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Aminata Diagne n'aime pas que l'on parle d'elle. « Mon parcours de vie est commun. Je n'ai pas grand-chose à raconter ». Et puis elle milite chez les Verts et chez les Verts, on ne personnalise pas. A Dakar, au Sénégal, sa ville de naissance, la ville où elle a grandi, dans ses plus lointains souvenirs d'enfance, il y avait les arbres : ceux que, petite fille, elle plantait avec son grand-père. A Paris, où elle habite, elle milite chez les Verts. A Metz, où elle était candidate aux élections législatives, elle défend le Mont Saint-Quentin, le poumon vert de la ville et de la région. Dans la circonscription voisine, le PS a présenté Aurélie Filipetti. « C'est une femme intelligente, combative... et en plus, elle est très belle ». Aurélie Filipetti, désormais députée socialiste, avait milité chez les Verts avant de s'exprimer complètement auprès de Ségolène Royal. Aminata Diagne a été très attentive à l'ouverture du Gouvernement à la diversité. Elle ne connaît pas personnellement Rama Yade. Elle l'a vue à la télévision et à nouveau la même antienne : « Rama Yade est une fille brillante. Elle est combative. La fonction qu'elle occupe désormais est taillée sur mesure pour elle. C'est une première qu'une femme noire arrive a ce niveau en France. Elle est un modèle pour de nombreuses Francaises d'origine étrangère. Et je suis persuadée qu'elle sera à la hauteur de sa tâche ».  Dans la circonscription de Metz, Aminata a trouvé en face d'elle deux candidates issues de la diversité et des quartiers (les quartiers populaires de Woippy) et elle a trouvé cela bien : « Cela montre que nous prenons notre place ». En face d'elles, elles avaient le député sortant UMP, maire de Woippy, celui-là même qui a fait campagne pour interdire certaines paroles chez les rappeurs et qui s'est fait siffler à l'Assemblée quand il a parlé des you-you des femmes. L'autre soir, le député et Aminata se sont rencontrés dans un endroit public. Ils se sont faits la bise. Elle dit : « C'est la campagne ici. On n'est pas à Paris ». Car Aminata Diagne est Parisienne. Elle a été parachutée à Metz, pour porter ici et à la demande des militants locaux la parole des Verts, et elle ne s'en cache pas. Elle a dû apprendre à prononcer « Mess » et pas « MeTz », comme disent les Parisiens. Elle a découvert une ville plutôt verte, avec beaucoup d'arbres : « on voit le rôle qu'a pu avoir ici Jean-Marie Pelt, le fondateur de l'Institut européen d'écologie ». 
Blaise Diagne, premier député noir en France, né à Gorée en 1872, élu en 1914 "Je suis noir, ma femme est blanche, mes enfants sont métis, quelle meilleure garantie de mon intérêt à représenter toute la population !" (Blaise Diagne) Amie nature L'écologie, pour Aminata Diagne, c'est toute sa vie. « C'est un style de vie ». Etre écologiste, « c'est éteindre la lumière lorsque l'on quitte une pièce, c'est trier ses déchets, les recycler, c'est acheter bio lorsqu'on en a les moyens, c'est se priver de téléphone portable autant que possible ». Ce sont dans tous ces actes de la vie quotidienne que l'on est écologiste. Mais c'est aussi plus que cela. C'est être solidaire près de chez soi. Dans son quartier, Aminata « entoure » (c'est le terme qu'elle a utilisé) des enfants qui ont besoin d'un petit coup de pouce dans leur scolarité. Elle le fait chez elle, en dehors de toute structure organisée. Elle a ainsi apporté un soutien en maths à un jeune qui ensuite est entré à Prépa. Elle entoure aussi des femmes immigrées qui ont besoin d'apprendre le français. Elle a visité des personnes âgées pendant la canicule. Et puis, il faut aussi être solidaire loin de chez soi. Elle collecte des objets qu'elle fait recycler et qu'elle amène ensuite elle-même là où ils pourront être utiles : en Afrique par exemple. Elle fait cela sur ses deniers personnels. Elle a créé l'association Débog Sud pour recycler du matériel informatique. « On peut créer une association pour lancer une dynamique et l'arrêter ensuite quand cela n'est plus nécessaire et passer à autre chose ». C'est ce qui s'est passé avec Débog Sud. « D'autres aujourd'hui ont repris la démarche et c'est tant mieux ». Pour Aminata Diagne, être solidaire et être écologiste, c'est la même action, c'est penser que ses actes ici ont des répercussions sur la vie des gens ailleurs et sur la vie des générations qui vont suivre. Aminata a des maîtres à penser. Elle cite René Dumont, un homme en avance sur son temps qui a le premier parlé de développement durable, des conséquences de la mondialisation (terme que l'on n'utilisait pas encore). C'est lui qui a fait entrer l'écologie dans l'ère moderne de l'écologie politique. Le pari du cœur Le combat d'Aminata Diagne est pour lutter contre le fossé qui se creuse entre les peuples du Nord et ceux du Sud. Modestement mais énergiquement, elle veut porter en France le message de Wangari Muta Maathai, l'écologiste kenyane, défenseure des droits de la femme, Prix Nobel de la Paix en 2004 pour son action pour le développement durable et pour sa campagne de plantation d'arbres en Afrique. A Metz, Aminata Diagne défend le Mont Saint-Quentin, le poumon vert de la ville et de la région. A Dakar, au Sénégal, sa ville de naissance, la ville où elle a grandi, dans ses plus lointains souvenirs d'enfance, il y avait les arbres : ceux que, petite fille, elle plantait avec son grand-père. Aujourd'hui, le grand-père est mort, les arbres sont toujours là, ils témoignent du passé et ils perpétuent la vie. C'est avec beaucoup d'émotion qu'Aminata parle de son grand-père et de sa grand-mère. C'est eux qui l'ont élevée.  Tirailleur sénégalais, accueilli par la population de métropole "Mes aïeux ont combattu pour la France..." (Aminata Diagne) C'était un personnage, le grand-père. Non seulement, il travaillait la terre, perpétuant ainsi la tradition du village, mais il était un génie de la mécanique. Il avait créé un atelier de tournage - fraisage, il a fabriqué de A à Z le moteur du bateau qui a été le premier vainqueur de la course Dakar - Gorée. Grâce à sa réputation, il a ensuite accueilli des stagiaires venant de toute l'Afrique de l'Ouest, de Nouakchott à Bamako. La jeune Aminata a attrapé le virus. Aujourd'hui, elle est Prof' de Génie Mécanique dans un Lycée d'enseignement technologique parisien. Elle aussi a la passion d'enseigner, de transmettre aux plus jeunes. Et elle aussi a la passion de créer, d'inventer, qu'elle met au service de l'écologie. Elle a étudié un procédé de récupération des eaux qu'elle va développer en Afrique autant de fois qu'elle le peut. Toute Sénégal par ailleurs C'est Amadou Hampaté Bâ qui a dit : « L'homme, c'est l'univers en miniature. L'homme et le monde sont interdépendants. L'homme est le garant de l'équilibre et de la création ». Les Lébous ont dans leur culture cette relation forte à la terre et à la mer. On dit d'eux qu'ils auraient, il y a de nombreux siècles, traversé une partie de l'Océan Atlantique pour arriver dans cette presqu'île du Cap Vert où ils ont pu à la fois utiliser les richesses que leur offrait la terre et celles de la mer, très poissonneuse à cet endroit. Les Lébous sont devenus pêcheurs. Ils allaient pêcher très loin jusqu'au large de la Mauritanie et peut-être plus loin encore. Aminata est une Lébou, de langue wolof. Dans ses propos, revient souvent l'expression « On raconte que... ». Sur de nombreux sujets, Aminata ne veut pas être affirmative, mais « on raconte que... ». Les Lébous ont une grande tradition orale, perpétuée par les femmes. Aminata dit aussi souvent : « contrairement à ce qu'on croit ». Contrairement à ce qu'on croit, au Sénégal, « ce sont les femmes qui décident et les hommes sont les gardiens ». Les hommes sont respectés. Lorsqu'ils rentrent à la maison, le soir, avec leur prestance, leur autorité naturelle, et qu'ils viennent s'enquérir des résultats scolaires, les enfants ne peuvent que les respecter. Mais au quotidien, ce sont les femmes qui élèvent les enfants, qui transmettent la culture et les valeurs, explique Aminata. Lorsque les enfants faisaient des bêtises, la grand-mère ne réprimandait jamais. Elle se mettait à raconter une histoire. « Il était une fois... » et elle mettait en scène les aventures qui arrivaient à une petite fille qui avait un jour fait cette bêtise et l'histoire finissait toujours mal. Plus jamais, les enfants qui avaient entendu cette histoire ne pouvaient refaire cette bêtise ! Liberté, sénégalité,... Aminata aimerait tellement avoir elle-même ces qualités qu'avait sa grand-mère. Dans son métier d'enseignant, il lui arrive fréquemment de rencontrer des jeunes racistes. Un jour, en début d'année, un élève lui a dit : « Les Noirs n'ont pas d'âme », en précisant bien : « c'est mon père qui me l'a dit ». Aminata et cet élève ont beaucoup parlé tout au long de l'année scolaire. Vers la fin de l'année, le jeune en demandant la parole a fait un lapsus : devant toute la classe, il a dit « Maman » à la Prof' avant de partir dans un rougissement mémorable. L'enseignante défend autant qu'elle le peut l'égalité des chances. Elle se souvient de son propre itinéraire. Son entrée en scolarité a été retardée : « ils ont dû oublier de m'inscrire ! Et j'ai dû attendre un an ! ». Mais la scolarité a ensuite été très bonne. « Dés mon plus jeune âge, mon grand-père me faisait découper des articles du Soleil (ndlr, le journal francophone du Sénégal). Il y avait toujours quelque part à la maison un journal ou un livre. Aujourd'hui, j'ai deux jeunes enfants à l'école maternelle, je leur permets de grandir avec toujours des livres autour d'eux. Malheureusement je sais que tous les enfants n'ont pas cette chance ». A Dakar, toutes les petites filles n'avaient pas la chance d'aller en classe. Les amies d'Aminata allaient vendre sur les marchés de « la Médina », et le soir après la classe, elle allait les rejoindre et elle les aidait à vendre, surtout lorsqu'elles avaient fait un « chiffre » insuffisant dans la journée. Aujourd'hui encore, Aminata a gardé des liens avec ses amies de ce quartier populaire de Dakar. A Paris, Aminata Diagne, l'enseignante en génie mécanique, défend les métiers techniques considérant que trop de jeunes, particulièrement de milieu populaire, sont envoyés dans des filières sans issue (de bureautique par exemple) alors que les métiers technologiques sont aujourd'hui des métiers modernes, propres, d'avenir, gratifiants, de haut niveau, où on parle plus des lois de la physique que du graissage des machines !  "Il faut faire connaître aux jeunes les métiers techniques" (A.D.) Elle organise des portes ouvertes dans son Lycée pour montrer cela. Aujourd'hui, des filles viennent dans ces métiers. Mais c'est plus souvent des Sophie ou des Lucie que des Atika ou des Aminata. Les jeunes qui ont des racines ailleurs ont aussi de ce fait des compétences, ne serait-ce qu'en langues ou en connaissances culturelles, qu'il faut reconnaître et faire valoir. Il y a encore beaucoup à faire pour l'égalité des chances, en France comme au Sénégal. La terre en gage Aminata Diagne était venue déjà en France en vacances avant de s'y installer définitivement. Les vacances, c'était toujours la récompense pour une année scolaire réussie. Venant du Sénégal, elle est donc arrivée pour finir ses années - lycée à Paris où vivait un oncle expert-comptable. L'intégration dans le lycée a été facile, car « contrairement à ce qu'on croit », le niveau scolaire à Dakar était tout à fait à la hauteur du niveau à Paris. Puis ce furent les étude supérieures. Et enfin l'entrée à l'Education Nationale. Aminata Diagne est aujourd'hui fonctionnaire. Elle a épousé un Français, du Sud, et fervent écologiste comme elle. Avec sa belle-famille, elle se sent comme avec sa propre famille. Elle voit bien plus les ressemblances que de supposées différences. A 32 ans, elle se souvient de ses premières années au lycée où en tant que noire et peut-être surtout en tant que femme, dans une filière technique, il fallait démontrer deux fois plus de compétences que d'autres. Les discriminations sont encore fortes. A cela s'ajoutent les discriminations sociales. Elle, qui vit dans un quartier populaire de l'Est parisien travaille dans un quartier aisé de l'Ouest parisien, où les parents sont, comme on dit, (ou comme ils disent) « de bonne famille ». Elle a aussi comme modèles Nelson Mandela et Martin Luther King. Mais la France n'est ni l'Afrique du Sud ni l'Amérique des ghettos. Aminata Diagne regarde avec intérêt les évolutions de la société française. Elle sait que ce n'est pas par discrimination positive qu'Harry Roselmack a pu présenter le sacro-saint journal de 20 heures de TF1, mais par sa compétence. Elle a confiance. D'ailleurs, le prénom Aminata veut dire confiance (selon son origine arabe). Mais cela ne viendra pas tout seul. Il faut continuer à agir, ici et là-bas, à Metz comme à Paris comme à Dakar. Elle qui vient du pays de la Teranga (terme wolof qui désigne la tradition de l'accueil, de l'hospitalité, et donc de l'intégration), elle sait qu'elle a la terre en gage, la terre en héritage, comme on dit chez les Verts et comme on le pratique tous les jours chez les Lébous du Sénégal.  "ne jamais oublier que l'eau est un bien précieux" (A.D.) Savez-vous que le maire de Gorée est écologiste ? Gorée est une île sans voiture. Ici, on entretient la mémoire et les pires heures du monde noir et on construit l'avenir. Ce n'est pas l'attitude de la France aujourd'hui envers l'Afrique. La France et l'Afrique, c'est tout de même quatre siècles en commun. Nous avons la francophonie en commun. Mais « la France tourne le dos à ses anciennes colonies ». Consciente de son passé, combattante aujourd'hui, confiante pour son avenir, ce n'est pas un slogan (Aminata n'aime pas les slogans, regardez « La France, tu l'aimes ou tu la quittes », il y a de la violence derrière ce type de slogan), plutôt que des slogans, ce que défend Aminata Diagne, ce sont des comportements, c'est l'aminattitude. Sans vouloir personnaliser. On ne personnalise pas chez les Verts. G.D., le 21 juin 2007 Nouveau ! Aminata Diagne sur le banc de France Culture le 11 août 2010. Lien : le blog d'Aminata Diagne Additif (actualisé le 1er octobre 2008) : De la crise des subprimes à la crise globale : en avril 2008, Aminata Diagne ne faisait pas que fonder l'association Entre gens (JO du 26 avril), elle analysait la crise globale qui était déjà il y a six mois largement visible mais que par une méthode Coué hautement irresponsable les dirigeants de la planète ne voulaient pas voir ou entendaient camoufler, pour mieux aller droit dans le mur. Sudonline a publié cet article le 6 mai (cosigné avec Jérôme Gleizes), intéressant à relire six mois plus tard (ici en lien). |