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19-02-2008

Mine Günbay est diplômée en Ingénierie et Management de la formation. Elle prépare un DU de Santé publique. Elle a été de 2005 à 2008 la présidente de l'ASTTu, une association franco-turque. Elle adore la danse, le théâtre. Elle a été élue conseillère municipale à Strasbourg sur la liste de gauche. Et pour elle, le 8 mars est une date très importante. Lorsque nous concluons notre entretien, elle se désole : "Je crois que je n'ai pas dit dix pour cent de ce que j'aurais aimé dire pour ce portrait". Une sacrée vitalité à partager, Mine ! Un nouveau portrait d'entre-gens à découvrir très vite.                   

         

Elle est née le 8 mars, et tous les ans, ce jour-là, depuis qu'elle a eu trois ans, et jusqu'à aujourd'hui encore, elle passe ses anniversaires à fêter la journée internationale des droits des femmes. Elle la fête avec sa mère et d'autres femmes, avec l'espoir que les choses pourraient changer. Mine Günbay (29 ans au 8 mars 2008) croit plus que tout en la force des collectifs et de la collectivité... et surtout au rôle à jouer par les femmes.

Et si l'histoire commençait avec sa grand-mère maternelle. C'est une femme que Mine (on prononce Miné, pour les non-turcophones) admire... c'est une femme exceptionnelle...une paysanne d'une force incroyable. Et pourtant elle est à l'opposé de ce que la jeune Strasbourgeoise a toujours voulu être en tant que femme, elle qui est aujourd'hui élue à Strasbourg, mais nous y reviendrons...

La grand-mère a eu sans doute la vie difficile des femmes des campagnes en Turquie mais sa petite-fille a toujours considéré qu'elle était une vraie leçon pour la jeune génération. La jeune femme, d'apparence si posée, dont le visage exprime beaucoup de douceur, dont tous les gestes semblent mesurés, sait plus que d'autres se révolter. Aujourd'hui, dit Mine, « on a l'impression que tout est acquis, on oublie trop souvent que la lutte pour la contraception, pour l‘IVG, pour l'émancipation des femmes n'est pas si ancienne en France....et on est loin d'avoir tout réglé ». A 5 ans déjà quand sa mère en avait marre où quand elle faisait des bêtises et qu'elle lui demandait de se taire « je me plantais devant elle... silencieuse, selon la consigne, et je disais quant même ce que j'avais à dire sans émettre un son, seules mes lèvres bougeaient.... ». Sa mère lui a raconté que déjà à cette époque elle avait compris que sa fille n'allait pas être de tout repos et qu'elle dirait ce qu'elle avait à dire quoi qu'il en coûte !

Mine Günbay est née à Metz et cela fait dix ans maintenant qu'elle habite à Strasbourg. Elle s'est toujours sentie très proche de ses parents. « C'est sans doute pour cela que je suis si attachée à la Turquie ». Elle est fascinée par l'histoire de ce pays : ses contradictions, ses paradoxes... « Pour moi l'Identité est un concept aussi complexe que la Turquie... il est compliqué d'en parler, de la définir... au risque de lui faire perdre ses subtilités et ses nuances... ». Enfant, elle n'a jamais été une élève studieuse... plutôt du genre à se contenter du strict minimum hormis pour les choses qui la passionnaient, à savoir le théâtre et l'histoire... Il y a eu une rencontre qui a changé le cours de sa vie, c'est celle avec un prof de théâtre. Au cours de la troisième au collège, elle a participé à un atelier de théâtre avec lui dans une petite association de quartier et c'est de là qu'est venue la passion du théâtre et l'envie d'en faire ... « Je crois, me dit-elle, que le théâtre m'a permis d'avoir un regard plus nuancé sur les choses... c'est aussi à ce moment que la rencontre avec des personnes de cultures différentes m'a attirée ». Depuis qu'elle est arrivée à Strasbourg en 1998, elle ne fait plus de théâtre. Mais elle va souvent au théâtre...

Et depuis sa quinzième année, Mine danse beaucoup... « J'ai fait de la danse africaine, de la danse orientale, du modern-jazz, de la danse indienne, du flamenco, du ragga-jam, de la danse contemporaine...» . Avec des copines, elle a créé une association de promotion des danses orientales. « La danse orientale a une connotation assez négative dans la culture turque... sa dimension artistique est souvent occultée ».

Ah, l'identité ! Elle vient de lire « La bâtarde d'Istanbul » d'Elif Safak, ... un livre d'une force incroyable et qui décrit si justement la complexité des Identités qui traversent la Turquie... avec ses fantômes et ses blessures, ses injustices et ses joies... Avec comme fil rouge le regard de turcs et d'arméniens sur les évènements de 1915...
Tous les questionnements identitaires de l'étudiante qu'elle était en 1997-1998 l'ont amenée à arrêter la fac d'histoire de Metz pour aller étudier la turcologie à Strasbourg. La turcologie lui a ouvert une fenêtre sur l'ethnologie et l'ethnologie a nourri sa passion des voyages...

« J'adore voyager... Mon dernier voyage en Inde est certainement celui qui m'aura le plus bouleversée et interpellée. ... »

La fac de Turcologie aura finalement été pour elle un vrai « choc culturel ». Elle ne partageait rien avec les personnes qui y étaient. C'est à ce moment là qu'elle a pu comprendre qu'il n'y avait pas UNE CULTURE mais des cultures.... Et que d'être de la même origine n'est en rien gage d'une culture commune...

On l'aura compris, Mine Günbay a des valeurs. Sur le plan humain, ce qui est important pour elle, c'est le bonheur de ses proches. Elle a besoin de les voir régulièrement.... « Mes amies... et aussi ma famille, c'est auprès d'elle que je me ressource... d'ailleurs je dis toujours quand je vais en Turquie que je rentre me ressourcer... ». Ses convictions, elle les exprime aujourd'hui dans sa vie personnelle comme dans sa vie militante et professionnelle. Elle est chargée de mission dans l'association Migrations Santé Alsace (MSA). « L'engagement et la formation sont pour moi intimement liés. L'engagement est forcément formateur, et la formation un processus qui devient au fur et à mesure un engagement avec soi même et qu'il faut mener à terme. Je crois que ce sont vraiment les deux choses les plus importantes pour moi ».
Depuis qu'elle est toute petite, Mine Günbay est dans le milieu associatif... Et quand elle est arrivée à Strasbourg, elle s'est d'abord engagée aux CEMEA, pour les valeurs d'éducation populaire que porte ce mouvement, et toujours un peu plus... aujourd'hui elle en est administratrice.
En 2005, quand on lui a proposé de déposer sa candidature pour la présidence de l'ASTTu (l'Association de solidarité avec les travailleurs de Turquie, qui a une longue histoire, puisqu'elle a été créée près de dix ans avant sa naissance !), elle n'a pas réfléchi trop longtemps, car les valeurs qui y étaient défendues étaient aussi celles qu'elle défendait. « Je n'ai pas peur des responsabilités et cela me semblait être une continuité logique de mes engagements ». L'ASTTu, avec la présidence de Mine, a pris un nouveau développement associatif, affirmant une présence culturelle et citoyenne forte des « originaires de Turquie » à Strasbourg et en Alsace.

Elle ne souhaitait pas s'engager en politique... mais quand Roland Ries, ancien maire de Strasbourg et tête de liste socialiste aux prochaines municipales, lui a demandé de participer à cette aventure, elle s'est simplement remémorée cette phrase qu'elle a pu dire un jour à une réunion où elle était très en colère suite à un nouveau projet de loi : « y'en a marre qu'ils parlent toujours à notre place et qu'ils croient savoir mieux que nous comment on se sent ! ». Elle combat pour une égalité des droits (« et non pas une égalité des chances », me précise-t-elle aussitôt, qu'elle a tendance à considérer comme un artifice tant que des droits égaux ne sont pas garantis), pour les populations immigrées et étrangères. Si Mine Günbay est aujourd'hui sur cette liste, elle le dit haut et fort dans toutes les rencontres et réunions qu'elle multiplie dans la dernière ligne droite avant l'échéance, « c'est en tant que citoyenne d'abord, en tant que femme mais aussi bien évidemment en tant que fille d'un ouvrier originaire de Turquie ».
Elle sait bien que l'on va la regarder un peu comme une représentante de « la diversité », comme on dit aujourd'hui, même si elle est née en France et qu'elle y a toujours vécu ! « La diversité c'est bien, m'explique-t-elle, mais il y a beaucoup de dérives et d'approches différentes de la diversité dans ces municipales... il y a des personnes qui ont le culot de dire qu'elles représentent la communauté turque par exemple... ».
Plus que tout, elle craint toute forme de « communautarisation » de la question :« la prise en compte de la diversité de la société française, point barre ! ». Que des personnes d'origines turques (elle met un pluriel à l'expression) se disent «  ah c'est chouette une fille d'origine turque est sur la liste, on prend enfin en compte notre présence dans cette ville » est une chose, mais qu'on dise « je vais voter pour elle parce qu'elle est turque ! » c'est contraire à ses convictions. « Si on commence à choisir des enfants de l'immigration turque pour les turcs, maghrébines pour les maghrébins, d'Afrique noire pour les noirs...on est dans une aberration républicaine ! Sans parler de l'aberration de représentativité erronée que cela représente... quel Africain peut-il se targuer de dire qu'il peut à lui seul représenter les originaires du Sénégal, du Cameroun et du Gabon ? »
Elle précise :  « Je veux que les personnes d'origines turques votent...  D'abord pour être dans un acte citoyen, et que si elles votent parce que je suis sur la liste qu'elles le fassent en connaissance de causes des valeurs et des principes défendus par la gauche », ajoutant :  «  Je refuse de jouer sur le vote communautaire ».
Les engagements de Mine Günbay sont le fruit des réflexions qu'elle a pu mener dans son travail comme dans son action associative et des expériences des personnes qui l'entourent. Elle croit beaucoup au rôle particulier des associations. « C'est le rôle des associations référées à l'immigration que d'alerter et de proposer des démarches de soutien complémentaire».
La jeune femme n'a vraiment pas peur de l'engagement ni du travail que cela représente... « J'ai toujours mené à terme ce que j'entreprends... ». De 1998 à 2006, elle a mené ses études conjointement à ses emplois d'interprète (franco-turque), d'animatrice, de formatrice, de directrice de centre de loisirs, de chargée de mission à MSA... En 2005, après sa maîtrise d'ethnologie, elle a passé un DESS Ingénierie et Management de l'Education, de la Formation et du Socio-Educatif.

Aujourd'hui encore elle travaille à temps plein, et elle prépare en parallèle un DU  de Santé Publique, elle n'est plus présidente de l'ASTTu mais est désormais élue municipale. Mine Günbay a encore tant de projets ... 

                         portrait par  Guy Didier, le 18 février 2008 (modifié en août 2008)

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