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A 28 ans, Founé Diarra multiplie les projets d'envergure et dans les mois qui viennent, cela va forcément se voir. Point de suspension....  Exclamation. Founé Diarra, la jeune fondatrice et dirigeante de la société Massaï-Production nous a bluffé par un dynamisme et des talents hors du commun. Interrogation. Il y a une constante dans le parcours de toutes ces personnalités que nous avons rencontrées depuis deux ans pour les portraits d'entre-gens. Toutes nous ont dit avoir été marquées par les réflexions de mépris adressées par leurs enseignants pendant leur enfance du fait de leurs "origines". Founé me raconte le jour où une élève, noire, était absente, le prof qui dit : "Je vois que la communauté est moins importante aujourd'hui" ou un autre qui lui envoie à la figure : "Vous avez changé de couleur de peau ?" lorsqu'elle répond à une question à la place d'une autre élève. Et puis tous les jours "on nous disait qu'on n'allait pas réussir... que ça ne servait à rien de faire tout ça". Que faut-il penser de la "qualité" de ces enseignants ? Toutes nous ont dit pourtant que cela leur avait donné la gnaque. Comme Founé. A 28 ans, elle multiplie les projets d'envergure et dans les mois qui viennent, cela va forcément se voir. Point de suspension.... Doit faire ses preuves Les Masaï sont des guerriers, à la taille très élancée. Ils sont vaillants et courageux. "Ce sont des esthètes", me dit Founé. C'est pour toutes ces raisons qu'elle a choisi d'appeler sa société Massaï Production. Elle aussi est une guerrière de la vie.  "Je suis comme les Masaï. Une guerrière..." (mais son arme est la culture) Des profs racistes ? Elle en a croisé plus d'un. D'ailleurs son père disait toujours à ses enfants : "Misez toujours sur l'écrit. C'est l'écrit qui vous sauvera. Parce qu'à l'oral, on vous renverra toujours votre apparence". Lorsque Founé Diarra a passé son BTS Communication des entreprises, elle a réalisé pour une épreuve pratique deux spots télévisés, dont un sur le sida qui a été diffusé au Mali. Son professeur avait trouvé ce film excellent, et son appréciation de fin d'année était: "Va réussir". Mais le jury d'examen s'est montré agressif: "Pourquoi vous avez fait ça en Afrique ?", alors que les projets étaient ouverts à l'international. Il lui a donné un petit 9 et l'appréciation finale de l'année de BTS était :"Doit faire ses preuves". Un prof très courageux a mis: "sans avis"... Ce sont donc les épreuves écrites qui lui ont permis d'obtenir son examen. De Kayes à Champigny Founé, née le 31 août 1979 à Paris (20ème), a quatre soeurs et deux frères, tous nés en France. L'aînée, Fatoumata, 31 ans, est comptable, comme le père. La cadette, Sitan, 30 ans, est chargée de recrutement. Founé est la troisième. Elle est chef d'entreprise. Son frère, Smaïla, 26 ans, est chef de produit acheteur. Hawa, 24 ans, est cadre juridique à Londres. Cheickou, 22 ans, est étudiant en alternance en BTS NTC. Haby, 17 ans, est en classe préparatoire gestion/éco. Tous vivent encore avec les parents, dans un pavillon de Champigny-sur-Marne, avec leur père et leur mère, qui s'occupe de personnes âgées. Les parents sont nés au Mali et sont arrivés en France dans les années 70.  "Le Mali me manque. Depuis 2002, c'est long" Tous sont très attachés au Mali où vivent la grand-mère maternelle, les oncles, les tantes, les cousins, les cousines. Certains sont à Bamako, mais les attaches familiales sont plutôt dans des villes et villages de la région de Kayes. La famille s'y rend régulièrement, une fois par an ou tous les deux ans. Founé n'y est pas allée depuis 2002, faute de temps. Cela lui manque beaucoup. L'écrit n'est pas vain Les souvenirs de sa scolarité en France ne sont pas bons, à cause des "profs racistes, qui tentaient de nous pousser vers le bas", dit-elle aujourd'hui. Elle a suivi le conseil de son père : "Réussisez l'écrit, parce que c'est anonyme". Pour son BTS, elle a fait un stage comme assistante dans une compagnie de danse africaine et y a finalement obtenu un CDI en tant que responsable de la médiation culturelle. Elle y a travaillé pendant 3 ans. C'est là qu'elle a rencontré Kalypha, son collaborateur d'aujourd'hui, avec qui elle a monté l'association Massaï, puis la société Massaï Production. L'association a pour but de promouvoir les cultures du monde par le biais de l'art. Massaï Production est une société de production, de réalisation audio-visuelle, photo, événementiel.  "Réussissez l'écrit. Parce que c'est anonyme" (bijoux Didier Peiro) Founé a plusieurs objectifs dans la vie, dont celui de la réussite professionnelle. Elle espère aussi donner de l'ambition aux prochaines générations. "Nous sommes plusieurs a avoir cet état d'esprit. Réussir, pour que les générations suivantes ne connaissent pas les mêmes difficultés que nous". Et c'est particulièrement important lorsque l'on est une fille. Son père a inculqué aussi à Founé et ses soeurs les valeurs d'indépendance des femmes par rapport aux hommes. Sphère ensemble Founé Diarra aime tout ce qui est artistique. A 16 ans, elle avait créé un groupe local de R'n'B avec deux copines. La famille Diarra aime la musique, la danse, le sport. Le père est un fan de Salif Keita et des musiques mandingues. Fatoumata pratique le yoga, Sitan la danse orientale, la salsa. Les frères jouent au foot, au basket. Founé, quant à elle, a un peu goûté aux danses de l'Afrique de l'Ouest, aux danses orientales, la salsa... mais s'est aussi intéressée aux danses indiennes (le bharata matyam) avec Maria Kiran, artiste avec laquelle elle a eu l'occasion de travailler au cours de divers événements organisés par le biais de l'association Massaï. La danse, comme art de la rencontre. C'est en 2004 qu'elle et son acolyte Kalypha créent l'association Massaï. Celle-ci réunit des performers de capoera, de danses africaines orientales, indiennes, hip hop. Elle développe son carnet d'adresses, rencontre parfois des préjugés négatifs ("ce sont des Africains") qu'elle brise en fournissant une excellente qualité de travail.  "l'art de la rencontre" Les danses orientales Le 10 février 2008 fut un grand jour pour Founé Diarra. Depuis un an, elle préparait le Premier Concours Chorégraphique des Danses Orientales (CCDO). Une soixantaine de compagnies étaient dans un premier temps pré-inscrites. Après une campagne de boycott orchestrée par quelques anciens caciques de la discipline, pour des raisons pas toujours avouables ("comment une Noire, qui n'est même pas danseuse orientale, peut-elle organiser un tel concours ? "), ce sont finalement 17 compagnies qui vont concourir. Founé adore la danse orientale depuis son enfance. Petite, elle avait vu Ali Baba et les 40 voleurs. Et puis elle avait beaucoup d'amies maghrébines dont une en particulier (à l'époque du lycée) qui lui apprenait quelques pas de danses orientales. Après le bac, elles ont commencé à fréquenter les cours de Paola Ruggieri, professionnelle de cette discipline. C'était une chance inestimable. (Founé Diarra, au Salon du Mariage, voir plus bas) Alors Founé s'est promise que, dés qu'elle serait en mesure de le faire, elle travaillerait à la promotion des danses orientales qui n'étaient pas considérées à leur juste valeur. Il était essentiel pour elle que les spectacles présentés soient des chorégraphies de groupes présentant une originalité. C'est une première en France pour une discipline qui existe pourtant depuis si longtemps. Habituellement, les spectacles de danse orientale se résument plutôt à une succession de solistes et ceux qui les proposent sont souvent à la fois danseuses, profs, metteurs en scène et organisateurs. Pour Founé, à chacun son métier. Elle-même est productrice. Elle fait appel à des metteurs en scène. Elle ne danse pas. Les déplacements devaient être à la charge des participants. Cela en a découragé très peu puisque presque la moitié venait de province. Certaines compagnies étrangères l'ont déjà contactée pour l'édition 2009. Dans le milieu du hip hop, les compagnies viennent à leurs frais du monde entier (USA, Chine, Japon, Brésil,...). Parfois la récompense ne couvre même pas les frais de déplacements, mais ils se déplacent pour l'émulation du concours et surtout par passion. Le "milieu" lui a reproché aussi de faire du business et elle s'en offusque: "si je devais parler en terme de rentabilité, la masse de travail et le stress que représente un événement d'une telle ampleur, je dirais que la somme d'argent générée est nanométrique pour ne pas dire inexistante". Mais elle précise aussitôt: "La fierté de voir un projet grandir et maturer (c'est le terme qu'elle emploie), de sa genèse jusqu'à sa réalisation, dépasse tout aspect matériel et financier". Le Concours a donc eu lieu. Le lauréat, jugé par des spécialistes et en partie par l'applaudimètre du public (pour qu'il soit acteur de l'événement), a été K Teo, une compagnie qui présente une véritable chorégraphie, une création originale mélangeant les genres et bien éloignée des clichés traditionnels des danses orientales. Ils ont remporté la somme de 2000 euros, destinée à contribuer aux frais de création. Depuis le 10 février, Founé ne cesse plus de recevoir les félicitations du public. L'édition 2009 promet d'être plus belle encore, "même si certains détracteurs malveillants oeuvrent plus pour miner cette prochaine édition, que pour la promotion de cet art ancestral qui est si beau, mais aujourd'hui encore si peu reconnu". Instants choisis Belle, élancée, même si avec son 1.72 m, elle est la plus petite de la famille, Founé Diarra se prête volontiers au mannequinat. Pour le 8 mars 2008, elle a porté les tenues de la styliste Wafa Brini, de La Maison du Caftan. Elle a aussi porté les bijoux de Didier Peiro, joaillier de luxe lors d'événements prestigieux. Elle a défilé au Salon du Mariage au Carrousel du Louvre au mois de janvier 2008. Elle apparaît dans le très prestigieux magazine international de haute couture Collezioni Haute Couture. Elle aime la coiffure, se coiffe elle-même. Dés son adolescence, elle faisait des tresses à tout son entourage et ses jeux étaient d'organiser des séances de maquillage ou d'habillage. Sans doute tient-elle cela de sa mère couturière.  (Le Carrousel du Louvre, janvier 2008) La famille Diarra n'est jamais passée inaperçue dans leur quartier pavillonnaire de Champigny où ils font partie des rares familles noires. A la maternelle déjà, où il y avait peu d'élèves de couleur, des enfants l'ont plusieurs fois traitée de "sale noire" sans que les enseignants interviennent. "Certaines voitures passent au pas pour regarder de plus près lorsque nous entrons ou sortons de notre maison". Les voisins ne leur parlent pas ou ne répondent pas à leurs salutations. Française et fière d'être malienne, Founé sait que bientôt elle prendra le relais de son père qui anime une association permettant l'aide au développement de Diakhalel, village dont il est originaire. Maintenant, l'entreprise Massaï-Production tourne à plein régime. Le spectacle du CCDO et les présélections ont été filmés pour différents formats, dont deux ont été diffusés sur Berbère TV. Mais Founé a obtenu la diffusion prochaine sur une chaîne de la TNT. Les 19 et 22 mars, elle a réalisé le casting pour La Cité Rose, du nom d'un quartier de Pierrefitte, qui sera le théâtre d'une série télé. Les personnages en seront deux jeunes de la Cité, un Maghrébin, un Africain. La série, dont l'un des scénaristes vient de la cité, montrera enfin une image positive des jeunes des banlieues. Elle a produit un documentaire "Sénégal, rencontre avec les talibés", dans lequel son collaborateur Kalypha peut exprimer sa poésie. Ils espèrent présenter ce documentaire à Cannes, en tant que sélection Ile-de-France. Et si 2008 était l'année Founé Diarra. Vous devriez visiter plus souvent Entre-gens pour savoir qui fera demain ! Guy Didier (le 22 mars 2008) |