- Le dessein animé de Rokhaya Diallo
Entre-gens arrow Entre-gens arrow Le dessein animé de Rokhaya Diallo
Menu Principal
Entre-gens
Qui sommes-nous ?
Index
revue de presse
La une de la pluralité
Coups de pouce
Talents à découvrir
Passions à partager
Migrants pleins d'allant
Mots pour maux
Vivre autrement
Récits de vie
Interculturel
Une ville, des talents
Initiatives citoyennes
Fenêtres sur le monde
La Lettre
Liens
Portail
Calendrier
Nous contacter
Statistiques
Entre nous
Sondages
Le portrait que vous avez préféré en 2007
  
Pour vous, la danse orientale c'est...
  
Le portrait que vous avez préféré en 2008
  
Vous aimez les rencontrer sur entre-gens. Vos préférences :
  
Populaire
Connexion
Nom d'utilisateur

Mot de passe

Se souvenir de moi
Perdu votre mot de passe ?
Pas encore de compte ? Enregistrez-vous
Syndication
Le dessein animé de Rokhaya Diallo Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
23-01-2008

 Les Indivisibles sont nés d'un ras-le-bol. Ras-le-bol d'être sans cesse soupçonnés de venir d'un "ailleurs" exotique, d'être "présumés étrangers" ou d'être félicités pour une "intégration" sans faute. Ni "beurs", ni "blacks", ni "issus", tout simplement Français, sans commentaires ! Rencontre avec Rokhaya Diallo, la Présidente de l'association Les Indivisibles.

Années 80 dans le 19ème arrondissement de Paris. Rokhaya Diallo, née le 10 avril 1978,  va à l'école, emmenée par sa nounou laotienne. En classe, les enfants ont toutes les couleurs de peau ou de cheveux, mais jamais la petite fille n'a ressenti la moindre "différence".

Ses parents à elle sont venus du Sénégal. Son père a transité par le Sierra Leone... et par les  Vosges, avant d'arriver à Paris où son épouse l'a rejoint. Tous les enfants du quartier auraient une histoire à raconter sur le parcours de leurs parents mais ils n'en savent pas grand chose. Leurs centres d'intérêt sont ailleurs. Quand ils rentrent à la maison, ils se plongent dans le Club Dorothée et se nourrissent de dessins animés japonais. Rokhaya, enfant, a autant baigné dans les cultures laotienne, par sa baby-sitter et ses voisines, et japonaise, par la télé, que sénégambienne. La petite fille se passionne pour la BD venue du Pays du Soleil Levant. Quand elle entre au collège, elle commence à s'interroger sur les origines de ces dessins animés et surtout sur leurs créateurs.

C'est ainsi qu'elle découvre que tous les dessins animés en question étaient adaptés de bandes dessinées à succès (les mangas) et qu'elle commence à fréquenter les librairies japonaises de Paris pour acheter en avant-première les BD qui allaient devenir des dessins animés.

 Gnahahahahahaha !!!

Même si depuis, elle s'est aussi intéressée aux productions européenne et américaine de BD et de dessins animés, la passion de Rokhaya pour le Japon a duré toute son adolescence. A 12 ans, elle découvre Rumiko Takahashi, l'une des rares femmes mangaka (terme japonais qui désigne les auteurs de mangas), qui s'est illustrée dans un genre destiné aux garçons.

                              

Une association de fans de mangas s'est constituée sous l'impulsion d'un noyau de Franciliens qui souhaitaient se retrouver autour d'une passion qui n'avait pas encore le vent en poupe. Certains dessinaient, les autres écrivaient, dans le cadre de fanzines (dont certains sont devenus des magazines professionnels depuis). La majorité de ces lycéens et jeunes étudiants était composée de garçons. Beaucoup de ces structures associatives se sont professionnalisées pour devenir des sociétés éditrices de BD ou de DVD, organisatrices de salons, sociétés de doublage, etc. Rokhaya et ses amis ont commencé aussi à faire des doublages. Le plus souvent, dans le milieu, les voix sont celles de comédiens adultes, leurs voix jeunes étaient particulièrement recherchées. Ils ont aussi appris à négocier un contrat et cela a souvent orienté des carrières professionnelles. C'est le cas pour Rokhaya qui s'est dirigée, après un maîtrise en droit international européen, vers des études commerciales et un master en marketing de distribution dans l'industrie audio-visuelle. Elle travaille aujourd'hui (en CDI, ce qui est plutôt rare dans ce secteur économique) en tant que chargée des acquisitions pour une chaîne jeunesse du câble, issue d'un grand groupe international. Tant lors de ses études hier que dans sa vie professionnelle aujourd'hui, elle a fait le constat qu'elle était souvent la seule personne noire de son environnement.

 Dans le plus simple pareil

Toute sa vie, la jeune femme (29 ans) a rencontré des interrogations curieuses : "D'où venez-vous ?", quand ce n'était pas des exclamations extatiques: "Wow, c'est incroyable, tu parles super bien le français !!". Parfois, on lui demandait la recette du mafé. Les plus connaisseurs lui glissaient quelques mots en poular (la langue peule), son nom étant supposé révéler son appartenance à ce peuple.

                            

                                                © Emeka Okereke

Pas de chances, Rokhaya ne connaît pas le peul, et si elle comprend parfaitement le wolof, la langue de ses parents, elle ne le parle pas. Elle n'aime pas plus le mafé que le pot-au-feu. Et lorsqu'on lui demande: "D'où tu viens ?", elle répond "De Paris". Lorsque l'on insiste : "Oui, mais avant ?", elle glisse malicieusement: "Avant, je n'étais pas née". Rokhaya est née dans le 4ème arrondissement de Paris, a passé toute son enfance dans le 19ème et sa jeunesse à La Courneuve.

Bien sûr, Rokhaya a fini par se poser des questions: "Qu'est-ce-qui peut bien laisser penser que je serais "venue" ou que je pourrais avoir des difficultés à m'exprimer dans ma propre langue ?". La réponse était évidente. Lasse d'être présumée étrangère ou considérée comme une attraction exotique dans son pays, elle a décidé d'affirmer haut et fort: "La France, c'est chez moi !" et de créer avec quelques amis qui ressentaient la même chose une association qu'ils ont appelé "les Indivisibles".

 Côté pile ou coté faciès ?

Les Indivisibles sont nés d'un ras-le-bol. Ras-le-bol d'être sans cesse soupçonné-e-s de venir d'un "ailleurs" exotique, d'être "présumés étrangers" ou d'être félicité-e-s pour une "intégration" sans faute. Ni "beurs", ni "blacks", ni "issu-e-s", tout simplement Français, sans commentaires ! Quelques articles de presse visant juste ont suffi à propulser le site Les Indivisibles que l'association a lancé en décembre 2006.

           

 Noria Belgherri est une amie de Rokhaya. Elle a aussi 29 ans. Elle habite Drancy. A Charlotte Rotman, la journaliste de Libé qui l'interrogeait sur son identité -elle a le teint mat et les cheveux noirs - elle ne pouvait répondre autre chose que "Française. Point." Française, sans commentaire. Tout simplement pareille à tous les Français, dont certains ont les yeux bleus, d'autres les yeux bruns. Tout simplement. Autour d'elles se sont réunis quelques amis sensibles à leur message.

 Alexandra Henry, 28 ans, est enseignante à Montrouge. Adrien Dainat, 35 ans, de Paris s'insurge contre les stéréotypes diffusés par les médias. Anne Akinosho, 25 ans, enseignante à Crépy-en-Valois, veut enlever "ces étiquettes qu'on nous colle injustement et qui nous suivent malgré nous". Linda Baha, 30 ans, de Puteaux, juriste à Paris, en a marre qu'on lui serine à tout bout de champ: "Oui, mais toi, c'est pas pareil ". Kama Cissoko, 27 ans, des Hauts-de-Seine, passionnée par le journalisme veut surligner les abus de langage à l'encontre de l'autre. David Cosset, 29 ans, de Herblay, est graphiste. Il pense que c'est par l'humour que l'on peut faire passer des messages. Sébastien El Beze est blanc, masculin, hétéro, athée, rarement visé par le racisme, le sexisme, ou autre, mais il a de l'empathie, et franchement un peu marre du communautarisme des riches.

                   

                                                 © Valentine Vignault          

Jann Halexander, 25 ans, est chanteur. Yann Vigile Hoareau, 27 ans, est psychologue. Utku Kaplan, 28 ans, de Lyon, est chef de projet multimédia. Gilles Sokoudjou, 30 ans, du Raincy est chef de projet informatique. Clément Oubrerie est dessinateur à Paris. Muriel Londres est d'Ivry-sur-Seine. Toutes et tous se retrouvent dans cette France à la fois multicolore et unie. Tous ensemble, ils ont fondé le site Les Indivisibles et ont plein de projets dans la tête: intervenir dans les écoles, dans les entreprises, dans les médias, créer des évènements publics. Ce ne sont pas des "militants professionnels", c'est peut-être pour cela qu'il y a toujours tant de fraîcheur dans leurs débats et tant d'humour dans leurs propos.

                      

                                            © Emeka Okereke

C'est à la Courneuve, où Rokhaya Diallo est arrivée à l'adolescence, que son engagement citoyen s'est affirmé. La Courneuve, c'est à deux pas du 19ème arrondissement, mais il faut franchir le périphérique et Rokhaya a perdu de vue ses anciennes copines du quartier. Elles la croyaient partie très, très loin. Au-delà du périph', c'est forcément loin ! Elles viennent de renouer contact grâce à Copains d'avant.  La jeune fille a commencé à fréquenter le Service jeunesse de la ville et en 2001, elle a été sollicitée lors de la création du Conseil Local de la Jeunesse. Au début, elle participait comme simple membre puis elle en a eu la responsabilité, en tant que Présidente, pendant deux ans. Rokhaya Diallo, féministe, s'est aussi engagée à Mix-Cité, et altermondialiste, à ATTAC. Elle ne milite plus dans ces "assoces" même si elle en reste sympathisante. Elle a eu des sollicitations politiques en prévision des prochaines municipales mais ne souhaite pas y répondre. Son véritable engagement d'aujourd'hui, ce sont Les Indivisibles.

                      

L'association Les Indivisibles a pour but de déconstruire grâce à l'humour les préjugés ethno-raciaux et en premier lieu, celui qui nie ou dévalorise l'identité française des Français non-Blancs. Cette thématique préoccupait depuis quelques années Rokhaya. C'est après avoir vu un documentaire sur Arte où intervenait Noah Sow, chanteuse allemande fondatrice du mouvement "der braune Mob". qu'elle a eu l'idée de l'association. Le site propose des clips d'animation humoristique, mis en ligne sur les sites de partage de vidéos. L'équipe travaille en grande partie par le biais d'internet. Les articles sont écrits en réaction à l'actualité, avec une veille permanente que les membres effectuent sur tous les supports (TV, presse écrité, internet, cinéma).

 La ménagère de moins de 50 ans

Rokhaya fréquente beaucoup les salles de cinéma. Elle a eu quelques coups de coeur en 2007 : "La vie des autres", "Les chansons d'amour" (en fiction), "Persépolis" (en animation) et "Les Lip, l'imagination au pouvoir", un documentaire plein d'espoir.

Tous les ans, Rokhaya Diallo participe à l'organisation d'un festival de films africains à Louvain en Belgique. Les cinématographies africaines sont méconnues et leurs films souvent snobés par les festivals internationaux majeurs. Elle aime aussi beaucoup la chanson française, les paroles bien écrites, qu'elles traduisent un engagement politique ou de la légéreté.

        Ménagère, gentille ménagère, 
        Ménagère, il faut te ménager !
        Ménager du temps d'loisirs (bis)
        Bouquiner (bis) 
        Et chanter (bis)
        Et baiser (bis)
        Militer (bis)
        Ne rien faire (bis)
        Mmmmmmmmmmm...

   (extrait de Ménagère, gentille ménagère, sur l'air de Alouette, www.mix-cite.org)

Elle aime les auteurs qui incarnent les chansons sur scène.

Enfant, Rokhaya se rendait régulièrement dans le pays de ses parents, mais elle n'y est plus allée depuis l'adolescence. Ses activités et ses loisirs l'amènent à voyager beaucoup en Europe et dans le monde.

Mais en cette fin janvier 2008, ce qui l'occupe, c'est encore et toujours Les Indivisibles qui va proposer dans quelques jours un site rénové beaucoup plus interactif ...

Guy Didier, le 23 janvier 2008

 Liens : La charte des indivisibles (pdf)

 Contact : contact@lesindivisibles.fr

 

< Précédent   Suivant >
Designed by Dolmenhir - Dessiné par Dolmenhir - Powered by Mambo - Motorisé par Mambo - Get Firefox