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Meryem Kaf poursuit ses rencontres. Elle a rencontré récemment Jamila Ysati et a réalisé son portrait, visible sur le site de l'Ambassade du Maroc (hommages). Elle propose également cette rencontre aux visiteurs d'entre-gens. Et toujours en ligne pour vous les portraits de deux femmes marocaines de conviction et de talent (Fatima El Ayoubi et Jamila Bahij). Jamila Ysati, chasseuse de têtes  Jamila Ysati a su mener avec brio une carrière d'enseignante chercheuse à l'Université Paul Verlaine à Metz et de responsable RH et Communication en entreprise. Ces deux carrières, complémentaires, sont aussi riches l'une que l'autre. Docteur en Sciences de l'Information et de la Communication, Jamila Ysati a publié, en novembre 2005, au moment où éclatent les émeutes dans les banlieues françaises, un ouvrage de référence sur la diversité et l'entreprise, « Beurs, Blacks et Entreprise » aux éditions Eyrolles. Retour sur un parcours ... Communique, observer, être à l'écoute... Jamila Ysati en a fait un outil de travail de base. Cette franco-marocaine spécialiste de la communication et des ressources humaines se bat à travers un travail quotidien contre les stéréotypes, la négation, la victimisation, et le plus important selon elle, est de pouvoir mettre à profit un cursus réussi pour bien intégrer l'entreprise. Sa mission, elle a su la mener avec brio en tant que responsable des Ressources Humaines dans un grand cabinet de consulting mais aussi à travers les formations qu'elle assure auprès des organismes publics et privés. elle enchaînera les expériences  Le parcours de Jamila Ysati révèle que l'intégration et l'insertion ne sont pas que des slogans. Après un baccalauréat option Lettres modernes, obtenu au Maroc, elle hisse les voiles vers la France pour s'installer dans un premier temps à Nancy où elle poursuit des études de communication. Son stage de fin d'étude la mènera en région parisienne mais juste le temps de connaissances et de mettre en application tout ce qu'elle a appris. Elle enchaînera les expériences dans des boites de communication et décide de s'installer à son propre compte : "c'était une brève parenthèse mais qui m'a permis de décrocher et de réussir dans un poste de responsable ressources humaines. C'était une très belle expérience. J'y suis restée douze ans", explique Jamila. En même temps, elle assure des cours dans les universités de Nancy et de Metz. Tout en menant sa carrière professionnelle, elle prépare un doctorat en Sciences de l'Information et de la Communication qu'elle soutiendra en 2004, avec une mention Très Honorable. un livre qui tombe à pic Sollicitée par l'Université afin d'y enseigner, dans un premier temps, la communication d'entreprise et la communication interpersonnelle, elle propose rapidement une nouvelle formation qui tombait à pic: "Dans le cadre de mon activité professionnelle, je faisais du recrutement dans l'entreprise, ce qui m'amenait à être en contact permanent avec des candidats et des parcours aussi diversifiés que les cursus de ces jeunes. J'ai mis en place un nouveau module qui a eu énormément de succès et qui portait sur les projets personnels et professionnels" explique Jamila, et renchérit "même avec un bon cursus, les jeunes issus de formations généralistes n'arrivaient pas à trouver un travail correspondant à leur parcours, et grâce à ce module on arrivait à mieux les orienter. Il faut dire qu'il était temps que les étudiants qui ne fréquentaient pas les grandes écoles puissent avoir les mêmes chances de décrocher stages et emplois". l'excellence en entreprise Son travail de recherche, elle l'orientera vers l'entreprise à travers les trophées d'excellence décernés aux entreprises. "C'était très intéressant, cela m'a permis d'interroger plus de 140 entreprises toutes activités confondues et de comprendre les enjeux de ce mode de communication peu ordinaire". Convaincue et pleine d'enthousiasme, Jamila Ysati considère: "Aujourd'hui, la diversité dans l'entreprise s'impose, il s'agit même d'une nécessité". une escale pleine d'enseignements En décembre 2004, alors qu'elle revenait d'un séminaire en Tunisie, elle rencontre un groupe de jeunes, une discussion avec eux la fera réflèchir sur la rencontre difficile entre les jeunes issus de l'immigration et le marché du travail. "Je faisais une escale à l'aéroport de Nice, notre échange durera trois heures. En résumé, ils viennent à l'aéroport non pas pour voyager mais pour fuir leur triste quotidien". Ces jeunes feront le sujet d'un chapitre de son livre. Une discussion de trois heures qui relate le malaise des jeunes "issus de l'immigration". Ces échanges renforcés par un travail de terrain mais aussi en mettant en exergue toutes les questions qui se posaient en 2005, entre autres le CV anonyme, aboutiront à la publication de son livre "Beurs, blacks et entreprise", publié aux éditions Eyrolles. "Le hasard a fait que mon livre est sorti au moment de la crise des banlieues en 2005". Le livre a eu beaucoup de succès. "Ce qui m'a poussée à être plus présente sur Paris... les nombreux déplacements que j'ai effectués à travers la France me font dire que si on veut faire des choses plus concrètes, il faut venir à Paris". Elle enchaînera les interviews et les plateaux de télévision et son livre sera sélectionné pour le Prix Ressources Humaines 2006 qui est organisé par Le Monde, Sciences Po et Synthec Recrutement (Syndicat des Cabinets de Recrutement). Outre sa mission actuelle d'effectuer des recrutements pour de grandes entreprises au sein d'un Cabinet de recrutement, Jamila Ysati anime de nombreuses formations en entreprises privées et publiques sur le thème de la diversité afin de sensibiliser les DRH et autres acteurs du monde du travail sur cette question, celle de banaliser la diversité. Les projets de Jamila Ysati sont multiples et tendent tous vers le même objectif: "la cohésion sociale d'une société riche de multiples apports culturels venant d'ailleurs, passe nécessairement par des entreprises qui s'accaparent cette diversité pour en faire un atout". Fatima El Ayoubi, essayiste, étudiante en DAEU Un regard qui en dit long, des yeux pétillants de bonheur et beaucoup de courage. Dans la vie de Fatima El Ayoubi ces éléments sont capitaux. Cette dame, qui a attiré l'attention des critiques littéraires en 2006 à la suite de la sortie de son livre « Prière à la lune », a tout simplement pris le temps d'aller jusqu'au bout de son rêve.  « La vie m'a appris à aller au bout de mes rêves ... » Et son rêve était de se réconcilier avec elle-même, de comprendre pourquoi elle a dû quitter l'école après juste trois ans d'études et en même temps montrer sa reconnaissance envers ce frère qui lui a tendu la main, en l'encourageant à lire et à découvrir de grands noms de la littérature arabe. Et si aujourd'hui elle arrive à écrire dans un style littéraire soutenu, c'est grâce à ses lectures. Naguib Mahfoud, Gibran Khalil Gibran, Mustapha Manfalouti l'accompagneront pendant son adolescence et même aujourd'hui, elle poursuit ses lectures. « Cela m'a permis de me construire une culture générale et un style qui m'a beaucoup servi pour écrire mon livre « Prière à la lune ». Et puis cette langue me permet de me libérer, m'exprimer, raconter et témoigner... » A travers « Prière à la lune », publié aux éditions Bachari en 2006, Fatima El Ayoubi retrace le parcours d'une vie, racontée avec beaucoup de pudeur, dans un style très poétique à travers ses discussions avec la lune. « Bonsoir, lune Bonsoir toi qui parles en silence. Toi qui envoies ta tendresse de là haut, qui veille sur les veilleurs. Je t'attends, parce que je ressens ta tendresse malgré la distance, ta prévenance malgré les silences »
Née en 1951 à Salé, Fatima El Ayoubi aura droit comme tous les enfants de son âge, à l'amour et l'attention de ses parents. Elle grandit à Salé, apprend le tissage de tapis, la broderie et se prépare à être une bonne maitresse de maison. En 1983, elle rejoint son conjoint en France. Elle déchantera rapidement car ce dernier passe ses journées à l'extérieur, ne s'intéresse a rien en dehors de son travail. Elle décide de travailler pour aider son époux, mais manier le chiffon et le balai étaient ses seuls atouts. Elle accepte cette situation et enchaine les heures de ménage un peu partout à Paris. « J'avais envie de briser ce plafond de verre, découvrir cette ville, parler, discuter avec les autres. Paris est la ville des lumières, de l'art et de la littérature et moi j'étais là, recluse vivant à travers les autres. J'avais des rêves et je voulais les réaliser. » Elle continue ses lectures, s'inscrit à des cours d'alphabétisation et commence à maitriser « la langue de Molière ». Entre temps son mari décide de prendre sa préretraite, rentre au Maroc et demande le divorce. Elle se retrouve toute seule avec ses deux filles à élever et une petite pension, ce qui la pousse à doubler son temps de travail; jusqu'au jour où elle se prend les pieds dans le câble de son aspirateur et fait une chute dans les escaliers. Résultat, un accident de travail qui l'oblige à rester au lit « si seulement cette chute se limitait au physique » et comme elle le dit si bien « les radios photographient les os mais pas le moral ». Elle enchainera les consultations avec toujours les mêmes résultats, jusqu'au jour ou elle sera reçu par le Dr, Marie Pezé, psychanalyste et chef de service « souffrance et travail » à Nanterre. Fatima raconte sa vie, et confie au Dr Pezé qu'elle tient un journal sur lequel elle retrace son quotidien, « elle m'a proposé de me traduire et m'aider à trouver un éditeur ». Fatima accepte et ses rendez-vous avec le Dr Pezé constituent une sorte de thérapie et en même temps le début de la fin. La fin d'une vie dans l'ombre, et le début de la vie de Fatima avec ses joies et ses réussites. « L'édition de mon livre a changé ma vie. Je sens que j'existe, que je suis une personne à part entière ». Fatima enchainera les entretiens, les plateaux de télévision, elle raconte, explique, décrit et elle arrive surtout à convaincre son audimat. Aujourd'hui elle a intégré l'Université Paris X à Nanterre, elle y prépare un DAEU, diplôme d'accès aux études universitaires. L'objectif, continuer sur cette lancée. « Mes filles sont grandes, elles travaillent toutes les deux, elles sont surtout fières de leur mère et cela me comble, en parallèle avec mes études, je m'attèle à l'écriture de mon deuxième livre. » Entre temps, elle a signé un contrat avec un réalisateur franco-marocain qui adaptera son livre au cinéma. « Ma vie ne m'appartient pas, elle n'est en aucun cas une exclusivité, des fatimas il y en a partout, des femmes immigrées aussi. D'ailleurs, ce livre est un appel du cœur à la société française au nom de toutes les fatimas qui travaillent dans l'ombre, seules, loin de leurs familles et qui pour se soulager pleurent chez elles. Ce silence s'impose malheureusement aux petits métiers dits aléatoires au moment où ces mêmes métiers s'avèrent indispensables et se font avec beaucoup de dignité et de fierté... » Jamila Bahij, présidente de l'association Femmes 2000
"Mon éducation m'a sensibilisée à toutes les questions sociales..." Elle anime l'association « Femmes 2000 », fait de l'écoute pour les femmes en détresse, soutient les initiatives des jeunes de sa ville, et son engagement en politique se confirme. Après une première expérience en tant que candidate libre, elle a rejoint les rangs de l'UMP en 2004, et figure sur la liste de Suresnes pour les élections municipales. Jamila Bahij se bat sur plusieurs fronts. Son objectif : aider à l'insertion de la femme, la responsabiliser et faire de son rôle dans la société une succession d'efforts. Son champ de bataille, Mantes-la-Jolie et son terrain de prédilection, le quartier du Val Fourré.
Cadette d'une fratrie de dix enfants, Jamila Bahij est née au Maroc. En 1966 elle rejoint son père avec sa mère dans le cadre du regroupement familial. Six ans plus tard, la petite famille quitte le Nord Pas de Calais pour s'installer à Mantes, où son père travaillait dans les usines Renault. Elle sera très vite sensibilisée à la détresse des femmes de son quartier, à travers leur quotidien et les liens qui se tissent au fur et à mesure entre les familles. « Mon éducation m'a sensibilisée très tôt à toutes les questions sociales. Intégration, voile, mariage forcé... j'ai écouté un grand nombre de témoignages de femmes battues, maltraitées et abandonnées par leurs conjoints et j'ai souhaité que ces femmes s'en sortent ». Et pour Jamila Bahij, la solution est l'émancipation de la femme, elle met en place des ateliers de formation et d'information en faveur des femmes pour les sensibiliser sur leurs droits et devoirs, la lutte contre les injustices et l'aide à l'insertion économique afin de mettre fin à l'isolement et l'exclusion, et pour ce faire, elle crée l'association « Femmes 2000 » en 1991. Une association de « proximité » qui sera la main tendue à la femme en détresse. Une fois sa licence en sociologie urbaine et médiation culturelle ( Université Paris X) en poche, elle enchaînera les formations - médiation sociale de proximité, droit des étrangers...- afin de mieux répondre aux attentes de ces femmes, s'imposera dans son quartier et sa voix sera entendue, une femme de conviction qui n'hésite pas à rassembler la presse pour lever le voile sur des histoires d'injustices envers les femmes, a faire parler ces femmes et à se porter partie civile à travers son association pour les soutenir et surtout obtenir gain de cause ce qui fait sa fierté et sa détermination à continuer le chemin mais autrement : la politique. « Aujourd'hui la situation s'est beaucoup amélioreée mais le chemin était long » explique Jamila Bahij avec un grand soulagement, « J'ai envie de passer le flambeau car je suis consciente que « Femmes 2000 » constitue une assurance pour les femmes du quartier. Le nouveau code de la famille du Maroc et les conventions bilatérales entre la France et le Maroc ont éclairci les choses et les femmes sont mieux informées sur leurs droits. Tous ces changements ma génération n'en a peut être pas profité mais elles seront bénéfiques pour les générations futures... ». Ses efforts seront récompensés par deux grades honorifiques l'un du Maroc et l'autre de la France, ainsi que le prix du civisme des Nations Unies obtenus en 2003. Des reconnaissances qui encouragent Jamila Bahij à aller de l'avant et poursuivre son militantisme. Association Femmes 2000 : 5, rue Marie Laurencin 78200 Mantes-la-Jolie (contacts : jbahij@noos.fr 06 62 93 60 50 ; 01 73 64 30 40) M.K. (mars 2008) |