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18-09-2007

 Johana Fidalgo a le militantisme dans le sang. Combative, elle se bat pour ses idées. Mieux: elle veut montrer l'exemple de cette énergie aux plus jeunes, aux jeunes filles des quartiers populaires de Marseille, pour leur donner de l'ambition et une place élevée dans la société. Née au Cap-Vert, Johana Fidalgo a créé ou été membre de nombreuses associations, à Marseille, qui travaillent pour l'intégration. Aujourd'hui elle est la déléguée régionale pour la région Provence-Alpes-Côtes d'Azur de l'association nationale "Les Marianne de la Diversité", qui se bat pour une plus grande participation en politique, des femmes issues de l'immigration. Titulaire d'une maîtrise d'histoire, elle est cadre de la fonction publique, pour la Mairie de Marseille.

Propos recueillis à Marseille par Nadia Khouri-Dagher (pour Amina, 7 juillet 2007) et diffusés par entre-gens sur son aimable proposition. 

 Comment êtes-vous venue au militantisme?
C'est un long cheminement: depuis plus de 15 ans, je me bats pour la reconnaissance de la diversité et pour l'intégration. Je suis née au Cap-Vert, et je suis arrivée en France à 5 ans. Très tôt, je me suis engagée dans la vie associative. A 15 ans, je m'intéressais beaucoup aux actions des militants noirs aux Etats-Unis, comme Angela Davis. La révélation, ce fut, à 20 ans, la lecture du livre de Richard Wright, Le Transfuge (lire notre présentation à la fin de l'article), qui m'a incitée à m'investir totalement dans l'action associative.

                                      

J'ai eu envie de faire une démarche personnelle, au lieu d'attendre qu'on me donne quelque chose. A la faculté, je suis allée à la rencontre des étudiants africains - j'ai fait ma maîtrise sur la Collecte des objets d'art africains au XIX° siècle, ce qui m'intéressait, c'était le paradoxe entre le fait qu'on considérait ces gens comme inférieurs, et qu'on allait chercher des œuvres d'art raffinées, pour les mettre en valeur! Après mes études, je suis entrée dans la vie associative: avec une amie antillaise, nous avons créé la Fédération des associations africaines de Marseille. Mais nous avons découvert qu'il n'y avait pas d'unité des communautés africaines de Marseille. Pire: elles ne se parlaient pas! La communauté noire de Marseille est hétérogène, ce sont plusieurs cultures différentes. En tant que femmes aussi, cela a été difficile de se faire entendre par rapport à des gens d'une certaine génération. Moi, cap-verdienne, j'ai grandi dans une culture créole, je ne suis pas habituée à ça. Donc j'ai fini par quitter la Fédération.

Pour vite reprendre d'autres activités militantes...

C'est plus fort que moi! C'était en 1992, et dans les cités de Marseille, il y avait des jeunes filles, de 12-13 ans, qui ne trouvaient pas le moyen de s'exprimer. Toutes les actions développées par la ville dans ces quartiers étaient ciblé vers les garçons. Les filles sont allées voir l'une de mes collègues à la mairie, Hélène Mendy, qui est mandjak, du Sénégal, qui est venue me trouver. Avec une autre collègue africaine qui travaille à la Mairie, Evelyne Mondongou, centrafricaine - nous sommes les 3 seuls employés d'origine africaine de la Mairie! - nous avons créé l'Association Femmes Afrique Méditerranée. Nous avons été les premières à dire qu'il y avait une problématique des jeunes filles dans les banlieues, qu'elles rencontraient des problèmes spécifiques - bien des années avant des associations comme "Ni putes ni soumises". Quand nous allions voir des interlocuteurs, on nous disait : "il n'y a pas de problématique "jeunes filles" dans les quartiers". Alors on s'est dit: "si tout ce qui les intéresse, ce sont des activités pour les garçons, on va organiser quelque chose pour les garçons, mais l'organisation sera faite par les filles!". Nous avons organisé un tournoi d'athlétisme, qui a impliqué des dizaines de jeunes, de 12 à 17 ans. Ca s'appelait "Bouge avec Marseille", et le slogan a été repris ensuite. Mais toute l'organisation - les préparatifs, les arbitres, l'accueil du public,...- a été faite par les filles! Comme on avait eu un financement pour le tournoi, on a pu mener des actions en direction des filles: elles aimaient la danse et la mode: nous avons organisé un défilé de mode, suivi d'un spectacle de danse.

Quel rapport entre la mode et l'intégration?

Pour la première partie du défilé, nous demandions aux jeunes filles: "D'où venez-vous?". Elles venaient du Sénégal, du Mali, des Comores, du Cap-Vert, des Antilles, de Centrafrique, du Cameroun, de Côte d'Ivoire,... Elles devaient mettre en avant l'habit traditionnel des parents, et défiler avec un objet-symbole de la vie quotidienne: certaines étaient en tenue de mariée, d'autres en robes traditionnelles, avec une calebasse, un pilon, un service à thé.... Ca, c'était l'image de la mère. La deuxième partie, c'était "Qui êtes-vous?" Là, elles ont défilé avec tout l'attirail des noirs américains, les tenues ragga en vogue dans les cités: baskets et vêtements de sport. Enfin, on leur demandait "Qui voulez-vous être?" Et là, comme toutes les jeunes filles du monde, toutes voulaient être des Sissi! (l'Impératrice Elisabeth d'Autriche, jouée au cinéma par Romi Schneider dans des robes de rêve, ndlr). Elles avaient le rêve de toute jeune fille occidentale: la Barbie! Mais elles intégraient à leurs rêves de haute couture les tissus africains: elles ont défilé en robes du soir, certaines occidentales, d'autres en tissus africains.

Quel impact cette action a-t-elle eu sur ces jeunes filles des quartiers populaires?


L'objectif de cette manifestation, c'était de leur dire: "vous pouvez entrer partout". Je les envoyais dans les institutions, faire des démarches. Au début, elles étaient timides. Notre but était de leur apprendre à sortir à sortir de la cité, pour mieux intégrer la ville. De leur dire: "il n'y a pas que le bas de l'immeuble, il y a la ville". Pour le défilé, on a imposé des règles très strictes: pas de retard, sinon elles ne défilaient pas; pas de chewing-gum. On leur disait: "tu n'est pas à l'école, ni dans la rue". L'objectif était le message de l'Association Femmes Afrique Méditerranée: "si tu veux quelque chose, tu frappes à une porte, tu cherches, et tu trouves". Cette manifestation a eu énormément d'impact: dans la ville, dans les médias - on a même eu un article dans LE MONDE. Et beaucoup ont repris ce genre de manifestation.  Aujourd'hui, parmi ces jeunes filles, l'une est cadre à la SNCF, l'autre dans une ONG, une autre a un CAPES (diplôme national de professeur, ndlr) la plupart travaillent et s'en sortent bien. On leur a appris à démarcher, on leur a donné l'envie d'aller loin dans les études. Elles viennent me voir aujourd'hui et me disent par exemple: "j'ai fait comme toi: il fallait trouver une salle, j'ai demandé la salle, et je l'ai eue!". Nous voulions casser l'esprit cité, et nous avons réussi!

Pourquoi vous engager dans les Marianne de la Diversité à présent ?

Parce qu'après cette étape, il fallait réveiller les consciences politiques. Leur dire: "vous avez la carte d'électeur, allez voter!". Cette année, pour les élections législatives, nous avons organisé un débat avec toutes les personnes issues de la diversité, investies par des partis ou souhaitant l'être, pour amener une réflexion sur les enjeux de la diversité dans les partis politiques en France.

                                  

 (la campagne à Paris de Fadila Mehal, pdte des Marianne de la diversité, affiches taguées)

La région PACA est celle où le Front National a fait le plus gros score, en 2002, et Françoise Jupiter était la seule personne noire investie par un parti politique - le MODEM - dans toute la région PACA! Dans sa circonscription, elle a obtenu 5,6% des voix, ce qui était bien mieux que d'autres candidats ailleurs. Pour sa campagne, on est allés au MODEM, avec le photographe noir, la maquilleuse noire, ils ont vu débarquer tout un troupeau noir au MODEM, on a fait une superbe affiche, et une superbe campagne. On a montré notre savoir-faire: en tant que noirs, on pouvait réagir et vite. On a repris le mot de Senghor: "vous prenez cette pierre qu'on vous lance, le mot "nègre", et vous en faites une arme".

Propos recueillis par Nadia Khouri-Dagher 

A propos de Richard Wright (source: Wikipédia)

Richard Wright est né à Roxie, petite ville près de Natchez, dans le Mississippi, le 4 septembre 1908. Petit-fils d'esclave, il passe une enfance difficile à Jackson, Mississipi, abandonné par un père alcoolique et élevé par sa mère. En 1927 il déménage à Memphis et c'est à cette époque qu'il découvre l'œuvre de H. L. Mencken. Après avoir exercé de multiples petits boulots, il part en 1934 pour Chicago où, en 1935, il commença à collaborer au « Federal Writers' Project ». En 1938, il publie le recueil de nouvelles Uncle Tom's children (Les enfants de l'oncle Tom) qui fut récompensé par le « Guggenheim Fellowship » l'année suivante. Membre du Parti communiste des États-Unis d'Amérique dont il se distancia au début des années 1940, son œuvre fut marquée par la condition des Noirs aux États-Unis ainsi que par les dangers du fondamentalisme religieux. Après la Seconde Guerre mondiale, il s'installe avec sa famille à Paris où il se lie avec Jean-Paul Sartre et où il vécut jusqu'à sa mort, le 28 novembre 1960. Il est enterré au cimetière du Père-Lachaise.

  • Native son (Un enfant du pays), son œuvre la plus connue, écrite en 1940. C'est un roman dramatique mettant en scène un jeune Noir américain, Bigger Thomas, idéaliste et voulant sortir de sa condition, dont la vie se terminera dans le sang. Il a été porté deux fois à l'écran, en 1951 et en 1986, la première fois réalisé par Pierre Chenal avec lui-même dans le rôle principal.
  • Black boy, œuvre autobiographique écrite en 1945 racontant son enfance dans le sud ségrégationniste.
  • The Outsider (Le transfuge), roman d'inspiration existentialiste (1953).
  • White man, listen!, recueil de conférences prononcées en Europe (1957).
  • Eight men, recueil de nouvelles publié peu après sa mort en 1960.
  • American hunger, œuvre autobiographique posthume dans laquelle il retrace ses problèmes avec le Parti communiste (1977)
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