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07-10-2007

Elle est à l'origine du projet de rassemblement des acteurs de l'éducation en 2008. En septembre, elle faisait circuler une pétition contre les tests ADN dans le projet de loi (aujourd'hui adopté) du ministre Hortefeux. Aux prochaines municipales, elle est tête de liste socialiste dans sa ville de Thiais (Val de Marne). Zohra Bitan, la présidente de ma6tvachanger.fr est sur tous les fronts.

        

Zohra Bitan est de gauche et ne s'en cache pas. Elle se fâche contre celles et ceux qui, ayant le coeur à gauche, vont à la soupe à droite. Elle dit sa fidélité à un parti, le Parti socialiste, malgré ses années de retard sur la reconnaissance des compétences de ses militants (entendez "de la diversité").

 Car "quand on aime les siens, on reste avec eux pour les éclairer et les aider à corriger ce qui n'est pas en adéquation avec les valeurs portées". Et si cette reconnaissance, ce n'est pas elle qui l'obtient, ce sera ses enfants.

                                  

Ses enfants, parlons-en justement. Omar, 22  ans, a déjà un engagement citoyen bien affirmé. Avec son jeune frère Maxime, 20 ans, dit "le webmaster", il a lancé, peu après les évènements de novembre 2005 dans les quartiers et à cause de cela, le site www.ma6tvachanger.fr . Un peu moins de deux ans plus tard, le site est devenu un espace de parole "remarquable", comme dirait quelqu'un, pour les jeunes de Thiais d'abord, puis du Val de Marne, puis d'Ile-de-France, puis de plus en plus des cités de France.

Retour quelques années en arrière. Nous sommes en 1964. Zohra Bitan naît à Paris. d'un père qui avait été ouvrier agricole dans un petit village à une quarantaine de kilomètres de Mostaganem et d'une mère qui l'a rejoint en France dans l'immigration. Du couple naîtront 13 enfants, sept garçons et six filles, dont Zohra au septième rang. Quand le père est parti en France pour travailler, la famille a suivi, habitant d'abord le bidonville de Villejuif. Elle va ensuite être relogée à Tours. "On ne choisissait pas. Il fallait aller là où l'Etat avait décidé de reloger les habitants des bidonvilles". Pour la famille de Zohra, ce sera donc Tours, dans des immeubles collectifs de 1969 à 1972, jusqu'à l'achat d'une maison qu'ils habiteront pendant une vingtaine d'années.

                                

                            (la Résidence Grignon à Thiais où habite la famille Bitan)

Aujourd'hui, Zohra pense toujours que c'est pour les garçons des cités qu'il faut agir car "pour les filles, j'ai confiance". Les filles savent s'en sortir par l'école. "L'égalité ne peut se gagner que par les compétences intellectuelles". Elle se souvient d'elle lorsqu'elle était petite fille. Elle avait décidé de réussir et l'école allait l'y aider. Elle a 16 ans en 1980. Ce sont ses premiers combats militants, pour la reconnaissance de la double nationalité. Elle zappe la Marche pour l'égalité en 1983 mais pas les premiers signes d'une liberté nouvelle, "les radios libres", entre à Radio Beur, anime l'émission Parloir 107. Elle entre au PS à 25 ans, à la LICRA à 35 ans (elle en sera même quelques temps la secrétaire générale). C'est elle qui conçoit, propose et met en oeuvre la campagne d'accompagnement citoyen menée alors par la Ligue contre le racisme et l'antisémitisme. Elle participe aux Assises de la citoyenneté, voulues par Jean-Pierre Chevènement et Martine Aubry (gouvernement Jospin). Avec Karim Zéribi, qui partage alors avec elle souvent les mêmes combats, elle fonde Agir pour la citoyenneté, précurseur du Parlement des banlieues. Pendant ce temps, elle passe les concours de la fonction publique territoriale. Elle est aujourd'hui cadre territorial en charge de la politique de la ville à L'Hay-les-Roses.  Elle habite à Thiais et c'est là, avec ses voisins, ses voisines, et surtout avec ses garçons, leurs copains, leurs copines, qu'est le coeur de son engagement aujourd'hui. Avec les jeunes, elle lance en mai-juin 2007 la campagne Range pas ta carte, pour que la forte participation constatée aux élections présidentielles continue aux législatives.

                             

A la maison, c'est la maison de quartier. On entre. On sort. Les jeunes reviennent d'un reportage. D'autres partent à Vitry pour préparer les Ateliers Ma6tvachanger avec les collèges et lycées de la ville. A Vitry-sur-Seine, l'association EDIAC (Ecouter, Dialoguer, Informer, Agir pour la citoyenneté), autrement dit l'association qui gère le site www.ma6tvachanger.fr dont Zohra est la Présidente, rencontre une écoute. Pas comme à Thiais, où "le maire réclame le retour de la peine de mort et l'inscription des racines chrétiennes dans la Constitution européenne". Zohra Bitan se positionne pour la tête de liste socialiste aux prochaines élections municipales dans cette ville du Val de Marne, connue pour son cimetière, son centre commercial Belle Epine, son second centre Thiais Village. Car Thiais est une ville plutôt calme, un ancien village devenu banlieue. Les enfants Bitan ont grandi là et c'est de là qu'ils parlent aux autres jeunes des cités d'Ile-de-France, devant leur ordinateur au milieu de l'appartement familial.

                              

L'équipe de ma6tvachanger recueille les paroles des jeunes des cités, des jeunes et parfois des moins jeunes.

 Elsa a rencontré la prof de philo de son lycée, le Lycée Apollinaire à Thiais. Mme Rajkumar estime qu'elle ne peut pas faire un cours sur la liberté ou le droit en philo et "faire comme si on ne savait pas". Elle voit dans sa classe des élèves en danger parce que leurs familles sont sans papiers. Et pour mettre en cohérence son enseignement et ses actes, elle monte pour eux des dossiers administratifs, elle accompagne les élèves dans leur démarche à la Préfecture s'il le faut, elle construit un réseau de mobilisation.

 Laurie est allée à l'école Henri Wallon de la Cité des 4000 à la Courneuve pour rencontrer des élèves de CM1. Elle leur a laissé la parole. Rym a peur des chiens parce qu'ils sont gros. Bektas n'aime pas quand "ils ont brûlé la piscine" du quartier. Sephora a honte quand elle est avec des amis et que l'on voit des rats partout. Salwa n'aime pas les tags. Amin n'aime pas que "les racailles empêchent les gens de travailler pour la cité", comme ceux qui venaient installer le câble et qui se sont faits caillassés. En novembre 2005, la voiture du père de Mohammed a brûlé. L'oncle de Yssoumoudine a brûlé une voiture. Quand le gamin lui a dit que ce n'était pas bien, son oncle l'a frappé. Quand ils seront grands, ils le disent en choeur, ils ne feront pas comme les jeunes d'aujourd'hui. Séphora sera "vétérinaire sauvage", Rym sera "maîtresse", Yssoumoudine sera "acteur", Mohamed sera "dessinateur de mangas", Sokona sera "hôtesse de l'air", Abdelhakim sera "footballeur", Amélie sera "docteur", Nasser sera "pompier", Shaïna sera "policière". Toute la classe éclate de rire.

 Samira a enquêté sur les fast food. KFC s'installe en banlieue parisienne avec un certain succès. Ils proposent du halal aux musulmans et du casher aux juifs. Ils recrutent dans les quartiers en s'appuyant sur les missions locales. Mais Samira conclut son reportage en disant mille fois oui à la cuisine de la maison où l'on peut consommer avec plaisir et sans crainte.

 Sanaa envoie ses premiers reportages de Nice. L'équipe de ma6tvachanger s'élargit. Elle est implantée localement mais elle n'a pas de frontière. Elle exprime la majorité silencieuse des cités, celle que les médias ne viennent pas voir, eux qui ne s'intéressent qu'aux "élites" ou aux "racailles" mais entre Zidane et les brûleurs de voitures, il y a tous les autres, "90 % des jeunes". L'équipe est volontaire et enthousiaste. Elle tient son webdo, un hebdomadaire sur le web. Maintenant, elle a un carnet d'adresses de la presse francilienne et nationale qu'elle sait utiliser. C'est comme ça qu'elle a fait plusieurs fois la une du Parisien, que Public Sénat a fait un documentaire en quatre épisodes, que la grande presse nationale s'est intéressée à ce noyau de jeunes thiaisiens qui font parler les cités, coachés par Zohra Bitan.

                              

                                   (Fares, en campagne "Range pas ta carte")

Zohra accompagne le projet d'Omar, de Maxime et de leurs amis depuis le début, en novembre 2005, le mois des émeutes. Céline est la belle-fille de Zohra. Elle coordonne les activités de l'association et du site en particulier et compte bien créer son emploi dans l'association. Elle me parle de sa belle-mère. "Zohra ne nous fait jamais d'ombre. Elle vous donne rendez-vous à midi heure solaire pour que personne ne soit à l'ombre de l'autre ! Pour Zohra, ce qui est le plus important, c'est l'éducation, toute l'éducation, rien que l'éducation". Zohra dit aux jeunes : "Remplissez-vous la tête avant de vous remplir les poches".

En mars 2007, Zohra Bitan a signé un livre, "Sur la route du Pays Merveilleux", un conte sur la banlieue.

                                      

Les "villages de champignons" n'ont qu'une envie, celle de se rendre au Pays Merveilleux. Dans les "villages de champignons", dans les premiers temps, on vivait en harmonie. Mais le temps passant, les "champignons perdent peu à peu la beauté et la vigueur de leurs premières années". Ils se déteignent. Leurs couleurs flétrissent. Mais les habitants restent attachés à leurs lieux d'habitation. Ils ont peur d'un second déracinement. Une poignée d'entre eux réussit à prendre l'ascenseur social.  En toile de fond se joue une histoire d'amour entre "un Polype à la peau dorée" et une "Princesse aux cheveux lisses". (d'après Assmaâ Rakho Mom, Saphirnews)

Toute Zohra est dans cette histoire pleine de métaphores. La famille, c'est une histoire d'amour, pas une histoire de gènes. Zohra Bitan a le sens de la famille mais sa famille n'est pas ethnique. Madame sans gène. La veille de notre rencontre, elle avait dû batailler ferme jusque tard dans la nuit pour défendre sa tête de liste pour les prochaines municipales. Les jeunes de l'association poursuivent la rédaction de leur webdo. Ils préparent aussi les Ateliers pour janvier 2008 dans les collèges et les lycées de la ville. Zohra fourmille d'idées et quoiqu'il arrive, à Thiais ou ailleurs, elle continuera à bousculer les pratiques et ceux qui craignent les gens comme elle, parce qu'ils parlent trop vrai. Madame sans gêne.

                                                                       Guy Didier, le 7 octobre 2007

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