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Esprit laïc Version imprimable Suggérer par mail
06-09-2007

L'école est-elle submergée par le racisme et l'antisémitisme ? Les autorités scolaires signalent des faits qu'elles interprètent comme un développement du communautarisme et que dans un ouvrage qu'il vient de faire paraître (Racisme, antisémitisme, "communautarisme". L'école à l'épreuve des faits), Fabrice Dhume analyse. L'école est à l'épreuve des faits. Nous avons voulu prolonger cette réflexion en vous présentant trois femmes qui ont fait de la laïcité un combat : Sophia Chikirou, d'origine algérienne (kabyle), auteur de "Ma France laïque" (2007), Chahla Chafiq Beski, d'origine iranienne, auteur de "Le nouvel homme islamiste", et Gaye Petek-Salom, auteur avec l'association Elele de "Turcs de France" (2007).

 Sophia Chikirou, pour en finir avec les communautarismes

"Peut-on continuer à vivre ensemble et comment ? Pour Sophia Chikirou, cette question l'emporte sur toutes les autres: ne pas y répondre ou la contourner reviendrait à priver la politique de son sens. De son parcours, qu'elle juge semblable à celui de millions de Français issus des différentes vagues de migration et d'immigration qu'a connues la France, elle tire la conviction que la République est une chance. Sophia Chikirou a 27 ans. Elle préside l'association "Votez!". Elle est membre du Conseil national du Parti socialiste. Parce que la laïcité lui a permis d'être la femme émancipée qu'elle est aujourd'hui, elle veut, pour toutes les autres, que ce principe d'organisation de la vie connaisse un retour de flamme et porte les espérances de la jeunesse". (présentation éditeur)

                           

Sophia Chikirou est l'auteur du livre "Ma France laïque" aux Ed. La Martinière (2007). Les dernières élections législatives à Paris ont eu pour elle un certain goût amer: son parti n'a pas suivi le choix des militants locaux qui l'avaient désignée comme candidate et c'est en tant que suppléante du candidat dissident Michel Charzat qu'elle a dû faire campagne. C'est George-Pau-Langevin qui a été choisie par le PS sur cette circonscription (la 21ème de Paris) et, comme on le sait, c'est elle qui a finalement été élue. Elle a dénoncé un choix "communautariste" de la part de son parti: "à quoi bon jouer le jeu de l'intégration républicaine si nous devons être écartés au profit d'autres qui font ouvertement le choix du communautarisme ?", a-t-elle ainsi écrit sur son blog de campagne.

 Chahla Chafiq Beski et le Manifeste des Libertés

Militante de gauche et féministe, c'est vers notre pays que Chahla Chafiq Beski a dû s'exiler en 1983. Depuis un quart de siècle en France, elle n'a cessé d'être attentive à la situation de son pays d'origine tout en s'engageant professionnellement dans son pays d'accueil pour y promouvoir une place digne pour les immigrés et favoriser l'intégration.

Sociologue, elle a en particulier exercé son métier de formatrice et consultante au sein de l'Agence pour le développement des relations interculturelles (ADRI) puis de l'ADRIC, à la suite de la disparition en 2003 du service formation de l'ADRI. Cette activité l'amène à une présence sur des dizaines de quartiers dits "sensibles" où elle assiste avec effarement à la montée de l'islamisme et une régression de la condition des femmes.

Elle signe alors le Manifeste des Libertés en 2005, expliquant ainsi sa signature : "Dans mon parcours d'exil et d'intégration, j'ai rencontré plusieurs France:  la France ouverte et la France fermée ! Et puis, ayant à travailler dans le contexte migratoire, j'ai connu la France islamiste. Cette découverte a été, pour moi, sujet d'étonnement et de réflexion et, bien sûr, de passage à l'action. L'exil a été le temps du recul pour réfléchir sur les mécanismes du développement de l'islam politique dans mon pays, l'Iran, lieu de victoire de l'islamisme et d'expérimentation de son projet social... 

                                 

                        (vu sur la "blogosphère" féministe iranienne !)

 Dans les quartiers, depuis des années, les islamistes travaillent à la promotion du voile comme moyen de protéger des femmes contre les tentatives de les transformer en objets sexuels. En confondant la libération sexuelle et la marchandisation du sexe, le discours islamiste propage le rejet des femmes libres, qui réclament la maîtrise de leur corps... L'ordre islamiste transforme la liberté en péché et instaure un système de hiérarchisation et de ségrégation selon l'obéissance à la loi religieuse. Au nom du culturel, réduit au cultuel, les inégalités et les discriminations sont légitimées et soutenues, non seulement entre les musulmans et les non-musulmans, mais également parmi les musulmans, entre les femmes et les hommes, enre les bons et les mauvais musulmans..."

En 2007, Chahla Chafiq Beski participe à la création d'un réseau international des féministes iraniennes exilées (Allemegne, Autriche, Angleterre, France, Suède, Canada, Etas-Unis,...) et anime son blog.  Elle a publié successivement aux Editions du Félin : La femme et le retour de l'Islam (1991), Femmes sous le voile, face à la loi islamique, en collaboration avec Farhad Khosrokhavar (1995), Le nouvel homme islamiste (2002), Chemins et brouillards (2005).

 Gaye Petek Salom, la laïcité comme lien entre la France et la Turquie

Elle préside l'association Elele qu'elle a créée en 1984 comme un lien entre la France et la Turquie et comme un appui aux familles turques d'Ile-de-France et d'ailleurs comme aux professionnels confrontés à cette population que très souvent ils méconnaissent. L'expérience de Gaye Petek Salom lui avalu d'être sollicitée en tant que membre du Haut Conseil à l'Intégration. Les pouvoirs publics la consultent régulièrement, elle qui, plus que n'importe qui, défend avec force les valeurs républicaines et laïques. Elle répète à l'envi que son pays d'origine (la Turquie) et son pays d'accueil (la France) ont des cultures qui toutes deux s'appuient sur des schémas communs: laïcité, indivisibilité de l'Etat,... Elle observe avec attention les résistances et les luttes des jeunes filles franco-turques pour leurs droits de femmes, leur aspiration à la modernité, leur motivation pour les études et y voit des indicateurs d'espoir.

                               

 "D'ores et déjà, écrit-elle, l'exemplarité de certains parcours féminins influence, ou tout au moins, interroge les jeunes garçons. Ils montrent quant à eux plus de résistance à transgresser les valeurs familiales et les prérogatives liées à leur statut masculin". Ce que Gaye Petek Salom demande à la France aujourd'hui est d'être capable de se pencher sur les histoires, les parcours, les imaginaires individuels de ces hommes et de ces femmes transplantés qui s'inventent, les uns et les autres, des réponses particulières dans leur exil et leurs efforts d'intégration.

 L'association Elele vient de faire paraître l'ouvrage "Turcs en France", préfacé par Gaye Petek. Le portrait de treize familles turques installées en France et, au sein de chacune d'elles, celui d'une figure centrale, qui décida d'émigrer. Des autoportraits composés de photos tirées des albums familiaux et de paroles données. Pourtant, bien des Turcs taisent leur histoire intime et familiale, au point parfois de l'oublier. Affaire d'éducation, qui enjoint l'effacement de soi derrière le mari, les parents, le lignage, la République laïque, la Nation. Mais sondez les mémoires, et sourdent ces émouvants récits de voyages qui, cahin-caha, ont conduit à Paris, Vesoul ou Quimper, des réfugiés politiques, des immigrés "économiques", des amoureuses, des courageux... Issus d'Istanbul, des bords de la Mer Noire ou du coeur de l'Anatolie, ces nomades n'ont que l'exil en commun, le sentiment d'être d'ici et de là-bas, de n'être ni d'ici ni de là-bas. (présentation éditeur, Bleu autour).

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