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16-09-2007

Algrange, Knutange, Nilvange.... « Y'a pas de touristes dans les rues. C'est un vieux pays pas très connu. Le ciel a souvent des teintes étranges. La vallée de la Fensch, ma chérie ». Dans les années 70, Bernard Lavilliers chantait cette vallée usinière, au cœur de la sidérurgie lorraine. Ici, les bleds ont des noms d'anges. Sur les trottoirs de Florange et d'Hayange, vous pourrez pourtant croiser des visages de tous les horizons... tous les visages de l'immigration et de leurs descendants. Retour sur l'aventure de cinq garçons d'ici qui, dans les années 80, ont pendant trois ans recueilli les témoignages de leurs voisins. Ils leur ont raconté le départ d'Algérie, de Slovénie, du Cap Vert, leurs premières visions des hauts-fourneaux, des chevalements, des cheminées, des trémies, leurs amours, leur labeur, leurs espoirs.

Dino l'Italien, Hojok le Gitan, Waclaw le Polonais ont croisé leurs regards et partagé leur quotidien pendant tant d'années qu'ils se sont fondus en un seul peuple : celui des gens d'ici - fils d'ailleurs, « passagers du solstice ».  Elia, Daniel, Smaïn, Ipe, Thierry. Ils sont nos vaillants précurseurs. En 1987, vingt ans déjà !, ils nous emmenaient à la rencontre des portraits de la diversité de leur terroir à eux, la vallée de la Fensch, en Lorraine. C'était dans un très bel ouvrage, préfacé par Jean-Pierre Chabrol, « Les passagers du solstice ».

 Les « Passagers du solstice » ont vingt ans

                             

 Elia Bortignon s'est défini lui-même (Passerelles, revue d'études interculturelles) comme « une personne d'origine paysanne de la région de Venise, qui a fait ses études en Italie, qui vit depuis des années en France, qui est prêtre, qui travaille et qui est content de vivre ! , qui a (en lui) la culture paysanne, vénitienne, italienne, française, ecclésiastique, ouvrière », mais qui ne s'identifie à aucune : « je suis moi ! ».

 Daniel Laumesfeld est né en 1955 à Basse-Ham, village de Lorraine francique. Passionné de langues, de cultures, de voyages, d'écritures, Daniel a milité, dessiné, joué de la musique, animé, philosophé, beaucoup parlé, beaucoup écrit, beaucoup partagé. En 1991, la maladie l'a emporté. C'est dans sa terre francique que son corps repose aujourd'hui. Son esprit est toujours là au milieu de ses potes.

 Smaïn Mebarki voulait faire de Thionville un pôle interculturel. Il y a réussi, emportant l'adhésion autour de lui de ses amis et de tous ceux qui comptent dans la Lorraine du fer. Il a poursuivi l'aventure à Mulhouse, au pays de la potasse, à Cluny et ailleurs. Mais l'appel du gueulard était plus fort. Le voilà revenu dans la vallée de la Fensch qu'il n'a jamais vraiment quitté.

 Jean-Philippe Ruiz, dit Ipe (Ipé), s'affaire en cet automne 2007 à clore l'exposition Retour de Babel à Dudelange (Luxembourg), dont il est le brillant « commissaire ». Le fondateur de la très belle et toujours passionnante revue Passerelles n'a pas cessé depuis les Passagers d'agir pour l'interculturalité, que ce soit au CLAE (Luxembourg) où il est, bien entendu « chargé des relations interculturelles » ou à Retour de Babel, avec le Centre de documentation sur les migrations humaines.

 Thierry Speth est le photographe de l'équipe. Depuis 1982, il n'a de cesse de photographier les métiers du fer. Vingt ans après seulement (par respect pour les individus et pour les sociétés concernées), il révèle enfin les 60000 photographies prises dans les ateliers, depuis les stations d'agglomération jusqu'aux laminoirs. Il est l'un des narrateurs du court-métrage Carreaux de mines (1997) d'Anne Schroeder qui explore les vestiges et les souvenirs que les mines, aujourd'hui disparues, de la frontière franco-luxembourgeoise ont laissés dans les têtes et dans les paysages.

 La revue Passerelles a dix-sept ans

Créée en 1990 à Thionville et éditée en Lorraine, cette revue est nourrie de son Histoire : région transfrontalière, interculturelle, de migrations, la Lorraine est elle-même une passerelle. Mais cette revue s'intéresse aussi aux cultures d'Europe et de Méditerranée, à la construction européenne, aux « nationalités », aux minorités à travers le monde, aux nouvelles citoyennetés individuelles ou collectives. Passerelles par des approches multiples - sociologie, littérature, histoire, ethnologie, photographie - essaie de comprendre ces Temps nouveaux dans lesquels nous sommes entrés.

                               

N°1 : Méditerranée - Lorraine; N°2 : Mémoires collectives; N°3 : Islam et modernité; N°4 : La dimension interculturelle dans le monde du travail; N°5 : Le métissage culturel; N°6 : Nomadismes; N°7 : Spiritualité et cultures; N°8/9 :  Violences... Misères... Cultures; N°10 : Nations, langues et cultures; N°11: L'Algérie; N°12 : Résistances et combinaisons culturelles; N°13 : Récits de la création; N°14 : Viet Nam, Laos, Cambodge; N°15 : Sciences et cultures; N°16 : Afriques; N°17 : Algérie. Le francique en Lorraine. Le droit d'asile en France. Le Kosovo; N°18/19: Le biculturalisme belge. Le francique en Lorraine. Littératures et métissage. Le Tibet; N°20 :...; N°21 : La Méditerranée. Caraïbes; N°22 : Un siècle d'immigration en Lorraine; N°23 :... ; N°24 : Peuples, identités et langues berbères; N°25 : Métissage et littératures. Fenêtres sur l'art et les migrations. En attendant l'Algérie; N°26 : Art contemporain arabe. Modernité et mondialisation; N°27 : Récits de vie; N°28 : Actes du Colloque d'Agadir. Migrations et développement; N°29 : Un homme en résistance ; N°30 : Kurdistan; N°31 : Tsiganes à Thionville; N°32 : Le Gueulard

Ce dernier numéro collecte les témoignages des publics ayant participé aux grands moments de la salle de spectacle du Gueulard et des artistes y ayant joué.

 Le Gueulard a vingt-trois ans

 En 1984, une douzaine de personnes, âgé entre 20 et 30 ans, ont eu un projet intuitif de résistance face aux chocs de la crise de la sidérurgie (Plan Acier de 1979, Plan Fabius de 1984, etc). Ils ont eu envie de créer un lieu de convivialité, où l'on pourrait boire une bière, voir un spectacle et surtout parler. Petit à petit, le Gueulard s'est transformé en salle de spectacle à part entière, perdant un peu sa vocation initiale. Les représentations sont passées d'un rythme mensuel à un rythme hebdomadaire puis davantage encore, avec deux entités bien distinctes : le "P.A.V.É.", gestionnaire de la programmation et le Gueulard, SCOT (Société Coopérative Ouvrière de Travailleurs) entreprise gérant économiquement le lieu. En 1991, le ministère de la Culture de Jack Lang a accordé le label "café-musique" puis le Gueulard est devenu "S.M.A.C." (scène de musiques actuelles), pendant six années. C'était avant la fameuse loi "Bruits et Nuisances", censée protéger le public et le personnel de salles de spectacle contre les excès sonores. Le Gueulard a été invité à ne pas franchir un seuil de 77 décibels, c'est-à-dire moins que ce qu'une batterie produit à elle seule. Autant dire que cette loi signifiait pour la salle une mort programmée. Elle a fermé le 21 décembre 2000. En quinze ans, le Gueulard avait permis d'ouvrir de nouveaux horizons, sur le plan professionnel et privé, à ceux qui l'ont fréquenté. La programmation a permis de rencontrer des artistes fabuleux, qui ont toujours donné le meilleur d'eux-mêmes sur scène. Les Michael Jones, Karim Kacel, Jean-Jacques Milteau, Zebda, Tété n'ont jamais oublié leur passage au Gueulard; le public non plus !  Le Gueulard fêtera ses 23 ans d'existence en décembre prochain. L'association Pavé entame sa 7ème année de diffusion hors les murs pour les musiques amplifiées...

                      

Au programme pour cette rentrée, une diffusion où la chanson a la part belle, chanson dans tous ses états et surtout sous toutes ses formes... avec de jeunes artistes lorrains comme Aïssate.   Aïssate, franco-mauritanienne, peule, est née dans un village des Vosges. Elle sera au Gueulard le 16 novembre 2007.

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