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01-12-2007

« Les mots vont et viennent Entre Paris et Istanbul Cette nuit les rêves reviennent » (poème « Chez Aragon et Elsa », Elif Su Alkan, Saint-Arnoult, France)

   

              (Nancy, juin 2002)

Au Mans, ce 1er décembre, Nedim Gürsel, l'écrivain qui navigue entre deux villes (Istanbul et Paris), était invité à une rencontre-débat par les éditions Cénomane (à la Maison Charles Trénet). Il a raconté comment lorsqu'il est à Paris, la ville d'Istanbul le suit et lorsqu'il est à Istanbul, Paris n'est jamais très loin. La ville suivra... A Paris, Georges Daniel, né à Istanbul sous le nom  Coskun Tunçtan, écrit ses souvenirs d'un demi-siècle de présence en France. Cinquante ans après lui, la jeune étudiante Öznur Kücüker est arrivée à Paris en 2004. La suite vivra...

 1949 : Fahrettin Petek

Au Café Le Sélect, à Montparnasse, une vingtaine de copains, tous ou presque originaires de Turquie, se retrouvent tous les soirs pour refaire le monde. Parmi eux, Fahrettin Petek, opposant politique dans son pays, est venu à Paris pour ses études de pharmacie. Il aime à rencontrer là ses compatriotes, les artistes comme les hommes de sciences. Aujourd'hui, sa fille Gaye, membre du Haut Conseil à l'Intégration, aime à rappeler cette mémoire de l'ancienne génération turque à Paris. Quelle joie pour la fillette des années 50 de partager souvent chez elle des moments intenses avec des personnalités comme l'artiste Abidine Dino, établi à Paris depuis 1952, et qui passait souvent à la maison, à moins que ce ne fut elle qui passât chez ce grand  peintre de l'Ecole Turque de Paris. Nombreux sont les Turcs venus à Paris au cours de cette deuxième moitié du vingtième siècle à avoir marqué de leur présence tous les espaces de la vie française.

                                

                       (Göksin Sipahioglu, le fondateur de SIPA Press à Paris)


 1958 : Georges Daniel, 1

Assis à sa table de travail, dans sa bibliothèque où des milliers d'ouvrages témoignent d'une vie passée avec pour amis les livres, pour passions la musique, le théâtre, les voyages, Georges Daniel écrit. Il écrit son histoire, celle d'un homme né en Turquie en 1935 et arrivé à Paris en juillet 1958, à l'âge de 23 ans. « Dès les premiers jours, j'étais convaincu de fouler enfin le sol d'un pays où je me sentais absolument chez moi (la France) ». Sa première visite en France, il l'avait effectuée l'année précédente pour participer avec des centaines de jeunes, venus de nombreux pays fort différents, au Festival d'Avignon de Jean Vilar. Pour sa première sortie hors de Turquie, il avait alors pris le bateau (Athènes, Naples, Gênes), avait débarqué à Marseille, était monté jusqu'à Paris et avait logé dans un modeste hôtel de Montparnasse, rue d'Odessa, la rue où il a vécu durant 36 ans. Paris fut un coup de foudre. Il faut dire que Georges Daniel (Coskun Tunçtan), qui avait passé son enfance au Collège Saint-Michel d'Istanbul, était déjà très francophile, avant même ses premiers pas au pays de Voltaire. A Ankara, le jeune comédien qu'il était fréquentait assidûment le Centre culturel français où il participait activement à des soirées poétiques. C'est une bourse d'études du Quai d'Orsay qui lui a permis de venir à Paris en 1958. Il a retrouvé Jean Vilar au TNP, installé à l'époque au Palais de Chaillot. Il a eu pour professeurs Gérard Philipe, Georges Wilson, Philippe Noiret,... Il assiste aux répétitions de Jean-Louis Barrault. Et très vite, il a fait ses premiers pas sur une scène en France, d'abord au festival de Cap d'Ail où il incarnait dans un théâtre en plein air des personnages de Shakespeare et de Lorca. C'est sur une idée de Gérard Philipe qu'il choisit le nom Georges Daniel, parce que c'était un double prénom (comme Gérard Philipe). Cela devient son nom de scène, puis son état-civil, parce que dans l'administration française personne n'était jamais capable de prononcer correctement Coskun Tunçtan. Vilar lui offre un rôle dans la première pièce d'Armand Gatti. Il enseigne l'art dramatique au sein du Comité d'entreprise de la Régie Renault, monte un spectacle au Théâtre Récamier puis sillonne la France avec la Compagnie André Mairal qui joue Racine et Courteline. Il s'initie à la gestion d'un établissement culturel en intégrant l'équipe permanente du Théâtre des Nations...

                                

                                               (la "petite Turquie" à Paris)


 1961 : Demir Fitrat Onger

La Turquie compte sept établissements scolaires francophones : à Istanbul, les lycées St Benoît, St Joseph, St Michel, Ste Pulchérie et le Lycée de Galatasaray, à Izmir, le Lycée St Joseph. Demir Fitrat Onger a effectué ses études au Lycée St Michel puis au Lycée St Benoît. Il est arrivé en France pour ses études de médecine et est devenu dans notre pays un éminent cardiologue, directeur d'une clinique gérontologique.


 1965 : Nil Yalter

« Tous les artistes peintres d'Istanbul étaient francophones et croyaient que Paris était le centre de l'art ». C'est Nil Yalter, elle-même artiste peintre qui le dit. Elle est arrivée dans la ville-lumière. On considère aujourd'hui Nil Yalter comme une des plus grandes « artistes féministes ». En 1974, elle a réalisé une œuvre vidéo, La femme sans tête ou la danse du ventre, qui aborde la sexualité féminine avec franchise. La vidéo montre en gros plan le ventre de l'artiste. Avec un feutre noir, il est écrit un passage du livre Erotique et civilisations (René Nelly) où elle dénonce la négation du plaisir des femmes. Elle se souvient qu'en Anatolie, il n'y a pas si longtemps, les femmes stériles ou désobéissantes étaient amenées à l'imam du village et sur leur ventre, l'imam écrivait des phrases à caractère religieux ( !).

                              

                                              (source: www.antoloji.com)


 1969 : Nesim Fintz

Le Général de Gaulle, en visite officielle en Turquie en novembre 1968, octroie quelques bourses aux meilleurs élèves du lycée franco-turc de Galatasaray. Parmi les bénéficiaires, Nesim Fintz, 18 ans, élève de terminale, qui rejoint Limoges le 2 novembre 1969 où il intègre Maths Sup avant de poursuivre par Maths Spé au Lycée Saint-Louis à Paris. Diplômé de l'ESSEC et titulaire d'un DEA de Maths, il devient enseignant à Paris IX Dauphine puis à l'EDHEC tout en terminant son Doctorat de Mathématiques. En 1983 ; il crée à Cergy l'Ecole Internationale des Sciences du Traitement de l'Information. « Je suis un boursier De Gaulle et je ne l'oublie jamais », aime à rappeler le fondateur de l'EISTI.


 1970 : Cafer Özkül

En cette année 1970, Cafer Özkül obtient une bourse lui permettant de poursuivre ses études en France. Plus tard, il deviendra le Doyen de la Faculté des Sciences de Rouen.


 1970 : Ibrahim Yildiz

C'est à Bordeaux que Ibrahim Yildiz s'installe à son arrivée en France et c'est dans cette même ville qu'il va fonder la Librairie Mon Livre, bien connue de tous les étudiants bordelais. La librairie est aujourd'hui à Pessac à proximité des facs. A la retraite en 2002, Ibrahim Yildiz s'est engagé dans la vie associative en présidant l'Association France - Turquie Amitié Aquitaine (AFTAA).


 1971 : Nedim Gürsel

                                                     

Mars 1971, une période de répression s'ouvre en Turquie, selon un scénario désormais classique. Nedim Gürsel, qui fut élève pendant huit ans au Lycée de Galatasaray, arrive en France à l'âge de 20 ans. Il est un brillant étudiant en Lettres Modernes à Poitiers puis à Paris où il a passé son Doctorat sous la direction d'Etiemble. Ses romans disent sa passion pour sa ville d'Istanbul. Dans son roman, « La première femme », où se superposent malicieusement quatre figures féminines : la putain, la mère, l'héroïne d'une vieille légende turque et la Ville d'Istanbul, il a choisi de mettre en exergue cette citation de Cavafy : « D'autres lieux, tu n'en trouveras point... La ville te suivra ».


 1972 : Neveser Aksoy

Neveser Aksoy est la première artiste turque à avoir obtenu le diplôme de l'Ecole supérieure des Beaux-Arts de Paris en 1972. Elle est également la seule artiste turque qui figure dans « L'Officiel des Arts - Annuaire International des Arts Plastiques ». Ses œuvres sont des fenêtres ouvertes sur Paris, Istanbul, sur les paysages de Cappadoce, de Bodrum, mais aussi des fenêtres fermées, bouchées, murées, des œuvres où domine le bleu, la couleur de son pays d'origine. « Quand j'expose à l'étranger, dit-elle, non seulement je représente la peinture contemporaine turque, mais aussi la femme moderne turque ».

                              


 1973 : Georges Daniel, 2

Pendant quinze ans, Georges Daniel vit avec un passeport turc avant d'adopter la nationalité française et le nom qui est le sien aujourd'hui. De 1962 à 1969, il réalise une quinzaine de spectacles, en France et en Turquie. Il se lance aussi dans la traduction du turc au français bien entendu mais aussi du russe au français. Sa mère russe était arrivée à Istanbul à l'âge de 13 ans, avec ses parents et son frère qui fuyaient la révolution bolchevique. A Paris, Georges Daniel traduit Tolstoï en français et en turc. Toutes ces expériences lui ont donné l'envie de devenir un « révélateur », un homme qui ouvre des fenêtres, qui fait découvrir des paysages. Sans fausse modestie, il pense aujourd'hui que des dizaines de milliers d'hommes et de femmes, de tous âges, de toutes professions, de toutes convictions, de toutes origines, se sont, sous l'effet de l'action qu'il a menée au fil des années, imprégnés d'une passion qui ne les quittera jamais. Cette action, Georges Daniel, l'a menée d'abord à Asnières, puis à Troyes où il a dirigé pendant douze ans le Centre Culturel. « S'il ne tenait qu'à moi, je serais encore aujourd'hui à Troyes, une ville à laquelle je m'étais profondément attaché ». Après avoir quitté Troyes, à la suite d'un changement de politique culturelle de la municipalité de l'époque, il est nommé chargé de mission dans différents ministères, rédige des rapports comme « La politique culturelle méditerranéenne de la France ».


 1975 : Meliscan Sezer

C'est grâce à une bourse d'études que celle qui fut une brillante élève du Lycée de Galatasaray, Meliscan Sezer, arrive en France pour des études juridiques de droit international et de sciences politiques. Française depuis 1993, elle s'est rendue plutôt célèbre par l'art de la danse et du conte.

                               


 1976 : Mümtaz Teker

Venu pour faire des études de droit, Mümtaz Teker était déjà lui aussi imprégné de culture française, dés l'âge de 8 ou 9 ans, au Collège et au Lycée de Galatasaray. En France, il s'est lancé dans le tourisme et a fondé Pacha Tours. 


 1976 : Zeki Argaç


Zeki Argaç a 23 ans lorsque, diplômé de langue française à Ankara, il arrive à Paris. Il est devenu le Directeur général d'un grand hôtel parisien proche des Champs Elysées, l'Hôtel Amarante Arc de Triomphe.


 1980 : Muharrem Koç

                                   

                                            (le restaurant Anadolu à Colmar)


Le responsable de l'association ASTTu à Strasbourg, arrivé en France au tout début des années 80, a décidé de franchir le pas de la naturalisation le 21 avril 2002, horrifié par la présence du leader du Front National au deuxième tour des élections présidentielles. Il a compris là à quel point il était intégré à la société française et que c'est en France qu'il devait se battre pour défendre certaines valeurs. « Que l'extrême-droite tienne un discours nationaliste, on peut comprendre, précise-t-il, mais quand ce sont des personnes que l'on assimile au courant républicain et démocrate, il y a de quoi s'alarmer ! ».


 1981 : Karahan Yilmaz

Le poète de Metz-Borny arrive dans cette région lorraine où avec son ami nancéien Murat Erpuyan il fondera huit ans plus tard Olusum / Genèse, la revue qui vogue entre deux cultures, qui en est aujourd'hui à son 107ème numéro, édité par l'association A ta Turquie.

                          


 1982 : Ali Keskin

Le coup d'Etat de septembre 1980 en Turquie a obligé de nombreux opposants à fuir le pays. Ali Keskin est arrivé ainsi en France en 1982. Hébergé d'abord par France Terre d'Asile à Paris, puis à Gaillon dans l'Eure dans un foyer Sonacotra, il a pu, dés sa demande d'asile acceptée, travailler dans une société d'intérim. Trois ans après son arrivée, il crée à Dieppe le restaurant Ankara, un lieu atypique avec une décoration extraordinaire, où peut-être vous aurez la chance de voir le patron, Ali, s'adonner à son hobby favori, la peinture sur verre.


 Avril 1983 : Câglayan Özkül

Lorsque Câglayan Özkül arrive à Rouen, elle ne parle pas un mot de français. Elle est devenue professeure certifiée de physique appliquée. Leurs enfants (des filles) sont, elles, parfaitement bilingues.


 1983 : Elise Apaydin - Sapci

Elise Apaydin - Sapci arrive à l'âge de 11 ans. Elle apprend le français en classe d'adaptation. En Terminale S, elle obtient le Prix de la Vocation Scientifique, poursuit de brillantes études scientifiques. Elle devient française à l'âge de 18 ans. A 19 ans, elle adhère au Parti Républicain, est élue en 2001 sur la liste de Jean-Marie Rausch, maire de Metz, et devient adjoint chargée de l'emploi. Elle préside la Mission locale et plus tard l'Association des missions locales de Lorraine.


Mai 1984 : les Anciens de Galatasaray

                           

                           (Galatasaray, le Lycée, le club de football)

Les Anciens de Galatasaray résidant en France ont eu l'idée de se réunir. Ils fondent l'AGS. Aujourd'hui, l'association compte 400 membres dont 350 anciens élèves et 50 professeurs. Chaque semaine, les Anciens se retrouvent le mardi soir à l'Atlas (Paris 6ème) et chaque année au mois de juin, ils se rassemblent autour du pilav, le plat traditionnel du vendredi au grand lycée stambouliote.


 Août 1984 : Elif Su Alkan

Elif a passé huit ans à Notre Dame de Sion à Istanbul. Son père a consacré une grande partie de sa vie à traduire les grands auteurs et poètes français. Elif Su Alkan, née à Ayvalik au bord de la Mer Egée, lisait dés son plus jeune âge Rimbaud, Verlaine, Baudelaire, Aragon, Prévert, Apollinaire. En arrivant en France, elle a eu la chance de pouvoir travailler comme documentaliste à Sipa Press. Poétesse, elle écrit en turc et traduit elle-même en français. Ses poèmes nous parlent de la nostalgie de l'enfance, de ses émotions d'adolescente. Elle aime la France, sa langue, sa culture multiraciale, son histoire. Elle n'aime pas les propos des hommes politiques français à l'égard de la Turquie.

                                 

 (Sipahioglu, SIPA-PRESS, Place Stanislas à Nancy, avec Murat Erpuyan, A ta Turquie)


 1987 : Seymus Dagtekin

Seymus Dagtekin est né au français à l'âge de 22 ans. Né dans une famille kurde à Haroun, un village du Sud-Est de la Turquie, il a fait des études en audio-visuel à Ankara. Réfugié à Paris depuis 1987, il écrit, en kurde, en turc, en français. Son livre « Les chemins du nocturne » lui a valu le Prix International de poésie francophone Yvan Goll. Il a publié en juin 2007 "Juste un pont sans feu" (éditions Castor Astral), qui lui vaut d'être récompensé, le 12 décembre, du Prix Mallarmé de la poésie française.


 1991 : Tan Sagtürk

Tan Sagtürk est né à Izmir en 1969. Il a quitté une première fois cette ville pour entrer au Conservatoire d'Ankara. Après dix ans d'études de danse, il décroche l'un des deux contrats offerts par l'Opéra de Vienne parmi 300 personnes auditionnées. Mais dans le même temps, le Rambert Dance Company, de Londres, et le Jeune Ballet de France, de Paris, lui proposent également un contrat. C'est ce dernier qu'il choisit. Avec ce ballet, il voyage dans le monde entier. En 1991, il entre au Ballet National de Nancy où il est le premier étranger. Il réalise sa première chorégraphie qu'il a appelé « Soudé » à Nancy, sur une musique composée par MFÖ (Mazhar-Fuat-Özkan), chantée par Sezen Aksu. Tan Sagtürk est devenu un acteur de série TV, aux côtés de la grande actrice Türkan Soray et de Sener Sen.

                              

                                        (la jeunesse franco-turque à Nancy)

 1992 : Georges Daniel, 3

En 1990, Hubert Prévôt, alors Secrétaire général à l'intégration, confie à Georges Daniel une mission d'étude sur la communauté turque en France. Le rapport est remis en 1992. La richesse et la qualité de cette immigration dans sa très grande diversité sont pour lui des révélations que son rapport illustre particulièrement bien.
Georges Daniel le dit et le répète à qui veut bien l'entendre : « Rien ne me semble plus enrichissant que les relations interculturelles ». Il précise : « J'adore voyager, visiter d'autres pays. Je suis toujours heureux de l'intimité qui se crée, ailleurs, entre moi et des civilisations fort différentes les unes des autres. Cependant, où que je sois à l'étranger, j'ai besoin, pour me sentir tout à fait à l'aise, d'avoir la certitude totale que je peux retourner en France dés que je le souhaite ». Plusieurs fois par an, il « retourne » en Turquie. 

                                        

 A chaque voyage, il consacre toutes ses soirées à voir les nombreux spectacles de la scène stambouliote. A chaque retour, il en fait un article pour la revue Olusum/Genèse, revue bilingue franco-turque, pour laquelle il réalise depuis près de vingt ans un Bloc-Notes de tout ce qui paraît en France et en Turquie. Pendant toutes ces années, Georges Daniel a multiplié les conférences (sans doute plus de mille), sur la vie et l'oeuvre de Molière, sur Victor Hugo (conférence en français au Lycée de Galatasaray), sur Jules Verne (conférence en turc). Il se lie d'amitié avec Georges Brassens, avec Charles Aznavour, qui contrairement à une idée reçue, est un grand ami des Turcs et de la Turquie ("savez-vous qu'il existe une rue Charles Aznavour à Istanbul ?" me précise Georges Daniel). Il publie aussi, en particulier deux ouvrages sur Atatürk qui font référence, l'un chez Chronique (1998): Atatürk, avec plus de 300 photos, et l'autre chez L'Harmattan (2000): Atatürk, une certaine idée de la Turquie, où l'on suit jour après jour de sa naissance à sa mort le parcours de l'homme qui " a changé les moeurs" en Turquie.

 14 avril 1992 : François Mitterrand à Galatasaray

Ce jour du printemps 1992, la France (François Mitterrand) et la Turquie (Turgut Özal) signent un accord qui fonde le nouvel Etablissement d'enseignement intégré de Galatasaray, de l'école primaire à l'Université. Avec le soutien d'un consortium de sept établissements français d'enseignement supérieur, l'Université de Galatasaray a ouvert ses portes deux années plus tard le 12 octobre 1994, un nouveau développement pour l'ex Ecole Impériale qui avait été fondée en... 1481. Plus que jamais, le Galatasaray, c'est la France sur les rives du Bosphore.


 1993 : Georges Daniel, 4

Georges Daniel se précipite pour acheter la toute nouvelle compilation CD de 44 chansons d'Edith Piaf. Il se souvient que trente ans plus tôt, il était assis au premier rang à Bobino, lorsqu'elle y présentait, quelques mois avant sa mort, son dernier récital. « Sa petite et svelte silhouette déjà fortement rongée par l'inexorable mal qui devait l'emporter, était toujours remplie d'une impressionnante vitalité. Elle a chanté toute la soirée, debout, au milieu de la scène, fascinante par sa présence, troublante par sa personnalité si exceptionnelle », écrit Georges dans ses Mémoires. Tout à l'heure, en ce jour de 1993, Georges Daniel va se rendre à l'Institut Charles De Gaulle. « J'aime retrouver l'ambiance à la fois émouvante et enrichissante de cet Institut. L'accueil que l'on y reçoit est bien plus que courtois. Il est agréablement chaleureux ».


                   2004 : Öznur Kücüker

Elle est de la dernière génération des Turcs arrivés dans notre pays. Ses études au Lycée Saint-Benoît d'Istanbul, d'où elle est sortie major (article en lien), lui ont donné l'envie de découvrir l'Europe et de tenter sa chance en France. Elle est arrivée à Paris en 2004 pour entrer à Sciences Po, suivie d'une année à Dijon puis d'une troisième à Prague avec Erasmus. Elle est aujourd'hui de nouveau à Paris en quatrième année de Sciences Politiques. A Dijon, les étudiants de Sciences Po ont découvert à travers elle qu'ils avaient de fausses représentations sur la Turquie. Ils ont alors décidé d'organiser avec Öznur deux journées de découverte de la civilisation et de la culture turques.  Avec une énergie extraordinaire, pour une jeune femme d'apparence si frêle, elle a fait le tour des commerçants et entrepreneurs turcs de Dijon pour qu'ils l'aident à financer ce projet. Elle a rencontré tous les milieux, toutes les opinions et a recueilli leur confiance. L'action a eu lieu en avril 2006: deux jours de conférences, débats, danse, musique, théâtre... 23 personnes (enseignants et élèves) du Lycée Saint-Benoît ont pu venir d'Istanbul et ont participé activement à la manifestation à Dijon (voir article).

Öznur Kücüker nous l'a promis. Elle nous offre son portrait (ici en lien) pour entre-gens.
« Je pense que je devrais partager ma vie et mes expériences avec les autres, non seulement parce qu'elles signifient beaucoup de choses pour moi, mais aussi parce que j'estime qu'elles seraient également de bonnes leçons de vie pour les autres. D'autant plus que j'adore écrire. Je voudrais devenir écrivain plus tard ».


 2007, Georges Daniel, 5 (suite mais pas fin...)

Nous avons rencontré Georges Daniel et Öznur Kücüker au cours de cette même soirée d'automne 2007 à Paris, sur les Champs-Elysées.

                        

                  (à la rencontre des turcophiles à Paris, octobre 2007)

Il y a entre eux deux cinquante années d'écart d'âge. Öznur a toute l'ambition de sa jeunesse. Georges a la sérénité de la sagesse. Il regarde l'évolution de la Turquie avec toute l'affection de quelqu'un qui y a vécu les premières années de sa vie, ses premières amours, ses premiers salaires. Il avait trois ans quand Atatürk est mort. C'est dire combien il a été imprégné par le kémalisme, l'esprit laïc, résolument moderne, occidentalisé. Quant à la France, jusqu'à son dernier souffle, il aimerait lui être utile, lui offrir son expérience. A l'âge honorable où d'autres préféreraient se reposer, lui, reste plus qu'actif. « Je déteste l'oisiveté ». Au milieu de ses livres, Georges Daniel continue d'écrire, pour faire partager ses passions, ses découvertes, pour continuer à être un révélateur, un passeur de culture (s).


            Guy Didier, le 1er décembre 2007 (avec le concours de la rédaction d'Olusum)

 

 

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