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09-11-2007

 Ouvrons ensemble les albums photos que nous proposent trois artistes dont chacun, avec la singularité de son parcours, révèle une image spécifique de la France de 2007.

Mehrak la Téhéranaise de Paris, nous invite à une pérégrination de la métropole persane à la capitale française en passant par l'Anatolie et par Istanbul. Son regard s'aiguise en nous montrant l'immigration féminine à Paris, jusqu'à son enracinement. Malik Nejmi, l'Orléanais de la Source, retrouve son père marocain en voyageant à travers le Maroc et les liens qui s'y tissent dans les familles. Saïd Bahij photographie le Val Fourré où il a grandi et où il tente aujourd'hui d'introduire de la culture par son activité artistique multiforme et toujours talentueuse. Ces albums photos sont des récits, des récits de vie dans la tragédie du quotidien.

 Mehrak, le pari de l'enracinement

Mehrak Habibi (Mehrak est son nom professionnel) a 35 ans. Elle est arrivée en France avec sa famille lorsqu'elle avait 15 ans. Cette Iranienne originaire de Téhéran, en tant qu'immigrée, n'était pas satisfaite de la façon dont l'immigration était montrée par les médias, soit trop glamour soit trop négative.

Dans "Le pari de l'enracinement", elle montre des gens normaux, ayant surmonté des problèmes et réussi à s'intégrer dans la société.

Malienne, Iranienne, Turque, Indienne, Chinoise,... elles sont venues de partout, ont eu pour la plupart des vies cabossées, ont souvent divorcé, éduqué seules leurs enfants, autant d'obstacles qu'elles ont vaincu pour s'imposer.

 Leaf est originaire de Pole (Chine), arrivée en France en 1992, par amour pour Joël, postier et globe-trotter.

 Howida vient d'Egypte. Elle est arrivée en 1986 à l'âge de 22 ans.

 Gaye, née à Izmir, est arrivée en France en 1955 à l'âge de six ans.

 Tanya est née en Ukraine, à Odessa. Elle est arrivée en 1994.

                       

                                   (Tanya et son fils, photo Mehrak)

Selvi, d'origine tamoule de Pondichéry, a été adoptée en 1984 par une Française.

 Azar, née à Téhéran, est arrivée en France à l'âge de deux ans en 1982 avec ses parents réfugiés.

 Shehida, rom du Kosovo, est arrivée en 1965.

 Aïssa, Malienne de Bamako, en France depuis l'âge de 10 ans (en 1981), a créé une association de femmes-relais.

 Fatyma est née en France (Dijon) en 1967, de parents marocains.

 Marielena est née à Caracas en 1965. Arrivée en France en 1988 elle a créé en 2002 l'association "Raconte nous ton histoire", dont le but est de développer les liens interculturels et intergénérationnels par la transmission du vécu de chacun.

Toutes ont raconté leur histoire et Mehrak les a photographiées. Des instants à partager grâce à l'association "Les yeux de la terre". Aujourd'hui "Les yeux de la terre" travaille sur un autre projet (depuis 2004) : "Les rives de la parité". Une vingtaine de jeunes filles franciliennes, dont les parents sont originaires de la vallée du fleuve Sénégal, apportent leur témoignage. Elles s'appellent Aïsse, Bintou, Haiva, Machita, Salamata, Sokona, Tyguida.

                              

               (Tyguida, DESS de conseil en entreprise, s'investit dans deux associations: "Paris Mboko" et "Les jeunes de Diakhaba", photo S. Lagoutte)

La ténacité dont elles font preuve au quotidien pour atteindre "les rives de la parité" malgré le poids des traditions a été vue par "les yeux de la terre" et photographiée par Stéphane Lagoutte.

Retour sur Mehrak. Entrée à 23 ans à l'Agence Rapho comme documentaliste, elle réalise parallèlement ses premiers reportages. Très vite, elle s'est intéressée aux femmes de Téhéran et d'Istanbul. Mais Mehrak est par ses travaux souvent au coeur du débat public français : La question du voile en France, Le mal-logement à Paris... Dans Regroupement familial, elle montre l'immigration turque entre là-bas et ici, dans les Derviches tourneuses, elle met en lumière la seule confrérie soufie dont la porte est ouverte aux femmes. Mehrak a photographié les ouvriers nettoyeurs de la Gare de Lyon mais s'est aussi intéressée au renouveau du strip-tease à Paris ou aux télévisisions locales en France. Elle navigue entre Paris - "Jeunes Iraniens à Paris, Portraits de femmes turques à Paris"- et Téhéran - Etre jeune à Téhéran - via Istanbul - "Atatürk est vivant!". Les portraits de Mehrak sont une véritable pérégrination dans le temps et dans l'espace.

Malik Nejmi, l'ombre de l'enfance

" Un jour, j'ai montré à mon père quelques-unes de mes photographies. La tombe de sa mère et le portrait de ses soeurs, à Rabat. Il m'a alors simplement dit: J'ai compris. Et j'ai pris ça pour une preuve d'amour. Les images le ramèneraient au pays". Malik Nejmi travaille aujourd'hui sur un projet qui lui tient à coeur: Entrada. Il reprend le trajet de son père (avant son arrivée en France en 1970), en suivant l'historique des différents tampons et visas touristiques inscrits sur son passeport: Barcelone, Brême, Dortmund, Rotterdam, Hendaye, Madrid, Irun.

                         

                                 (Malik Nejmi et son père, "El Maghreb")

L'Académie des Beaux-Arts remet le Premier Prix de Photographie le 14 novembre 2007 à Malik Nejmi pour "L'ombre de l'enfance". Né en 1973 à Orléans, de père marocain et de mère berrichone, Malik Nejmi a grandi à La Source. Il est diplômé du Conservatoire Libre du Cinéma Français. Son travail sur le Maroc, le pays d'origine de son père, intitulé tout simplement "El Maghreb", avait déjà fait sensation aux Rencontres d'Arles. Il y présentait, selon ses propres mots, "le regard d'un étranger sur une partie de son origine, sur une partie de lui-même". Il a photographié le Maroc de l'intérieur, celui où se tissent les invisibles liens familiaux. Dans "l'ombre de l'enfance", il s'intéresse au handicap en Afrique, à l'enfance illégitime en Algérie, aux jumeaux de Madagascar.

 Saïd Bahij, l'artiste du Val Fourré

Les parents de Saïd Bahij sont arrivés du Haut-Atlas marocain alors qu'il avait deux ans. Le père a d'abord travaillé dans les mines du Nord avant de s'installer à Mantes-la-Jolie pour travailler chez Renault. Le fils, Saïd, raconte qu'il a vu dans son immeuble du Val Fourré disparaître les uns après les autres les Français. "L'ascenseur était devenu tribal !". Autodidacte pour éviter le LEP qui était sa destinée imposée, il devient animateur.

                                                      

                          (photo Saïd Bahij et Marlène Mauboussin)

Poète, photographe, musicien, artiste polyvalent, il juxtapose textes et images pour réaliser en 2001 l'exposition "La cité du raide-chaussée au XXIème siècle". Saïd Bahij éveille les consciences. "S'il faut passer pour l'écriture pour être entendu, j'utilise l'écriture. Si demain, une autre méthode est reconnue, je m'en servirai".

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