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Pollens Version imprimable Suggérer par mail
10-12-2007

"Pollens" est le titre d'un roman de Mahi Binebine (Fayard, 2001): l'errance d'un jeune homme qui fuit les Vosges pour le Maroc en quête d'un bonheur qui tourne à la folie. Mahi Binebine n'est pas seulement romancier. Il est l'un des plus brillants artistes de la diaspora marocaine en France dont nous découvrons ici quelques uns des principaux visages : Mohamed Rachdi, Meki Masmoudi, Yamou, Rim Laâbi, Brahim Bachiri, Ymane Fakhir, Mohamed Elbaz, Hicham Benohoud. Comme le roman, la toile "Pollens" parle d'une fuite impossible: le passé ne peut se quitter, il ne peut s'oublier... Mahi Binebine peint le jour et écrit ses romans la nuit (ou parfois le contraire). Cet admirateur de Bacon peint des masques désespérés et désespérants. Il écrit sur le drame quotidien des clandestins jouant leur vie à pile ou face sur des barques (roman Cannibales). Il se préoccupe exclusivement de ses semblables.

Chez lui, pas de paysage. Seul l'homme le hante. Ses personnages sont dépouillés de tout vêtement et de tout accessoire, nus comme leur destinée. Cet ancien professeur de mathématiques  qui s'est installé à Paris en 1980, qui a passé 5 ans à New York, est retourné à Marrakech, se consacre aujourd'hui exclusivement à la peinture et à l'écriture.                     

                      

 Mohamed Rachdi, un puits de désir

C'est un homme rare, Mohamed Rachdi, un poète sensible et intelligent, un homme de l'art qui veille sur les artistes, un enseignant (de l'Université de Valenciennnes) qui fait parler les oeuvres muettes. C'est un peu tout cela et plus encore. Le fondateur du RARE (Réseau d'Art Recherche et Essai) est artiste plasticien lui-même. Il est né en 1964 à Goulimime, au Sud du Maroc. Il vit et travaille à Amiens. Mohamed Rachdi, Docteur en Art et Sciences de l'Art (Paris I - Sorbonne), monte des expositions d'art contemporain. En 2006, c'était "Les puits du désir", qu'il a présentée à Montataire: dix-sept artistes femmes dans une église. Ce lieu de culte, le temps d'une exposition, est devenu un lieu d'écriture, où il a invité les artistes à habiter l'intériorité du O : le O de l'Origine du monde (hommage à Courbet), le O de l'Oasis, le O de l'Oeil, le O qui s'Ouvre à l'abîme de cette altérité : la femme.

Le 21 décembre prochain, Mohamed Rachdi sera le commissaire pour la sélection marocaine du 7ème Festival d'images artistiques vidéo (FIAV) au Centre Pablo Neruda de Nîmes. Le F.I.A.V. 07 est la septième édition d'un festival, organisé par la galerie d'art contemporain Esca, qui a la particularité d'être itinérant entre le Sud de l'Europe et le Nord de l'Afrique. Il est le moment de la prise de conscience d'un champ culturel euroméditerranéen. Accueilli l'an dernier en Tunisie par le Centre culturel international d'Hammamet il se déroule donc cette année à Nîmes. Le FIAV 2007 invite cette année sept pays : l'Algérie (commissaire: Nadia Boubekir), la France (Noëlle Tissier), l'Espagne (Gerardo Peral), le Portugal (André Sousa), la Tunisie (Nadia Jelassi) et donc le Maroc (Mohamed Rachdi).Un jury décernera le prix Ibn Batuta, en hommage à ce géographe grand voyageur tangérois du XIVème siècle.

 Meki Masmoudi dans un tourbillon

L'auteur de ces lignes a connu Meki voilà plus de vingt ans entre les plants de tabac d'une ferme alsacienne où tous deux passaient leur été à cueillir ces feuilles qui, une fois séchées dans de hauts hangars, devaient prendre la direction des manufactures de la région. El Mas, comme il aimait se faire appeler par les amis, est né à Tetouan et a grandi à Ceuta. Enfant, il était déjà à l'interstice entre le Maroc et l'Espagne et l'espagnol est sa seconde langue. C'est d'ailleurs en Espagne que l'artiste marocain a accroché ses premières toiles à la "Escuela Superior de Bellas Artes San Fernando" de Madrid. Il arrive à Strasbourg en 1980,  y reste par amour pour l'Alsace et pour une Alsacienne. Il devient vite l'un des artistes les plus prolifiques de la ville. Sa peinture est toujours en recherche. D'une idée surgissent des couleurs, où dominent souvent les ocres, les rouges et les noirs, des matières, qui s'incrustent dans la toile, des formes souvent tourbillonnantes. L'amateur d'art qui veut appréhender cette "écriture" doit pénétrer l'oeuvre. Meki Masmoudi cite cette phrase de Nietzsche : "Une oeuvre d'art n'est lisible que par approfondissements successifs".

 Yamou cultive son jardin

Il faut toucher de l'oeil les oeuvres de Yamou. Il faut en sentir les effluves comme s'ils surgissaient de la toile. L'artiste peint des jardins, écrit des jardins, sculpte des jardins. Son atelier est un jardin au coeur de Montreuil. Quand il était enfant, Yamou dessinait déjà sur les murs. Il a découvert la peinture dans les magazines au Maroc où il est né en 1959 à Casablanca. Après son bac, il arrive en France pour des études de biologie mais laisse tomber pour la sociologie. Son DEA porte sur l'art contemporain au Maroc. Car Yamou n'a jamais cessé de peindre et de fréquenter les galeries. A 27 ans , il a décidé de s'y consacrer totalement. Dans ses oeuvres, il utilise la terre séchée, les végétaux et sa peinture devient sculpture.

                                

Abderrahim Yamou sculpte les formes du vivant, dont il libère l'énergie. C'est un artiste inspiré qui, comme un retour aux sources, expose du 15 décembre 2007 au 15 janvier 2008 à la Galerie Noir sur Blanc à Marrakech. Mais c'est à Paris qu'il vit, travaille et exprime toute la charge émotionnelle de son art abouti.

                                   

 Rim Laâbi et ses échevettes

Elle tisse les entrelacs du désir, entrecroise les imaginaires. Cette artiste marocaine, née à Rabat en 1973, récupère des fragments de matières végétales, animales et minérales du Maroc, le pays de son enfance, de la Grèce, le pays de son adolescence, et de la France, le pays de l'âge adulte, pour en faire un tissu complexe, celui de son identité, qui s'inscrit dans l'esthétique arabo-musulmane.

L'art féminin de cette diplômée des arts plastiques et des sciences de l'art de la Sorbonne s'enracine à Paris où vit Rim Laâbi et se déploie dans les interférences des cultures vivantes.

 Brahim Bachiri, fenêtre sur court (-métrage)

"J'existe autant par mon nom que par mon corps". Et vice versa. Brahim Bachiri refuse de trancher sur cette question existentielle. Cet artiste est né en 1965 dans le village minier de Sidi Boubekeur, près d'Oujda. A 19 ans, il est venu en France pour entrer à l'Ecole des Beaux-Arts de Tourcoing. Son oeuvre polymorphe utilise la vidéo, la sculpture. Il crée des installations esthétiques où des lunettes de vue se collent sur un poste de télévision, un oeil observe les grands ensembles d'habitation, où un enfant joue avec des lettres rouges calligraphiées en langue arabe, ne parvenant pas à écrire le mot Paix.

 Ymane Fakhir sur la Canebière

Quand Ymane avait huit ans, sa mère s'est mise à acheter, commander, faire coudre et broder par des professionnelles tout ce qui leur paraissait nécessaire pour le trousseau de sa fille. D'année en année, de nouveaux articles venaient s'ajouter. En 2005, âgée de 35 ans, Ymane a commencé à vider les lourdes malles des placards et des greniers pour photographier tous ces objets : des bouquets de fleurs, des maquillages et accessoires, des objets hétéroclites. Elle en a fait une exposition dans a ville de Marseille. Photographe, Ymane Fakhir s'intéresse à l'image de la beauté féminine, qu'elle explore lorsqu'elle est exposée (monde des mannequins) ou dissimulée (voiles et tchadors). 

                                        

                                                        (photo Ymane Fakhir)

A Marseille, Ymane Fakhir est chargée de projets pour l'association et maison d'édition "Le Port a jauni". Le Port a jauni développe et structure des activités liées au livre à Marseille et dans les villes du bassin méditerranéen. A travers le livre, les enfants de Marseille, Arles, Casablanca, Le Caire, Istanbul posent un regard sur leur ville et leur vie au quotidien. Ymane Fakhir les accompagne dans sa démarche artistique.

 Mohamed Elbaz fait dans le détail

Il considère toutes les manifestations auxquelles il prend part comme des détails. Son dernier détail : exposer ses oeuvres du 15 novembre au 4 décembre 2007 dans une galerie marchande de Casablanca. Mohamed Elbaz bricole l'incurable depuis 1993. Auparavant, ce natif de El Ksiba (Maroc) avait bourlingué de Dunkerque (Ecole Régionale d'Art) à Cergy en passant par l'Institut des Hautes Etudes en Arts Plastiques de Paris. Parfois, il se prête à réaliser des courts-métrages comme Niquer la mort, réalisé avec des étudiants en BTS Audiovisuel du Lycée Rostand de Roubaix. Mohamed El Baz fait un pied de nez à la mort par l'amour. Love suprême.

 Hicham Benohoud, en version soft

Il navigue entre Marrakech et Paris. Il vogue entre deux cultures, celle de l'Islam, où tout est certitude, et celle de l'Occident, où tout est doute. Par la photographie, il interroge les interdits: se montrer nu, porter une croix,... Ce que Hicham Benohoud ne peut faire au Maroc, il l'ose à Bruxelles, à Paris, à Strasbourg, où il a suivi un cursus au Centre de Formation de plasticiens intervenants à l'Ecole Supérieure des Arts Décoratifs. Ses résidences d'artiste à Marseille, à Lorient, à Arc-et-Senans, font de lui un artiste qui n'a cessé de créer les passerelles entre France et Maroc, entre France et Maghreb.

                                                                                        G.D.

 Sources : http://www.le-rare.com/expositions.html

               

               www.bladi.net

 

 

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