca, etc. Et ces derniers ne sont pas toujours très approuvés. Il y a aussi des pistes explorées avec la danse contemporaine et d'autres danses populaires des pays d'Orient. Les danses orientales évoluent à plusieurs niveaux : cours, stages et spectacles se multiplient, les différents styles s'affirment (si j'en crois l'Open 2007 et le CCDO 2008 auxquels j'ai assisté : deux évènements qui mettent en lumière des talents en devenir, chacun a souligné de beaux efforts de créativité, en solo ou en troupe, merci à leurs organisateurs respectifs !), les gens « bougent » grâce à une meilleure communication et sortent de leur microcosme. Pensez-vous que les médias accordent une place juste à la danse orientale ? Je déplore d'une façon générale le manque de danse à la télévision. La danse orientale s'invite tout au plus dans quelques émissions de variétés, sinon dans de rares reportages. Il existe une journée internationale de la danse (le 29 avril) qui passe chaque année complètement inaperçue, contrairement à la fête de la musique qui est plutôt bien médiatisée. Concernant la presse écrite, on arrive à trouver de rares chroniques autour de la danse orientale dans des revues féminines (où le côté « fitness » est plus souvent valorisé que le côté artistique), et peut-être quelques compte-rendus de galas dans les journaux locaux. Vous avez lu l'article « Les baladines » sur entre-gens ? Oui. Ce tour d'horizon est très intéressant, et pour qui découvre la danse orientale, c'est un très bon point de départ pour la « pêche aux informations ». Il ne faut pas oublier cependant que d'autres acteurs du milieu des danses orientales n'ont pas forcément de page internet. Ce formidable outil de recherche n'est pas pour autant exhaustif. Je recommande les réseaux associatifs et autres organismes culturels pour connaître l'actualité locale notamment. J'en profite pour saluer Laïla B., une des plus grandes passionnées de danse orientale qu'il m'ait été donné de rencontrer. Elle a côtoyé énormément de danseurs, participé à plusieurs mémoires sur le sujet et a aussi rédigé de nombreux articles pour le magazine québecois "Papyrus", faisant ainsi connaître des danseuses françaises outre-altlantique. Meilleures pensées à elle ! Guy Didier (le 31 mars 2008) |