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Page 12 sur 12 25 janvier 2009 : Smaïn Laacher donne la parole aux femmes invisibles Il y a dix ans, Michelle Perrot avait écrit le fameux livre « Les Femmes ou les silences de l'Histoire » (Flammarion, 1998). Dans une éclatante démonstration, elle expliquait comment le pouvoir masculin s'était érigé au cours du XIXème siècle en occupant les espaces de la politique, de la finance, de la technologie, en divisant sexuellement le travail, en confinant les femmes dans des activités considérées comme de moindre importance. Ainsi absentes de l'Histoire confisquée par les hommes, elles devenaient invisibles. En tant qu'historienne, elle est allée dépouiller les correspondances privées des femmes pour percer les secrets du silence. Dix ans plus tard, le sociologue Smaïn Laacher a effectué une démarche similaire, perçant le secret de ces femmes invisibles, victimes de violences morales voire physiques, en s'intéressant particulièrement aux femmes et jeunes filles, nées en France pour la plupart mais ayant grandi dans des familles immigréesA partir d'un matériau de 300 lettres adressées aux associations « Voix de femmes » et « Ni putes ni soumises », de 400 fiches téléphoniques, d'une trentaine d'entretiens, il a fait émerger la parole des femmes qui témoignent des violences subies dans leur environnement familial. Le livre qui s'appelle justement « Les femmes invisibles » (Calmann-Lévy, 2008), est un précieux porte-voix pour toutes ces femmes qui, en disant leurs souffrances, aspirent simplement à dire leur droit, à exister. Smaïn Laacher, sociologue à Paris VIII, avait dans son précédent livre, « Le peuple des clandestins », enquêté sur les itinéraires des sans-papiers. Il continue ainsi son travail minutieux d'investigation dans les marges invisibles de notre société. 18 janvier 2009 : Alain Mabanckou jette un pavé dans la mare Barack Obama entre à la Maison Blanche. A l'Université de Californie à Los Angeles, Alain Mabanckou enseigne la littérature francophone. Pour ce Français dont les racines puisent au Congo, pour cet écrivain auteur de « Black Bazar » (Seuil, 2008) et de « Mémoires de porc-épic » (Prix Renaudot 2006), il y a entre les Etats-Unis et la France des différences fondamentales. Les Noirs américains sont arrivés par l'esclavage et la communauté s'est soudée dans la lutte. Les Noirs français sont arrivés par des itinéraires éclatés et lorsqu'ils revendiquent, il n'y a pas unité. Les Etats-Unis ont une identité associée au rêve américain. La nation française ne s'est jamais imaginée multicolore. En Amérique, l'étranger est une richesse. En France, il est perçu comme une menace. Le héros de Black Bazar est un « sapeur », attiré par la face B des filles - on l'appelle « le fessologue » -, un dandy qui se cherche. La France vue par Alain Mabanckou se cherche elle aussi... 11 janvier 2009 : Flora Mouheb a la curiosité en éveil A l'occasion de Yenneyer, le nouvel an berbère, nous vous invitons à faire connaissance avec Flora Mouheb, qui fait tant pour faire vivre la culture kabyle. C'est en écoutant sa mère fredonner à la maison les chants et les complaintes de Taos Amrouche que Flora Mouheb a appris à chanter. Aujourd'hui encore, la regrettée Taos Amrouche donne à Flora la force de défendre ces femmes méprisées, ballotées, plantées, replantées, au gré de la volonté des hommes. Le chant et les contes pour enfants sont les expressions de sa rébellion. C'est en donnant des représentations avec les enfants de familles africaines ou des îles que la chanteuse, si imprégnée de son identité kabyle, s'est ouverte aux cultures minoritaires du monde. « Chez eux, les âmes, les esprits des anciens, la nature, les éléments terrestres ont une très grande importance ». Fatma Flora Mouheb fait d'incessants allers-retours entre la France où elle côtoie avec délectation les identités multiples, et l'Algérie, dont elle s'imprègne à chaque voyage de toutes les pluralités. Sa curiosité est sans cesse en éveil. Son chant est une résistance. Sa résistance est un art. Son art est la vie, la liberté. 4 janvier 2009 : la vie singulière de Fadela M'rabet Dans les rues d'Alger, une petite lumière. Une petite fille est en train de faire ses devoirs sur le trottoir à la lumière d'une lampe électrique à côté de sa mère. Cette scène est décrite par l'écrivain Anouar Abdelmalek (ndlr, sociologue égyptien vivant à Paris depuis 1959) et souvent racontée par Fadela M'rabet : "L'image de cette petite fille est à la fois d'une tristesse infinie, mais d'une extrême beauté, parce que tant qu'il y aura une petite fille qui, contre vents et marées, contre les inondations, les tremblements de terre, continuera à faire ses devoirs, l'espoir est permis". Dans les années 50, Fadela M'rabet faisait des études supérieures à Strasbourg. De retour en Algérie dans les années 60, elle publie "La femme algérienne" et "Les Algériennes", des pamphlets qui lui valent un opprobre national dans un pays qu'elle doit quitter pour la France en 1971. Ce qui lui vaut ce déshonneur ? D'avoir écrit que si la femme n'était pas un être humain, l'homme ne pouvait être un citoyenFadela M'rabet en France a pu exercer son métier de professionnel de la santé à l'Hôpital Broussais - Hôtel Dieu à Paris tout en continuant à écrire. Dans les années 2000, elle publie "Une enfance singulière" (Balland, 2003), où elle raconte sa grand-mère, son modèle de femme. puis "Une femme d'ici et d'ailleurs" (L'Aube, 2005) et enfin "Le muezzin aux yeux bleus" en 2008. Dans ce dernier livre, elle livre une belle réflexion sur l'identité : "Notre corps est semblable à un cristal... chaque mot, tel un choc, défait et refait le fragile édifice de notre vie. Il soulève un nuage de poudre d'or quand il touche la féerie de notre enfance". Les livres de Fadela M'rabet sont autobiographiques. L'islam du muezzin aux yeux bleus est poésie, humanisme, don de soi aux autres. Sa voix dit la beauté de la langue arabe. La voix de Fadela M'rabet, 72 ans, a atteint la sagesse. Lisez ou relisez nos archives : La une de la pluralité en 2008 et La une de la pluralité en 2007.
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