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Page 2 sur 12 29 novembre 2009 : Nadia Lamarkbi, l'étincelle Il y a eu le déclic, ce sont les paroles prononcées par le Ministre de l'Intérieur au cours de l'Université d'été de son parti. Sur son lieu de vacances, la journaliste parisienne Nadia Lamarkbi (Le Courrier de l'Atlas) se sent atteinte dans sa dignité. "L'humanité n'est pas un état à subir. C'est une dignité à conquérir" (Vercors). Elle contacte quelques amis et lance sur Facebook une idée, faire du 1er mars 2010 une journée du Respect réciproque et de la Dignité. Elle sait combien l'immigration est le carburant de l'économie française, et l'idée est de montrer à la France ce que serait "une journée sans nous", mais de le montrer concrètement en invitant les immigrés, leurs descendants, leurs amis à s'arrêter pendant 24 heures de travailler, de consommer... La "Journée sans immigrés" est lancée. "Ce sera, dit Nadia Lamarkbi, notre manière de faire réfléchir sur la place des immigrés et de leurs descendants en plein débat instrumentalisé sur l'identité nationale". En deux mois, le cercle d'amis sur Facebook s'élargit à plus de 26000 personnes, une association est créée avec des comités d'organisation dans les régions. Comme dit d'elle un de ses amis, Nadia sera "l'étincelle qui mettra Hortefeux en poudre". 22 novembre 2009 : avec Diam's, les larmes aux cieux Mélanie Georgiades porte bien son nom d'artiste. Un diamant n'est fait que d'éléments naturels. Un diamant ne peut être brisé que par un autre diamant. Mélanie, née à Nicosie (Chypre), arrivée en France à l'âge de 4 ans, a grandi dans l'Essonne (adolescence aux Ulis), avant d'entamer sa carrière sur la scène rap. Diam's est en concert ce soir au Mans avant de poursuivre à Angoulême, Bordeaux, Lyon, Nancy. Pour ceux qui ont cru que Diams' (Mélanie Georgiades) avait pété les plombs, cachée derrière une burqa, la réponse de l'artiste a été claire toute cette semaine sur les plateaux de télévision. Les téléspectateurs ont été scotchés sur leur fauteuil et ils le disent sur le site de l'artiste : " J'ai regardé par hasard France 3 ce soir (mercredi 18/11/2009) et je suis tombée sur vous. Vous m'avez scotchée devant l'écran durant toute la durée de votre interprétation. Je suis étrangère alors pour comprendre la chanson, je suis obligée de suivre les sous-titres sur l'écran (d'ailleurs, merci France 3). Vos paroles m'ont vraiment bouleversée, j'en ai eu des larmes aux yeux"... "Comme tous les soirs, j'ai regardé Le grand journal, et je ne connais pas du tout Diam's. En effet, je suis une mamie de 65 ans mais quand je vous ai vu j'ai vu une lumière, vos paroles m'ont bouleversée et elles sont d'une telle justesse que j'en ai eu les larmes aux yeux. Merci à vous pour cet instant de pure magie. C'est bien la première fois que je vais acheter un disque de RAP quitte à passer pour une mamie déjantée, mais franchement j'en suis encore toute retournée. Merci et comme vous dites gros big'up". "Je regardais Ce soir ou jamais quand t'es apparue et t'as tout fait pété sourdement avec "Si c'était le dernier", je me suis effondrée en larmes devant tant de vérité. Le rap français n'est pas mort. Big up de Belgique à la reine des damnés". "Merci Diams un grand moment! je regarde et écoute en boucle, j'ai 50 ans et quelquefois je désespère alors merci de continuer à te battre et è chanter". "Un grand merci à Canal qui a su respecter tes choix, tes convictions et ta vie privée..." "J'ai vu ta prestation ce soir sur Canal, ainsi que ton clip, "Enfants du désert" ce midi et tu sais quoi, les 2 chansons m'ont fait verser des larmes!! Tes textes sont sublimes, très proches de la réalité et je m'y suis identifiée. Maman de 42 ans d'un enfant métisse et folle de rage contre notre "cher" président, je ne peux que valider et approuver ce que tu chantes, rap et discours. Bravo Diam's, tu es vraiment pleine de sincérité, de vérité, et de franchise... Big up and love!" .15 novembre 2009 : Laurence Roustandjee, le soleil se lève à La Réunion Quelles sont vos origines ? "Je suis née à l'île de La Réunion. Mes parents sont créoles tous les deux. J'ai des origines indiennes". Comment avez-vous débuté à la télévision? "J'ai répondu à une petite annonce de RFO Réunion qui cherchait de nouveaux animateurs. J'ai commencé par le bulletin météo du week-end". Maintenant Laurence Roustandjee présente la météo sur M6. Elle est à 10000 kms de ses proches. "En hiver, c'est vraiment dur... Mais j'ai fait des belles rencontres ici. Certains sont maintenant des personnes qui forment ma famille à Paris". Depuis un mois, Laurence Roustandjee présente aussi une émission culinaire ("A vos papiles"), sur Teva. A la maison, elle aime faire découvrir la cuisine créole à ses invités, et elle leur joue de la guitare. Laurence Roustandjee écrit et chante. Elle nourrit des projets musicaux dans la tête et aimerait faire une scène dés que possible. Elle aime tous les métiers artistiques : la danse, la photographie. Elle aime aussi les voyages. Une amie dit d'elle qu'elle est "montée sur roulettes". A Paris, dans les brumes de l'automne, un soleil brille, il nous vient de La Réunion. Le temps est toujours beau quand Laurence Roustandjee est à la météo ! (d'après une interview à Télésphère, par Sébastien Radel) 8 novembre 2009 : Pap et Marie N'Diaye, à l'encre noire Dans la famille N'Diaye, il y a Pap, historien, et il y a Marie, raconteuse d'histoires. Pap N'Diaye, maître de conférences à l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, a fait un parcours d'excellence et il n'a de cesse aujourd'hui de contribuer à la lutte contre les discriminations dues à la "condition noire" (il est l'auteur de "La condition noire. Essai sur une minorité française", Calmann-Lévy). Sa soeur Marie a choisi un autre chemin, la littérature. Elle écrit depuis l'âge de douze ans. Elle était encore lycéenne lorsqu'elle a envoyé son premier manuscrit à Jérôme Lindon : "Quant au riche avenir". Le patron des Editions de Minuit, mort en 2001, a immédiatement perçu l'immense talent de Marie N'Diaye. L'écrivaine est restée pendant vingt ans chez Minuit et c'est aujourd'hui chez Gallimard qu'elle reçoit le Prix Goncourt 2009. L'écriture de Marie N'Diaye est "puissante", car elle parle de l'âme, cet espace du silence, ce réceptacle de tous les tourments, ce lieu du divin. Les héros de Marie N'Diaye sont des héroïnes et elles sont "puissantes", c'est-à-dire qu'elles ont une âme, cette force intérieure qui permet d'affronter le mal et peut-être aussi le mâle. Marie N'Diaye, raconteuse d'histoires, nous parle de trois femmes, toutes trois originaires du Sénégal. Chacune a un combat à mener contre les égoïsmes, contre les humiliations, contre les violences. Marie N'Diaye ne connaît pas l'Afrique. Elle connaît la Beauce, où elle est née, la banlieue parisienne, où elle a grandi, l'Italie, où elle a ciselé son écriture, l'Allemagne, où elle vit en exil (presque politique)... mais elle ne connaît pas l'Afrique. C'est par son écriture qu'elle retrouve aujourd'hui un lien avec l'Afrique de son père, qu'elle n'a jamais connu, et surtout l'Afrique de ses lecteurs, qui l'ont reconnue parmi les leurs. A Paris, Marie a retrouvé Pap, son frère aîné. Ils se racontent la cité de leur enfance, à Fresnes, où jamais ils ne se sont sentis "étrangers" mais toujours ils se sont sentis "décalés". Pap, professeur à Sciences Po, se fait très souvent contrôler son identité dans le RER. Marie, "goncourtisée", occupe depuis ce 2 novembre tout l'espace médiatique mais il lui tarde de retrouver Berlin, la ville de son exil, et sa table d'écriture, le lieu de sa solitude, de sa puissante solitude. 1er novembre 2009 : Mariame et Khadija Tighanimine, hijab et cécité La France a décidément beaucoup de difficultés à intégrer son islam. Lorsque notre amie Rokhaya Diallo, devenue une talentueuse chroniqueuse télé et radio, parle avec respect du hijab et des femmes qui le portent, Marianne sort un torchon islamophobe "digne" des pires logorrhées de Minute. Comme Rokhaya, depuis des mois, nous (la rédaction d'entre-gens) lisons avec intérêt les articles de Khadija et de Mariame Tighanimine, animatrices du site hijab and the city. D'abord, sur la forme, elles écrivent bien et nous aimons la belle écriture. Ensuite, sur le fond, elles ont su rassembler autour d'elles et de leur site une expression féminine sans doute inattendue pour beaucoup. Les femmes ou les jeunes filles, voilées ou non, qui s'expriment sur hatc (les hatciennes, comme elles les appellent) ne sont pas des femmes soumises et analphabètes. Elles ont une vie sociale et des passions comme toutes les femmes modernes et urbaines. Elles ne sont pas asexuées. Elles aiment être belles. Elles sont tolérantes. Elles aspirent seulement à ne pas être discriminées par le seul fait qu'elles ont décidé, pour certaines d'entre elles, de porter un voile. C'est ce que Khadija et Mariame (qui a réalisé en octobre une interview remarquée de Tariq Ramadan, auteur de L'autre en nous) expriment avec conviction. C'est ce que Rokhaya a relayé avec son intelligence habituelle. C'est ce que Marianne n'a pas aimé. La cécité n'est pas où l'on croit !
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