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Page 6 sur 12 26 juillet 2009 : la douce France de Chahla "Je t'aime, ma douce France, de Montmartre à Notre-Dame, si tes lumières sont mes repères, c'est la Bastille que je préfère". La colonne de la Bastille symbolise la liberté conquise. Chahla Ouertani (nom d'artiste: Chahla) chante cette liberté avec un immense talent. Elle n'est pas de cette vague R'n'B formatée par les maisons de disque. Elle est de cette vague métissée qui fusionne les influences, aussi bien orientales qu'occidentales.  Chahla est lyonnaise, née en France (Ain) en 1981 de parents tunisiens (la septième d'une famille de huit enfants). Elle a passé en Tunisie les trois premières années de sa vie, avant de revenir dans son "pays d'origine". "Dis-moi, ma douce France, si tu m'aimes en tant que moi. Dans ta sagesse immense, m'aimeras-tu comme tes enfants ? Si mon accent garde les traces de tes amours, de tes amants..." La rencontre de Chahla Ouertani avec le franco-indien Pascal Revial a été déterminante pour la jeune artiste qui a appris le métier dans la comédie musicale Salammbô. Son talent vient enfin d'être récompensé par sa victoire à l'Audi Talents Awards. La Lettre à Marianne est certes l'un des plus beaux titres de Chahla mais lorsque l'artiste interprète en public le titre Nos limites, en rendant hommage à Martin Luther King, on découvre en elle une très très grande personnalité. Yes she can ! 19 juillet 2009 : Taysir Batniji et les traces d'un futur Il est un homme de l'image, qui a appris son métier à Naplouse (Palestine) puis à Bourges, et à Paris où il vit aujourd'hui. L'hiver dernier, alors que sa ville natale était bombardée, il préparait l'exposition Transit qu'il a présentée à la Galerie Saint-Séverin (Paris 5ème). Comment le travail de Taysir Batniji, Palestinien né à Gaza en 1966, ne pourrait-il pas être marqué par les questions de l'identité, de l'exil, de la mémoire ? Ses photographies racontent les ruelles de Gaza, ses boutiques, ses marchés. C'était avant. Le film Transit est une succesion d'images fixes qui expriment l'attente, une valise posée sur le sable, une "fenêtre au voyage"... Pour les Palestiniens, le voyage est interdit. Cet été, à Nantua (la Maroquinerie), et jusqu'au 25 juillet 2009, il croise son regard avec Léa Eouzan. La jeune photographe lyonnaise d'origine corse a travaillé sur d'autres lieux de mémoire, les camps de la Shoah. L'un et l'autre recomposent les paysages d'inhumanité. Ce sont les stigmates d'un passé douloureux. Mais ce sont aussi et surtout les traces d'un futur. 12 juillet 2009 : Se souvenir de Saïd Bouziri Né à Tunis le 4 juin 1947 et décédé à Paris le 23 juin 2009, Saïd Bouziri a gardé toute sa vie une sensibilité particulière aux plus démunis. Arrivé en France en 1966, il s'est engagé au lendemain de mai 1968 dans la défense des droits des immigrés. Alors même que les étrangers étaient exclus du droit d'association, il a participé à la fondation du Mouvement des Travailleurs Arabes et du Comité de Défense de la vie et des droits des travailleurs immigrés. En février 1972, il entame avec sa femme une grève de la faim pour la régularisation des sans-papiers et tous deux sont visés par une mesure d'expulsion du territoire pour atteinte à l'ordre public. Le 14 septembre 1973, il organise la grève générale des travailleurs immigrés de la région parisienne contre la vague raciste du midi de la France puis participe de manière active au comité de soutien au mouvement de grèves des loyers des foyers Sonacotra. Il milite également dans le quartier qu'il a habité jusqu'à son décès : la Goutte d'Or, en créant une association culturelle d'animation du quartier et une librairie rue Stephenson. Après avoir été l'un des fondateurs des journaux Sans Frontière (1979-1986) puis Baraka, il est aussi l'un des pionniers des radios libres : en juin 1981, il crée avec ses amis Radio Soleil Goutte d'Or. Membre du Conseil d'administration du Fonds d"Action Sociale (FAS), du Conseil national des populations immigrées et du Conseil d'administration de la Fonda, Saïd Bouziri participe en 1987 à la création de l'association Génériques dont il deviendra le deuxième président. Responsable de la Commission immigrés de la Ligue des Droits de l'Homme puis trésorier national, Saïd Bouziri a animé jusqu'à ses derniers moments la campagne de la votation citoyenne, en faveur de l'octroi du droit de vote aux étrangers aux élections locales. Directeur de publication de la revue Migrance, revue spécialisée dans l'histoire de l'immigration, Saïd Bouziri donnait le 11 juin dernier le coup d'envoi à une grand exposition accueillie aux archives municipales de Lyon et qui s'intitule : Générations, un siècle d'histoire culturelle des Maghrébins en France et qui sera visible à la Cité nationale de l'histoire de l'immigration à Paris à partir du 17 novembre prochain. Il faut se souvenir de Saïd Bouziri ! 5 juillet 2009 : Mourad Mazouz, le boss de sept lieux (d'après le portrait par Jean Berry, Jeune Afrique, n°2527) A Paris, il y a "le 404", le restaurant à couscous du Marais. Et juste derrière, il y a "Derrière", un appartement-restaurant dont tout le décor est composé des souvenirs de 46 ans du patron du lieu, Mourad Mazouz, dit Momo. Natif de Kabylie (Sidi Aïch, près de Bejaïa), Mourad a l'âge de l'indépendance algérienne. A Londres, il y a "Le Momo", le premier restaurant maghrébin de la ville mais aussi le lieu branché où viennent tous les people. Mais Mourad préfère la discrétion là-dessus, pour la tranquillité du client. Au sous-sol du Momo, il y a un bar à tapas où viennent tous les artistes world. Mourad Mazouz a d'ailleurs produit lui-même une compilation musicale aux consonances afro-maghrébines. Dans ses restaurants, il emploie un personnel cosmopolite. Mourad Mazouz crée des lieux branchés à travers le monde. Il a créé à Londres "Le Double Club" pour confronter pendant six mois la cuisine congolaise et la cuisine occidentale. Il a créé "Le Sketch", toujours à Londres, un salon de thé - galerie d'art. Il a ouvert "Almaz by Momo" à Dubaï. Il va ouvrir "Momo at the Souk" à Beyrouth. Il a des vues sur un lieu à Istanbul. Mourad Mazouz, né d'une famille modeste de huit enfants, a tout connu. Il a été exclu de son lycée, a commencé dans la restauration par le travail saisonnier dans des stations de ski du Colorado ou sur des voiliers dans les Caraïbes, a convoyé des voitures en Afrique (des 404 ?). A Paris, pour se loger, il partageait son appart' comme beaucoup et Smaïn était son coloc'. Sa première affaire, il l'a achetée en 1988, rue Réaumur à Paris et en six mois, cela a fait un carton. Sa dernière, c'est Beyrouth. La prochaine ? Peu importe. Mourad Mazouz a depuis longtemps repoussé toutes les frontières.
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