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Et si au lieu de désigner les gens par des noms communs (les étrangers, les immigrés, les beurs, les jeunes des cités, ....), on les désignait par leurs noms propres. C'est un tout un nom propre : mon premier, le nom de famille, dit d'où l'on vient, mon deuxième, le prénom, dit où l'on va, mon tout dit qui l'on est. On peut parfois ajouter un nom choisi, comme le nom d'épouse. Le nom propre, c'est le nom de l'identité. Rencontrons aujourd'hui pas moins d'une dizaine de personnalités qui, avec leurs noms, mènent ce combat de l'identité. Les plus jeunes d'entre eux ont choisi l'écriture pour se raconter. Les plus âgés mènent depuis dix ou quinze ans un combat contre les discriminations. Avec Stéphane Méterfi, les jeunes débarquent. Nordine Nachite dit combien il aime sa banlieue. Avec Adnan Azzam, la France marche. Karim Amellal, Faïza Guène et leurs ami(e)s du Collectif "Qui fait la France ?" sont la chair de ce pays. Stéphane Méterfi, Débarquement jeunes (portrait d'après son blog) Son père a fait la guerre pour la France, il était harki. A Rouen, il est devenu ouvrier d'usine. Sa mère a élevé les onze enfants (nés entre 1962 et 1974) dans l'appartement de la Houssière à Saint-Etienne du Rouvray, en banlieue rouennaise. Stéphane Méterfi, né en 1972, a grandi là. Il se souvient de "la bande" qui jouait en bas des immeubles d'abord dans le bac à sable, puis au tourniquet, puis dans le terrain vague, puis à se faire peur face à la police.  Stéphane avait une "tête d'arabe" mais un "prénom français", comme tous ses frères et soeurs, sauf l'aîné né en Algérie. Cela aide dans les rapports avec la police et avec les employeurs. Les enfants Méterfi ont été élevés à l'européenne. Au collège Picasso, tous les gars "les plus chauds" avaient été mis ensemble. Stéphane avait la tchatche. Il a donc été délégué de classe. Les grands frères l'ont cadré, alors qu'il flirtait avec la délinquance. C'est l'aîné qui allait aux réunions avec les profs, car les parents ne savaient ni lire ni écrire, et qui faisait toutes les démarches administratives. Le sport (la boxe) a structuré Stéphane. En avril 90, un frère se fait tabasser à mort par "les fachos". Suite à ce décès, il y a une flambée de violence dans le quartier. Stéphane devient le porte-parole de la révolte. Cela a été le tournant de sa vie. Sur son quartier, il a monté sans l'aide de personne des activités de loisirs pour les jeunes. Il rencontre Mgr Gaillot, MC Solaar, l'Abbé Pierre, et bluffe tous les copains qui n'en croient pas leurs yeux.  (Stéphane Méterfi aux côtés de Jamel Debbouze, avant-première d'Indigènes) Il apprend à organiser la vie associative, le dialogue avec les institutions. Il organise une méga-teuf à Rouen. 3000 jeunes viennent de tous les quartiers de la ville. Débarquement Jeunes est née (1994). L'association s'installe en centre ville et devient vite un véritable centre de ressources pour les jeunes. Elle est médiatrice dans les rapports avec les médecins, les pompiers, la police... et bientôt les entreprises. Depuis dix ans, les "forums citoyenneté" attirent les politiques, les journalistes,... Aujourd'hui, Stéphane Méterfi conseille des grands patrons du CAC 40 dans leur approche de "la diversité". Il prépare pour le 1er décembre 2007 la Nuit des Trophées Tout simplement positif au Palais des Congrès d'Oissel (Rouen). Nordine Nachite, j'aime ma banlieue Il est né à Casablanca en 1961. Nordine Nachite a atterri en France à l'âge de 6 ans. Il a passé son enfance dans le quartier des Martinets dans l'Oise. Enfant, il a joué au football, s'est converti au judo et au karaté pour finir adepte du full contact. En 1983, il a créé un club sportif à Creil. En 1985, il est médaillé de bronze aux championnats du monde de full contact. En 1990, il est responsable du Service Jeunesse du Plateau Rouher. Il responsabilise les jeunes en mettant en place des chantiers de nettoyage et de rénovation dans le quartier. Il organise des rencontres entre les jeunes et la police. Aujourd'hui, il dirige deux sociétés de remise en forme pour lesquelles il a reçu le Prix de l'Entreprise Innovante. Il emploie 27 salariés. Il a créé l'association "J'aime ma banlieue", initie le concours "Je crée dans ma cité". En 2008, il est candidat (tête de liste UMP) aux municipales à Creil. Son engagement et sa passion sont de parvenir à une société apaisée. Adnan Azzam, la France qui marche C'est à l'âge de 24 ans, en 1982, qu' Adnan Azzam a quitté son village natal de Syrie. Il est parti en globe-trotter pour parcourir le monde à cheval. Le cheval est depuis toujours un médiateur, une passerelle entre les peuples. Ne dit-on pas que les plus belles réussites de l'élevage équin sont nées du mariage des chevaux d'Orient et des chevaux d'Occident ? Adnan a voulu ce périple non seulement comme un exploit sportif mais aussi pour réconcilier l'Orient et l'Occident, pour échanger des idées. Il longe le Nord de la Méditerranée, ralliant Damas à Paris via la Turquie, la Grèce, l'Italie. Puis il traverse les Etats-Unis d'Ouest en Est, regagne son pays natal par l'Afrique du Nord, l'Arabie Saoudite, le Golfe et enfin la Jordanie. En 1986, Adnan Azzam s'installe à Paris. Il crée un centre culturel oriental convivial (restaurant, conférences, débats, rencontres), la Reine Zénobie, à Montmartre (234, rue Championnet). Cet espace est devenu un haut lieu parisien de culture et d'échange entre l'Orient et l'Occident.  Adnan Azzam a créé l'association La France qui marche qu'il préside. L'association se donne pour but d'agir pour une citoyenneté égale pour tous. Elle organise depuis 2005 des "marches des valeurs". La prochaine aura lieu les 24 et 25 novembre 2007. Les marcheurs sont invités à parcourir une douzaine de kilomètres par jour entre la Seine Saint-Denis et Paris, pour l'égalité des chances.  (Adnan Azzam, au centre, et les marcheurs) D'ici là, à Noisy-le-Sec, il invite le 13 novembre à voir ou revoir son documentaire "La marche des valeurs" à l'occasion de la Rencontre territoriale de la ville et le 15 novembre à débattre à la Reine Zénobie avec l'historien Gérard Noiriel (qui dédicacera son livre, "Immigration, antisémitisme, racisme", paru chez Fayard). Ouvrages : Le cavalier de l'espoir, mon tour du monde à cheval (Stock, 1989), A cheval entre l'Orient et l'Occident (éd.du Rocher, 2004) Karim Amellal, qui fait la France ? "Ce que je pense, c'est que la religion ou l'origine n'ont rien à voir avec le fait qu'un individu, à un moment donné, renonce et s'abandonne dans une spirale d'échecs qui, parfois, peuvent le conduire à faire des choses extrêmes. Ce qui compte, c'est la façon dont le milieu, l'environnement, le béton, l'absence d'horizons sculptent une identité et la rendent explosive". C'est Karim Amellal qui le dit. Karim Amellal n'est pas un immigré choisi, ni un immigré tout court d'ailleurs ! Il est né en France, d'une mère française et d'un père algérien. Certes il a vécu plusieurs années en Algérie. Cela lui donne un avantage : il est aussi à l'aise dans l'un ou l'autre de ses deux pays. Il se dit d'ailleurs franco-algérien. Il préside aujourd'hui le collectif Qui fait la France ?  (photo du collectif au complet, par Jérémie Nassif) Et avec quelques amis, il vient de publier Chroniques d'une société annoncée (septembre 2007, Stock). Ce recueil de (dix) nouvelles raconte la banlieue (littéralement, le lieu du ban, du bannissement). En 2006, il avait déjà publié chez Flammarion Discriminez moi ! Enquête sur nos inégalités, et chez Stock, Cités à comparaître. Du 16 au 19 novembre 2007, Karim Amellal sera avec ses livres à la Fête départementale du Livre à Toulon (place d'Armes). Chaque année, cette Fête du Livre, ouvre ses horizons sur la Méditerranée. Avec Karim Amellal, elle tournera aussi ses regards vers nos banlieues.  (Faïza Guène et Mohamed Razane, assis, sur RMC le 4 octobre 2007) Les co-auteurs de Chroniques d'une société annoncée (tous et toutes du Collectif Qui fait la France ?) sont Mohamed Razane, auteur en 2006 de Dit violent (Gallimard), roman qui dit la vie quotidienne en banlieue parisienne, Khaled El Bahji, né en 1984, originaire de la "cité du carrefour" à Saint-Denis, rappeur (groupe Eternels sanglots) et président de l'association Misé Record, qui a pour but la réalisation de projets artistiques et culturels de jeunes artistes. Il y a aussi les jeunes écrivaines Faïza Guène (Kiffe kiffe demain), de Pantin, et Habiba Mehany (livre à paraître prochainement, annoncé sous le titre provisoire de Kiffer sa race), puis Thomté Ryam, auteur de Banlieue noire, qui raconte l'univers d'une banlieue française, vu à travers les yeux d'un footballeur, Samir Ouazène, né en Seine Saint-Denis en 1979, Rachid Djailani, auteur de Boumkeur, Mabrouck Rachidi, auteur de "Le poids d'une âme" (2006). A propos de Mabrouck Rachidi, un critique écrit : "L'auteur propose un témoignage (sur la banlieue) sans trop en faire. Il suggère là où d'autres montrent. Le style est d'une précision chirurgicale, fait de phrases et de chapitres courts... Absolument passionnant, ce premier roman (Le poids d'une âme), se lit comme un roman policier... Un auteur à suivre". Tous mettent en récit la diversité, investissent le champ culturel et récupèrent un espace confisqué. Tous ont le feu pour réussir, même s'il faut pour cela démolir quelques portes. Lorsqu'ils passent à la télé, leur charisme crève l'écran. Un éditeur a dit d'eux: " Ils ont la hargne du sportif, la beauté du livre, le caractère de l'Afrique, l'odeur du Maghreb, l'amour du drapeau tricolore, la poésie de la France..." Ils sont la chair de la France. Faïza Guène : kiffe kiffe demain
Faïza Guène, née en 1985 à Bobigny, habite la Cité des Courtillières. Cette jeune romancière de Pantin de parents d'origine algérienne, a publié son premier roman, Kiffe kiffe demain, en 2004. Ce fut l'une des meilleures ventes de l'année, traduit en 22 langues. Elle a publié en 2006 Du rêve pour les oufs. Faïza Guène, rencontrée en 1999 (elle était alors une collégienne de 14 ans) par Marie Gauthier, journaliste. Elle nous parlait de sa vie dans la cité. A lire ici Nouveau (actualisation septembre 2008)
"Jusqu'à ce fameux samedi, il ne s'était jamais rien passé d'extraordinaire à Joigny-les-Deux-Bouts, petite bourgade tranquille en fin de ligne du RER. Yéva, minijupe à ras et verbe haut, rêvait toujours d'une vie ailleurs. Jacquot, son mari chômeur, creusait une fosse dans le canapé à force de jeux télévisés. Leur fils Yeznig, déficient mental, recomptait ses dents après chaque repas. Son frère Tanièl, renvoyé du lycée pour avoir abîmé le conseiller d'orientation, peaufinait sa technique pour serrer les blondes. Le jeune Ali, Marseillais au gros nez, essayait de se fondre dans le décor. Et Magalie, LA blonde du lycée, suivait à la lettre les conseils de son magazine préféré pour rendre crazy tous les mecs. Bref, la routine pour ces habitués qui, un matin, découvrent le patron de « leur » bar, baignant dans son sang. Un drame ? Pas pour les gens du Balto.
Avec son nouveau roman, Les gens du Balto, Faïza Guène dévoile de nouvelles facettes de son talent, réussissant à se glisser avec autant d'aisance dans la peau de tous ses personnages. Humour, justesse du trait, Les Gens du Balto confirme que cette jeune romancière n'est pas devenue une figure des lettres par hasard." (présentation de l'éditeur) |